vendredi 11 septembre 2009

courage, camarades

Courage, camarades, l’avenir nous appartient.


Un vote a donné la majorité à Martine Aubry candidate au poste de première secrétaire du PS. Le résultat était serré et une commission compta et recompta. On se serait cru en Floride à la fin des élections présidentielles de 2000, on se serait cru au Gabon après les élections contestées d’Omar Bongo, on se serait cru en Iran après les présidentielles. Qu’y a-t-il de commun entre ces votes ? L’attraction irrésistible du pouvoir, bien plus forte que l’intérêt du pays, des peuples ? Sans doute. Mais la vie continue. Les votes sont contestés pendant quelques semaines, quelques mois, puis on passe à la vie courante, les dirigeants sont reconnus par les grandes puissances, le commerce reprend, avec les grèves, les manifs, les conflits, les crises. La vie politique, quoi…

Pas au Parti socialiste. Le parti socialiste depuis une dizaine d’années, considère qu’il est plus important de prendre le pouvoir au sein du parti que dans le pays, donc que les élections internes sont plus importantes que les élections générales. Le sort de l’Europe s’est joué par un scrutin interne à quelques milliers de voix prés et de toute manière, Laurent Fabius a dit qu’il y avait plus important que l’Europe, c’était son avenir personnel. Puis des votes ont eu lieu sur des motions, des orientations. Personne ne tenait compte de ces résultats, puisque la politique résultait de compromis entre dirigeants de courants. Aujourd’hui, des journalistes enquêtent et apportent des preuves de magouille électorale. Ségolène Royal, en exil en Poitou-Charentes, lance un appel à la résistance, connu sous le titre « appel du 11 septembre » « Ici Poitiers, Ici Poitiers, les socialistes parlent aux socialistes ».

Sur le traité de Lisbonne, sur la taxe carbone, sur la réforme constitutionnelle, sur la crise, sur la réforme universitaire, sur l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, sur le cumul des mandats, les relations avec la gauche extrême, sur l’immigration, le PS prendra position et mènera le combat dès que les fraudeurs présumés seront punis, dès qu’un nouveau vote aura lieu, bref, encore cinq ou six ans, et la France saura ce que pense le PS sur ces sujets secondaires.

jeudi 10 septembre 2009

laxisme

deux prisonniers s'échappent le même jour. c'est le résultat d'une politique sécuritaire laxiste où l'on veut prévenir plutôt que punir. Nous demandons la démission immédiate du ministre de l'intérieur socialiste. Telle est la demande de plusieur députés UMP.

vendredi 4 septembre 2009

orléans tours

Orléans Tours lundi 31 août 2009


Brigitte pleure comme chaque fois que la randonnée se termine parce qu'une randonnée, dit-elle, c'est quelque chose de fort et chaque fois qu'une randonnée se termine, elle pleure la fin d'une randonnée. Elle ne pleure pas pour une raison précise. Comme la randonnée de Biarritz au Fouilloux où elle a appris que son frère Pierre était atteint d'un cancer à l'estomac. Elle pourrait pleurer pour le cancer de Danièle. Ces nouvelles font partie des randonnées comme elles font partie de la vie. Non. Elle pleure pour rien d'autre que la fin de la randonnée. Comme les ados pleurent à la fin d'une colonie de vacances. Je lui dis qu'elle est sentimentale. Elle dit non, qu'elle n'est pas sentimentale, mais que la randonnée, c'est quelque chose de spécial, rien qu'à nous deux et qu'après et avant une randonnée, il y a plein de plaisirs partagés, alors que la randonnée, ce n'est pas un plaisir partagé, c'est un plaisir à nous. que nous deux. Isolés. égoïstement. La piste est loin du monde. loin des villes. loin de la campagne. pas d'estaminet, pas de marchands de journaux, pas de radio, pas de télévision, nous ne croisons personne. Nous sommes deux seuls.

Deux seuls, tout seuls, nous prenons le métro Château Rouge direction gare de l'Est, puis ligne Porte d'Italie. Seuls, nous descendons Gare d'Austerlitz. La salle des billets est déserte et nous allons directement acheter deux allers Paris Orléans à 15 heures 48. Tarif senior. Nous avons une heure d'avance. Nous nous installons à la terrasse déserte d'un café, Brigitte commande un Nestea, un énorme verre de 35 centilitres, moi un café comme d'habitude. Je lis pour la dernière fois le Monde, Brigitte lit le supplément hebdomadaire consacré la semaine dernière à l'érection masculine et cette semaine aux personnages du film de Jacques Audiard, le Prophète. Comme nous avons vu le film hier soir samedi, ça tombe bien, les personnages sont encore frais dans notre mémoire parfois défaillante et nous pouvons en parler calmement, sans tension portant sur l'absence ou la présence d'un détail vestimentaire ou psychologique. Le train est annoncé à quai avec quarante minutes d'avance, nous terminons tranquillement café et Nestea en lisant qui le Monde qui le supplément, nous savons que pendant la semaine qui vient, nous ne lirons plus la presse, peut-être la trouverons nous, mais rarement, car dans les petites villes traversées, la presse nationale est rare sur les présentoirs. Même si nous l'achetons, ce qui arrive, entre la fatigue de la randonnée et les visites obligatoires aux monuments imposés, il ne reste plus de temps pour lire. Brigitte a faim, elle va acheter un croissant et mange son croissant en terminant la lecture du supplément. Nous prenons les valises roulantes par la poignée, plus un sac piquenique, et nous dirigeons vers le numéro du quai qui s'est affiché sur le tableau des horaires. Le quai n°17 ou 18. Un contrôleur conseille à Brigitte qui a encore quelques miettes du croissant sur son blouson, je lui fais remarquer, amicalement, avec tendresse même et elle ne m'en veut pas, car souvent elle me signale sur ma tenue tel ou tel morceau de viande ou une miette de biscotte ou une salade qui se colle et ce sont des services que nous nous rendons mutuellement depuis des années sans que ces remarques puissent être assimilées à des remontrances ou à des récriminations dont nous avons souvent été témoins dans les trajets Paris Biarritz surtout dans les wagons des seconde classe, parce qu'en première, les couples se haïssent autant qu'en seconde, mais le patrimoine les empêche de récriminer; la conseille sur le wagon qui se trouvera face au train de correspondance.

Le train est Corail, un TER intercity, avec des compartiments de six places. Nous choisissons un compartiment vide, mais un jeune homme viendra s'y installer, puis un autre. Des intrus. Nous disposons les valises et les sacs après être passés sans regret devant les wagons où s'accrochent les vélos, il faut grimper des marches, je ne vous dis pas. Le jeune homme colle son oreille à un téléphone portable. Allo maman, ne t'en fais ça ira, je ne prends pas de risque. Tout ira bien. J'ai pris toutes mes précautions. Au début, je croyais que c'était le fils de Ma Baker ou de Ma Dalton qui allait braquer une banque à Orléans, quelle idée de prendre le train pour un braquage de banque, à Orléans en plus et un dimanche où les banques sont toutes fermées. Puis, en écoutant, oui j'ai écouté, mais c'était à lui d'aller téléphoner dans le couloir et pas à moi à sortir pour ne pas entendre sa conversation, ce serait le monde à l'envers, non? Donc j'ai entendu qu'il avait perdu tous ses papiers, carte d'identité, carnet de chèques, tout. Non, pas volé. Perdu. Avec son billet de train. Perdu carte bleu aussi. Il n'a pas pu acheter son billet. Il lui fallait payer soit en liquide, soit par chèque soit par carte bleu. Trois modes de paiement. Il n'avait pas de liquide et n'a pas pu en retirer car il n'avait pas de carte bleu et au guichet de sa banque, on lui a dit qu'il fallait, pour qu'il retire de l'argent, un carnet de chèque et un papier d'identité. La déclaration de perte qu'il avait faite au commissariat ne valait pas document officiel. Non, il ne va pas prévenir les contrôleurs, car s'il les prévient avant le départ du train, maman, ils vont me faire descendre et je n'ai pas envie de passer une nuit de plus à Paris. Je vais attendre que le train ait démarré et ensuite j'irai les voir, ils ne sont pas loin. De ne pas avoir pris nos vélos personnels, d'attendre l'hôtel d'Orléans pour monter en selle nous éloigne peut-être du vélo et nous rapproche de récits non cyclistes. Je ne risque rien , maman, au pire, une amende. Je vais raccrocher,, maman, je n'ai presque plus d'unités. Si tu veux tu me rappelles. D'ordinaire, dans un train, quand quelqu'un passe du temps au téléphone, je fais remarquer le logo portable endormi ronfleur alors que dans le couloir, le logo est un portable aimable qui pète le feu en souriant. Tout le monde comprend, non, ou devrait comprendre. Mais en entendant ce pauvre jeune homme qui avait perdu tous ses papiers confier le récit de ses épreuves à sa maman, quand on a perdu ses papiers, à qui on téléphone, hein, on téléphone à sa maman, là il n'y a plus de copains qui vaille. Donc en entendant ce récit tragique, je n'ai pas eu le cœur et je l'ai laissé terminer, en me disant si sa mère rappelle, alors là oui, je lui montrerai le logo, mais la mère n'a pas rappelé, elle est peut-être près de ses sous. Le jeune homme d'à côté a passé les trois quarts d'heure du trajet à pianoter des SMS ou c'était peut-être un jeu, je n'ai pas pu voir. Dehors, le paysage était plat, des grands champs de céréales. Aux Aubrais, nous prenons la micheline dix minutes, nous sommes au centre d'Orléans et un taxi.nous emporte vers un hôtel en bord de Loire ou une hôtesse rayonnante nous accueille. Nous reprenons le vélo pour visiter la ville qui contient surtout la statue de Jeanne d'Arc et une cathédrale dont les deux tours se terminent en couronnes. Dîner, coucher tôt, déjeuner, en route le long de la Loire dont les chemins dans l'ensemble sont plutôt confortables. Nous croisons de promeneurs, des coureurs, des marcheurs, quelques cyclistes, peu de randonneurs. Meung sur Loire est lourd d'histoire et de passé. Beaugency aussi. Le château de Dunant, lieutenant de Jeanne d'Arc, est fermé pour travaux de rénovation. Nous nous promenons dans les rues de la ville, des rues pavées très anciennes qui nous arrachent des cris d'admiration. Le soir, une pute épouse un milliardaire.

Au départ de Beaugency, il pleut. Nous partons malgré le mauvais temps parce que nous sommes attendus à Blois. Enfin, attendus, c'est une façon de parler, je vue dire qu'une chambre d'hôtel a été retenue à Blois. Le chemin de Beaugency à Blois est superbe. Vue sur la Loire, sur des petits villages, sur des champs de mais, sur des vignobles. Il n'y a personne d'autre que nous dans les forêts traversées, sur la chaussée goudronnée ou les chemins de terre. Il pleut. La pluie de bruine. Qui pénètre. Qui monte par capillarité. Qui mouille partout. D'abord les genoux, puis l'humidité monte et envahit les poches de devant, l'intérieur des sacoches, l'intérieur du contenu des poches, les billets de banque s'alanguissent, l'humidité efface le montant en francs et en euros des tickets de carte bleu, la ceinture trop serrée n'empêche pas le flot de monter jusqu'aux épaules. Mais on s'en fout parce qu'il ne fait pas froid et qu'une douche habillée reste une douche. Ensuite, dès que la pluie cesse, en été, le soleil et le vent font merveille et en quelques minutes, tout est sec, sauf les reçus de carte de bleu et les billets de banque qui ont du mal à retrouver leur consistance normale. J'oubliais le mouchoir en papier qui est devenue une boule informe de cellulose mal digérée, mais le mouchoir n'importe, car on le jette alors que les billets de banque, même humides, même avachis permettent d'acheter des chemises ou des lunettes de soleil puisque je profite de l'occasion pour annoncer ici que j'ai oublié de mettre dans la valise à roulettes des chemises à manche courte et une paire de lunettes de soleil et donc que j'ai acheté des lunettes de soleil à Beaugency et des chemises à manche courte à Blois. Cet oubli m'inquiète. Est-ce l'âge? C'est le premier voyage où j'oublie l'essentiel, c'est à dire une paire de lunettes de soleil et des chemises de rechange. Est-ce la bruine du temps qui passe, les secondes qui tombent drues qui ont fini par pénétrer les cellules du cerveau et seraient-elles dans le même état qui mes reçus de carte bleu et mes billets de banque, dont le reçu des lunettes de soleil achetées à Beaugency, pas celui des chemisettes de Blois puisque je ne les avais pas encore achetées. Je rentre dans la boutique, puis-je vous aider, je voudrais des chemisettes à manches courtes, la vendeuse me toise, littéralement, comme une toise et me dit « il ne nous reste pas grand chose en XXL. Elle ne m'a pas demandé quelle taille. Elle m'a imposé ma taille. XXL, c'était à moi de le dire. Pas à elle. J'achète deux chemisettes, une grise et une blanche à motifs, et le reçu de la carte bleu va se blottir contre les autres reçus pendouillant de pluie et à son tour se pénètre des gouttes du Loir et Cher. Quand Brigitte arrive, je suis en train de payer et elle regarde la chemisette grise sans dire un mot.

De Beaugency à Blois en passant par Chambord. Étape obligatoire. S'il n'y a le temps que pour une château, Chambord s'impose. Les escaliers à double hélice. Les tourelles, le parc. Déjeuner dans le parc. Vélo jusqu'à Blois, achat des chemisettes, pluie, château de Blois, fermé à six heures, mais nous en voyons assez pour retrouver le style renaissance, avec des escaliers en colimaçon mais pas de double révolution comme à Chambord, irremplaçable. Les rues historiques, dîner au Monarque. Les habitants de Blois sont des blésiens. Les habitants de Tours étaient des turons et des turones, mais désormais ils s'appellent comme les habitants de Touraine, les tourangeaux et les tourangelles.

De Blois à Amboise, la piste quitte souvent la Loire pour s'égarer dans les collines de vignoble d'un raisin très noir, qui pend en bas de la pousse et dont la couleur se confond souvent avec le noir de la terre, le noir du sol, et nous nous arrêtons plusieurs fois pour vérifier que des raisins il y a, car si des raisins il n'y a pas, à quoi bon appeler cette route route des vignobles et grimper des côtes dont on pourrait franchement se passer en l'absence de raisins. Le temps est variable, des nuages, quelques gouttes, des éclaircies, la piste est bonne souvent goudronnée et bien signalisée. Heureusement, parce qu'il n'y a personne dans les champs ni dans les vignes ni nulle part, parois nous voyons une vache, un lapin, une biche, un chat qui traverse la route plus nous deux et des fils électriques qui indiquent un pays développé ainsi que des cuves de purification de l'eau sale, de la merde en centrifugeuse prise dans de gros bouillons, mais tout est automatisée et aucune présence humaine ne justifierait de se perdre, de s'arrêter pour demander notre chemin. Pas d'estaminets, bien entendu, pas de restaurant, et quand nous arrivons à Amboise, le premier restaurant qui passe devant nos yeux déclare que l'heure du dernier service est dépassée et le patron, après nous avoir regardé, a jugé que nous pouvions attendre un peu, que deux heures et demie, ce n'est quand même pas la catastrophe alimentaire du siècle. A-t-il pensé. Mais quand même. Même regard, même commentaire silencieux d'une serveuse qui nous laisse utiliser les toilettes sans consommer « vous n'avez pas besoin de consommer vous pouvez utiliser les toilettes », une gentillesse qui nous redonne de l'énergie pour emprunter une rue semi piétonne, est-ce la rue Louis XII? Une rue Joyeuse, je me rappelle, une rue Jean-Jacques Rousseau, et toutes ces rues qui portent des noms de rois guillotinés à cause de l'auteur du Contrat social. Sur la terrasse de la brasserie qui n'avait de brasserie que le nom puisque le service n'y était pas continu, nous nous rappelons brusquement, en même temps, que lors de notre première randonnée ensemble, nous nous étions arrêtés à Amboise, près d'une tour historique, et nous avons ensuite continué vers Poitiers, mais là, nous avions pris un demi panaché, peut-être, ou un chocolat chaud, et nous avions glissé la roue avant du vélo dans la même grille à vélo qui il y a dix ans était neuve et aujourd'hui rouillée, nous n'avions pas pris la rue qui menait au château d'Amboise et c'est dommage, car le château de l'extérieur est vraiment impressionnant et plusieurs restaurants profitent de la foule de touristes japonais, britanniques, allemands, italiens, pour restaurer sans arrêt de dix heures à vingt-deux heures et nous prenons un complète et une médicis, la crêpe des assassins de protestants. Les appareils numériques permettent aux Japonais de prendre des photos de mitrailler, les cartes comprennent dix mille photos peut-être et ils mitraillent et ensuite ils montrent leurs victimes sur l'écran. La fatigue s'installe, hôtel, nous nous endormons devant Nestor Burma et il est trop tard pour visiter le château d'Amboise, nous irons demain. Le soir, Mao prend le pouvoir en Chine. Nestor Burma joue du saxophone après avoir résolu une énigme policière complexe.

Amboise Tours. La piste est belle, le vent souffle. Nous avons visité le château d'Amboise avant de prendre la route, la guide est enrouée, mais pédagogue, compétente, nous apprenons plein de choses sur l'histoire de France, sur la famille royale, sur Léonard de Vinci qui est enterré ici, sur Abd el Kader. Tours est notre dernière étape et Brigitte se prépare à pleurer, mais elle ne pleure pas encore, elle pleure quand on arrive au dernier hôtel de la dernière étape, elle pleure de la fin de la randonnée et j'ai beau lui dire qu'il y aura d'autres randonnées, peut-être la traversée du désert de Gobi, elle me dit que ces futures randonnées ne l'empêcheront pas de pleurer. La cathédrale de Tours. Les rues piétonnes, les cyclistes. Nous achetons les billets à la gare de Tours, nous calculons le temps qu'il nous faut pour aller de l'hôtel à la gare, nous rendons nos vélos sans remords ni regrets, nous pensons à la prochaine randonnée qui doit être inédite, Brigitte remplit le questionnaire de satisfaction et refuse, dans la colonne suggestions, d'organiser une randonnée dans le désert de Gobi, la perspective d'une telle traversées s'estompe, car ce n'est quand même pas dans vingt ans que je traverserai le désert de Gobi. Ni même dans dix ans, ni même l'année prochaine. C'est la rentrée des classes les jeunes filles en fleurs discutent des qualités de leurs enseignants, surtout de leurs enseignantes, et elles téléphonent dans leur portable, le cauchemar des profs, paraît-il. Un couple se dispute tout bas. Comment s'appellent les habitants de Tours? Les Tourangeaux. Bien. Mais les habitants de la Touraine se nomment aussi les tourangeaux. N'y a-t-il pas confusion possible? Le directeur de l'hôtel l'admet.

Tout est tellement bien organisé que rien à raconter il ne reste. Randonnesquement. Il reste les relations entre nous, qui sont tellement régulièrement dans la colonne de satisfaction très bien, que là non plus, il ne reste rien à raconter encore que disséquer le bonheur ça ferait peut-être un malheur. Il reste à imaginer les romans des personnes croisées à la terrasse d'un café, d'une mère seule en décolleté avec une petite fille qui pleure, imaginer pourquoi la fille pleure et pourquoi une mère sort en décolleté. Il reste à imaginer pourquoi Brigitte pleure à la fin des randonnées.

mercredi 26 août 2009

25 septembre 2009

Le PS se dirige vers des primaires pour désigner son candidat aux élections présidentielles. C'est sur ce thème que la discussion va se focaliser et les autres questions vont s'évaporer. Le parti socialiste éprouve-t-il l'envie de trancher sur les questions fondamentales? On peut en douter à voir la succession de passions subites pour des sujets qui esquivent les choix fondamentaux. Aujourd'hui les primaires.
Deux exemples entre mille. Les licenciements, le chômage, la formation. Deux lignes de résistance existent et s'opposent. La ligne réformiste sociale-démocrate: les emplois disparaissent et apparaissent mais ceux qui les occupent doivent disposer de parachutes pour atterrir et d'un accompagnement qui leur permette de vivre et travailler dignement. La ligne "radicale" veut interdire les licenciements. Les syndicats sont majoritairement sur une ligne réformiste et les "radicaux" insultent leurs dirigeants et leur stratégie de luttes et de négociations. Le parti socialiste va discuter des primaires.
Deux lignes s'opposent sur les alliances. Soit le rassemblement des partis de gouvernement sur la base d'un programme: le PS, les Verts, la fraction des communistes qui aspire à gouverner, les radicaux de gauche, un Modem qui accepte de s'engager à gauche. Soit une alliance qui, de Besancenot au PS en passant par le Parti de gauche et le PC maintenu, organisera ensemble de vibrants meetings où l'on chantera l'Internationale et expliquera ensuite séparément les raisons de la défaite. Les primaires peuvent être un bon moyen de ne pas choisir pendant encore un ou deux ans.

Rien ne presse.

Maurice Goldring

vendredi 14 août 2009

autonomie du pays basque

Demain le Pays basque autonomie

Sous ce titre en français et en basque, une brochure de Batasuna, l’aile politique de l’ETA, est distribuée dans les boîtes aux lettres du mois d’août aux touristes qui passent leurs vacances à Biarritz. Batasuna est un parti interdit en Espagne pour ses liens avec une organisation terroriste, mais c’est un parti autorisé en France.

Le Pays basque est présenté comme un espace « naturel » de sept provinces. Le développement de « notre territoire » doit s’appuyer sur « notre histoire, notre culture et notre identité propre ». Le Pays basque exprime depuis de longues années sa volonté d’avoir une institution propre pour les trois provinces du Pays basque Nord. La France doit tenir compte du droit des peuples auxquels elle impose sa tutelle.

Est-ce une revendication nationaliste ? Non. Il s’agit d’une revendication démocratique. Demander que « nous » puissions nous-mêmes décider de notre avenir est une revendication qui émane de tout citoyen basque. « Nous » devons pouvoir décider dans le domaine du logement, de l’économie, de la culture, de nos relations avec les Basques du sud. Avec l’autonomie, l’argent public reste au Pays basque. Actuellement Paris refuse de reconnaître cette réalité et « cette négation est source de conflit ».

Aussi vrai que 2 et 2 font 4, tu épouseras ma sœur. Ainsi peut-on forcer des gens à se marier, puisqu’effectivement 2 et 2 font 4. Telle est la méthode utilisée par Batasuna. Actuellement, les différents partis qui réclament l’autonomie se présentent aux élections et obtiennent avec une grande régularité, moins de dix pour cent des voix. Ce n’est donc pas Paris qui refuse l’autonomie, ce sont plus de 90% des électeurs du Pays basque français.

Comment contourner la difficulté ? En décidant que ne sont citoyens basques que ceux qui réclament l’autonomie. « cette revendication émane de tout citoyen basque ». Donc le citoyen d’où n’émane pas la revendication n’est pas citoyen basque. À un référendum sur l’autonomie ne participeront bien évidemment que les citoyens basques, c'est à dire ceux qui sont pour l’autonomie.

En refusant d’accorder aux citoyens basques l’autonomie qu’ils réclament, Paris impose sa tutelle qui est source de conflit. La brochure ne s’étend guère sur ce terme. S’agit-il des bombes lancées sur des agences immobilières ou des résidences secondaires ? S’agit-il des assassinats d’élus et de gardes civils du côté espagnol, assassinats que Batasuna refuse de condamner ?

Les mensonges, la purification ethnique guerrière ou symbolique, l’intimidation et la terreur politique doivent toujours être combattus.

les valises sont pleines

Les valises sont pleines, il ne manque que la boussole.

Aux membres du Parti socialiste, on annonce des journées d’études, des consultations, des conventions thématiques, des votes, des études et des expertises. Sommes-nous un parti politique ou un institut de sondage ? Aspirons-nous à gouverner ou à lancer une étude de marché pour un nouveau produit ? Nous sommes une centaine de milliers de militants socialistes, des dizaines de milliers d’élus à tous les niveaux qui travaillent et réfléchissent avec les Français. Il ne s’agit pas de « ressenti », il s’agit d’expérience accumulée à tous les niveaux. Nos tiroirs débordent de propositions, de programmes, de réformes. Nous sommes prêts à les soumettre aux citoyens, nous savons ce que le pays pense, ce qu’il attend de nous.

Elles veulent un logement confortable dans un quartier aimable. Elles veulent un travail intéressant qui leur permettra de gagner correctement leur vie. Elles souhaitent habiter un quartier où l’école ne contribuera pas à enfermer leurs enfants dans le destin que l’histoire, la géographie, la biologie leur assignent. Elles souhaitent pouvoir sortir le soir en toute tranquillité. Elles souhaitent une société apaisée et plus juste où les intérêts divergents seront négociés et aboutiront à des compromis. La majorité des hommes partagent ces aspirations.

Nous ne manquons pas de propositions, nous sommes divisés sur les grandes questions stratégiques. Une petite partie de la société est attirée par des solutions et des actions extrêmes. Ce qui revient aux socialistes n’est pas de souffler sur les braises, mais d’intervenir pour qu’émergent des solutions favorables à la société dans son ensemble. La question des alliances : peut-on gouverner avec ceux qui considèrent que la social-démocratie est l’adversaire principal ? À l’échelle internationale, devant les menaces réitérées contre les démocraties occidentales, avons-nous choisi ? Sommes-nous fiers ou sommes-nous honteux que des socialistes dirigent le FMI et l’OMC ? Faut-il mettre en œuvre le traité de Lisbonne ou le dénoncer ?

Recenser les questions stratégiques qui nous divisent, engager la discussion et dégager sur les points les importants une minorité et une majorité semble plus urgent que de réinventer ce qui existe déjà. Discuter du modèle de voiture, de l’âge du conducteur et des aménagements intérieurs tant que nous ne fixons pas l’itinéraire, semble vain. Sans clarté sur l’orientation, nos propositions ne seront ni audibles et crédibles.

Maurice Goldring.

samedi 8 août 2009

enfants

qu'est-ce qui déchire davantage le coeur des parents qui abandonnent leurs enfants à d'autres (amis, famille, école)? Quand les enfants pleurent ou quand les enfants ne pleurent pas?

mardi 14 juillet 2009

union avec qui?

à aix-en-provence, pour les élections municipales de dimanche prochain 19 juillet, un accord de fusion a été réalisé entre PS, Modem et Verts contre la droite. la Liste "Aix à gauche", PCF et NPA, ne donne pas de consigne de vote et considère que la "gauche sort affaiblie de ce scrutin". PCF et NPA préfèrent la ville d'Aix gouvernée par la droite plutôt que par la gauche avec l'appui du Modem et des Verts. Faut-il commenter?

jackson et staline

Quand Staline est mort, j’étais jeune étudiant communiste à la Sorbonne et il m’a semblé que le monde se figeait. La mort du leader des peuples faisait la une de tous les journaux. On n’échappait pas à la nouvelle et même des connaissances qui ne partageaient pas mes convictions me présentaient leurs condoléances comme s’il s’agissait de la mort d’un proche. Le deuil était universel.

Quand Jackson est mort, j’étais un vieux réformiste à Biarritz et il m’a semblé que le monde se figeait. La mort du chanteur faisait la une de tous les journaux. On n’échappait pas à la nouvelle et je quand je croisais des jeunes admirateurs qui pleuraient, je leur présentais mes condoléances. Le deuil était universel.

De Jackson, je n’avais écouté aucune chanson, regardé aucun clip, aimé aucune note et ce que j’avais glané de lui me l’avait rendu assez détestable. En observant ce déferlement d’informations, d’images, de commentaires, ce tsunami médiatique pour la mort d’un homme qui me laissait indifférent, je me suis rappelé la mort de Staline. Et je me suis dit, est-il possible qu’un grand nombre de personnes eussent éprouvé à l’égard de Joseph Staline ce que j’éprouvais à l’égard de Michael Jackson ? Une gamme de sentiments qui allaient de l’indifférence à l’hostilité ouverte ?

Cette comparaison n’a évidemment aucun sens. Mais elle m’est venue. Elle a calmé mon irritation devant les interminables minutes où se déroulaient commentaires radiophoniques et images télévisées. Je voyais le stade plein d’endeuillés et je me voyais au Vel d’Hiv en train de pleurer Staline. Que celui qui n’a jamais péché leur jette la première pierre.

mercredi 8 juillet 2009

Loïc wacquant

La Cinquième Conférence Latine pour la Réduction des Risques (CLAT 5) s'ouvre à Porto le mercredi 1 juillet 2009 par une conférence en anglais du sociologue Loïc Wacquant, un disciple de Bourdieu, sur le rôle de l’État dans la réduction des risques. Il explique le rôle central de l’État dans la pauvreté, la précarité, les addictions. L’État n’est pas une ambulance, mais un agent actif de la précarité qui conduit à toutes les pathologies sociales et individuelles. L’État néo-libéral est au service du capital financier, il privatise la santé et l’éducation, détruit les protections sociales, accroît ainsi la vulnérabilité de la main d’œuvre et affaiblit les modes de résistance et de luttes. . Il criminalise ceux qu'il a enfermés dans la pauvreté. Il les traque, les emprisonne. Il les oblige par cette répression grandissante et permanente à accepter les pires conditions de travail. Ceux qui refusent, ceux qui se rebellent, en se réfugiant dans la délinquance, le trafic de drogue, les émeutes urbaines, le refus des règles, le squat, l'errance, sont punis pour en faire des employés dociles. L'État crée la délinquance, la toxicomanie, les dépendances et les criminalise comme on criminalisait jadis la pauvreté et le vagabondage. C’est ainsi qu’on est passé dans les grands pays capitalistes du welfare state au workfare state.

Les conclusions sont accueillies par des applaudissements polis et j’entends autour de moi des remarques qui semblent indiquer que l’orateur n’a pas convaincu toute l’assistance. Nombre de mes voisins partagent mon embarras. Embarras sur le caractère éternel d’une dénonciation qui prend mal en compte les changements. Hier, le welfare state était dénoncé par des penseurs radicaux pour deux raisons principales : Le système permettait de financer les revenus du travail par les fonds publics et réduisait la part du capital consacré aux salaires. Deuxièmement, il développait des modes de contrôle social qui entravaient et affaiblissaient les luttes ouvrières. Aujourd’hui, les héritiers de ces penseurs radicaux critiquent l’état néo-libéral parce qu’il détruit ce qu’ils vilipendaient hier avec les mêmes mots.

Le conférencier s’adresse à un public composé majoritairement de travailleurs sociaux, de responsables associatifs, des chercheurs en sciences sociales, d’élus responsables de la lutte contre les pathologies addictives, des gens qui sont payés ou soutenus par leur état respectif pour leurs compétences, leur temps de travail, leurs recherches dans le combat pour la réduction des risques. Il s’adresse à des gens qui se battent, qui obtiennent des résultats dans le domaine de la réduction des risques et il leur dit que le Léviathan étatique réduit leurs efforts à néant alors que c’est dans les pays occidentaux les plus avancés que la réduction des risques se développe le plus. N’est-ce pas aujourd’hui dans les pays les plus vivement dénoncés par le conférencier qu’on résiste le mieux et le plus efficacement à la criminalisation de la pauvreté et des addictions ? Quels sont les cinquante états où l’usage et le trafic de drogue sont punis de mort. Les états les plus développés ?

Après la conférence, je me suis approché de Loïc Wacquant, je me suis présenté et je lui ai posé cette question : « si vous êtes usager de drogue et que vous avez le choix de la résidence, quel lieu et quel pays choisiriez-vous ? La Corée du Nord, Cuba, l’Arabie Saoudite, la Chine, le Soudan, la Russie ou la Goutte d'Or ? ». Il m’a répondu sans hésiter : la Goutte d'Or, bien sûr. Une telle réponse aurait pu introduire une passionnante réflexion sur l’État et la réduction des risques. C’eût été une autre conférence.