La candidature de Ségolène Royal est ce que les gens de la presse appellent un marronnier : elle est saisonnière, prévisible et pourtant, il faut en parler, comme du verglas en hiver. Elle se moque ainsi des décisions collectives, du calendrier adopté. Mais il lui faut rattraper les points perdus. Alors tout est bon: le retour de la retraite à soixante ans, l'alliance avec la gauche radicale et la voiture électrique sur les routes chinoises. Dans un autre domaine, mais tout aussi efficace, Eric Cantona propose de faire la révolution en retirant l'argent déposé dans les banques. Si vingt millions de clients retiraient leurs dépôts, les banques seraient en faillite, les halls de banque serviraient de logements d'urgence et Cantona irait vivre en Suisse.
Pourquoi ça marche? Parce que le parti socialiste a perdu l'habitude discuter des questions de fond Les batailles de clan ont remplacé les débats d'idées. Le dernier vrai débat a eu lieu sur l'Europe. Depuis, plus d'affrontement sur rien, plus rien sur ce qui risque de diviser. Le silence des idées laisse toute leur place aux bateleurs.
après avoir donné de mauvais exemples, voici venir l'âge des bons conseils.
mercredi 1 décembre 2010
jeudi 18 novembre 2010
multiculturalisme
Multiculturalisme
Le quartier est la Goutte d'Or, le lieu le carrefour entre la rue Polonceau et la rue des Gardes. Une voiture conduite par une femme de type caucasien pile devant deux petits Africains qui traversent la rue en courant. Derrière, un conducteur type Africain du nord, freiné dans son élan, klaxonne. Furieuse, la caucasienne sort de sa voiture et dit avec un accent canadien à l'Africain du Nord qu'elle a freiné pour éviter d'écraser des enfants, il voulait que je les écrase, peut-être? Le type Africain du Nord continue à grommeler. De l'autre côté de la rue, un type âgé, type Africain du Nord, dit "elle est raciste, cette dame". Un autre type, type Africain du Nord, lui dit qu'elle a raison, on n'écrase pas les enfants et c'est l'autre qui a tort. Un type, type Juif ashkénaze, dit au premier que c'est de la folie de traiter de raciste quelqu'un qui évite d'écraser des petits Africains. Il persiste: elle est raciste. L'autre dit non, elle n'est pas raciste. Il se fait engueuler par le premier qui a la sensation que son copain le trahit. Une femme type Africaine de l'Ouest, dit elle a raison. Le mec type juif ashkénaze dit que oui, elle a raison. Les voitures repartent, tout le monde se sépare en se disant bonsoir. C'était hier soir, à six heures du soir, à l'angle de la rue Polonceau et de la rue des Gardes.
Le quartier est la Goutte d'Or, le lieu le carrefour entre la rue Polonceau et la rue des Gardes. Une voiture conduite par une femme de type caucasien pile devant deux petits Africains qui traversent la rue en courant. Derrière, un conducteur type Africain du nord, freiné dans son élan, klaxonne. Furieuse, la caucasienne sort de sa voiture et dit avec un accent canadien à l'Africain du Nord qu'elle a freiné pour éviter d'écraser des enfants, il voulait que je les écrase, peut-être? Le type Africain du Nord continue à grommeler. De l'autre côté de la rue, un type âgé, type Africain du Nord, dit "elle est raciste, cette dame". Un autre type, type Africain du Nord, lui dit qu'elle a raison, on n'écrase pas les enfants et c'est l'autre qui a tort. Un type, type Juif ashkénaze, dit au premier que c'est de la folie de traiter de raciste quelqu'un qui évite d'écraser des petits Africains. Il persiste: elle est raciste. L'autre dit non, elle n'est pas raciste. Il se fait engueuler par le premier qui a la sensation que son copain le trahit. Une femme type Africaine de l'Ouest, dit elle a raison. Le mec type juif ashkénaze dit que oui, elle a raison. Les voitures repartent, tout le monde se sépare en se disant bonsoir. C'était hier soir, à six heures du soir, à l'angle de la rue Polonceau et de la rue des Gardes.
mercredi 17 novembre 2010
salle de consommation
Edito alter EGO
Dans les petites unités industrielles, on ne voyait pas les familles qui travaillaient quinze heures par jour, hommes, femmes, enfants à partir de quatre ans. Ils dormaient dans les ateliers, invisibles au passant. Les nécessités techniques requérant de grandes unités, les ouvriers dormant dehors, mourant dehors d'épuisement, sont devenus visibles. Des mesures de réduction des risques ont été prises, sous la pression conjuguée des premières corporations syndicales et des indignations humanitaires : on interdit le travail des enfants, on réduisit les journées de travail, on construisit des logements et des hôpitaux.
Il y eut la misère. Quand elle devint trop visible dans les grandes villes, on décida la combattre en lui déclarant la guerre, en emprisonnant les pauvres dans des prisons ou dans des asiles où ils devaient travailler pour vivre. Sous la pression conjuguée des mouvements sociaux et des organisations philanthropiques, on inventa la protection sociale, les logements accessibles, les écoles gratuites, les assurances sociales, les dispensaires de soins.
Il y eut la drogue. Boire un petit coup c'est agréable. Le gris que l'on prend dans ses doigts et qu'on roule. L'opium se fumait dans des établissements fermés. Le cannabis dans des soirées festives, l'alcool dans les cafés ou dans les salles à manger. Puis des consommateurs qui n'avaient pas de travail et pas de logement se mirent à consommer là où ils pouvaient, dans la rue, dans les couloirs des immeubles, le long des squares, sous les ponts de chemins de fer. Ils devinrent visibles et on déclara la guerre à la drogue.
La drogue devint le lieu de tous les maux, de tous les vices, de toutes les difficultés. Elle envahit tout, détruit et corrompt l'humanité, elle est l'arme principale dirigée contre les sociétés occidentales. On déclara la guerre à la drogue. Les résultats en sont connus. des milliards dépensés en vain, la vente et la consommation ne cessent d'augmenter.
Il n'y a pas la drogue, il y a des drogues, et surtout il y a des comportements, des situations, des précarités, des misères, où les drogues jouent un rôle, mais rarement le rôle principal. Les résultats de la réduction des risques sont connus, il y a moins de morts, moins de maladies. Ils ne font pas disparaître les nombreux, les innombrables, les toujours renouvelés, facteurs qui conduisent à la consommation. Chaque fois qu'une mesure de réduction des risques nouvelle apparaît, hier la distribution de seringues, aujourd'hui les salles de consommation, les pouvoirs publics et l'opinion demandent à ceux qui la mettent en place de trouver aux consommateurs une santé, un logement, un emploi et une famille. Ceux qui sont aux premières lignes sont soumis à cette énorme pression et ils fatiguent parfois de ne pas pouvoir toujours transformer l'enfer en paradis.
Quand les misères, les douleurs, les souffrances, les d'angoisses, les précarités auront disparu, il n'y aura plus de drogue. Effectivement, on consomme moins au Père Lachaise que dans les squats.
Dans les petites unités industrielles, on ne voyait pas les familles qui travaillaient quinze heures par jour, hommes, femmes, enfants à partir de quatre ans. Ils dormaient dans les ateliers, invisibles au passant. Les nécessités techniques requérant de grandes unités, les ouvriers dormant dehors, mourant dehors d'épuisement, sont devenus visibles. Des mesures de réduction des risques ont été prises, sous la pression conjuguée des premières corporations syndicales et des indignations humanitaires : on interdit le travail des enfants, on réduisit les journées de travail, on construisit des logements et des hôpitaux.
Il y eut la misère. Quand elle devint trop visible dans les grandes villes, on décida la combattre en lui déclarant la guerre, en emprisonnant les pauvres dans des prisons ou dans des asiles où ils devaient travailler pour vivre. Sous la pression conjuguée des mouvements sociaux et des organisations philanthropiques, on inventa la protection sociale, les logements accessibles, les écoles gratuites, les assurances sociales, les dispensaires de soins.
Il y eut la drogue. Boire un petit coup c'est agréable. Le gris que l'on prend dans ses doigts et qu'on roule. L'opium se fumait dans des établissements fermés. Le cannabis dans des soirées festives, l'alcool dans les cafés ou dans les salles à manger. Puis des consommateurs qui n'avaient pas de travail et pas de logement se mirent à consommer là où ils pouvaient, dans la rue, dans les couloirs des immeubles, le long des squares, sous les ponts de chemins de fer. Ils devinrent visibles et on déclara la guerre à la drogue.
La drogue devint le lieu de tous les maux, de tous les vices, de toutes les difficultés. Elle envahit tout, détruit et corrompt l'humanité, elle est l'arme principale dirigée contre les sociétés occidentales. On déclara la guerre à la drogue. Les résultats en sont connus. des milliards dépensés en vain, la vente et la consommation ne cessent d'augmenter.
Il n'y a pas la drogue, il y a des drogues, et surtout il y a des comportements, des situations, des précarités, des misères, où les drogues jouent un rôle, mais rarement le rôle principal. Les résultats de la réduction des risques sont connus, il y a moins de morts, moins de maladies. Ils ne font pas disparaître les nombreux, les innombrables, les toujours renouvelés, facteurs qui conduisent à la consommation. Chaque fois qu'une mesure de réduction des risques nouvelle apparaît, hier la distribution de seringues, aujourd'hui les salles de consommation, les pouvoirs publics et l'opinion demandent à ceux qui la mettent en place de trouver aux consommateurs une santé, un logement, un emploi et une famille. Ceux qui sont aux premières lignes sont soumis à cette énorme pression et ils fatiguent parfois de ne pas pouvoir toujours transformer l'enfer en paradis.
Quand les misères, les douleurs, les souffrances, les d'angoisses, les précarités auront disparu, il n'y aura plus de drogue. Effectivement, on consomme moins au Père Lachaise que dans les squats.
vendredi 12 novembre 2010
chronique goutte d'or
Maurice Goldring, chronique d'un habitant de la Goutte d'Or
Selon les jours, le temps, les informations et les états de santé, l'humeur change. Il ne faut pas grand-chose. Le matin, avant dix heures, les rues sont propres, les marchands de drogues et de contrefaçons dorment encore, les commerçants ouvrent leurs rideaux et se saluent les uns les autres, un verre de café à la main. Des jeunes en bonne santé partent au travail, ils descendent de la butte ou de la Goutte d'Or, ils ont un passe Navigo et achètent Libération au kiosque où se vendent les titres nationaux, les titres étrangers, Le Guardian, le Herald Tribune et El Païs. On se croirait aux Champs -Elysées ou dans la salle d'attente d'un aéroport parisien. Des jeunes gens distribuent les journaux gratuits aux voyageurs pressés.
Ensuite arrivent les distributeurs de prospectus pour guérisseurs, rebouteux, chamans, sorciers, mages, marabouts. Leurs feuilles légères s'envolent et tapissent les trottoirs comme des pétales de fleurs qui accueillent les mariés à la sortie de l'église. Puis s'installent les vendeurs de vêtements, de chaussettes, de sous-vêtements, de ceintures, d'écharpes, de bijoux, de montres, jeunes, sportifs, il faut courir vite avec le baluchon sur le dos quand la maréchaussée s'approche. Puis les vendeuses de maïs chaud, souvent des Africaines, et les jeunes Maghrébins qui proposent des cigarettes Le trottoir n'est pas extensible, tout ce monde se dispute le territoire entre eux et avec les autres négociants légaux. La personne qui va faire des courses avec un caddy doit se frayer un chemin. La Goutte d'Or c'est la Loire en période de sécheresse, un mince filet de passants réussit à se faufiler entre les bancs de sable. Les usagers de drogue et les vendeurs se cherchent. Le soir, beaucoup plus tard, les prostituées s'installent aux carrefours.
L'habitant de la Goutte d'Or n'aime pas qu'on décrive son quartier comme s'il n'existait pas entre sept heures et dix heures.
Selon les jours, le temps, les informations et les états de santé, l'humeur change. Il ne faut pas grand-chose. Le matin, avant dix heures, les rues sont propres, les marchands de drogues et de contrefaçons dorment encore, les commerçants ouvrent leurs rideaux et se saluent les uns les autres, un verre de café à la main. Des jeunes en bonne santé partent au travail, ils descendent de la butte ou de la Goutte d'Or, ils ont un passe Navigo et achètent Libération au kiosque où se vendent les titres nationaux, les titres étrangers, Le Guardian, le Herald Tribune et El Païs. On se croirait aux Champs -Elysées ou dans la salle d'attente d'un aéroport parisien. Des jeunes gens distribuent les journaux gratuits aux voyageurs pressés.
Ensuite arrivent les distributeurs de prospectus pour guérisseurs, rebouteux, chamans, sorciers, mages, marabouts. Leurs feuilles légères s'envolent et tapissent les trottoirs comme des pétales de fleurs qui accueillent les mariés à la sortie de l'église. Puis s'installent les vendeurs de vêtements, de chaussettes, de sous-vêtements, de ceintures, d'écharpes, de bijoux, de montres, jeunes, sportifs, il faut courir vite avec le baluchon sur le dos quand la maréchaussée s'approche. Puis les vendeuses de maïs chaud, souvent des Africaines, et les jeunes Maghrébins qui proposent des cigarettes Le trottoir n'est pas extensible, tout ce monde se dispute le territoire entre eux et avec les autres négociants légaux. La personne qui va faire des courses avec un caddy doit se frayer un chemin. La Goutte d'Or c'est la Loire en période de sécheresse, un mince filet de passants réussit à se faufiler entre les bancs de sable. Les usagers de drogue et les vendeurs se cherchent. Le soir, beaucoup plus tard, les prostituées s'installent aux carrefours.
L'habitant de la Goutte d'Or n'aime pas qu'on décrive son quartier comme s'il n'existait pas entre sept heures et dix heures.
mardi 2 novembre 2010
égalité
Dans un système aristocratique ou de caste, les carrières, les métiers, les pouvoirs sont déterminés par le lieu de naissance. Dans un système démocratique, il faut que des institutions accordent des légitimités de compétence qui fassent coïncider privilèges de la naissance et égalité républicaine. En France, ce sont les grandes écoles. Elles sont justes: les concours sont anonymes. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, c'est l'argent. Le système est injuste. Les entretiens d'accès ne sont pas anonymes, les études sont très chères. Au final: par un système d'aide, de bourses, de formation permanente, les classes populaires sont mieux représentées dans les grands établissements des pays anglo-saxons que dans la France républicaine. Ça pose un problème?
Jusque là, la gauche n'a jamais touché aux grands écoles, aux grands établissements. Claude Allègre a essayé. En vain. Les profs des classes de préparation sont descendus dans la rue parce qu'on voulait toucher à certains privilèges scandaleux, avec l'aide des républicains Finkelkraut et Régis Debray. Le projet fut abandonné. Le système est puissant. On ignore généralement qu'au plus fort du mouvement de mai 68, les concours se tenaient, assurés le jour par les enseignants qui luttaient le soir pour l'abolition des privilèges, et les étudiants les plus enragés n'étaient pas absents aux oraux de normale ou de polytechnique.
Je ne vous parle pas d'un détail. L'accès aux grands établissements assurent des privilèges pour la vie. Et même pour la mort. Voyez les nécros: jamais un mort n'est un ancien de l'université de la Paris ou de Toulouse, mais son corps froid est celui d'un ancien de normale ou de l'X. Ce système marque toute la société: il inclut à vie et il exclut à vie. La majorité de la société n'y accède pas et ne pourra jamais y accéder, car le système de formation permanente est notoirement inefficace. Il reste le sport et la chanson, et tant pis pour les maigrichons qui chantent faux. Ce système élitiste joue un rôle de premier plan dans le malaise social.
Comment faire? La révolution? c'est d'envoyer les riches et les mains blanches à la campagne ou dans des camps de rééducation, et de peupler les universités et les écoles des prolétaires. On a essayé, pas terrible. Le compromis social. Graduel. Soutenir ce qui se fait dans ce domaine (voir l'ena, la voie parallèle qui a provoqué tant de résistances) ou sciences po. Ne pas mépriser ces efforts. Le compromis social, c'est aussi regarder ce qui se passe dans les écoles de la Goutte d'Or.
Annoncer une volonté: c'est 1. Le pays ne pourra pas assurer la promotion démocratique des élites en généralisant le système des grandes écoles qui est le plus coûteux et sans doute pas le plus efficace en termes de formation de haut niveau. Donc répartir les ressources. En budget, dans le territoire. Ce qui signifie soutenir les filières sélectives au sein des universités.
2. montrer l'exemple. Le PS est le reflet fidèle du système scolaire élitiste. Assurer la promotion permanente des cadres issus des milieux populaires. En regroupant les ressources qui existent: fondations, contrats avec les universités, une école nationale de promotion. Un observatoire de la diversité sociale, indépendant, qui mesure les progrès. Ce qui suppose dans l'immédiat la renonciation au cumul des mandats, immense obstacle à la promotion de militants et des militantes;
Jusque là, la gauche n'a jamais touché aux grands écoles, aux grands établissements. Claude Allègre a essayé. En vain. Les profs des classes de préparation sont descendus dans la rue parce qu'on voulait toucher à certains privilèges scandaleux, avec l'aide des républicains Finkelkraut et Régis Debray. Le projet fut abandonné. Le système est puissant. On ignore généralement qu'au plus fort du mouvement de mai 68, les concours se tenaient, assurés le jour par les enseignants qui luttaient le soir pour l'abolition des privilèges, et les étudiants les plus enragés n'étaient pas absents aux oraux de normale ou de polytechnique.
Je ne vous parle pas d'un détail. L'accès aux grands établissements assurent des privilèges pour la vie. Et même pour la mort. Voyez les nécros: jamais un mort n'est un ancien de l'université de la Paris ou de Toulouse, mais son corps froid est celui d'un ancien de normale ou de l'X. Ce système marque toute la société: il inclut à vie et il exclut à vie. La majorité de la société n'y accède pas et ne pourra jamais y accéder, car le système de formation permanente est notoirement inefficace. Il reste le sport et la chanson, et tant pis pour les maigrichons qui chantent faux. Ce système élitiste joue un rôle de premier plan dans le malaise social.
Comment faire? La révolution? c'est d'envoyer les riches et les mains blanches à la campagne ou dans des camps de rééducation, et de peupler les universités et les écoles des prolétaires. On a essayé, pas terrible. Le compromis social. Graduel. Soutenir ce qui se fait dans ce domaine (voir l'ena, la voie parallèle qui a provoqué tant de résistances) ou sciences po. Ne pas mépriser ces efforts. Le compromis social, c'est aussi regarder ce qui se passe dans les écoles de la Goutte d'Or.
Annoncer une volonté: c'est 1. Le pays ne pourra pas assurer la promotion démocratique des élites en généralisant le système des grandes écoles qui est le plus coûteux et sans doute pas le plus efficace en termes de formation de haut niveau. Donc répartir les ressources. En budget, dans le territoire. Ce qui signifie soutenir les filières sélectives au sein des universités.
2. montrer l'exemple. Le PS est le reflet fidèle du système scolaire élitiste. Assurer la promotion permanente des cadres issus des milieux populaires. En regroupant les ressources qui existent: fondations, contrats avec les universités, une école nationale de promotion. Un observatoire de la diversité sociale, indépendant, qui mesure les progrès. Ce qui suppose dans l'immédiat la renonciation au cumul des mandats, immense obstacle à la promotion de militants et des militantes;
jeudi 14 octobre 2010
musique sérielle
Le combat contre l'injuste réforme des retraites prend de l'ampleur. Il rassemble une majorité de Français sur la base d'une opinion simple: il faut une réforme, mais pas celle-là. Les dirigeants syndicaux unis élaborent des mots d'ordre et des formes d'action qui amplifient le mouvement social. Ils ne vocifèrent pas d'impossibles objectifs, comme retraite à 60 ans ou grève générale.
La droite combat le mouvement en le dénaturant: les manifestants refusent toute réforme. C'est un mouvement minoritaire, manipulé par les politiques et par l'extrémisme.
Le mouvement syndical est uni et responsable. Il vise à combattre l'injustice de la réforme. Le mouvement politique est désuni et irresponsable. A l'extrême-gauche, on recherche l'affrontement et pas le compromis. Les actions minorisantes, les actions "dures", sans se poser la question : "dures pour qui?". Le parti socialiste, porteur de l'alternance est désuni et parle à plusieurs voix. Ségolène Royal confond slogans et politique. Elle demande un jour l'impossible retour à la retraite à 60 ans, le lendemain un impossible référendum sur la question et toujours pour rester au centre, appelle les jeunes à descendre dans la rue. Sa stratégie est lumineuse: elle veut absolument être la candidate socialiste qui sera battue au second tour en 2012.
La droite combat le mouvement en le dénaturant: les manifestants refusent toute réforme. C'est un mouvement minoritaire, manipulé par les politiques et par l'extrémisme.
Le mouvement syndical est uni et responsable. Il vise à combattre l'injustice de la réforme. Le mouvement politique est désuni et irresponsable. A l'extrême-gauche, on recherche l'affrontement et pas le compromis. Les actions minorisantes, les actions "dures", sans se poser la question : "dures pour qui?". Le parti socialiste, porteur de l'alternance est désuni et parle à plusieurs voix. Ségolène Royal confond slogans et politique. Elle demande un jour l'impossible retour à la retraite à 60 ans, le lendemain un impossible référendum sur la question et toujours pour rester au centre, appelle les jeunes à descendre dans la rue. Sa stratégie est lumineuse: elle veut absolument être la candidate socialiste qui sera battue au second tour en 2012.
mardi 12 octobre 2010
radicalisation
Radicalisation
"C'est le gouvernement qui radicalise le mouvement". La formule est ambiguë. Si elle veut dire que le gouvernement a intérêt à radicaliser le mouvement parce qu'il peut plus facilement défaire une minorité énervée qu'une majorité résolue, on peut la comprendre. Si elle vise à justifier ou "comprendre" des actions minorisantes, alors, la formule est politiquement dangereuse. Quand de petits groupes animés par des militants de l'extrême- révolte décident de mener des actions spectaculaire, ce n'est pas le gouvernement, c'est le petit groupe qui décide, et c'est ce groupe qui doit être combattu. Pas en participant à des meetings avec ses leaders, pas en essayant de tourner à gauche les discours incendiaires ou jusqu'auboutistes. En le combattant politiquement.
"C'est le gouvernement qui radicalise le mouvement". La formule est ambiguë. Si elle veut dire que le gouvernement a intérêt à radicaliser le mouvement parce qu'il peut plus facilement défaire une minorité énervée qu'une majorité résolue, on peut la comprendre. Si elle vise à justifier ou "comprendre" des actions minorisantes, alors, la formule est politiquement dangereuse. Quand de petits groupes animés par des militants de l'extrême- révolte décident de mener des actions spectaculaire, ce n'est pas le gouvernement, c'est le petit groupe qui décide, et c'est ce groupe qui doit être combattu. Pas en participant à des meetings avec ses leaders, pas en essayant de tourner à gauche les discours incendiaires ou jusqu'auboutistes. En le combattant politiquement.
dimanche 12 septembre 2010
castro
Dans Cuba socialiste, dans Cuba de Fidel Castro, les homosexuels étaient considérés comme contre-révolutionnaires et envoyés dans des camps de rééducation. Dans un entretien au journal mexicain La Jornada (Le monde, 3 septembre 2010), Fidel Castro reconnaît ce fait et sa responsabilité. Au beau milieu de la crise des missiles, Fidel était pris par la politique. "échapper à la CIA qui achetait tellement de traîtres, parfois parmi nos proches, n'était pas une chose facile". Grâce à Mario Castro, la situation s'est améliorée. Mario Castro est la fille de Raul Castro, la nièce de Fidel.
Grâce au liquide-vaisselle concentré, une petite goutte permet de laver des piles d'assiettes. Ici nous avons du concentré d'information, une petite goutte fait bouillonner la réflexion. D'une part, les homos étaient envoyés dans des camps de rééducation, on le savait. Fidel Castro le reconnaît, mais quand même, la situation était tendue, et la CIA active. Faut-il entendre que les homos étaient des traîtres en puissance? Il faut l'entendre. Parce que dans les années cinquante, dans le PCF dont j'étais membre, on disait des homosexuels, bon, il ne fallait pas les fusiller, mais quand même, étant donné leur "déviation", ils pouvaient être arrêtés et la police pouvaient les utiliser comme traîtres et infiltrés. Nous étions castristes.
D'autre part, pour que les choses changent, inutile de créer des associations, de manifester, de voter, de protester. Il faut convaincre la nièce du dictateur, elle saura faire bouger les choses.
Mais direz-vous, la démocratie, c'est un luxe de riches. Erreur. Les migrants, pas les plus riches, qui sont d'une grande sensibilité sociale et politique, ne vont jamais assiéger les ambassades de Fidel Castro, d'Hugo Chavez, d'Ahmadinajad, de Kim Jong Il, de Poutine. Ils choisissent toujours les pays démocratiques comme lieux d'arrivée. Demandez-leur pourquoi.
Grâce au liquide-vaisselle concentré, une petite goutte permet de laver des piles d'assiettes. Ici nous avons du concentré d'information, une petite goutte fait bouillonner la réflexion. D'une part, les homos étaient envoyés dans des camps de rééducation, on le savait. Fidel Castro le reconnaît, mais quand même, la situation était tendue, et la CIA active. Faut-il entendre que les homos étaient des traîtres en puissance? Il faut l'entendre. Parce que dans les années cinquante, dans le PCF dont j'étais membre, on disait des homosexuels, bon, il ne fallait pas les fusiller, mais quand même, étant donné leur "déviation", ils pouvaient être arrêtés et la police pouvaient les utiliser comme traîtres et infiltrés. Nous étions castristes.
D'autre part, pour que les choses changent, inutile de créer des associations, de manifester, de voter, de protester. Il faut convaincre la nièce du dictateur, elle saura faire bouger les choses.
Mais direz-vous, la démocratie, c'est un luxe de riches. Erreur. Les migrants, pas les plus riches, qui sont d'une grande sensibilité sociale et politique, ne vont jamais assiéger les ambassades de Fidel Castro, d'Hugo Chavez, d'Ahmadinajad, de Kim Jong Il, de Poutine. Ils choisissent toujours les pays démocratiques comme lieux d'arrivée. Demandez-leur pourquoi.
mercredi 8 septembre 2010
paul Noirot est mort
Paul Noirot jeudi 9 septembre 2010
Dans le paysage politique des années 1970, Paul Noirot a été une borne lumineuse. C'est ce témoignage que je veux porter en guise de condoléances à sa famille, à ses proches. Les militants communistes qui rompaient avec leur parti, qui rompaient avec le communisme même, se retrouvaient comme des demi-soldes de la révolution. Pour ceux qui étaient leurs adversaires, ils restaient d' anciens communistes. Pour l'administration communiste, ils étaient des traîtres, des fuyards, ou pire, des repentis. Pour nous qui avons à des périodes différentes franchi le pas, nous quittions une immense excitation, qui consistait chaque jour à faire la révolution, et une une immense fraternité, pour se retrouver dans le vide.
Parmi les militants intellectuels, certains avaient la chance ou le privilège de se placer sous la protection des institutions. Elles ne remplissaient pas le vide. Pour ceux d'entre nous qui étaient des journalistes bénévoles ou salariés, les débouchés étaient rares. La presse communiste nous était désormais fermée, mais les autres moyens d'information ne se précipitaient pour nous accueillir. Le PCF même affaibli restait une force avec laquelle il fallait compter et beaucoup ne voulaient pas se fâcher en permettant que s'expriment chez eux des personnes que la direction avait excommuniés.
Paul n'était pas du genre geignard. Il n'y avait plus de lieu pour écrire, il les créa. Politique aujourd'hui, Politique hebdo. Des lieux où se rencontraient des personnes, des idées, des projets. Nous qui avions le sentiment qu'on voulait nous faire taire, qu'on ne voulait pas nous entendre, nous avons pu à nouveau écrire, parler, être imprimés, corriger des épreuves, sentir l'odeur du papier, protester contre des coupes, provoquer des approbations ou des critiques. Nous retrouvions un ancrage.
Quand Paul Noirot a été exclu du PCF et qu'il a lancé Politique aujourd'hui, il recueillit l'appui de nombreux intellectuels membres du PCF. La direction communiste lança une campagne d'exclusion et d'intimidation: il fallait choisir entre participer à la revue de Paul et l'appartenance au Parti communiste. J'étais alors membre responsable du PCF à la fédération de Paris et à ce titre, j'ai participé à cette campagne d'exclusion et d'intimidation. Je tenais à jour la liste des délinquants et chaque fois qu'un nom se retirait, on me félicitait, chaque fois qu'un nom restait, on me pressait d'intervenir à nouveau. Quand vint mon tour d'être intimidé, puis exclu, j'ai trouvé grâce à Paul, qui connaissait tout ça, des lieux où je pouvais écrire. Bien sûr, il y a très longtemps, mais il ne faut pas confondre amnistie et amnésie.
L'histoire se fait avec des hommes qui font des choix. Paul Noirot a été un acteur de cette histoire et les choix qu'il a faits méritent le respect. Tous ceux qui ont partagé sa vie et ses aventures continueront d'en témoigner.
Dans le paysage politique des années 1970, Paul Noirot a été une borne lumineuse. C'est ce témoignage que je veux porter en guise de condoléances à sa famille, à ses proches. Les militants communistes qui rompaient avec leur parti, qui rompaient avec le communisme même, se retrouvaient comme des demi-soldes de la révolution. Pour ceux qui étaient leurs adversaires, ils restaient d' anciens communistes. Pour l'administration communiste, ils étaient des traîtres, des fuyards, ou pire, des repentis. Pour nous qui avons à des périodes différentes franchi le pas, nous quittions une immense excitation, qui consistait chaque jour à faire la révolution, et une une immense fraternité, pour se retrouver dans le vide.
Parmi les militants intellectuels, certains avaient la chance ou le privilège de se placer sous la protection des institutions. Elles ne remplissaient pas le vide. Pour ceux d'entre nous qui étaient des journalistes bénévoles ou salariés, les débouchés étaient rares. La presse communiste nous était désormais fermée, mais les autres moyens d'information ne se précipitaient pour nous accueillir. Le PCF même affaibli restait une force avec laquelle il fallait compter et beaucoup ne voulaient pas se fâcher en permettant que s'expriment chez eux des personnes que la direction avait excommuniés.
Paul n'était pas du genre geignard. Il n'y avait plus de lieu pour écrire, il les créa. Politique aujourd'hui, Politique hebdo. Des lieux où se rencontraient des personnes, des idées, des projets. Nous qui avions le sentiment qu'on voulait nous faire taire, qu'on ne voulait pas nous entendre, nous avons pu à nouveau écrire, parler, être imprimés, corriger des épreuves, sentir l'odeur du papier, protester contre des coupes, provoquer des approbations ou des critiques. Nous retrouvions un ancrage.
Quand Paul Noirot a été exclu du PCF et qu'il a lancé Politique aujourd'hui, il recueillit l'appui de nombreux intellectuels membres du PCF. La direction communiste lança une campagne d'exclusion et d'intimidation: il fallait choisir entre participer à la revue de Paul et l'appartenance au Parti communiste. J'étais alors membre responsable du PCF à la fédération de Paris et à ce titre, j'ai participé à cette campagne d'exclusion et d'intimidation. Je tenais à jour la liste des délinquants et chaque fois qu'un nom se retirait, on me félicitait, chaque fois qu'un nom restait, on me pressait d'intervenir à nouveau. Quand vint mon tour d'être intimidé, puis exclu, j'ai trouvé grâce à Paul, qui connaissait tout ça, des lieux où je pouvais écrire. Bien sûr, il y a très longtemps, mais il ne faut pas confondre amnistie et amnésie.
L'histoire se fait avec des hommes qui font des choix. Paul Noirot a été un acteur de cette histoire et les choix qu'il a faits méritent le respect. Tous ceux qui ont partagé sa vie et ses aventures continueront d'en témoigner.
dimanche 5 septembre 2010
tours angers
Tours-Angers août-septembre 2010
J'ai eu beaucoup de mal à intégrer le nom de la ville d'Angers, terme de ce périple. J'ai persisté jusqu'au bout, jusqu'au dernier jour, à dire "Agen" au lieu d'Angers. Ce qui irritait, à juste titre, ma co-randonneuse. Bien sûr, entre Angers et Agen, on a le droit de tromper. Mais pas de se tromper tout le temps. Au point où en arrivant à Angers, je me suis arrêté pour demander le centre de la ville et j'ai demandé à deux messieurs qui manifestement étaient commerçant à Angers où était le centre d'Agen et ils m'ont répondu qu'ils ne savaient pas, parce qu'ils étaient d'Angers. Ma co-randonneuse était irritée parce qu'elle était certaine que je le faisais exprès alors que pas du tout. Elle n'aimait pas me dit-elle qu'on se foute de la gueule des gens comme ça, j'aurais pu répondre que moi non plus je n'aimais pas qu'on se fiche de la gueule d'Agen, mais j'ai senti que ce n'était pas le moment. Attention danger, pas d'Agen.
Je connais l'origine de cette erreur. Pendant toute une vie parentale, j'ai utilisé l'expression "prunauda" quand l'un des enfants pleurnichait à la suite d'une chute, d'un cou, d'un bobo. Pourquoi prunauda? Parce que pruneau d'Agen. Faut-il expliquer? Bien sûr que non. En choisissant l'itinéraire le long de la Loire de Tours à Angers, je me persuadais que j'allais enfin acheter des pruneaux à Agen. J'en étais certain. On peut se tromper, non? Et quand nous sommes arrivés à proximité d'Angers, j'ai commencé à dire que nous allions acheter des pruneaux, ma co-randonneuse n'a pas compris. Quand elle avait mal et qu'elle se plaignait, je lui disais encore récemment, pruneauda, parce que… Mais pas pruneau d'Angers, ça n'a aucun sens. Bref, à cause de ça, il y eut sur la côte de l'Ardoisière une certaine tension accentuée par une montée cagnardeuse.
Sinon, rien. On était bien. Le temps: du soleil, mais pas trop chaud. Entre 18 le matin et 25 au plus fort. Les pistes bien entretenues. Bien balisées. Un peu de vent, juste pour dire que le vent fatigue. Les hôtels deux étoiles confortables, les hôteliers aimables, les lits à point, le petit déjeuner varié. Les restaurants abordables, cuisine angevine. Pas d'incident, donc. Si: cet épisode relaté plus haut, sur Angers et Agen, rien du tout.
Si tout se passe bien, il n'y a plus rien à raconter. Ou à dresser la liste des monuments que nous avons vus ou visités: La cathédrale Saint-Gratien à Tours, les jardins de Villandry, nous avons heureusement évité le château d'Azay le Rideau, le château d'Ussé, le château de la belle au bois dormant, le superbe château de Chinon que nous avons visité, le château de Montsoreau rendu célèbre par Alexandre Dumas, l'abbaye de Fontevraud, à laquelle nous avons renoncé, les village troglodytes, les caves vinicoles, le château d'Angers avec sa tapisserie sur l'Apocalypse qu'on vient visiter du monde entier. Un chemin d'ardoise. Nous tenons à qui le demandera quelques dizaines de photos de toutes ces merveilles avec ma co-randonneuse ou moi comme premier plan. Vers sept heures, nous prenions un Martini sur la place principale en lisant la presse du jour quand nous avions pu nous la procurer, parce que question de journaux, il faut se lever de bonne heure.
Les vélos étaient confortables, avec sacoches, une chambre à air de secours, un gilet fluorescent, des casques de protection, une bombe d'urgence en cas de crevaison, des clés nécessaires pour démonter et remonter les roues. A Chinon, l'ascenseur pour visiter la forteresse était gratuit. Les films du soir étaient moyens, sans plus.
Tout ça pour dire ce que tout le monde sait déjà, que le bonheur est emmerdant et qu'il faut des incidents pour corser, pour pimenter, un récit. Tenez, même la traversée d'un bras d'eau en bac à chaîne, vous vous rappelez la scène du Marais Poitevin? Ici, le même bac, la même chaîne, nous tirons nonchalamment le bas qui vient doucement à nous, nous montons les vélos, nous tirons l'autre chaîne et glissons légèrement sur l'eau plane, et à quoi parler d'une scène sans sel?
Allons, ne te décourage pas. En cherchant bien, tu ne trouveras rien? Mais non, rien. Des broutilles, sans intérêt. Il y eut bien le jour où nous avons commandé un Martini rouge et le garçon nous apporte deux Martinis blancs. A l'échelle de la planète, rien, mais sur le coup, une certaine indignation nous gonfla la poitrine. Et entre les cyclistes? Pareil. Beau fixe. Bon, si on cherche, on trouvera des coups de fil de l'extérieur, mais peut-on les insérer dans le récit d'une randonnée? Des crises de famille, des amis âgés qui meurent, on l'attendait, mais on ne savait pas la date exacte, ça fait toujours un choc. Une réunion reportée. Des coups de fil qu'on attend et qui ne viennent pas. La perspective d'impôts supplémentaires. Le nombre de chômeurs augmente. La délinquance grimpe en flèche. Les tensions politiques et sociales s'accentuent. Les attentats en Irak et au Pakistan se multiplient. La planète est en danger. Mais toutes ces terribles nouvelles arrivent sur les chemins de randonnée en ayant perdu leur puissance dramatique, comme la vague la plus haute se retrouve clapotis sur le sable.
Pourtant, quelques amis attendent notre récit. Je ne vais pas les décevoir. Quand nous partons en randonnée, nous savons bien qu'en fait partie, comme une étape supplémentaire, comme la dernière étape, en fait partie le récit. Sans récit, sans cette dernière étape, pas de randonnée. Un événement sans archives, sans griffure sur la roche du temps. Que même les randonneurs auront oublié. Alors que le récit donne réalité. La seule réalité. Tout le reste a disparu. Par exemple les crampes.
Le premier jour, les crampes arrivent la nuit. Nous ne sommes pas assez entraînés pour les faire disparaître. Il faudrait tous jours faire nos trente kilomètres, mais c'est impossible. Au-delà de vingt-cinq kilomètres, ce n'est plus de l'entraînement, c'est déjà une randonnée, avec co-randonneuse, trousse de secours, chambre d'urgence, outils de succion, pinces exploratoires et bière à l'arrivée. Si je dépasse les Vingt-cinq kilomètres, si je les raconte, cette balade devient une randonnée et on ne peut pas, enfin ni moi ni ma co-randonneuse, passer notre vie à randonner. Passer notre vie six jours par semaine à randonner, et le septième jour écrire le récit de notre randonnée. Ce n'est plus une vie. Il y a aussi d'autres impératifs, dont l'absence de récit n'affaiblit pas l'urgence. Comme nous ne pouvons pas nous entraîner suffisamment, le manque d'entraînement aboutit toujours la première journée aux crampes. Une crampe est une crispation musculaire extrêmement douloureuse, qui arrive au moment du repos, quand on va s'assoupir, quand l'attention se relâche, alors arrive les crampes. On se lève pour marcher de long en large, sur du carrelage de préférence, on boit de l'eau, on gémit, puis ça passe, on la supporte parce qu'on sait qu'elle finit par passer, on se recouche et on s'endort. Une crampe fait mal, sans dec. Ça fait même très mal, non, sérieux, sur ma mère. Les crampes, à la différence du taux de chômage ou du réchauffement de la planète ou des voleurs d'enfants qu'on renvoie chez les vampires des Carpates, font partie de la randonnée. Elles existent parce que j'en parle ici et leur seule réalité désormais est le récit que j'en fais. Si je n'en parlais pas, si ma co-randonneuse, qui n'est pas prunauda, n'en parlait pas non plus, elles disparaîtraient dans le grenier de la mémoire. Grâce au récit, elles poursuivent leur chemin de bourreau des innocents.
La sciatique aussi fait partie de la randonnée. Désormais. Une sciatique, c'est un nerf important qui se trouve pincée par une vertèbre usée et dont le réchauffement provoque des douleurs quand on marche, ou quand on fait certains mouvements. Quand je marche, j'ai mal. Quand je fais du vélo, je n'ai pas mal. Si je n'ai pas mal en faisant du vélo, cette absence de douleur peut-elle faire partie du récit, parce que si on se met à raconter toutes les absences, on n'a pas fini. Mais l'absence de douleur n'annihile pas la sciatique. D'abord, il faut un moment ou à un autre mettre pied à terre. Ensuite, on visite les châteaux, les abbayes, les zones piétonnes, les cathédrales, les jardins à la française, les maisons troglodytes, les caves à vins, les musées, les tapisseries d'Angers, à pied, et la douleur revient. C'est une première raisons pour intégrer la sciatique à la randonnée. Une seconde, plus technique. Le mouvement du cycliste mâle, cet élégant mouvement, qui consiste à poser le pied gauche sur une pédale à mi-hauteur, appuyer sur la pédale et lancer la jambe droite par-dessus la selle pour se lancer museau au vent, ce mouvement qui a fait la joie des mes années d'adolescence, que je répétais devant les filles pour leur montrer que j'étais un garçon et que le cadre de mon vélo le prouvait autant que la courbure de leur vélo indiquait le sexe de celles dont j'essayais par ce large lancer-jeter, d'attirer l'attention et peut-être l'admiration. Avec la sciatique, je n'utilise plus que des vélos dits de femmes, je ne lance plus la jambe gauche, je monte le vélo comme si j'étais une femme, comme si je portais une jupe, je lève ma jambe droite à mi-hauteur et je démarre. Allez attirer l'attention ou l'admiration dans ces conditions. Il faut trouver d'autres moyens pour compenser. Les outils du vélo fourni par la bicyclette verte s'enferment dans une pochette de plastique noire triangulaire qu'on pose au bas de la fourche de la bicyclette pour femmes. Cette pochette ajoute de l'altitude à franchir et j'ai du la décrocher pour que mes démarrages conservent leur élégance. En ce sens, oui, la sciatique fait partie du récit. Mes autres douleurs n'ont rien à voir avec la bicyclette.
Les contraintes sont connues. Il faut raconter la randonnée. Il faut dire la vérité. Il ne faut rien inventer. Sinon, c'est de la triche. Je pourrais dire que je suis tombé dans un fossé, mais ce n'est pas vrai et quel intérêt à raconter des balivernes? Pour tromper qui? Avec le temps et l'expérience accumulée, il est certain que les randonnées seront de plus en réussies, de plus en plus confortables et donc ennuyeuses à mourir à raconter. Oh, bien sûr, quand nous sommes dans la randonnée, c'est agréable de parcourir des pistes bétonnées, de ne jamais se perdre grâce aux indications serviables, de ne pas crever, de jouir du temps propice, mais comme la randonnée se termine par la dernière étape qui en est le récit, il faut bien avouer que le plaisir d'une randonnée réussie est gâchée par l'idée que le récit sera d'autant plus ennuyeux que la randonnée sera réussie, agréable, stimulante culturellement sans parler des paysages, vous ai-je dit qu'à certains endroits la Loire se réduit à un mince filet d'eau qu'on peut traverser à pied, on a même pris deux ou trois photos. Ma co-randonneuse. Pas on. C'est elle qui a pris les photos. La randonnée en Italie fut une série d'épreuves désagréables, mais le récit qui en est sorti est un petit bijou. Il faut choisir.
J'ai la solution. Pour les prochaines randonnées, nous commencerons par la dernière étape, celle du récit. Nous imaginerons des aventures insensées, des rencontres avec des bandits, le croisement d'un groupe d'universitaires maltais en séjour linguistique, des vipères dans la sacoche, des gîtes inconfortables, des pistes caillouteuses, la traversée de rivières en crue, la souffrance dans la chaleur qui cuit, des auberges rouges, des musées fermés en septembre, des batteries d'appareil photo déchargées au moment où l'hélicoptère s'écrase dans une mare. Et ensuite, en tapant le récit sur internet, nous essaierons d'obtenir les itinéraires qui correspondent, et nous l'obtiendrons car avec internet, on obtient tout. Nous partirons alors et si tout se passe comme prévu, le récit aura pris forme, à la différence des autres randonnées, où ce sont les aventures qui prennent forme avec le récit, mais pourquoi le récit n'aurait-il pas ce privilège? Pourquoi n'éprouverait-il pas à son tour les délices de la transformation créatrice?
J'ai eu beaucoup de mal à intégrer le nom de la ville d'Angers, terme de ce périple. J'ai persisté jusqu'au bout, jusqu'au dernier jour, à dire "Agen" au lieu d'Angers. Ce qui irritait, à juste titre, ma co-randonneuse. Bien sûr, entre Angers et Agen, on a le droit de tromper. Mais pas de se tromper tout le temps. Au point où en arrivant à Angers, je me suis arrêté pour demander le centre de la ville et j'ai demandé à deux messieurs qui manifestement étaient commerçant à Angers où était le centre d'Agen et ils m'ont répondu qu'ils ne savaient pas, parce qu'ils étaient d'Angers. Ma co-randonneuse était irritée parce qu'elle était certaine que je le faisais exprès alors que pas du tout. Elle n'aimait pas me dit-elle qu'on se foute de la gueule des gens comme ça, j'aurais pu répondre que moi non plus je n'aimais pas qu'on se fiche de la gueule d'Agen, mais j'ai senti que ce n'était pas le moment. Attention danger, pas d'Agen.
Je connais l'origine de cette erreur. Pendant toute une vie parentale, j'ai utilisé l'expression "prunauda" quand l'un des enfants pleurnichait à la suite d'une chute, d'un cou, d'un bobo. Pourquoi prunauda? Parce que pruneau d'Agen. Faut-il expliquer? Bien sûr que non. En choisissant l'itinéraire le long de la Loire de Tours à Angers, je me persuadais que j'allais enfin acheter des pruneaux à Agen. J'en étais certain. On peut se tromper, non? Et quand nous sommes arrivés à proximité d'Angers, j'ai commencé à dire que nous allions acheter des pruneaux, ma co-randonneuse n'a pas compris. Quand elle avait mal et qu'elle se plaignait, je lui disais encore récemment, pruneauda, parce que… Mais pas pruneau d'Angers, ça n'a aucun sens. Bref, à cause de ça, il y eut sur la côte de l'Ardoisière une certaine tension accentuée par une montée cagnardeuse.
Sinon, rien. On était bien. Le temps: du soleil, mais pas trop chaud. Entre 18 le matin et 25 au plus fort. Les pistes bien entretenues. Bien balisées. Un peu de vent, juste pour dire que le vent fatigue. Les hôtels deux étoiles confortables, les hôteliers aimables, les lits à point, le petit déjeuner varié. Les restaurants abordables, cuisine angevine. Pas d'incident, donc. Si: cet épisode relaté plus haut, sur Angers et Agen, rien du tout.
Si tout se passe bien, il n'y a plus rien à raconter. Ou à dresser la liste des monuments que nous avons vus ou visités: La cathédrale Saint-Gratien à Tours, les jardins de Villandry, nous avons heureusement évité le château d'Azay le Rideau, le château d'Ussé, le château de la belle au bois dormant, le superbe château de Chinon que nous avons visité, le château de Montsoreau rendu célèbre par Alexandre Dumas, l'abbaye de Fontevraud, à laquelle nous avons renoncé, les village troglodytes, les caves vinicoles, le château d'Angers avec sa tapisserie sur l'Apocalypse qu'on vient visiter du monde entier. Un chemin d'ardoise. Nous tenons à qui le demandera quelques dizaines de photos de toutes ces merveilles avec ma co-randonneuse ou moi comme premier plan. Vers sept heures, nous prenions un Martini sur la place principale en lisant la presse du jour quand nous avions pu nous la procurer, parce que question de journaux, il faut se lever de bonne heure.
Les vélos étaient confortables, avec sacoches, une chambre à air de secours, un gilet fluorescent, des casques de protection, une bombe d'urgence en cas de crevaison, des clés nécessaires pour démonter et remonter les roues. A Chinon, l'ascenseur pour visiter la forteresse était gratuit. Les films du soir étaient moyens, sans plus.
Tout ça pour dire ce que tout le monde sait déjà, que le bonheur est emmerdant et qu'il faut des incidents pour corser, pour pimenter, un récit. Tenez, même la traversée d'un bras d'eau en bac à chaîne, vous vous rappelez la scène du Marais Poitevin? Ici, le même bac, la même chaîne, nous tirons nonchalamment le bas qui vient doucement à nous, nous montons les vélos, nous tirons l'autre chaîne et glissons légèrement sur l'eau plane, et à quoi parler d'une scène sans sel?
Allons, ne te décourage pas. En cherchant bien, tu ne trouveras rien? Mais non, rien. Des broutilles, sans intérêt. Il y eut bien le jour où nous avons commandé un Martini rouge et le garçon nous apporte deux Martinis blancs. A l'échelle de la planète, rien, mais sur le coup, une certaine indignation nous gonfla la poitrine. Et entre les cyclistes? Pareil. Beau fixe. Bon, si on cherche, on trouvera des coups de fil de l'extérieur, mais peut-on les insérer dans le récit d'une randonnée? Des crises de famille, des amis âgés qui meurent, on l'attendait, mais on ne savait pas la date exacte, ça fait toujours un choc. Une réunion reportée. Des coups de fil qu'on attend et qui ne viennent pas. La perspective d'impôts supplémentaires. Le nombre de chômeurs augmente. La délinquance grimpe en flèche. Les tensions politiques et sociales s'accentuent. Les attentats en Irak et au Pakistan se multiplient. La planète est en danger. Mais toutes ces terribles nouvelles arrivent sur les chemins de randonnée en ayant perdu leur puissance dramatique, comme la vague la plus haute se retrouve clapotis sur le sable.
Pourtant, quelques amis attendent notre récit. Je ne vais pas les décevoir. Quand nous partons en randonnée, nous savons bien qu'en fait partie, comme une étape supplémentaire, comme la dernière étape, en fait partie le récit. Sans récit, sans cette dernière étape, pas de randonnée. Un événement sans archives, sans griffure sur la roche du temps. Que même les randonneurs auront oublié. Alors que le récit donne réalité. La seule réalité. Tout le reste a disparu. Par exemple les crampes.
Le premier jour, les crampes arrivent la nuit. Nous ne sommes pas assez entraînés pour les faire disparaître. Il faudrait tous jours faire nos trente kilomètres, mais c'est impossible. Au-delà de vingt-cinq kilomètres, ce n'est plus de l'entraînement, c'est déjà une randonnée, avec co-randonneuse, trousse de secours, chambre d'urgence, outils de succion, pinces exploratoires et bière à l'arrivée. Si je dépasse les Vingt-cinq kilomètres, si je les raconte, cette balade devient une randonnée et on ne peut pas, enfin ni moi ni ma co-randonneuse, passer notre vie à randonner. Passer notre vie six jours par semaine à randonner, et le septième jour écrire le récit de notre randonnée. Ce n'est plus une vie. Il y a aussi d'autres impératifs, dont l'absence de récit n'affaiblit pas l'urgence. Comme nous ne pouvons pas nous entraîner suffisamment, le manque d'entraînement aboutit toujours la première journée aux crampes. Une crampe est une crispation musculaire extrêmement douloureuse, qui arrive au moment du repos, quand on va s'assoupir, quand l'attention se relâche, alors arrive les crampes. On se lève pour marcher de long en large, sur du carrelage de préférence, on boit de l'eau, on gémit, puis ça passe, on la supporte parce qu'on sait qu'elle finit par passer, on se recouche et on s'endort. Une crampe fait mal, sans dec. Ça fait même très mal, non, sérieux, sur ma mère. Les crampes, à la différence du taux de chômage ou du réchauffement de la planète ou des voleurs d'enfants qu'on renvoie chez les vampires des Carpates, font partie de la randonnée. Elles existent parce que j'en parle ici et leur seule réalité désormais est le récit que j'en fais. Si je n'en parlais pas, si ma co-randonneuse, qui n'est pas prunauda, n'en parlait pas non plus, elles disparaîtraient dans le grenier de la mémoire. Grâce au récit, elles poursuivent leur chemin de bourreau des innocents.
La sciatique aussi fait partie de la randonnée. Désormais. Une sciatique, c'est un nerf important qui se trouve pincée par une vertèbre usée et dont le réchauffement provoque des douleurs quand on marche, ou quand on fait certains mouvements. Quand je marche, j'ai mal. Quand je fais du vélo, je n'ai pas mal. Si je n'ai pas mal en faisant du vélo, cette absence de douleur peut-elle faire partie du récit, parce que si on se met à raconter toutes les absences, on n'a pas fini. Mais l'absence de douleur n'annihile pas la sciatique. D'abord, il faut un moment ou à un autre mettre pied à terre. Ensuite, on visite les châteaux, les abbayes, les zones piétonnes, les cathédrales, les jardins à la française, les maisons troglodytes, les caves à vins, les musées, les tapisseries d'Angers, à pied, et la douleur revient. C'est une première raisons pour intégrer la sciatique à la randonnée. Une seconde, plus technique. Le mouvement du cycliste mâle, cet élégant mouvement, qui consiste à poser le pied gauche sur une pédale à mi-hauteur, appuyer sur la pédale et lancer la jambe droite par-dessus la selle pour se lancer museau au vent, ce mouvement qui a fait la joie des mes années d'adolescence, que je répétais devant les filles pour leur montrer que j'étais un garçon et que le cadre de mon vélo le prouvait autant que la courbure de leur vélo indiquait le sexe de celles dont j'essayais par ce large lancer-jeter, d'attirer l'attention et peut-être l'admiration. Avec la sciatique, je n'utilise plus que des vélos dits de femmes, je ne lance plus la jambe gauche, je monte le vélo comme si j'étais une femme, comme si je portais une jupe, je lève ma jambe droite à mi-hauteur et je démarre. Allez attirer l'attention ou l'admiration dans ces conditions. Il faut trouver d'autres moyens pour compenser. Les outils du vélo fourni par la bicyclette verte s'enferment dans une pochette de plastique noire triangulaire qu'on pose au bas de la fourche de la bicyclette pour femmes. Cette pochette ajoute de l'altitude à franchir et j'ai du la décrocher pour que mes démarrages conservent leur élégance. En ce sens, oui, la sciatique fait partie du récit. Mes autres douleurs n'ont rien à voir avec la bicyclette.
Les contraintes sont connues. Il faut raconter la randonnée. Il faut dire la vérité. Il ne faut rien inventer. Sinon, c'est de la triche. Je pourrais dire que je suis tombé dans un fossé, mais ce n'est pas vrai et quel intérêt à raconter des balivernes? Pour tromper qui? Avec le temps et l'expérience accumulée, il est certain que les randonnées seront de plus en réussies, de plus en plus confortables et donc ennuyeuses à mourir à raconter. Oh, bien sûr, quand nous sommes dans la randonnée, c'est agréable de parcourir des pistes bétonnées, de ne jamais se perdre grâce aux indications serviables, de ne pas crever, de jouir du temps propice, mais comme la randonnée se termine par la dernière étape qui en est le récit, il faut bien avouer que le plaisir d'une randonnée réussie est gâchée par l'idée que le récit sera d'autant plus ennuyeux que la randonnée sera réussie, agréable, stimulante culturellement sans parler des paysages, vous ai-je dit qu'à certains endroits la Loire se réduit à un mince filet d'eau qu'on peut traverser à pied, on a même pris deux ou trois photos. Ma co-randonneuse. Pas on. C'est elle qui a pris les photos. La randonnée en Italie fut une série d'épreuves désagréables, mais le récit qui en est sorti est un petit bijou. Il faut choisir.
J'ai la solution. Pour les prochaines randonnées, nous commencerons par la dernière étape, celle du récit. Nous imaginerons des aventures insensées, des rencontres avec des bandits, le croisement d'un groupe d'universitaires maltais en séjour linguistique, des vipères dans la sacoche, des gîtes inconfortables, des pistes caillouteuses, la traversée de rivières en crue, la souffrance dans la chaleur qui cuit, des auberges rouges, des musées fermés en septembre, des batteries d'appareil photo déchargées au moment où l'hélicoptère s'écrase dans une mare. Et ensuite, en tapant le récit sur internet, nous essaierons d'obtenir les itinéraires qui correspondent, et nous l'obtiendrons car avec internet, on obtient tout. Nous partirons alors et si tout se passe comme prévu, le récit aura pris forme, à la différence des autres randonnées, où ce sont les aventures qui prennent forme avec le récit, mais pourquoi le récit n'aurait-il pas ce privilège? Pourquoi n'éprouverait-il pas à son tour les délices de la transformation créatrice?
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