Maurice Goldring: "Présidentielles"
La vie politique de l'année qui vient tournera autour des élections présidentielles et du choix d'un candidat socialiste. Il est toujours possible de nier l'évidence, mais chacun connaît le prix politique et somatique des dénégations. Le président Sarkozy n'est fort que de notre absence et s'il se présente contre le vide, il gagnera, comme Berlusconi a gagné contre un gauche défaite avant d'avoir combattu.
Chaque jour qui passe confirme cette réalité. Les textes des conventions thématiques du PS ont été votés par environ cinq pour cent des adhérents, ce qui ne prouve pas désintérêt, mais plutôt intelligence politique: se déplacer pour rien n'est signe que de fidélité. Même les membres du conseil national étaient souvent absents. Chaque fois qu'un candidat déclaré ou potentiel lance une idée en parfaite contradictoire avec un texte adopté, aucune voix outragée ne stigmatise la contradiction avec la volonté majoritaire. La politique reprendra ses droits et sa passion quand il s'agira de choisir un ou une candidate et de déterminer ensemble les priorités d'un gouvernement d'une gauche rassemblée autour du parti socialiste. En attendant, les militants reçoivent des textes qu'ils ne lisent pas et boudent les assemblées qui n'en discutent pas.
L'engagement politique consisterait-il pour les militants à attendre patiemment les primaires et pour les responsables à se réunir hors champ pour déterminer quelle idée nouvelle permettra de recharger les batteries d'une candidature fatiguée?
Une autre solution serait de tirer les conséquences de cette réalité est de se demander en permanence comment intervenir pour qu'en 2012, le candidat socialiste soit le mieux placé pour rassembler la gauche et attirer un partie du centre pour obtenir une majorité de gouvernement. Cette réflexion est d'autant plus urgente que la gauche essentialiste, au sein du PS prépare déjà la défaite en définissant un programme de gouvernement acceptable par une gauche coléreuse qui ne veut surtout pas gouverner.
Aujourd'hui, il y dix candidats socialistes et une confusion qui est devenue le seul argument d'une droite en difficulté. Un seul candidat permettrait d'obtenir une majorité électorale nette, c'est Dominique Strauss-Kahn. Tous les repas de famille qui viennent de se tenir pendant les fêtes le confirment: les électeurs très à gauche se résigneront à voter DSK parfois même dès le premier tour. Les électeurs de droite qui se détournent de Nicolas Sarkozy ne voteront socialiste que s'il est représenté par Dominique Strauss-Kahn. Il reste donc deux chemins possibles pour les militants de gauche: s'époumoner contre le président en place et lui permettre un second mandat, ou demander que les militants socialistes se mettent enfin au diapason d'une demande grandissante à gauche et préparent l'entrée en lice du candidat qui remportera la victoire.
(Maurice Goldring est membre du parti socialiste, section Chapelle Goutte d'Or)
après avoir donné de mauvais exemples, voici venir l'âge des bons conseils.
dimanche 2 janvier 2011
mardi 21 décembre 2010
Aurore Martin
Aurore Martin, entre en clandestinité le 21 décembre 2010 parce que le lot du Pays basque c’est, je cite « les extraditions de dizaines de militants politiques, les tribunaux d’exception, la torture dans les commissariats et casernes, les partis politiques interdits, des quotidiens fermés et des journalistes torturés et incarcérés, des arrestations massives ». Vous avez bien lu, Aurore Martin ne parle pas de la Chine, de la Biélorussie, de l’Iran, de Cuba ou de la Corée du Nord. Elle parle du Pays basque.
En trente ans d’activité, L’ETA a tué 850 personnes, des conseillers municipaux, des policiers, des journalistes, des universitaires et des patriotes basques qui n’étaient plus d’accord. Elle a perdu 250 membres, des etarras qui se sont fait tuer parce qu’ils refusaient les solutions négociées et démocratiques que Batasuna souhaite mettre en place aujourd’hui. Si je compte bien, le total est de 1100 personnes mortes pour rien.
Aurore Martin, qui a longtemps soutenu cette orientation, ces refus, ces folies, a une pensée émue pour tous ceux qui comme elle, vont passer les fêtes de fin de fin d’année loin de leurs proches. Elle ne semble pas adresser ce message aux 1100 victimes de l’ETA.
En trente ans d’activité, L’ETA a tué 850 personnes, des conseillers municipaux, des policiers, des journalistes, des universitaires et des patriotes basques qui n’étaient plus d’accord. Elle a perdu 250 membres, des etarras qui se sont fait tuer parce qu’ils refusaient les solutions négociées et démocratiques que Batasuna souhaite mettre en place aujourd’hui. Si je compte bien, le total est de 1100 personnes mortes pour rien.
Aurore Martin, qui a longtemps soutenu cette orientation, ces refus, ces folies, a une pensée émue pour tous ceux qui comme elle, vont passer les fêtes de fin de fin d’année loin de leurs proches. Elle ne semble pas adresser ce message aux 1100 victimes de l’ETA.
lundi 13 décembre 2010
extradition
Aurore Martin est une militante de Batasuna, aile politique de l'ETA, un parti interdit en Espagne et légal en France. Le gouvernement espagnol réclame son extradition car elle est accusée d'être membre d'une organisation interdite. Elle n'est pas accusée d'avoir commis des attentats ou des crimes. En France, elle a soutenu les actions les plus radicales de l'ETA, mais n'y jamais participé. En résumé, le gouvernement français veut extrader Aurore Martin pour délit d'opinion. Au nom des droits de l'homme, de nombreuses personnalités se sont prononcés contre l'extradition et ce serait leur faire injure que de leur attribuer une quelconque sympathie pour les actions terroristes de l'ETA.
Ce n'est faire injure à personne, en revanche, que de leur attribuer une certaine naïveté. Nous savons très bien que les nationalistes extrêmes ont toujours recherché l'appui de personnalités modérés pour des revendications dites humanitaires: rapprochement des prisonniers, condamnation des tortures. Entre eux, ils les nomment "les idiots utiles", un terme qui était déjà utilisé pour les compagnons de route des communistes. Le chemin entre l'appui à ces revendications humanitaires à l'appui politique au nationalisme extrême se construit ainsi par la recherche d'alliances avec des démocrates sincères. D'une déclaration de principe, on passe à des manifestations plus musclées comme à Saint-Jean de Luz et on demandera demain aux démocrates sincères de demander la libération des manifestations.
Donc, prenons position contre l'extradition d'Aurore Martin. Les conseillers municipaux qui ont pris cette position n'ont jamais, à ma connaissance, apporté une quelconque solidarité aux conseillers du pays basque espagnol qui devaient se déplacer avec des gardes du corps. Ils n'ont jamais envoyé de délégation aux enterrements des victimes de l'ETA. A une cérémonie contre l'assassinat d'un policier à Vittoria, il y a avait deux conseillers du groupe de gauche de la ville de Biarritz pour apporter leur solidarité. Et personne d'autre. A ma connaissance, il n'y a pas eu beaucoup de manifestation de soutien aux forces politiques au pays basque espagnol qui luttent pour le retour d'une démocratie pacifiée. Mais contre l'extradition d'Aurore Martin, l'indignation justifiée se réveille.
Pour éviter toute ambiguïté, la méthode est pourtant simple: il suffit de dire: nous prenons position contre l'extradition pour délit d'opinion en précisant que nous voulons pour Aurore Martin ce que l'ETA a toujours refusé à ses victimes: le respect des droits de l'homme.
Maurice Goldring 38 rue polonceau 75018 paris Tel 06 30 72 04 35 maurice.goldring@wanadoo.fr
Ce n'est faire injure à personne, en revanche, que de leur attribuer une certaine naïveté. Nous savons très bien que les nationalistes extrêmes ont toujours recherché l'appui de personnalités modérés pour des revendications dites humanitaires: rapprochement des prisonniers, condamnation des tortures. Entre eux, ils les nomment "les idiots utiles", un terme qui était déjà utilisé pour les compagnons de route des communistes. Le chemin entre l'appui à ces revendications humanitaires à l'appui politique au nationalisme extrême se construit ainsi par la recherche d'alliances avec des démocrates sincères. D'une déclaration de principe, on passe à des manifestations plus musclées comme à Saint-Jean de Luz et on demandera demain aux démocrates sincères de demander la libération des manifestations.
Donc, prenons position contre l'extradition d'Aurore Martin. Les conseillers municipaux qui ont pris cette position n'ont jamais, à ma connaissance, apporté une quelconque solidarité aux conseillers du pays basque espagnol qui devaient se déplacer avec des gardes du corps. Ils n'ont jamais envoyé de délégation aux enterrements des victimes de l'ETA. A une cérémonie contre l'assassinat d'un policier à Vittoria, il y a avait deux conseillers du groupe de gauche de la ville de Biarritz pour apporter leur solidarité. Et personne d'autre. A ma connaissance, il n'y a pas eu beaucoup de manifestation de soutien aux forces politiques au pays basque espagnol qui luttent pour le retour d'une démocratie pacifiée. Mais contre l'extradition d'Aurore Martin, l'indignation justifiée se réveille.
Pour éviter toute ambiguïté, la méthode est pourtant simple: il suffit de dire: nous prenons position contre l'extradition pour délit d'opinion en précisant que nous voulons pour Aurore Martin ce que l'ETA a toujours refusé à ses victimes: le respect des droits de l'homme.
Maurice Goldring 38 rue polonceau 75018 paris Tel 06 30 72 04 35 maurice.goldring@wanadoo.fr
mercredi 1 décembre 2010
candidatures
La candidature de Ségolène Royal est ce que les gens de la presse appellent un marronnier : elle est saisonnière, prévisible et pourtant, il faut en parler, comme du verglas en hiver. Elle se moque ainsi des décisions collectives, du calendrier adopté. Mais il lui faut rattraper les points perdus. Alors tout est bon: le retour de la retraite à soixante ans, l'alliance avec la gauche radicale et la voiture électrique sur les routes chinoises. Dans un autre domaine, mais tout aussi efficace, Eric Cantona propose de faire la révolution en retirant l'argent déposé dans les banques. Si vingt millions de clients retiraient leurs dépôts, les banques seraient en faillite, les halls de banque serviraient de logements d'urgence et Cantona irait vivre en Suisse.
Pourquoi ça marche? Parce que le parti socialiste a perdu l'habitude discuter des questions de fond Les batailles de clan ont remplacé les débats d'idées. Le dernier vrai débat a eu lieu sur l'Europe. Depuis, plus d'affrontement sur rien, plus rien sur ce qui risque de diviser. Le silence des idées laisse toute leur place aux bateleurs.
Pourquoi ça marche? Parce que le parti socialiste a perdu l'habitude discuter des questions de fond Les batailles de clan ont remplacé les débats d'idées. Le dernier vrai débat a eu lieu sur l'Europe. Depuis, plus d'affrontement sur rien, plus rien sur ce qui risque de diviser. Le silence des idées laisse toute leur place aux bateleurs.
jeudi 18 novembre 2010
multiculturalisme
Multiculturalisme
Le quartier est la Goutte d'Or, le lieu le carrefour entre la rue Polonceau et la rue des Gardes. Une voiture conduite par une femme de type caucasien pile devant deux petits Africains qui traversent la rue en courant. Derrière, un conducteur type Africain du nord, freiné dans son élan, klaxonne. Furieuse, la caucasienne sort de sa voiture et dit avec un accent canadien à l'Africain du Nord qu'elle a freiné pour éviter d'écraser des enfants, il voulait que je les écrase, peut-être? Le type Africain du Nord continue à grommeler. De l'autre côté de la rue, un type âgé, type Africain du Nord, dit "elle est raciste, cette dame". Un autre type, type Africain du Nord, lui dit qu'elle a raison, on n'écrase pas les enfants et c'est l'autre qui a tort. Un type, type Juif ashkénaze, dit au premier que c'est de la folie de traiter de raciste quelqu'un qui évite d'écraser des petits Africains. Il persiste: elle est raciste. L'autre dit non, elle n'est pas raciste. Il se fait engueuler par le premier qui a la sensation que son copain le trahit. Une femme type Africaine de l'Ouest, dit elle a raison. Le mec type juif ashkénaze dit que oui, elle a raison. Les voitures repartent, tout le monde se sépare en se disant bonsoir. C'était hier soir, à six heures du soir, à l'angle de la rue Polonceau et de la rue des Gardes.
Le quartier est la Goutte d'Or, le lieu le carrefour entre la rue Polonceau et la rue des Gardes. Une voiture conduite par une femme de type caucasien pile devant deux petits Africains qui traversent la rue en courant. Derrière, un conducteur type Africain du nord, freiné dans son élan, klaxonne. Furieuse, la caucasienne sort de sa voiture et dit avec un accent canadien à l'Africain du Nord qu'elle a freiné pour éviter d'écraser des enfants, il voulait que je les écrase, peut-être? Le type Africain du Nord continue à grommeler. De l'autre côté de la rue, un type âgé, type Africain du Nord, dit "elle est raciste, cette dame". Un autre type, type Africain du Nord, lui dit qu'elle a raison, on n'écrase pas les enfants et c'est l'autre qui a tort. Un type, type Juif ashkénaze, dit au premier que c'est de la folie de traiter de raciste quelqu'un qui évite d'écraser des petits Africains. Il persiste: elle est raciste. L'autre dit non, elle n'est pas raciste. Il se fait engueuler par le premier qui a la sensation que son copain le trahit. Une femme type Africaine de l'Ouest, dit elle a raison. Le mec type juif ashkénaze dit que oui, elle a raison. Les voitures repartent, tout le monde se sépare en se disant bonsoir. C'était hier soir, à six heures du soir, à l'angle de la rue Polonceau et de la rue des Gardes.
mercredi 17 novembre 2010
salle de consommation
Edito alter EGO
Dans les petites unités industrielles, on ne voyait pas les familles qui travaillaient quinze heures par jour, hommes, femmes, enfants à partir de quatre ans. Ils dormaient dans les ateliers, invisibles au passant. Les nécessités techniques requérant de grandes unités, les ouvriers dormant dehors, mourant dehors d'épuisement, sont devenus visibles. Des mesures de réduction des risques ont été prises, sous la pression conjuguée des premières corporations syndicales et des indignations humanitaires : on interdit le travail des enfants, on réduisit les journées de travail, on construisit des logements et des hôpitaux.
Il y eut la misère. Quand elle devint trop visible dans les grandes villes, on décida la combattre en lui déclarant la guerre, en emprisonnant les pauvres dans des prisons ou dans des asiles où ils devaient travailler pour vivre. Sous la pression conjuguée des mouvements sociaux et des organisations philanthropiques, on inventa la protection sociale, les logements accessibles, les écoles gratuites, les assurances sociales, les dispensaires de soins.
Il y eut la drogue. Boire un petit coup c'est agréable. Le gris que l'on prend dans ses doigts et qu'on roule. L'opium se fumait dans des établissements fermés. Le cannabis dans des soirées festives, l'alcool dans les cafés ou dans les salles à manger. Puis des consommateurs qui n'avaient pas de travail et pas de logement se mirent à consommer là où ils pouvaient, dans la rue, dans les couloirs des immeubles, le long des squares, sous les ponts de chemins de fer. Ils devinrent visibles et on déclara la guerre à la drogue.
La drogue devint le lieu de tous les maux, de tous les vices, de toutes les difficultés. Elle envahit tout, détruit et corrompt l'humanité, elle est l'arme principale dirigée contre les sociétés occidentales. On déclara la guerre à la drogue. Les résultats en sont connus. des milliards dépensés en vain, la vente et la consommation ne cessent d'augmenter.
Il n'y a pas la drogue, il y a des drogues, et surtout il y a des comportements, des situations, des précarités, des misères, où les drogues jouent un rôle, mais rarement le rôle principal. Les résultats de la réduction des risques sont connus, il y a moins de morts, moins de maladies. Ils ne font pas disparaître les nombreux, les innombrables, les toujours renouvelés, facteurs qui conduisent à la consommation. Chaque fois qu'une mesure de réduction des risques nouvelle apparaît, hier la distribution de seringues, aujourd'hui les salles de consommation, les pouvoirs publics et l'opinion demandent à ceux qui la mettent en place de trouver aux consommateurs une santé, un logement, un emploi et une famille. Ceux qui sont aux premières lignes sont soumis à cette énorme pression et ils fatiguent parfois de ne pas pouvoir toujours transformer l'enfer en paradis.
Quand les misères, les douleurs, les souffrances, les d'angoisses, les précarités auront disparu, il n'y aura plus de drogue. Effectivement, on consomme moins au Père Lachaise que dans les squats.
Dans les petites unités industrielles, on ne voyait pas les familles qui travaillaient quinze heures par jour, hommes, femmes, enfants à partir de quatre ans. Ils dormaient dans les ateliers, invisibles au passant. Les nécessités techniques requérant de grandes unités, les ouvriers dormant dehors, mourant dehors d'épuisement, sont devenus visibles. Des mesures de réduction des risques ont été prises, sous la pression conjuguée des premières corporations syndicales et des indignations humanitaires : on interdit le travail des enfants, on réduisit les journées de travail, on construisit des logements et des hôpitaux.
Il y eut la misère. Quand elle devint trop visible dans les grandes villes, on décida la combattre en lui déclarant la guerre, en emprisonnant les pauvres dans des prisons ou dans des asiles où ils devaient travailler pour vivre. Sous la pression conjuguée des mouvements sociaux et des organisations philanthropiques, on inventa la protection sociale, les logements accessibles, les écoles gratuites, les assurances sociales, les dispensaires de soins.
Il y eut la drogue. Boire un petit coup c'est agréable. Le gris que l'on prend dans ses doigts et qu'on roule. L'opium se fumait dans des établissements fermés. Le cannabis dans des soirées festives, l'alcool dans les cafés ou dans les salles à manger. Puis des consommateurs qui n'avaient pas de travail et pas de logement se mirent à consommer là où ils pouvaient, dans la rue, dans les couloirs des immeubles, le long des squares, sous les ponts de chemins de fer. Ils devinrent visibles et on déclara la guerre à la drogue.
La drogue devint le lieu de tous les maux, de tous les vices, de toutes les difficultés. Elle envahit tout, détruit et corrompt l'humanité, elle est l'arme principale dirigée contre les sociétés occidentales. On déclara la guerre à la drogue. Les résultats en sont connus. des milliards dépensés en vain, la vente et la consommation ne cessent d'augmenter.
Il n'y a pas la drogue, il y a des drogues, et surtout il y a des comportements, des situations, des précarités, des misères, où les drogues jouent un rôle, mais rarement le rôle principal. Les résultats de la réduction des risques sont connus, il y a moins de morts, moins de maladies. Ils ne font pas disparaître les nombreux, les innombrables, les toujours renouvelés, facteurs qui conduisent à la consommation. Chaque fois qu'une mesure de réduction des risques nouvelle apparaît, hier la distribution de seringues, aujourd'hui les salles de consommation, les pouvoirs publics et l'opinion demandent à ceux qui la mettent en place de trouver aux consommateurs une santé, un logement, un emploi et une famille. Ceux qui sont aux premières lignes sont soumis à cette énorme pression et ils fatiguent parfois de ne pas pouvoir toujours transformer l'enfer en paradis.
Quand les misères, les douleurs, les souffrances, les d'angoisses, les précarités auront disparu, il n'y aura plus de drogue. Effectivement, on consomme moins au Père Lachaise que dans les squats.
vendredi 12 novembre 2010
chronique goutte d'or
Maurice Goldring, chronique d'un habitant de la Goutte d'Or
Selon les jours, le temps, les informations et les états de santé, l'humeur change. Il ne faut pas grand-chose. Le matin, avant dix heures, les rues sont propres, les marchands de drogues et de contrefaçons dorment encore, les commerçants ouvrent leurs rideaux et se saluent les uns les autres, un verre de café à la main. Des jeunes en bonne santé partent au travail, ils descendent de la butte ou de la Goutte d'Or, ils ont un passe Navigo et achètent Libération au kiosque où se vendent les titres nationaux, les titres étrangers, Le Guardian, le Herald Tribune et El Païs. On se croirait aux Champs -Elysées ou dans la salle d'attente d'un aéroport parisien. Des jeunes gens distribuent les journaux gratuits aux voyageurs pressés.
Ensuite arrivent les distributeurs de prospectus pour guérisseurs, rebouteux, chamans, sorciers, mages, marabouts. Leurs feuilles légères s'envolent et tapissent les trottoirs comme des pétales de fleurs qui accueillent les mariés à la sortie de l'église. Puis s'installent les vendeurs de vêtements, de chaussettes, de sous-vêtements, de ceintures, d'écharpes, de bijoux, de montres, jeunes, sportifs, il faut courir vite avec le baluchon sur le dos quand la maréchaussée s'approche. Puis les vendeuses de maïs chaud, souvent des Africaines, et les jeunes Maghrébins qui proposent des cigarettes Le trottoir n'est pas extensible, tout ce monde se dispute le territoire entre eux et avec les autres négociants légaux. La personne qui va faire des courses avec un caddy doit se frayer un chemin. La Goutte d'Or c'est la Loire en période de sécheresse, un mince filet de passants réussit à se faufiler entre les bancs de sable. Les usagers de drogue et les vendeurs se cherchent. Le soir, beaucoup plus tard, les prostituées s'installent aux carrefours.
L'habitant de la Goutte d'Or n'aime pas qu'on décrive son quartier comme s'il n'existait pas entre sept heures et dix heures.
Selon les jours, le temps, les informations et les états de santé, l'humeur change. Il ne faut pas grand-chose. Le matin, avant dix heures, les rues sont propres, les marchands de drogues et de contrefaçons dorment encore, les commerçants ouvrent leurs rideaux et se saluent les uns les autres, un verre de café à la main. Des jeunes en bonne santé partent au travail, ils descendent de la butte ou de la Goutte d'Or, ils ont un passe Navigo et achètent Libération au kiosque où se vendent les titres nationaux, les titres étrangers, Le Guardian, le Herald Tribune et El Païs. On se croirait aux Champs -Elysées ou dans la salle d'attente d'un aéroport parisien. Des jeunes gens distribuent les journaux gratuits aux voyageurs pressés.
Ensuite arrivent les distributeurs de prospectus pour guérisseurs, rebouteux, chamans, sorciers, mages, marabouts. Leurs feuilles légères s'envolent et tapissent les trottoirs comme des pétales de fleurs qui accueillent les mariés à la sortie de l'église. Puis s'installent les vendeurs de vêtements, de chaussettes, de sous-vêtements, de ceintures, d'écharpes, de bijoux, de montres, jeunes, sportifs, il faut courir vite avec le baluchon sur le dos quand la maréchaussée s'approche. Puis les vendeuses de maïs chaud, souvent des Africaines, et les jeunes Maghrébins qui proposent des cigarettes Le trottoir n'est pas extensible, tout ce monde se dispute le territoire entre eux et avec les autres négociants légaux. La personne qui va faire des courses avec un caddy doit se frayer un chemin. La Goutte d'Or c'est la Loire en période de sécheresse, un mince filet de passants réussit à se faufiler entre les bancs de sable. Les usagers de drogue et les vendeurs se cherchent. Le soir, beaucoup plus tard, les prostituées s'installent aux carrefours.
L'habitant de la Goutte d'Or n'aime pas qu'on décrive son quartier comme s'il n'existait pas entre sept heures et dix heures.
mardi 2 novembre 2010
égalité
Dans un système aristocratique ou de caste, les carrières, les métiers, les pouvoirs sont déterminés par le lieu de naissance. Dans un système démocratique, il faut que des institutions accordent des légitimités de compétence qui fassent coïncider privilèges de la naissance et égalité républicaine. En France, ce sont les grandes écoles. Elles sont justes: les concours sont anonymes. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, c'est l'argent. Le système est injuste. Les entretiens d'accès ne sont pas anonymes, les études sont très chères. Au final: par un système d'aide, de bourses, de formation permanente, les classes populaires sont mieux représentées dans les grands établissements des pays anglo-saxons que dans la France républicaine. Ça pose un problème?
Jusque là, la gauche n'a jamais touché aux grands écoles, aux grands établissements. Claude Allègre a essayé. En vain. Les profs des classes de préparation sont descendus dans la rue parce qu'on voulait toucher à certains privilèges scandaleux, avec l'aide des républicains Finkelkraut et Régis Debray. Le projet fut abandonné. Le système est puissant. On ignore généralement qu'au plus fort du mouvement de mai 68, les concours se tenaient, assurés le jour par les enseignants qui luttaient le soir pour l'abolition des privilèges, et les étudiants les plus enragés n'étaient pas absents aux oraux de normale ou de polytechnique.
Je ne vous parle pas d'un détail. L'accès aux grands établissements assurent des privilèges pour la vie. Et même pour la mort. Voyez les nécros: jamais un mort n'est un ancien de l'université de la Paris ou de Toulouse, mais son corps froid est celui d'un ancien de normale ou de l'X. Ce système marque toute la société: il inclut à vie et il exclut à vie. La majorité de la société n'y accède pas et ne pourra jamais y accéder, car le système de formation permanente est notoirement inefficace. Il reste le sport et la chanson, et tant pis pour les maigrichons qui chantent faux. Ce système élitiste joue un rôle de premier plan dans le malaise social.
Comment faire? La révolution? c'est d'envoyer les riches et les mains blanches à la campagne ou dans des camps de rééducation, et de peupler les universités et les écoles des prolétaires. On a essayé, pas terrible. Le compromis social. Graduel. Soutenir ce qui se fait dans ce domaine (voir l'ena, la voie parallèle qui a provoqué tant de résistances) ou sciences po. Ne pas mépriser ces efforts. Le compromis social, c'est aussi regarder ce qui se passe dans les écoles de la Goutte d'Or.
Annoncer une volonté: c'est 1. Le pays ne pourra pas assurer la promotion démocratique des élites en généralisant le système des grandes écoles qui est le plus coûteux et sans doute pas le plus efficace en termes de formation de haut niveau. Donc répartir les ressources. En budget, dans le territoire. Ce qui signifie soutenir les filières sélectives au sein des universités.
2. montrer l'exemple. Le PS est le reflet fidèle du système scolaire élitiste. Assurer la promotion permanente des cadres issus des milieux populaires. En regroupant les ressources qui existent: fondations, contrats avec les universités, une école nationale de promotion. Un observatoire de la diversité sociale, indépendant, qui mesure les progrès. Ce qui suppose dans l'immédiat la renonciation au cumul des mandats, immense obstacle à la promotion de militants et des militantes;
Jusque là, la gauche n'a jamais touché aux grands écoles, aux grands établissements. Claude Allègre a essayé. En vain. Les profs des classes de préparation sont descendus dans la rue parce qu'on voulait toucher à certains privilèges scandaleux, avec l'aide des républicains Finkelkraut et Régis Debray. Le projet fut abandonné. Le système est puissant. On ignore généralement qu'au plus fort du mouvement de mai 68, les concours se tenaient, assurés le jour par les enseignants qui luttaient le soir pour l'abolition des privilèges, et les étudiants les plus enragés n'étaient pas absents aux oraux de normale ou de polytechnique.
Je ne vous parle pas d'un détail. L'accès aux grands établissements assurent des privilèges pour la vie. Et même pour la mort. Voyez les nécros: jamais un mort n'est un ancien de l'université de la Paris ou de Toulouse, mais son corps froid est celui d'un ancien de normale ou de l'X. Ce système marque toute la société: il inclut à vie et il exclut à vie. La majorité de la société n'y accède pas et ne pourra jamais y accéder, car le système de formation permanente est notoirement inefficace. Il reste le sport et la chanson, et tant pis pour les maigrichons qui chantent faux. Ce système élitiste joue un rôle de premier plan dans le malaise social.
Comment faire? La révolution? c'est d'envoyer les riches et les mains blanches à la campagne ou dans des camps de rééducation, et de peupler les universités et les écoles des prolétaires. On a essayé, pas terrible. Le compromis social. Graduel. Soutenir ce qui se fait dans ce domaine (voir l'ena, la voie parallèle qui a provoqué tant de résistances) ou sciences po. Ne pas mépriser ces efforts. Le compromis social, c'est aussi regarder ce qui se passe dans les écoles de la Goutte d'Or.
Annoncer une volonté: c'est 1. Le pays ne pourra pas assurer la promotion démocratique des élites en généralisant le système des grandes écoles qui est le plus coûteux et sans doute pas le plus efficace en termes de formation de haut niveau. Donc répartir les ressources. En budget, dans le territoire. Ce qui signifie soutenir les filières sélectives au sein des universités.
2. montrer l'exemple. Le PS est le reflet fidèle du système scolaire élitiste. Assurer la promotion permanente des cadres issus des milieux populaires. En regroupant les ressources qui existent: fondations, contrats avec les universités, une école nationale de promotion. Un observatoire de la diversité sociale, indépendant, qui mesure les progrès. Ce qui suppose dans l'immédiat la renonciation au cumul des mandats, immense obstacle à la promotion de militants et des militantes;
jeudi 14 octobre 2010
musique sérielle
Le combat contre l'injuste réforme des retraites prend de l'ampleur. Il rassemble une majorité de Français sur la base d'une opinion simple: il faut une réforme, mais pas celle-là. Les dirigeants syndicaux unis élaborent des mots d'ordre et des formes d'action qui amplifient le mouvement social. Ils ne vocifèrent pas d'impossibles objectifs, comme retraite à 60 ans ou grève générale.
La droite combat le mouvement en le dénaturant: les manifestants refusent toute réforme. C'est un mouvement minoritaire, manipulé par les politiques et par l'extrémisme.
Le mouvement syndical est uni et responsable. Il vise à combattre l'injustice de la réforme. Le mouvement politique est désuni et irresponsable. A l'extrême-gauche, on recherche l'affrontement et pas le compromis. Les actions minorisantes, les actions "dures", sans se poser la question : "dures pour qui?". Le parti socialiste, porteur de l'alternance est désuni et parle à plusieurs voix. Ségolène Royal confond slogans et politique. Elle demande un jour l'impossible retour à la retraite à 60 ans, le lendemain un impossible référendum sur la question et toujours pour rester au centre, appelle les jeunes à descendre dans la rue. Sa stratégie est lumineuse: elle veut absolument être la candidate socialiste qui sera battue au second tour en 2012.
La droite combat le mouvement en le dénaturant: les manifestants refusent toute réforme. C'est un mouvement minoritaire, manipulé par les politiques et par l'extrémisme.
Le mouvement syndical est uni et responsable. Il vise à combattre l'injustice de la réforme. Le mouvement politique est désuni et irresponsable. A l'extrême-gauche, on recherche l'affrontement et pas le compromis. Les actions minorisantes, les actions "dures", sans se poser la question : "dures pour qui?". Le parti socialiste, porteur de l'alternance est désuni et parle à plusieurs voix. Ségolène Royal confond slogans et politique. Elle demande un jour l'impossible retour à la retraite à 60 ans, le lendemain un impossible référendum sur la question et toujours pour rester au centre, appelle les jeunes à descendre dans la rue. Sa stratégie est lumineuse: elle veut absolument être la candidate socialiste qui sera battue au second tour en 2012.
mardi 12 octobre 2010
radicalisation
Radicalisation
"C'est le gouvernement qui radicalise le mouvement". La formule est ambiguë. Si elle veut dire que le gouvernement a intérêt à radicaliser le mouvement parce qu'il peut plus facilement défaire une minorité énervée qu'une majorité résolue, on peut la comprendre. Si elle vise à justifier ou "comprendre" des actions minorisantes, alors, la formule est politiquement dangereuse. Quand de petits groupes animés par des militants de l'extrême- révolte décident de mener des actions spectaculaire, ce n'est pas le gouvernement, c'est le petit groupe qui décide, et c'est ce groupe qui doit être combattu. Pas en participant à des meetings avec ses leaders, pas en essayant de tourner à gauche les discours incendiaires ou jusqu'auboutistes. En le combattant politiquement.
"C'est le gouvernement qui radicalise le mouvement". La formule est ambiguë. Si elle veut dire que le gouvernement a intérêt à radicaliser le mouvement parce qu'il peut plus facilement défaire une minorité énervée qu'une majorité résolue, on peut la comprendre. Si elle vise à justifier ou "comprendre" des actions minorisantes, alors, la formule est politiquement dangereuse. Quand de petits groupes animés par des militants de l'extrême- révolte décident de mener des actions spectaculaire, ce n'est pas le gouvernement, c'est le petit groupe qui décide, et c'est ce groupe qui doit être combattu. Pas en participant à des meetings avec ses leaders, pas en essayant de tourner à gauche les discours incendiaires ou jusqu'auboutistes. En le combattant politiquement.
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