mardi 10 janvier 2012

budapest

Marine Le Pen n'est ni de droite ni de gauche, elle est à l'est. Elle a déjà pris le pouvoir en Hongrie.

voyage

            Je ne suis pas obligé. Je ne suis pas contraint. J'ai le droit de refuser les habitudes. De décevoir les attentes. Après chaque randonnée, une histoire. Après chaque histoire une autre histoire. Et bien, cette fois-ci, non, je ne parlerai pas. Je ne dirai rien. Ce voyage ne mérite que le silence. L'oubli. L'indifférence. Je n'en dirai pas plus. Je ne parlerai qu'en présence. On pourra me torturer, ça ne changera rien.
           
            Le seul, le vrai voyage fut sur la toile, pour choisir des lieux en fonction de critères divers qui tous ressemblaient à une piscine chauffée sous un ciel nuageux. Nous voulions fuir les fêtes qui ne tendaient plus les bras, les bras qui ne se refermaient plus sur d'autres bras, inutile de fuir, la réalité nous rattrape, on emporte sa névrose sous la semelle de nos souliers, elle colle aux pieds, elle colle aux mains. Petit déjeuner au bord de la piscine. Du poisson, du poulet riz haricots, daurade, accra de morue, ti punch.  Le préparer avec un quartier de citron vert, du sucre en poudre, faire fondre le sucre dans le jus du citron vert puis compléter avec du rhum Damoiseau si vous êtes à Grandes Terres ou Bologne si vous êtes à Basses Terres. Basses Terres, c'est la partie où il y a des montagnes et des routes sinueuses, Grandes Terres où sont les plaines, les plages de sable blanc sous les palmiers. En gros, car ce n'est pas toujours aussi tranché, aussi clair. Cette répartition déroutante des adjectifs d'altitude contre nature vient de ce que grand et bas sont fonction de la géographie, du territoire et non pas de l'altitude. Comme un enfant qui n'a pas appris à lire une carte dira que la mairie est à gauche et l'église à droite en regardant un plan, et non pas la mairie est à l'ouest et l'église à l'est. Puis il apprendra à désigner son itinéraire scientifiquement, s'il écoute bien à l'école. Dans certains lieux, l'école arrive trop tard, et on désignera la Tour Eiffel comme Basse Tour et le Panthéon comme Haute Tour, parce que le Panthéon est en haut de la carte et la Tour Eiffel en bas.

            Il ne suffit pas de partir, il faut arriver. Des passagers malintentionnés transportent des armes, des explosifs, des poisons en suspension, des germes foudroyants, de l'arsenic et de vieilles querelles, pour montrer au monde entier, en détruisant un avion et son contenu, qu'ils sont très en colère et que ça ne se passera pas comme ça. Pour contenir leur colère dans les limites du raisonnable, des mesures de précaution sont prises, dans les aéroports. Pas dans les gares, pas dans les stations service, uniquement les aéroports. Ces mesures de précaution méritent attention car elles allongent le temps d'attente, elles nous tirent vers les lieux d'embarquement plus tôt que le soleil, plus tard que les étoiles. Dès la première porte vers quelque part, un uniforme sévère nous demande un billet et une carte d'identification, identité ou passeport, et que les deux nous vous le souhaitons, convergent, le nom et le billet, car sinon, ce n'est pas la peine d'essayer de passer. Vous pouvez reprendre un taxi pour chez vous, pour la pluie, le froid, la neige, les embouteillages, les piscines municipales et les apéritifs habituels. Si vous possédez un billet au nom de De. (si vous vous appelez De), et un papier identifiant au nom de De, (si c'est votre nom), vous passerez la porte. Si le billet est au nom de Du et que vous appelez Dou, inutile d'insister. Il vous faudra changer ou de billet ou d'identifiant.

            Tout s'est bien passé. Vous êtes à l'intérieur d'un immense aérogare où des guichets vous font de l'œil, en bas résille et en chemisier décolleté, ils attendent le client, vous passez et repassez devant ces aguichants guichets et vous faites votre choix, comme au marché. Vous prenez le guichet qui vous plait. La transaction est simple: en échange d'une valise ou deux, vous obtenez une carte d'embarquement et désormais votre destin est lié à la concomitance entre le nom sur la carte d'embarquement et le nom sur votre identifiant. A chaque porte franchie, cette concordance sera vérifiée, pour déjouer les plans diaboliques des porteurs de dynamite en colère. La concordance ne suffit pas. Encore faut-il vérifier que malgré les apparences, vous ne faites pas partie des voyageurs en colère. Vos bagages seront scannés, vous devez passer sous un portique qui scintille et grogne quand vous portez un objet métallique, un poignard ou une poudre d'escampette, ou un fusil Lebel. Vous avez pourtant déposé sur un tapis roulant vos clés, votre ceinture, le téléphone portable, le portefeuille bordé de laiton, la prothèse en acier trempé, la plaque d'aluminium qui maintient votre coude, l'oreillette, le stent de l'aorte, les chaussures épaisses, la veste toute entière épluchée, le tout passe sous un tunnel pendant qu'un uniforme vous palpe sous les aisselles, entre les jambes, de manière conservatrice et ignorante de l'évolution des mœurs, puisque les femmes palpent les femmes et les hommes palpent les hommes comme si rien n'avait changé depuis les vérifications de l'octroi à l'entrée de Londres au Moyen-âge. Qui était l'un des lieux les plus sévères question sécurité. Sans ceinture, sans talons aiguille, sans clés de voiture, sans parfum, sans téléphone portable, sans tablette et sans ordinateur, il reste de pauvres fantômes invisibles, désemparés, ayant perdu leurs repères, pauvres spectres qui attendent de récupérer leur enveloppe charnelle.

            Après de nombreuse vérifications que les gens subissent en attendant sagement dans la file,  guère de resquilleurs, on n'est pas devant la caisse d'un grand magasin ou dans la file d'attente pour voir Les Indignés 3, le Retour, où les gens cherchent à gagner une ou plusieurs places, ici, tout le monde est conscient que c'est pour leur bien qu'on vérifie ainsi plusieurs fois les caches potentielles révélatrices de projets meurtriers. Assis dans la salle d'embarquement devant le numéro indiqué sur la carte du même nom, quand vient l'heure, une hôtesse, généralement du sexe, appelle les femmes et les enfants d'abord, ensuite les personnes qui ont du mal à se déplacer, à voyager, à voir, à entendre, à goûter, à sentir, et ensuite, ensuite seulement, vous, voyageurs anonymes aptes à voyager sans roulettes sous le fauteuil, sans lunettes noires, sans infirmier accompagnant, sans aide de vie serbo-croate. Et à nouveau, on vous demande un identifiant et une carte d'embarquement, qui vous indique votre vol et la place assise. Le numéro. Pendant que nous faisons la queue, les poussettes d'enfants sont rangées dans la soute, et repliées, elles se ressemblent toutes, ce n'était pas la peine de mettre un tel prix.

            Pour voyager en avion, il faut maigrir. Perdre du poids. Réduire la masse graisseuse autour de la taille et des fesses. Les fauteuils sont à la taille de personnes déplacées de retour des différents camps de la faim et d'extermination. Si votre masse pondérale dépasse les normes des constructeurs d'avion, il vous faudra vous tasser, replier les genoux sur l'estomac, vous mettre sur le côté, retenir votre respiration, verser la tasse de café sur la chemise propre, inévitablement. On vous expliquera si vous protestez que votre poids, votre surcharge, consomme et produit beaucoup plus de gaz carbonique à rejeter dans l'atmosphère que le petit bébé qui occupe un siège pas loin de vous mais qui peut-être un jour. Donc régime. Avant de voyager en classe économique: papier d'identité, passeport et régime. Sport, c'est inutile. Le sport ne fait pas maigrir. Seul l'abstention de l'ingurgitation fait maigrir. Dans l'avion, on nous distribue un repas chaud, un apéritif, un café, et avant d'atterrir un gouter. Au retour, même repas chaud, mais avant d'atterrir, un déjeuner, un petit déjeuner, car avec les décalages horaires, tout change. Je parlerai plus loin des décalages horaires.
            Pendant le voyage, compacté entre les bras du fauteuil, compressé contre le dossier avant, comprimé contre les revues publicitaires, vous avez le droit de regarder des films. Des séries. Des informations sur le vol. Les informations sur le vol sont plaisantes. Vous voyagez à douze mille mètres et la température de moins 53 degrés Celsius, la ligne que suit votre avion survole l'Océan atlantique. Les films sont visionnés sur un écran grand comme une tablette électronique, le son est celui des gares du temps des films de Tati, vous avez le droit de dormir ou de regarder, des vieux films, la planète des singes, Jane Eyre, la guerre des boutons, gratuitement, on n'entend rien, on suspend le temps du plateau repas. Jane Eyre tombe amoureuse, mais son maître a un lourd secret qui sera révélé au dessus du triangle des Bermudes. Les singes deviennent intelligents et vont se réfugier dans Central Park. Dormir.

            A l'allée comme au retour, les sorties sont plus aisées, car nous sommes sur territoire français, une même appartenance nationale unit les îles des Antilles françaises et le tarmac d'Orly, les formalités sont minces, les regards sur votre photo légers. Je continue pourtant d'être heureux de posséder à la fois une carte d'identité, un passeport, un permis de conduire, un carte bleue, une carte Vitale. Je pousse les rectangles décorés sous le guichet, regardez mon portrait s'il vous plaît, et chaque fois j'exige qu'on me regarde, que l'on compare la photo insérée avec mon visage réel, qu'on vérifie mon existence en passant la carte sous un lecteur laser, qu'on me répète ainsi que j'ai le droit d'être ici.

            Avant de quitter l'avion, ou pendant les formalités, ou en attendant les bagages ou juste avant de prendre livraison du véhicule de location, chacun décide du moment, mais chacun doit le faire, mettre la montre à l'heure locale. Changer l'heure en fonction du décalage horaire. Plus vous mettez de temps à remonter la petite horloge, plus le décalage horaire est grand et plus le voyage est exotique. Certains voyageurs paient la peau des fesses pour un décalage de douze heures, décalage maximum permis. Pour un décalage horaire de 24 heures, l'aiguille ne doit pas être déplacée. Vous perdez juste une journée de vie. Le décalage est une notion importante dans tout voyage car il permet de mesurer l'ampleur des déplacements et d'impressionner ainsi vos auditeurs indécalés. Vous disserterez d'un air dégagé sur les difficultés d'adaptation du sommeil selon le sens du décalage. En Guadeloupe, le décalage est de cinq heures de moins. Nous l'avions découvert déjà à Paris et à Biarritz en téléphonant au propriétaire d'un gîte rurale perdu dans la montagne des Basses Terres à six heures du matin heure locale alors que chez nous, il était onze heures, confusion et excuses, on ne s'était pas rendu compte. On disserte sur ce qui est le plus fatigant, perdre cinq heures ou gagner cinq heures, partir à huit heures du soir et arriver à dix heures du matin après un voyage de huit heures, vous vous rendez compte, ou au contraire, partir à midi, voyager dix heures, arriver à vingt-trois heures et prendre un bain de minuit alors que chez vous il est treize heures. Depuis mon voyage, j'ai les paupières lourdes et quand je m'endors, je dis que c'est le décalage horaire. Pour le prix d'un abonnement assez cher, vous aurez le droit de faire le déplacement quatre ou cinq fois dans l'année avec un billet moins cher et ainsi faire la sieste au travail en mettant l'assoupissement sur le compte du décalage horaire. Ou aussi, rentrer au foyer à cinq heures du matin et expliquant que nous ne pouviez pas dormir à cause du décalage horaire.

            Un studio avec piscine, un conseil. Dîner chez Alexandra qui vient de Colombie. Le ti punch monte à la tête. L'effet de l'alcool est divers. Pour les uns, il débride, dénoue, rend de bonne humeur, libère les tensions, active les pieds, réveille les neurones, agite la générosité. D'autres seront tristes jusqu'à plus soif, nerveux, bavards, insultants, crispés, noués, revendicatifs. Le ti punch est donc toujours un risque à courir.

            Nous avons tout visité. Les plages de sable blanc et noir, nous nous sommes baignés sous les palmiers, la température de l'eau est égale à la température de l'air, nous avons visité la mangrove et pris des photos des racines des palétuviers, nous avons admiré les paysages, les routes de montagne, les grains qui vident les plages, Paul et Virginie se sont noyés dans les déferlantes, nous avons marché dans les parcs naturels et les réserves biologiques, visité des vieilles distilleries des rhums Bologne et Damoiseau, les serveurs nous ont appelés cousins cousines, dans une petite anse de Basses terres, la police a arrêté des passeurs de clandestins et ont brûlé leur embarcation les restes calcinés sont encore visibles sur la plage. Mais plus que les clandestins, les passeurs passent la drogue et on brûle aussi leur bateau. Les averses brisent l'ennui et la monotonie. Il n'y en a pas assez. Le mauvais temps est bienvenu parce qu'il brise l'ennui de ces paysages plus beaux et encore plus beaux, parce que si en plus il n'y avait que le soleil, l'ennui du beau temps s'ajouterait à la mauvaise conscience de voyager aux guides, mais là non, les grains très forts, très venteux, très mouillants, empêchent de s'enfoncer dans la guimauve est îles.

            Le marchand n'avait pas de cannes, mais il a proposé un parapluie pour marcher et ça marche. Je l'ai offert comme cadeau du jour de l'an. Dans le bus qui nous descend à la plage de Grande Anse, face au restaurant la Case Créole et le Coquillage, des écoliers en uniforme donnent chacun cinquante centimes ou moins. Nous avons chanté des chansons de Brassens. Accompagné par un guitariste.

            Puis le retour. Qui présente d'autres problèmes  à résoudre. D'abord les papiers. Voyager aujourd'hui bouffe du papier. Nous achetons les billets en ligne, nous réservons les logements en ligne, chaque fois, nous imprimons les réservations, les numéros de dossier, les références des billets, les accusés de réception, les lieux de rendez-vous, très vite, le dossier s'épaissit. Deux écoles s'affrontent. La première consiste à tout garder tout le long du voyage, on ne sait jamais, et on garde tout après le voyage parce que ça fait des souvenirs et ça permet de se rappeler les différents endroits. On ajoutera au dossier les tickets d'entrée au musée, au parce naturel, les additions du restaurant, les factures des gîtes, les formulaires de location, les constats d'accident de voiture et les billets de bus. Plus quelques photos imprimées sur papier. La deuxième école jette au fur et à mesure. Le numéro du billet aller, le billet aller, l'assurance du voyage aller, se jettent dès que nous avons quitté l'aéroport. Dans la corbeille aboutissent les billets aller, les cartes de débarquement, les reçus de récépissés, les accusés de réception, les courriels de facture, les soldes, les photocopies des chèques provision, les messages de confirmation. Une fois la location réglée, droit dans la corbeille le reçu provisoire. Si on conserve tout, c'est comme souvenirs, ou comme précaution, au cas d'une prime à l'assurance où il faudrait donner la preuve que nous avons bien voyagé là où nous disons avoir voyagé et les photos ne sont pas une preuve peut-être? Nous voici photographiés sous l'arbre du voyage, près du figuier maudit, à côté de la mangouste, penchés sur une tortue, en plein de la mangrove, suspendus à une passerelle dans les cimes des arbres, couchés sur un banyan et vous nous dites que ce n'est pas une preuve?

            Le deuxième problème est la récupération des bagages. Où faut-il se placer pour être les premiers à les repérer? Où est la bouche qui crache les valises? Si nous ne sommes pas les premiers, les taxis seront pris d'assaut, tout le monde sera devant nous et avec le décalage horaire. Ensuite, plus tôt nous saisissons les valises, plus tôt disparaîtra l'angoisse de l'absence. Combien de valises ont été égarées, se sont retrouvées dans d'autres capitales, sur d'autres vols, et comment se laver les dents demain matin. Et ce parapluie que j'ai offert, on me dit qu'il est livré à une autre ligne de bagages, avec les poussettes d'enfant et les niches à animaux vivants. Quel rapport je vous demande?





samedi 7 janvier 2012

beaucoup, ce n'est pas assez

Le jeudi 5 janvier, Nicolas Sarkozy s'adressant aux enseignants leur dit qu'ils devront passer plus de temps à l'école, mais en contrepartie, leur rémunération sera considérablement augmentée. Le mot considérablement est intéressant. Il en jette sans coûter un sou. Fortement est un autre adverbe austère. Largement est un synonyme grippe-sou.  
               Quand le président offre des cadeaux fiscaux aux plus risques, il ne dit pas: des cadeaux considérables, de fortes réductions, des réductions importantes, de larges déductions. Il signe des chèques. Quand il a augmenté le salaire du président, il a dit 115% d'augmentation. IL n'a pas dit augmentation considérable.
               Au supermarché, j'ai réglé avec un chèque et dans la case "euros": un nombre considérable", on me l'a refusé. 

jeudi 22 décembre 2011

délinquance

            Claude Guéant propose une loi qui permettra de renvoyer dans leur pays les délinquants étrangers. En voilà une bonne nouvelle que tout le monde attendait. Donc, le président d’un pays africain qui dilapide l’argent public en voitures de luxe et en hôtels particuliers sera immédiatement renvoyé chez lui grâce à cette loi. Un prince arabe qui battra ses domestiques sera renvoyé chez lui grâce à cette loi. Un spéculateur canadien qui viendra proposer des produits financiers pourris sera renvoyé chez lui grâce à cette loi. Les citoyens français qui évitent de payer les impôts en se réfugiant en Suisse seront immédiatement renvoyés à Genève.

            Je suis pessimiste. Un pays où le ministre de l’intérieur peut proférer de telles inepties est forcément dans un état moral, politique et culturel inquiétant.

             

lundi 19 décembre 2011

héritage



Nous tous –bien qu’à des degrés différents- sommes responsables de la dérive de la machine totalitaire. Nous ne sommes pas seulement ses victimes, mais nous sommes tous en même temps ses cocréateurs. IL ne serait pas raisonnable de considérer le triste héritage des dernières quarante années comme quelque chose d’étranger, légué par un parent lointain. Nous devons au contraire accepter cet héritage comme quelque chose que nous avons-nous-mêmes contre nous. Si nous le prenons ainsi ; nous comprendrons qu’il dépend de nous tous d’en faire quelque chose.

Vaclav Havel, discours à la nation, 1 Janvier 1990.

le pen

Marine le Pen, C Politique, dimanche 18 décembre 2011


            On dit qu’elle a changé, que désormais, elle est présentable. À mesure que l’entretien se déroulait, face à une journaliste plus roublarde qu’il n’y paraissait, Marine Le Pen apparaissait de plus en plus comme la branche française de l’internationale brunâtre  qui hiérarchise les individus en fonction de leur appartenance octroyée, de leur religion, de leur langue, de leur histoire, de leur soumission, de leur allégeance, et prétend distribuer les ressources à partir de ce critère.

            La France est en crise pour deux raisons, la première parce qu’elle paie très cher son appartenance à l’Europe et à l’euro. La seconde, parce qu’elle n’a plus les moyens d’accueillir les étrangers. Marine Le Pen fermera les portes et les fenêtres, rouvrira les mines de charbon, renverra les étrangers pauvres chez eux, car ils coutent cher, ils pourrissent nos banlieues. Elle mettra fin au regroupement familial, et les naturalisés devront bien se tenir pendant dix ans sinon, on leur retirera leur carte. Avec les étrangers disparaîtront chômage et insécurité.

            Marine Le Pen dit qu’elle représente une force nouvelle qui n’a jamais gouverné. Gros mensonge. L’humanité a longtemps et partout été gouvernée au nom de ses principes. La peur de l’étranger qui est son fond de commerce se retrouve dans le temps et dans l’espace sous des masques différents. Depuis longtemps. La loi sur les pauvres en Angleterre était déjà lepéniste : les indigents devaient être rapatriés dans leur commune d’origine. Puisque les bourgeois de Birmingham payaient des impôts locaux pour financer l’asile, il n’y avait aucune raison, disaient les bourgeois de Birmingham, de payer pour les pauvres de Manchester. Donc il fallait renvoyer les indigents de Manchester dans leur paroisse d’origine.

            Marine Le Pen et le Front national n’ont rien inventé. Ils prennent dans l’histoire de l’humanité les traits les plus conservateurs, les plus égoïstes, les plus barbares et tout soupçon de solidarité, de justice sociale, d’ouverture aux autres leur apparaît comme insupportable. Marine Le Pen, c’est Monsieur Bumble qui hurle « What ! » quand Oliver Twist demande du rab. Regardez le film, vous verrez, ce sont les mêmes éructations.

            De nombreux pays appliquent les principes de Marine le Pen : stopper l’immigration, n’accepter comme citoyen que ceux qui acceptent les valeurs patriotes, fermer les frontières…Vous ne voyez pas ? Ouvrez les yeux : l’Arabie saoudite, Cuba, la Corée du Nord…là-bas, les principes du Front national sont au pouvoir et montrent leur efficacité : il n’y a ni chômage, ni insécurité dans les quartiers, ni déficit de la sécurité sociale. 

samedi 17 décembre 2011

racines


            Nolwenn Leroy est invitée par le journal de  20 heures de France 2 ce samedi 17 décembre 2011 pour expliquer le succès phénoménal de son dernier album qui s’intitule Bretonne. Nolwenn, par la voix et son aspect physique, ressemble comme deux gouttes de chouchen à toutes les jeunes chanteuses qui se lancent dans la chanson. Ce qu’elle a de plus que les autres, dit Nolwenn, ce sont des racines. Des racines bretonnes, des racines celtes.

            Commercialement, c’est un plus d’avoir des racines. Qu’elles soient naturelles ou en polymère n’a aucune importance. Un radis sans racines n’est qu’un bouquet de fanes, Charles Aznavour sans l’Arménie, Serge Gainsbourg sans l’Europe centrale, Georges Brassens sans les bistrots de Sète, James Joyce sans Dublin, les ballets Moïsseïev sans les steppes d’Ukraine, les danseurs de Riverdance sans le Connemara seraient tous comme Picasso sans Guernica et Émile Zola sans la Goutte d'Or.

            Je suis jaloux des gens qui ont des racines parce que j’en suis démuni. Les noms de mes ancêtres ne sont pas gravés dans le marbre d’un cimetière champêtre et la Toussaint, ce Noël des morts, avec des cadeaux pleins les cheminées crématoires, m’est inconnu.

            Le prochain album de Nolwenn Leroy sera celte ou ne sera pas. 

lundi 12 décembre 2011

confusion

               La même discussion se poursuit inlassablement. Peut-on comparer les crimes du stalinisme et les crimes du capitalisme? La guerre de 14-18 et le goulag? La famine en Ukraine et les massacres coloniaux? Inlassablement, je réponds, que parmi tous ces massacres, j'ai vivement combattu les uns et que j'ai soutenu les autres, que j'ai été militant anticolonialiste et justificateur des procès de Moscou. Que dans les pays communistes, c'est au nom de mes principes que ces dérives se sont produites. Et enfin, que ceux qui étudient l'histoire tragique du communisme sont généralement insultés et condamnés par les gens de gauche, encore aujourd'hui. Que le peuple allemand a écrit son histoire et continue de le faire alors qu'à Moscou, l'étude du stalinisme n'est guère populaire. La discussion ne cessera jamais, jusqu'à ce qu'elle devienne uniquement une question d'histoire pour les historiens. Il faut donc redire jusqu'à ce qu'on nous entende, c'est à dire jamais, que nous avons été complices, qu'il y a un négationnisme des crimes communistes qui est considéré comme respectable par une partie de la gauche.
               Une amie très chère me dit qu'au nom des mêmes principes, des mêmes complicités, tu devrais prendre position contre la politique colonialiste d'Israël dans les territoires occupés. Dérapage? Qu'Israël prétende parler et agir au nom des Juifs d'Israël et de la diaspora, que des organisations en France soutiennent Israël, les gouvernants successifs "au nom des Juifs" de France est une chose. Mais ce qui détermine ma position vis-à-vis de la politique israélienne n'est pas ma judéité, uniquement mes convictions, ma politique, mes engagements. On choisit d'être communiste, on ne choisit pas ses parents. Mieux vaut ne pas confondre.    

samedi 10 décembre 2011

chacun son tour

Met schon bei dir littéralement, ce sera bientôt ton tour. Se dit par exemple à l’occasion de la communion juive, qu’on appelle bar mitzva, et les invités disent aux plus jeunes, jaloux des cadeaux : met schon bei dir. Bientôt ce sera ton tour. Je ne l’ai jamais entendu, ma famille n’était pas religieuse. Le jour du mariage, très souvent, on l’entend, met schon bei dir : ce sera bientôt ton tour de te marier, répéter à l’adresse de l’aînée de la famille dont les parents se désespèrent parce qu’elle n’est pas encore mariée. Met schon bei dir. Ce que j’entendais comme la promesse de rapports sexuels avec l’autre sexe, bientôt ce serait mon tour. Met schon bei mir. Ce serait bientôt mon tour. Je sentais bien que ce serait bientôt mon tour. Je le sentais bien. Met shon bei dir ne se dit jamais à un enterrement. 

vendredi 2 décembre 2011

blog

Samedi 3 décembre.

            Un blog est un journal à ciel ouvert. Vous écrivez et des yeux lisent au dessus de votre épaule en direct. Un journal est secret. Un blog est public. Un journal s’adresse aux archivistes, un blog aux électeurs. Dans un journal, vous pouvez tout dire sans risquer de procès, dans un blog vous ne pouvez rien dire sans risquer une polémique.

            Imaginons que par suite d’une aberration, d’une rupture d’anévrisme, d’un court-circuit, d’une pause biologique, la personne responsable des mots se trompe et prenne un blog pour un journal intime et un journal intime pour un blog. Pour l’historien de demain, le journal intime aura disparu, puisqu’il était fait pour l’avenir et qu’il prend la place du blog, il ne lui reste plus que le blog. Mais il ne saura pas que c’est un blog, et il prendra ce blog pour un journal intime. Il aura tout faux.

            Le manieur de paroles s’en trouve bloqué. Comment savoir s’il ne confond pas déjà maintenant, aujourd’hui, hier, ce matin, blog et journal intime ? Il doit redoubler de prudence. N’inscrire sur le blog rien qui puisse affecter ses relations les plus chères, c’est souvent le cas d’un journal intime et c’est pour cette raison qu’un journal intime ne doit être lu que lorsque tout le monde est mort. Et n’inscrire dans le journal intime rien qui puisse éloigner les électeurs.

            Il va falloir jouer serré.