Si je me place en dépendance – si j’attends des autres qu’ils
se manifestent – je leur donne un pouvoir exorbitant. Si je n’attends rien des
autres, si je ne compte que sur mes propres forces, mes seules initiatives, je
ne peux être déçu que par moi. Ce qui m’accorde un pouvoir exorbitant. Et qui
peut être plus terrifiant encore, car être déçu par soi est plus terrible qu’être
déçu par les autres.
après avoir donné de mauvais exemples, voici venir l'âge des bons conseils.
samedi 22 septembre 2012
vendredi 21 septembre 2012
queue de poisson
Je
roule à vélib, tranquillement. Une voiture me dépasse et se rabat brutalement
pour tourner à droite. Elle me coupe la route. Elle m’humilie, m’agresse. Je
réagis. Je crie « queue de poisson ! ». Le conducteur de la
voiture queuedepoissonnante pense que je l’insulte. Que je fais allusion à sa
virilité. Il me dit : répète un peu pour voir. Je répète « queue de
poisson ! ». Il arrête sa voiture. Il sort de sa voiture. Il me
regarde. Il me dit : « tu veux la voir, ma queue de poisson ? ».
Je lui dis qu’il se trompe d’éléphant. Un attroupement se forme, à l’angle de
la rue Jean Jaurès et de la rue Victor Hugo. Deux vies emblématiques pour finir
ainsi en queue de poisson. Les piétons donnent généralement raison au cycliste
quand ils ne conduisent pas et quand ils conduisent, donnent raison au
chauffeur, mais alors, ils ne sont plus piétons. Je sens sourdre du groupe
coagulé une sympathie à mon égard et j’en profite pour répéter « queue de
poisson ! queue de poisson ! » En regardant le fautif. Il
remonte dans son véhicule, la queue de poisson entre les jambes, et part en
vrombissant pour montrer sa puissance chevaline. Je dis « merci les amis »,
et je repars vers de nouvelles aventures.
mercredi 19 septembre 2012
fanatismes
Nous vivons
dans un pays de liberté. Charlie Hebdo a
le droit de publier des caricatures (ne pas dire "offensante", ce serait un pléonasme), des gens ont le droit de hurler contre cette
publication, j’ai le droit d’écrire que Charlie Hebdo a fait une sottise en
publiant ces caricatures. Personne n’a le droit de condamner à mort pour délit
d’opinion. De mon temps, j’ai combattu ou partagé d’autres fanatismes. J’ai
manifesté contre la pièce de Jean-Paul Sartre, Les Mains sales, dans le but d’interdire le spectacle. Puis j’ai
contre manifesté, au théâtre de l’Odéon, contre d’autres fanatiques qui
voulaient empêcher Les Paravents, une
pièce de Jean Genet, pendant la guerre d’Algérie. Je n’ai pas manifesté conte La vie de Brian des Monty Python, mais si j’avais été chrétien, j’aurais peut-être
manifesté. Aujourd’hui, mon avis est qu’on ne combat pas les fanatismes en
insultants les croyances.
dimanche 9 septembre 2012
QPS
Je me réveille
un matin dans un quartier classé sécurité prioritaire. Pas de voitures qui
brûlent, pas de règlements de compte, pas de batailles rangées, seulement des
vendeurs à la sauvette qui bloquent l’accès des bouches de métro et du marché
Dejean, du deal, de la prostitution. Dans la pratique, des interventions plus
régulières des forces de police dégagent les accès au métro. Je ne me plains
pas de pouvoir circuler plus librement. Fallait-il une étiquette QPS pour obtenir
deux voitures de police ?
Deux grandes questions
dans la Goutte d'Or : éviter l’enfermement et dégager l’avenir des plus
démunis. Donner des raisons aux couches moyennes diplômées de s’installer et de
rester. Le classement du quartier en QPS est de ce point de vue une catastrophe.
Il enferme davantage les habitants sans avenir, il fait davantage fuir les
habitants qui maîtrisent le leur. Il y a de quoi être en colère. Le travail
patient des élus, des associations, des professionnels de la santé, de l’éducation,
de la prévention, tous ceux qui ont maintenu le quartier debout, ont agi pour
qu’il ne soit pas un ghetto, détruit les taudis et reconstruit des logements
sociaux, qui ont bâti des bibliothèques, des centres de musique, une rue de la
mode, un institut des cultures de l’Islam, reconstruit le Louxor, ceux qui accueillent
et soignent les usagers de drogue, tous ceux qui maintiennent les extrêmes à la
marge, qui mettent à jour des priorités autres que la sécurité, tout leur
travail est recouvert d’une sombre capuche sécuritaire.
Si l’on
cherche des urgences, j’en vois quelques-unes : une réflexion active sur
la ghettoïsation de l’enseignement. La reconstruction de l’ancien magasin Vano
à Barbès. Une ouverture au métro Château Rouge toujours au bord de l’asphyxie,
la réouverture de la bibliothèque de la Goutte d'Or fermée depuis près de deux
ans. Des lieux de consommation de drogue à moindre risque.
La sécurité, c’est
ce qui reste quand on a tout oublié.
quartier de sécurité prioritaire
Je me réveille un matin et j'apprends que mon quartier est classé zone de sécurité prioritaire. Pas de règlements de compte,
mercredi 5 septembre 2012
dimanche
Dimanche 2
septembre. La ville est à nous. Les quais du canal de l’Ourcq appartiennent aux
piétons, aux cyclistes, aux pousseurs de bébé, aux glisseurs sur planches, aux rouleurs
sur patins, aux joggeurs. Et le long de la Seine, entre dix heures et dix-neuf
heures, c’est pareil. Un enfant casqué roule à gauche et la foule sportive le
sermonne devant le père rouge de honte. Un pigeon écrasé rappelle la brutalité
de la voie rapide. Il gît en galette emplumée comme un épouvantail
efficace : les oiseaux ne reviennent pas le dimanche, il faudrait plus de
temps pour qu’ils reprennent possession des lieux. Bizarre cet autoroute qui
devient jardin de glisse, promenade pour familles recomposées, couples homos ou
hétéros, patineurs malins. Comme si un quartier de haute sécurité six jours par
semaine devenait le septième jour un centre de loisirs. Sans qu’on ait lessivé
les murs, sans qu’on ait balayé le sol. Une fois par semaine, Long Kesh deviendrait
le Club Med et Sing Sing une salle de sports.
Ce n’est qu’un
dimanche, un jour par semaine. Mais je vous en prie, faite le voyage. Passez à
pied ou à vélo devant l’île Saint-Louis, l’île de la Cité, les quais de la
Seine, la Conciergerie, le musée d’Orsay, débouchez sur la Concorde à l’heure
où les touristes piqueniquent sur les
murets comme une nuée de moineaux.
L’été est le
paradis des vélos. Des cyclistes. Des vélibistes. Il y en a partout. Les
stations sont fournies. Les postes libres sont légion. Les voitures jouent à
tamponne-car sur les autoroutes. Paris est à eux. Paris, c’est bien quand les
Parisiens sont partis.
Quand tout le
monde est revenu, les vacanciers et les expulsés, les salariés et les chômeurs,
les locataires, les propriétaires et les squatteurs, Paris se crispe sur les
courants quotidiens. Plus de place dans le métro, dans les bus, les poussettes
disputent l’espace aux caddies, les téléphones aux baladeurs. Le matin après
neuf heures, les stations vélib sont vides. S’il reste un ou deux vélos, c’est
comme le marché aux célibataires : s’il est encore seul et pas pris, c’est
qu’il a défaut. En arrivant à destination, c’est le contraire, plus une place
disponible. Pour s’en sortir, le secret est de prendre deux abonnements, ou de
nouer une relation durable avec un partenaire qui n’habite pas Paris, qui vient
de temps en temps, mais pas trop souvent, et qui vous laisse son abonnement
quand il ou elle n’est pas là. Avec vos deux cartes d’abonnement, vous pouvez
jouer à sortir un vélo, à le remplacer par un autre et ainsi le temps coule
moins vite. Attention ! Quand vous avez déjà un vélo, et que vous en
sortez un autre, prenez garde au voyou qui glisse son vélo dans l’espace ainsi
libéré et risque de vous laisser avec deux vélos sur le dos au lieu d’un. Les
Mormons et les Musulmans polygames se retrouvent parfois avec cinq ou six vélib sur les bras.
jeux de mots, jeux de vélo
Pour s’affirmer, ne jamais raser
les murs, roulez au milieu et si possible devant. Prenez la tête de la
circulation. A l’arrêt, dépassez les véhicules immobilisés par les feux rouges
et placez-vous en tête du cortège, si possible avec un drapeau rouge.
Hier samedi,
du Château rouge à la Fontaine au Roi. Consultez l’application vélib sur votre téléphone intelligent,
Samsung ou Iphone, peu importe. L’écran vous interroge. Quelle ville ?
Paris. Les arrondissements défilent. Des vélos face au 36 de la rue Cavé, douze
vélos. En état de marche. Ils sont là, effectivement, en chair et en os. Aucun
pneu crevé, aucune chaîne décrochée, aucun guidon tremblant, aucune fixation de
selle brisée. Vous posez la carte sur la lumière verte, le verrou se libère, le
vélo est à vous. A tu et à toi.
Prenez
la rue Cavé et la rue Saint Luc en sens interdit. Contournez l’église
Saint-Bernard devenue lieu de pèlerinage pour les sans-papiers, tournez à
droite rue Stephenson jusqu’au boulevard de la Villette, traversez le
terre-plein et prenez une piste cyclable protégée, en site propre, jusqu’à la
Chapelle. Malgré le petit muret qui indique la frontière, des voitures
stationnent de temps en temps. Mais peu. Aux feux, les piétons considèrent que
la piste n’est pas concernée par les pastilles de couleurs et attendent leur
tour planté sur votre territoire. Pardon, merci, ceci est une piste, rien de
tragique. A la Chapelle, placez-vous en tête, toujours. Quand la circulation
s’arrête, tournez à droite avenue de Flandres puis à gauche vers la piste
protégée qui longe le canal. Vous êtes à peu près tranquille jusqu’à la
République. La piste s’arrête avant la Fontaine au Roi, placez-vous dans la
file de gauche, tournez à gauche, le bras gauche penché vers le sol, l’index
indique le bitume. Montez la Fontaine au Roi jusqu’à la première station et
renfilez votre vélib. Le reste à pied. Sur le trottoir de gauche, car le
trottoir de droite est souvent occupé par des SDF qui dorment sur un matelas
relatif. Notez qu’à la différence des voitures, les SDF sont des piétons,
souvent assis ou couchés, mais des piétons. Ils ont parfaitement le droit de
dormir ou de manger ou de discuter sur les trottoirs de la Fontaine au Roi.
Comme le trottoir est étroit et qu’ils sont allongés perpendiculairement au
mur, pour avoir le spectacle de la rue en face d’eux, si vous remontez à pied
sur le trottoir tribord, vous avez l’impression de traverser leur chambre à
coucher s’ils dorment, leur salle à manger s’ils mangent, leur salon s’ils
discutent. Par respect, il est donc recommandé de prendre la trottoir bâbord. Ces
déplacements à pied prolongent un parcours cyclo, mais ne font pas partie du
champ choisi des conflits urbains. Ils sont donc mentionnés ici pour ouvrir
d’autres pistes de recherches. Il faut bien délimiter le sujet car sinon,
pourquoi ne pas analyser la montée des marches dans les immeubles, la prise
d’ascenseur, la coulée verte entre la Bastille et le Bois de Vincennes, le
glissement des tapis roulants et le chuchotement des escaliers
mécaniques ? Il y aurait beaucoup à dire et beaucoup à faire dans ces différents
domaines. Et pourquoi pas non plus, tant qu’on y est, parler des vendeurs à la
sauvette.
Non. Le sujet est trop
grave pour être dilapidé, pour se dissoudre dans d’autres sujets, certes
importants, mais malgré tout secondaires. Regardons les choses en face. La
présence massive de la bicyclette dans les déplacements urbains a déjà des
effets qui dessinent ce que pourrait être une société humaine dans les grandes
métropoles. Les vélos ralentissent les voitures et diminuent donc fortement le
nombre d’accidents dont la majorité est due à une vitesse trop élevée. Economie
pour la sécurité sociale, pour les hôpitaux débordés jusqu’à récemment par les urgences routières. Economie
d’essence : les voitures roulent moins vite, elles consomment moins. Economie
de santé encore, car les voitures roulant plus lentement, elles polluent moins,
les bébés sont plus roses dans leurs Lamborghini, les vieillards respirent
mieux et peuvent donner davantage de conseils aux plus jeunes sans
s’essouffler, l’intergénérationnel se développe, des mains se nouent, des
regards se croisent, la vitesse tue moins et quand les statistiques d’une
éloquence raide, disent que grâce aux cyclistes, deux cent morts par an ont été
épargnées, je demande que ces deux cents morts qui n’ont pas eu lieu, quittent
le domaine des statistiques et soient répertoriées afin que les familles qui
n’ont pas subi de tels drames puissent célébrer l’absence de tragédie dans des
fêtes retentissantes. On pourrait imaginer qu’on invite à ces fêtes un cycliste
aléatoire pour qu’il soit publiquement remercié : grâce à toi, ô Antoine
Belvédaire, mon fils Armand est toujours vivant, sois-en remercié.
mardi 4 septembre 2012
sondages et durée
L’instant et
la durée
Nous savons,
qui ne le sait pas, que les vraies mesures politiques n’auront d’effet que
beaucoup plus tard. Il faut combien d’années pour former des enseignants ?
Et des policiers ? Combien d’années pour changer les mentalités profondes
dans la justice, la santé, les soins, la répression ? Combien d’années
pour que les efforts et les investissements en formation, en recherche, aient
des effets sur l’emploi et le logement ? Mais chaque jour, les sondages
mesurent la popularité des dirigeants. Il faut faire avec. Les pays sans sondages
n’ont pas que des qualités. Dans ces pays, on méprise même les sondages grandeur nature que sont
les élections.
Regardez mon quartier. Depuis qu’il est
devenu quartier prioritaire de sécurité, la présence régulière de la police a
chassé les vendeurs à la sauvette autour des stations Barbès et Château Rouge.
Spectaculaire. Pour tout vous dire, je ne boude pas le plaisir quotidien
d’accéder aux bouches de métro sans être bousculé. Les sondages approuveraient
la présence policière à un fort pourcentage. Si on me posait la question :
approuvez-vous la présence policière dans le quartier qui permet de se déplacer
plus facilement Boulevard Barbès ? Je
répondrais sans doute oui.
Qu’est-ce qui est réglé dans la
durée ? Rien. Les usagers de drogue n’ont pas été chassés, ce qui prouve
une certaine discrimination positive dans l’action policière. Les vendeurs à la
sauvette attendent que les uniformes s’en aillent. Ils reviendront ou ils iront
ailleurs.
Les mesures durables ? La réflexion collective sur l’enseignement primaire et maternelle pour éviter une ghettoïsation
rampante. La construction de logements sociaux et de chambres d’étudiants. Le
centre Barbara qui est un lieu de
création artistique et musical en plein essor. Le nouveau centre Louxor qui
créera un foyer d’animation. La construction d’un nouveau lieu de réduction des
risques Boulevard de la Chapelle. Une réflexion en cours sur les centres de
consommation propres qui répondraient à la fois aux aspirations des habitants
et des usagers. Les urgences ? Reprendre le fonctionnement de la
bibliothèque de la Goutte d'Or. Intolérable qu’un tel lieu aussi intensément
fréquenté reste fermé pendant des années. Les urgences ? Que Vanoprix soit
enfin reconstruit au lieu d’insulter les habitants et les passants par l’étalage
d’une décharge publique.
Les sondages
mesurent l’instant, l’urgence est la durée.
samedi 1 septembre 2012
merci
Pour
s’affirmer, ne jamais raser les murs, roulez au milieu et si possible devant.
Prenez la tête de la circulation. A l’arrêt, dépassez les véhicules immobilisés
par les feux rouges et placez-vous en tête du cortège, si possible avec un
drapeau rouge.
Soyez fiers. La
présence massive de la bicyclette dans les déplacements urbains a déjà des
effets qui dessinent ce que pourrait être une société humaine dans les grandes
métropoles. Les vélos ralentissent les voitures et diminuent donc fortement le
nombre d’accidents dont la majorité est due à une vitesse trop élevée. Economie
pour la sécurité sociale, pour les hôpitaux débordés jusqu’à récemment par les urgences routières. Economie
d’essence : les voitures roulent moins vite, elles consomment moins.
Economie de santé encore, car les voitures roulant plus lentement, elles
polluent moins, les bébés sont plus roses dans leurs Lamborghini, les
vieillards respirent mieux et peuvent donner davantage de conseils aux plus
jeunes sans s’essouffler, l’intergénérationnel se développe, des mains se
nouent, des regards se croisent, la vitesse tue moins et quand les statistiques
d’une éloquence pudique, disent que grâce aux cyclistes, deux cent morts par an
ont été épargnées, je demande que ces deux cents morts qui n’ont pas eu lieu,
quittent le domaine des statistiques et soient répertoriées afin que les
familles qui n’ont pas subi de tels drames puissent célébrer l’absence de
tragédie dans des fêtes retentissantes. On pourrait imaginer qu’on invite à ces
fêtes un cycliste aléatoire pour qu’il soit publiquement remercié : grâce
à toi, ô Antoine Belvédaire, mon fils Armand est toujours vivant.
révoltes
Les voitures sur le trottoir. On
aura compris que je considère comme mes alliés les piétons et les cyclistes
alors qu’une partie d’entre eux se conduisent comme des brigands. On aimerait distinguer le piéton convaincu, endurci dans
son piétinement et le piéton intérimaire, qui n’est piéton que dans
l’intervalle de temps entre une course en voiture et un retour de vacances
automobile. Le vrai piéton n’est pas celui qui se considère en apnée chaque
fois qu’il ne conduit pas son engin meurtrier. Celui-là est un traître, il
s’arrête au passage piéton pour laisser passer les voitures, il trouve des
excuses aux infractions, aux dépassements, aux franchissements, aux
stationnements même pour handicapés, car un jour, après avoir tourné pendant
des heures, il a lui-même eu envie de se poser sur un fauteuil roulant. Quant
aux cyclistes, certains se conduisent comme des coureurs de formule 1 et se vengent
par leur agressivité des mauvais traitements subis dans la petite enfance. Leur
vélo, en fait, ne sont que des divans à roulettes. En fin de compte, tous sont sont
des frères, un peu tordus, mais des frères. Dans toutes les familles, il y a
des malades ou des affreux, ils font quand même partie de la famille. La
famille, c’est sacré. La Sainte Famille. La Sagrada
Familia.
Quand
les trottoirs sont étroits et qu’on ne peut pas poursuivre la route parce
qu’une voiture s’est garée et vous empêche de passer, que faire ? Vous
êtes piéton, pas cycliste. Vous ne disposez pas d’armes à feu. Ni de bâton
rayeur. Vous ne souhaitez pas subir ces colères rentrées causes d’ulcères à
l’estomac ou d’eczéma entre les doigts de pieds. Etes-vous impuissants ?
Non. Vous transformez ce conflit particulier entre un promeneur, vous, et un
véhicule habité, l’autre, en mouvement social structuré par l’espoir d’un monde
meilleur. Vous décidez de vous constituer en micro-manifestation, en parcelle
de révolte, en atome de rébellion, en particule de soulèvement populaire. La
révolution n’est plus à l’ordre du jour ? N’attendez pas, faites de votre
vie une prise de la Bastille en boucle, une barricade en construction. Foncez.
Rédigez un texte fondateur. « Si les
voitures occupent le trottoir, les piétons occuperont la chaussée ».
Pour le prix d’un billet de cinéma, vous commandez un tee-shirt avec cette
phrase imprimée. Qui peut varier. « Trottoir
occupé, piéton révolté ». « Voitures
sur trottoirs, voitures sur chaussée, voitures dans mon lit, où est la place du
piéton ? » « Si le chemin de Croix avait été une piste cyclable,
Jésus ne serait jamais arrivé au sommet du Golgotha ». « Un pneu ça
va, quatre roues, bonjour les dégâts ». « Vous vous garez où vous
voulez, Je marche où je peux ». Réunissez ceux qui partagent vos
combats et au cours d’une session de tourne-cervelle, lancez ainsi les slogans
en l’air, prenez les plus courts, les plus percutants. Imprimez-les sur un
tee-shirt et parcourez les pavés fièrement, les voitures ralentissent et lisent
le texte choisi, certains conducteurs comprennent et se marrent, d’autres
explosent leur moteur et écrasent leur sonnerie aux morts, en cas d’incendie,
laissez passer les pompiers.
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