mardi 11 décembre 2012

AG parti socialiste


Le député maire commence son intervention en disant son extrême fatigue, je ne pourrai pas rester jusqu’au bout, dit-il, parce qu’il a assisté à une réunion du conseil de Paris sur le budget, puis une commission municipale, puis demain c’est l’assemblée nationale, il est épuisé dit-il, il y a des limites à tout, hier, trois heures du matin, il faut que je dorme. Puis il parle sur la situation politique. J’interviens tout de suite après, aussi sur la situation politique, mais avant, je remercie le député-maire de son préambule, je lui dis qu’il nous a présenté une superbe et accablante condamnation du cumul des mandats. Tout le monde rit, sauf le député maire qui ne m’a pas dit au revoir, en partant, d’habitude il me serre la main.

Le secrétaire national, député et secrétaire national,  a présenté une défense de la politique gouvernementale intelligente et argumentée. Il dit que le refus du déficit et la défense de la compétitivité  ne font pas partie des gênes de la gauche, mais qu’ils sont vitaux dans la situation difficile du pays aujourd’hui. Il dit que la difficulté principale n’est pas dans les mesures prises qui séparément, sont bien accueillies, mais dans la cacophonie entre membres du gouvernement, entre gouvernement et élus, entre parti et gouvernement. On lance des pétitions pour le mariage pour tous, ou pour le droit de vote des étrangers non-communautaires. Une pétition contre qui ? le problème principal est donc la cohésion de la majorité.

Dans mon intervention, je critique le classement de la Goutte d'Or en Zone de sécurité prioritaire, et j’obtiens la même réponse : la première liberté est la tranquillité. Dialogue de sourds. 

dimanche 9 décembre 2012

veillée funèbre


La maman de Juliette est morte au Cameroun. Une messe et une veillée en son honneur se dérouleront dans une église évangéliste du 15ème arrondissement rue Quinault. Juliette est l’auxiliaire de vie de ma sœur Marcelle qui à 89 ans et a besoin d’une auxiliaire de vie. Juliette nous accueille quand je vais voir ma sœur et quand sa mère est morte, elle nous a envoyé une invitation, à moi et à Brigitte, en signe de sympathie à notre égard. Nous avons décidé de répondre à l’invitation car nous pensions cela lui ferait plaisir.

La soirée est prévue de 18 heures à 23 heures. Nous consacrons l’après-midi à la vision d’un film roumain, Au-delà des collines, qui dure deux heures et demi, un beau film sur la folie religieuse dans un couvent orthodoxe. En sortant du cinéma, nous nous dirigeons vers l’arrêt du bus 80. La Place Clichy est complètement bouchée, tous les véhicules sont à l’arrêt, aucun bus 80 à l’horizon. Nous attendons, nous discutons, faut-il prendre le métro ou encore attendre ? Nous n’avons pas d’heure fixe, la cérémonie dure jusqu’à 23 heures, nous attendons, dans le froid. Il ne pleut pas, nous avons de la chance. Au moment où nous nous lassons et nous dirigeons vers le métro place Clichy, la place se débloque et nous apercevons le numéro 80 sur un autobus double. Nous rebroussons chemin. Nous montons dans le bus. IL avance lentement, très lentement, descend la rue que j’ai connue jadis sous le nom de Leningrad et qui porte maintenant le nom de Saint-Pétersbourg comme si on pouvait effacer l’histoire. Pourquoi cet acharnement contre Lénine alors que le métro Stalingrad conserve le nom d’un homme qui a fait plus de mal que Lénine ? L’embouteillage permet le long déroulement d’une réflexion politique et historique. La gare Saint-Lazare se passe sans encombre, mais à l’approche des Champs-Elysées, décorés pour les fêtes de fin d’année, nous roulons au pas. Non seulement nous roulons au pas, mais quand l’une de notre groupe va vérifier sur la plan où se trouve la station Peclet, où nous devons descendre, selon l’invitation (ou station de métro Commerce), la personne désignée pour rechercher l’arrêt constate avec mélancolie que l’itinéraire affiché est celui de l’autobus 95 et non pas de l’autobus 80. Quelques paroles échangées nous mettent d’accord : il est évident qu’il y a eu détournement d’autobus, qu’à l’origine ce bus était un 95, un commando s’en est saisi, a affiché les chiffres 80 qui se commandent manuellement, mais n’a pas eu le temps de remplacer l’itinéraire par celui du 80 que de toute manière, il ne possédait pas, on ne se déplace pas avec des itinéraires de bus dans la poche, surtout pour les détourner. Confirmation de notre inquiétude. Avant même de traverser l’avenue des Champs-Elysées reine des lumières, paradis des appareils photo brandis à bout de bras pour apercevoir l’Arc de Triomphe souligné de leds clignotants,  le chauffeur nous annonce tout de go que le terminus du bus ne serait pas Porte de Versailles, cela nous le savions déjà, le terminus devait être Mairie du 15ème, mais qu’il ne serait pas non plus Mairie du 15ème, mais Ecole militaire. Et qu’à Ecole militaire il ferait demi-tour et que ce serait le terminus. Les passagers protestent, s’exclament, se plaignent, téléphonent à tout va pour dire leur déception, mais le chauffeur a le pouvoir et il le sait. Il répète, terminus, Ecole militaire. Puis sous la pression, il dit, bon d’accord, une station de plus, je vous amène à la Motte Piquet Grenelle, où se trouvait jadis le Vel d’Hiv que tout le monde connait. Ou connaissait. Ce qui nous rapproche de la station Peclet et de la rue Quinault. Nous avons quitté le cinéma des cinéastes à 19 heures 15, il est vingt et une heures, une heure trois quart de bus 95 déguisé en 80. Je consulte sur mon téléphone intelligent l’itinéraire pour se rendre rue Quinault et le trajet se dessine, rue de la Croix Nivert, à gauche, puis à droite. Malgré la netteté de la carte, nous nous arrêtons plusieurs fois pour demander notre chemin car nous avons du mal à imaginer qu’un petit écran sans prétention puisse à lui tout seul, sans aide extérieure, nous indiquer le chemin. Mais l’écran avait raison. Nous nous trouvons devant le 6 de la rue Quinault devant une porte qui reste fermée malgré les tambourinements d’un couple avec enfant qui désire comme nous participer à la veillée funèbre en l’honneur de la maman de Juliette. Je téléphone à Juliette avec mon téléphone intelligent et elle me dit qu’il faut rentrer au numéro 4. Le mystère s’épaissit. Pourquoi envoyer une invitation à l’adresse du 6 rue Quinault alors que l’entrée est au 4 ? Pourquoi nous transporter dans un bus 95 qualifié de 80 ? Juliette nous accueille, nous dit qu’elle est ravie de nous voir, nous entrons dans l’église où des gens chantent des cantiques que ma compagne reconnaît car entre protestants et catholiques s’est constitué malgré les haines et les guerres de religion un terreau culturel commun qui permet aux et aux autres de chanter ensemble ou de mourir ensemble quand ils s’entretuent. Le pasteur dénonce vivement Nietzsche qui avait écrit que « Dieu est mort ». Nous nous levons et nous rasseyons, nous nous levons pour chanter, et nous nous rasseyons pour écouter le sermon. Je pourrais me dispenser de me lever puisque je ne chante pas les cantiques, mes cantiques à moi ne correspondent pas, ceux que j’ai appris dans ma jeunesse, se levaient les partisans dans l’ombre immense de Lénine, et la Jeune Garde sur le pavé, le sang des prolétaires, nous ne sommes rien soyons tout, aucun de ces cantiques ne figure dans la brochure distribuée aux présents. L’église n’est pas chauffée, les pieds se glacent les chants s’en ressentent. La cérémonie se termine avec « plus près de toi seigneur » dont mon accompagnatrice me rappelle qu’elle figurait dans le film Titanic et que tout le monde, catholiques et protestants chantaient ensemble en sombrant dans les eaux glacées du calcul égoïste.

Le repas fut convivial et nous fûmes traités comme des invités d’honneur en l’honneur de la couleur de notre peau, je ne vois aucune autre raison. Mais si les blancs sont positivement discriminés dans un enterrement noir, et que les noirs sont négativement discriminés dans les société blanches, comment arriverons nous à l’égalité entre les hommes ?  

vendredi 7 décembre 2012

proverbe ukrainien

Qui commence sa vie avec une bouillotte la terminera avec une poupée gonflable. (proverbe ukrainien)

jeudi 6 décembre 2012

les grandes peurs


Des paroles et des actes France 2 avec manuel vals. 6 dec 2012.

Il en va de la sécurité comme il en va de la drogue. La peur s’installe et chasse la pensée. Les gens deviennent fous de sécurité. Nous sommes entourés de menaces terrifiantes, de terroristes barbus qui vendent des cigarettes empoisonnées, de serbo-croates qui contrôlent les réseaux de prostitution, des vendeurs d’armes de poing à la sauvette. Comme nous (les gens), n’avons ni le courage ni les compétences pour nous protéger de ces terribles dangers, nous faisons appel à des professionnels de la protection. Ils viennent avec leurs chiens renifleurs fouiller les cartables d’écoliers, installent des néons bleus dans les halls des gares pour que les injecteurs ne puissent plus distinguer leurs veines, des sifflets à ultrasons dans les centres commerciaux qui doivent résoudre l’impossible objectif d’attirer les jeunes consommateurs de produits légaux et de repousser les mêmes lorsqu’ils consomment des produits interdits.   

Comme les professionnels de la sécurité ne peuvent pas être partout, certains prennent en main leur destin, sortent la carabine et tirent sur des jeunes qui font du bruit ou massacrent la famille en train de fêter un anniversaire parce qu’ils n’aiment pas la Compagnie Créole.

La chasse à la protection construit des résidences protégées par des gardes armés, des murs élevés surmontés par de délicieux tessons de bouteille, des fils de fer barbelés qui empêchent l’accès des barbares. Chaque fois que la peur l’emporte sur la réflexion s’élèvent des murs qui emprisonnent autant qu’ils protègent. Murs de Belfast, murs de Palestine, murs de Berlin, murs des clubs de vacances dans les pays où le climat est clément, la mer bleue et où rôdent la mendicité à main armée et les agressions de grand chemin.

Quand la peur s’installe elle chasse la pensée, elle bouche l’horizon, elle enfume les têtes et les cœurs. Ce n’est pas une menace pour l’avenir, c’est une réalité d’aujourd’hui. Quel que soit notre lieu d’habitation, les règlements de compte des quartiers marseillais ou du maquis corse, les émeutes des quartiers, les vols de bijouterie, sont proches de nous, à la distance qui sépare notre fauteuil de l’écran plat. Une tâche de sang sur la chaussée et apparaît le Grand Protecteur qui rassure, qui promet, qui nettoie.

Les maladies, les accidents, les agressions, les brutalités, sont des réalités. Si elles nous empêchent de vivre, elles deviennent un cauchemar. 

ZSP


Retour de Biarritz, dimanche 2 dec. Nous rentrons tard, il fait sombre, il fait noir. Les rues sont propres. Beaucoup de monde dans le métro. Pas de vendeurs à la sauvette. Pas de consommateurs de drogue. C’est l’heure et le climat ? Le lendemain, vers midi, même chose. Ce n’est plus l’heure. Le climat ? Les usagers sont de retour. Les mendiants, mais sans les enfants. Est-ce une intervention de la police ? Plus d’enfants, ni Boulevard Barbès, ni rue des Poissonniers. Des dames qui faisaient la manche avec des enfants tout jeunes, parfois des nouveau-nés, et là, elles ont laissé leurs enfants. Où ? Ça continue, lundi, mardi, mercredi, à toutes les heures. Les trottoirs ne sont plus occupés par les ventes à la sauvette, ni à Château Rouge, ni à Barbès. Il reste la mendicité, les usagers qui parlent et échangent, des distributeurs de tracts pour les téléphones, des broutilles. Même à l’intérieur du métro, plus de vendeurs à la sauvette, plus de bousculade, une sage file d’attente devant les machines à billets. A droite, direction Porte d’Orléans, un groupe de trois policiers. On se rend compte que la bousculade est due pour une grande part aux fraudeurs, qui sautent par-dessus les guichets, et les dérèglent, d’où une foule grossissante. Des uniformes partout, à l’angle Myrha/ Poissonnière, Léon/Myrha, Doudeauville/Poissonnière.

En ce qui concerne les aspects les plus visibles, les plus contraignants, la présence policière régulière transforme la Goutte d'Or en quartier comme les autres. Ce qui est terrifiant, c’est que ça marche.

D’autres moyens ont été utilisés et ont montré leur efficacité : dans les lieux où se rassemblent des jeunes, sifflets à haute intensité perceptibles uniquement par des oreilles adolescentes. A Marseille, autour de la gare, scène de drogue, la SNCF avait envisagé d’installer des lumières de néon bleu. Ces lumières rendent les veines moins visibles. Les usagers vont ailleurs chercher la lumière qu’il leur faut. L’exact contraire de la réduction des risques. (Le projet n’a pas abouti et le maire d’arrondissement a demandé son abandon). Est-ce que tout ça ne ressemble pas au déploiement des forces de police ? Pour rendre le quartier normal, des ultra sons, des néons bleus, et des uniformes de même couleur. Ce qui est terrifiant, c’est que ça marche. Ça marche en fonction d’une hiérarchie des nuisances, une hiérarchie des dérèglements, des disfonctionnements, en fonction d’une vision de la société qui mérite pour le moins d’être discutée.

L’idée serait que n’existe dans la Goutte d'Or qu’une délinquance d’importation. La drogue, la prostitution, la vente à la sauvette, viennent d’ailleurs.  La preuve : la police, qui agit comme des ultra sons et des néons bleus, chassent cette délinquance et il reste un quartier qui fonctionne normalement, agréablement. La Goutte d'Or, sans cette intrusion, est un bon quartier, un joli quartier. Les difficultés scolaires des habitants, les discriminations dans l’emploi, les difficultés d’intégration dues aux discriminations dans l’emploi et le logement, l’usage invisible des drogues, la prostitution, sont balayées de la réflexion puisque tout se remet à marcher normalement. Ça correspond aux vœux de ceux qui nous élus. Les plus en difficultés ne votent pas et ne réclament rien.

La question politique : comment ouvrir l’avenir de ceux qui n’en ont pas ? Comment attirer les gens qui maîtrisent le leur ? Le choix est-il entre ghetto concentré de misère ou la transformation de la Goutte d'Or en Place des Vosges ? Jusque-là, la politique de la ville consistait à tenir les deux termes, difficile, mais avec des succès. Logements sociaux,  logements étudiants, rénovation, constructions, bibliothèque, centre barbara, rue de la mode. Le classement en ZSP ne va pas modifier cette politique, mais elle risque de faire basculer la réflexion. Et la réflexion, le dialogue, la pédagogie et la recherche, c’est ce qui nous assurent de maintenir notre influence durablement. Ce que j’appelle de la politique durable.

Classons le quartier zone d’écoute prioritaire, zone de réflexion permanente. Zone d’évaluation permanente, zone d’action permanente. Pas zone de sécurité prioritaire. 

samedi 24 novembre 2012

evêque de bayonne


            Samedi 1 décembre 2012, l’évêque de Bayonne organise à Biarritz une grande messe au casino de Bellevue, où sont invitées des organisations françaises et internationales militant contre le droit à l’avortement, contre le droit à mourir dans la dignité, contre le mariage des homosexuels et des prêtres. Que les catholiques organisent des manifestations pour défendre les valeurs catholiques, c’est leur affaire, leur droit, leur prérogative. Pourtant, une contre-manifestation et un contre colloque se tiendront le même jour, à l’appel d’organisations politiques (PS, Radicaux, Communistes, Batasuna…) et associatives (planning familial, organisations féministes et de défense des droits des minorités….). Pourquoi des organisations laïques interviennent-elles ?

            C’est la question inverse qui doit être posée. Si des organisations laïques ont décidé de réagir, c’est parce qu’une église a l’exorbitante prétention de légiférer pour une société plurielle et diverse. Quand l’église catholique demande à ses fidèles de ne pas rompre les liens du mariage, de ne pas interrompre une grossesse même infligée par un cousin ivre ou un oncle enragé, quand l’église refuse un mariage religieux à deux homosexuels, elle s’adresse à la conscience des fidèles, à des adultes consentants qui acceptent les règles morales de l’église à laquelle ils adhèrent. Si elle intervient dans les mariages civils, les libertés de choix de personnes qui ne sont pas catholiques, elle réunifie ce que l’histoire a séparé : l’église et l’état. Elle pratique ce que d’autres religions appellent la charia.

            L’histoire de la France contemporaine dessine  une lente acceptation du compromis dans la vie politique. Les extrêmes ont pour le moment été maintenus en marge. Sont extrêmes : des organisations ou des mouvements qui estiment que la solution des conflits passe par l’élimination de l’adversaire et non par des solutions négociées. Sont extrêmes les mouvements qui visent à accoler un adjectif à l’État : État populaire, catholique, islamique, socialiste…et donc à exclure de la société ceux qui n’adhèrent à cet adjectif. Nous avons le privilège de vivre dans un pays où l’État n’a pas d’étiquette. La contre manifestation du samedi 1 décembre  vise à préserver ce privilège.

            

lundi 19 novembre 2012

Zone de sécurité prioritaire


Réflexions ZSP


Le classement de la Goutte d'Or en Zone de sécurité prioritaire (ZSP) provoque des discussions sans fin dans les réunions et sur la toile. Elles tournent autour de la police, de sa présence, de son efficacité, de son utilité. C’était prévisible. Le mot « sécurité » emprisonne la réflexion. A la réunion du 14 novembre à la mairie du 18ème, outre les élus  (Daniel Vaillant, ancien ministre de l’intérieur et Myriam El Khomri), la tribune était occupée par le préfet, le commissaire de police et le procureur. Education, santé, emploi, politique de la ville, sport et culture, n’avaient aucun représentant. Dans la salle, des habitants qui ont discuté de la police et de son efficacité dans la résolution des disfonctionnements du quartier.

Recension des opinions :

Ceux qui approuvent la présence policière. Au regard d’une situation de de dégradation de l’espace public, saleté, tapage, ce sont les habitants du quartier qui applaudissent des deux mains la présence » des forces de l’ordre. Ce n’est donc pas un hasard si les messages qui approuvent la présence policière proviennent de camarades qui habitent le quartier. (Silvia sommaruga)

La police fait son travail et c’est bien. Qu’il y ait des consignes pour contrôler les activités autour de Château Rouge ne me paraît pas inquiétant (il s’agissait du contrôle de deux militants front de gauche distribuant des tracts à la sortie du métro). C’est un secteur vraiment difficile. Les militants qui leur bonne conscience pour eux n’ont rien à craindre. Elisa Yavchitz renchérit : habitante de Château Rouge, je trouve que la présence policière n’est pas agressive comme elle l’a pu l’être dans le passé, elle apaise vraiment. Notamment à la sortie du métro. On ne peut que se réjouir que les forces de l’ordre aient décidé d’agir chez nous.
Le kiosquier Château Rouge dit que c’est bien, sans enthousiasme. Celui de Barbès intervient avec véhémence contre ceux qui doutent de l’efficacité  policière : venez me voir, je vous prie, voyez la différence quand il y a la police et quand elle n’est pas là. Quand elle est là, je peux travailler. Sinon, impossible, mon kiosque est asphyxié.

            Plus bizarrement, les usagers à EGO (Jean-Paul), affirment qu’ils ont affaire, depuis le classement du quartier en ZSP, à une police plus intelligente et plus respectueuse. La police recherche plutôt celui qui vend que celui qui consomme.

Ceux qui dénoncent les bavures, incivilités policières : Philippe Silvestre : j’ai trop vu ce type d’opérations, depuis vingt ans que j’habite le quartier. Trop de policiers, ne restant pas, ne connaissant pas le quartier et sa population. Essayez de leur parler : tout de suite ils sont sur la défensive. Il raconte une anecdote : un groupe de policiers cyclistes qui remonte le bd. Ils ne s’arrêtent pas au feu rouge. Philippe ne bouge pas. Dégage lui dit le dernier du groupe. «  il m’a fallu attendre près de cinquante ans et père de famille pour être enfin traité comme un jeune de banlieue.  

Mon expérience : depuis jeudi, je parle aux policiers. IL est tout à fait possible de le faire. Je dis bonjour, je me présente. Je m’adresse à un policier près de la voiture de police qui stationne. « Bonjour, je suis habitant du quartier, je vous vois souvent, vous et vos collègues et je m’interroge. Vous sentez-vous utiles, le policier, assez jeune : pas du tout. On ne sert à rien. On chasse les vendeurs, ils se réfugient à trois mètres, attendent qu’on parte, puis reviennent. On ne sert à rien. Je ne fais pas mon travail de policier. Boulevard Barbès. Trois CRS patrouillent. Je leur dis bonjour. Est-ce qu’on vous dit souvent bonjour ? Oui, les gens sont très gentils, ils nous disent souvent bonjour. Est-ce que vous trouvez que vous faites un travail utile ? L’un du groupe, sous l’assentiment des deux autres : ah, ça je ne peux pas vous répondre, je n’ai pas le droit ». C’est une réponse.

A la réunion du 14 novembre : le préfet disait qu’il fallait « fidéliser la police », et il donnait en exemple les CRS. Désormais, au lieu d’une seule journée, ils passeront deux ou trois semaiens dans le quartier. Ce qui s’appelle se moquer du monde ? C’est ça fidéliser ? Est-ce que commencer par fidéliser la police, ça ne commencerait pas par expliquer l’objectif de la ZSP aux forces de l’ordre. Leur expliquer pourquoi elles sont utiles. Ouvrir un espace de dialogue entre les habitants et les policiers ?

Pascal Nicolle, président de la LDH 18ème. 15, novembre le matin, 8H50, deux militants du parti de gauche distribuent des tracts. La police le leur interdit sous prétexte d’absence  d’autorisation. Un policier saisit un tract roulé en boule par terre comme motif possible de contravention. Contrôle d’identité. L’un des policiers précise : « c’est une ZSP », il y a une caméra et nous sommes obligés de faire un rapport sur cette distribution de tract, on a besoin de vos identités. Mais en juin dernier, les mêmes militants ont été contrôlés et le classement ZSP n’était pas encore décidé. J’ajoute : les distributeurs de milliers de tracts de marabouts sont-ils aussi contrôlés ?

La justification du classement : les plaintes des habitants. Voir ce qui se dit autour de nous et qui converge et qui peut se résumer ainsi : le mésusage de l’espace public, on tolère ici ce qu’on ne tolérerait pas avenue Victor Hugo. A nouveau Philippe : est-ce que le quartier est plus dangereux qu’ailleurs et qu’avant ? il y a dix ans, les dealers et les drogués rentraient fréquemment dans les immeubles de la rue Polonceau. Les altercations étaient nombreuses. Aujourd’hui, je ne me sens pas menacé, ni par les vendeurs à la sauvette, ni par les pisseurs de rues, ni par les vendeurs de cigarettes, ni par les prostituées rue marcadet, ni par les crackeurs de Château Rouge, ni par les voitures qui se garent sur les trottoirs, ni par la bibliothèque fermée depuis un an, ni par les engorgements de Château Rouge, … je suis agacé. Plus qu’une zone de sécurité prioritaire, je crois  que j’aspire à une zone de tranquillité prioritaire. En fait, à une zone normale.

Luc Peillon : avec le classement ZSP, le trafic de crack a –t-il diminué ? Quelle est l’efficacité d’un car de police coincé entre quatre ou cinq prostituées et deux vendeuses de safous ? Depuis que l’Olympic café est fermé, l’angle Léon  Myrha est une vraie zone de non droit, transformé en QG des trafiquants qui ont même organisé un barbecue dans la rue. Encore une fois la question de l’occupation de l’espace public et une politique culturelle est tout aussi efficace et apaisante qu’une présence policière massive.

Résumons pour faire le point. Ce qui se passe sous nos yeux n’est pas la présence aléatoire de camions de CRS ou d’une voiture de police devant le marché Dejean. Ni non plus les BAC qui de temps en temps coincent un dealer. Les désordres urbains en France sont souvent le résultat d’interactions violentes entre policiers des BAC et les jeunes des cités. Ici, même s’il y eu quelques incidents suite à des arrestations, elles restent dans le quartier l’exception et les policiers, ZSP ou pas ZSP, se promènent dans le quartier en patrouille de deux ou trois sans provoquer de remous particulier.

A l’heure qu’il est : le classement de Château Rouge en ZSP rend d’abord visible la présence policière, provoque des discussions en fonction de cette présence, pour ou contre. C’est l’une des retombées à mon malheureuse d’une ZSP, d’une réunion où se trouvent au centre des discussions un préfet, un commissaire, un procureur.

En quoi sont-ils utiles pour « reconquérir l’espace public » ? Puisqu’on parle de reconquête.

Ces remarques n’ont rien d’une dénonciation trop familière de la police. Elle contribue à dégager les trottoirs et me rend la marche plus facile. J’apprécie. Et puis ? On repousse les effets visibles des disfonctionnements vers le Boulevard Magenta ? Mais je me pose la question suivante : une réponse policière, même durable, ne changera pas le quartier. Des réponses ont été trouvées dans la longue histoire de la Goutte d'Or : dans le domaine de la drogue, du logement. Il reste à en trouver d’autres sur le commerce. Les réponses qui ont été trouvées l’ont été parce qu’on a quitté le tumulte des discussions sécuritaires pour se poser d’autres questions, avec tous les acteurs. Tous, y compris la police. Y compris les habitants, les usagers de drogue, les commerçants. Je ne sais pas si les réponses existent. Je sais seulement qu’elles ne se trouvent dans les impasses sécuritaires.



dimanche 11 novembre 2012

le choix


El Païs 11 novembre 2012. Samedi 10 novembre : jour de mémoire pour les victimes du conflit au Pays basque. Les dirigeants de Bildu (anciennement Batasuna) n’étaient pas présents aux cérémonies du souvenir à Bilbao parce qu’ils participaient à la manifestation de Bayonne pour le rapprochement des prisonniers politiques.On ne peut pas être partout. Les députés socialistes français du pays basque étaient présents à Bayonne et pas à Bilbao. On ne peut pas être partout. 

mercredi 7 novembre 2012

le pire est dans le fruit


Le pire est parfois dans le fruit

Tous ceux qui annonçaient l’apocalypse avaient raison. Si l’on partage le pouvoir avec ceux qui ne le méritent pas, les catastrophes annoncées se réaliseront. Les Indiens d’Amérique le savent. Ils se méfiaient de ces étrangers venus de l’Ouest et ils avaient raison puisque ces immigrants les ont chassés de leurs terres, les ont exterminés, parqués dans des réserves. Les remplaçants se méfiaient des étrangers comme de la peste. Le pouvoir politique était réservé aux hommes, propriétaires, protestant, d’origine anglo-saxonne. Pour protéger leur pouvoir, ils ont résisté de toutes leurs forces à la généralisation des droits. Ils ont importé des Noirs et leur ont refusé le droit de vote. Ils ont dû le leur accorder, la mort dans l’âme. Puis des immigrés pauvres de religion étrangère ont représenté un grave danger. Les WASPS voulurent les tenir à l’écart, mais ce fut une autre bataille perdue et les Italiens, les Irlandais, les Juifs et les Polonais, conquirent des villes, des régions, et parfois même la magistrature suprême. Le droit de vote conquis par les femmes n’arrangea pas les choses et voilà le résultat : Barak Obama à la Maison Blanche, c’était fatal.

Aujourd’hui, tout le monde a le droit de vote, des citoyens hommes et femmes de plus de dix-huit ans (on va vers les seize ans à grands pas), qu’ils paient des impôts ou pas, qu’ils soient propriétaires ou pas. Donner le droit de vote à des gens qui ne paient pas d’impôts, alors que la politique concerne en tout premier lieu le budget de la nation, vous imaginez ? Et aujourd’hui, on propose d’accorder le droit de vote à des étrangers, à des gens qui n’ont même pas de carte d’identité à montrer au président du bureau de vote.

Quand le danger est grave, les demi-mesures ne servent à rien. La seule réponse efficace est de supprimer les causes du danger à la source, et donc de retirer progressivement le droit de vote et d’occuper des fonctions politiques à tous ceux qui ne paient pas d’impôts, aux femmes bien entendu, puisque de deux choses l’une, ou elles votent comme les hommes et alors à quoi bon, ou elles votent différemment et à ce moment la famille se dissout dans des querelles sans fin. Réservons le droit de vote aux hommes propriétaires (seuls ils ont le sens de l’intérêt national car ils le défendent la nation comme une propriété privée), nés sur le territoire national de parents français, pratiquants d’une religion monothéiste romaine. Sinon, les élites méritantes auront le sort des Indiens d’Amérique, elles vivront dans des réserves, Neuilly Auteuil Passy, et des touristes chinois et japonais viendront les photographier et leur acheter des bijoux et des parfums authentiques fabriqués dans des ateliers de la Place Vendôme. 

mardi 6 novembre 2012

charité bien ordonnée


Charité bien ordonnée


L’église catholique prend fermement position contre le mariage des homosexuels. Ce mariage ouvre la voie à l’adoption et l’enfant, dit-elle par la voix de ses évêques, a besoin d’un père et d’une mère pour se construire. Dans cette logique, l’église devait permettre le mariage des prêtres et des évêques, car de nombreux enfants issus de liaisons entre hommes d’église et femmes laïques errent sans repères. Quand auront-ils le droit de dire « papa » et ainsi se construire dans l’immuable tradition ?