jeudi 4 juillet 2013

reconquête du Bronx ou normaliser un quartier?

     Le classement en Zone de sécurité prioritaire se justifie, selon ses défenseurs, parce que la Goutte d'Or était devenue une zone de non-droit. La reconquête de l’espace public par la police est donc une condition pour que le quartier reprenne un fonctionnement normal. On compare à ce qui s’est fait dans la « reconquête » des favelas au Brésil ou ailleurs : l’État et les services publics n’existaient plus à l’intérieur de ces territoires entièrement contrôlés par les bandes mafieuses. Pour retrouver les services publics, écoles, postes, administrations, centres sociaux, etc. il fallait d’abord reconquérir l’espace public par la force. Cette reconquête est une condition nécessaire pour que les habitants et les services publics puissent vivre et fonctionner normalement. La sécurité est la première des libertés. Sinon, on dérive vers des sociétés dominées par la brutalité délinquante, comme le Mexique soumis aux cartels de la drogue. Pour justifier le classement de la Goutte d'Or en Zone de sécurité prioritaire, il faut accepter comme une réalité les stigmatisations médiatiques les plus excessives.


     Or, la Goutte d'Or n’est pas une favela brésilienne ni un quartier du Bronx abandonnée aux brutalités des bandes. C’est même l’un des territoires français où l’État est le plus présent, par les écoles, les centres d’accueil, les institutions pour le logement, les bibliothèques, les centres de musique, les commissariats, les antennes des ministères du logement ou de la santé. On peut à juste titre se poser la question sur le fonctionnement de ces institutions, mettre l’accent sur tel ou tel secteur selon les nécessités. Mais en aucun cas, il ne s’agira d’une « reconquête », mais d’une politique. 

convictions

     Une personne a passé une bonne partie de sa vie à montrer, dans sa pratique et dans ses théories, que pour conduire des usagers de drogue à quitter des conduites à risques, à prendre un autre chemin, il faut créer un climat de confiance, d’accueil, qui redonnera la force à cet usager de se considérer comme un sujet qui mérite des soins. Elle est dans une salle où le préfet déroule les mesures conséquentes au classement du quartier en Zone de sécurité prioritaire. Elle entend le préfet dire fièrement que dans la lutte contre la drogue, des usagers de drogue sont systématiquement déférés au parquet et orientés vers une « injonction thérapeutique ». Elle sait que ces injonctions ne servent à rien, que l’usager doit décider seul, que les accueils des usagers restaient inutiles dans toutes les institutions parce qu’on leur demandait d’être « guéris » avant même pour pouvoir prétendre à des soins. Elle sait tout cela et pourtant elle se lève pour justifier la présence de la police dans le quartier.

     Quelles sont les raisons qui poussent les personnes à se contredire? Quelles sont les raisons qui poussent les rancœurs personnelles à chasser les convictions les plus ancrées, les pensées les plus fondées, pour simplement dire le contraire d’une autre personne hier encensée, aujourd’hui vilipendée ? Une fois qu’on aura additionné les statistiques, l’histoire, la sociologie, les intérêts, les systèmes religieux ou les traditions centenaires, il reste toujours place au ressentiment, aux blessures narcissiques, aux colères particulières. Heureusement ou malheureusement, les individus ne se laissent jamais enfermer par des systèmes. Ils s’échappent toujours.


vendredi 28 juin 2013

un examen

     La mort est un examen sans oral. On est reçu dès l’écrit. Ça ne veut pas dire qu’elle est un examen facile. Sharon se présente depuis sept ans déjà, sans succès. Bouteflika a plusieurs fois été recalé. Nelson Mandela, pourtant candidat brillant, n’a toujours pas surmonté l’épreuve. Il faut donc s’y préparer et réviser tous les jours, dès la naissance. 

jeudi 27 juin 2013

Vive le Front républicain!

Vive le Front républicain !


         Alors que la République s’adresse à tous, les extrêmes bruns ou rouges s’arrogent le droit de définir la Nation, d’exclure, de censurer, d’emprisonner, d’éliminer.

         Leurs principes se vérifient dans leurs relations internationales. Amitiés avec Poutine, Hussein, Castro. Relations au Parlement européen avec les partis qui refusent de condamner les crimes staliniens ou les crimes nazis.

         Ces principes et ces politiques ont été appliqués dans le passé dans de nombreux pays. Ils s’appliquent dans le présent. Dans des pays que fuient les habitants. Des pays qui refusent les relations internationales, qui ferment leurs frontières,  qui censurent, qui emprisonnent les opposants, qui pratiquent la préférence nationale. Les modèles les plus achevés en sont l’Iran et la Corée du Nord, où le danger de l’immigration clandestine ont été écartés et où la préférence nationale est la règle. Des pays qu’il faut aimer ou quitter.

         Telle est la ligne de partage ultime en politique. La République universelle contre les partisans du dépeçage, des divisions, des mises à l’écart. Pourtant, devant les difficultés, la tentation des partis républicains de droite et de gauche est de durcir le discours, de tirer à eux les couvertures de l’extrémisme.

         Le Front républicain a permis en son temps de protéger la France contre le danger communiste. La social-démocratie a été la pièce maîtresse de ce rempart. À nouveau, la social-démocratie doit être la pièce maîtresse contre les menaces qu’incarne le Front national.



                 



lundi 24 juin 2013

le dernier éteindra la lumière


Réunion groupex 22 juin 2013



Le dernier éteindra la lumière


Nous discutons à nouveau de l’avenir du groupe. Il est incertain. Surtout celui du dernier. Celui qui fermera la porte et éteindra la lumière. Les autres ont un avenir assuré. Ceux qui resteront paieront sa nécrologie, diront quelques mots autour de l’urne. Mais le dernier ? Qui paiera, à qui, qui dira, à qui ?

Nous savons que les associations d’émigrés ont pour première et urgente fonction d’assurer un enterrement correct à leurs membres. Rapatrier le cercueil si besoin est. Organiser la cérémonie religieuse ou laïque. Les cotisations d’associations sont des tontines pour obsèques. Groupex n’a rien prévu. Il compte sur le hasard. Jusqu’ici, ça a marché. Ça a marché parce que nous avons recruté quelques éléments plus jeunes qui assureront notre avenir funèbre. Mais tout finira par avoir une fin, nous le savons. Qui paiera l’annonce au Monde du dernier? L’avant-dernier paiera plein pot, mais il paiera. Et encore, paiera-t-il, en sachant, puisqu’il est l’avant-dernier dernier, que personne ne sera plus là pour payer la sienne ? Faut-il compter sur une générosité sans retour ? Un altruisme à ce point désintéressé ? Bien entendu que non. Il faut organiser. Comment ? Organiser la mort se passe dans l’office d’un notaire. Nous placerons une cotisation modeste destinée à financer les frais du dernier partant. Le billet du dernier voyage. Nous dirons au notaire à quoi est destiné ce pactole. Il agira en conséquence. Nous lui déposerons un texte passe-partout, puisque nous ne pouvons pas prévoir qui sera le bénéficiaire. Bien. Mais qui lui annoncera l’événement ? Comment saura-t-il ? Il faudrait que chacun d’entre nous dépose chez un proche dont nous espérons qu’il nous survivra qu’en cas de disparition dernière, il faudra donc lui déposer une liste qu’il devra soigneusement cocher à mesure que, en cas de disparition finale, équivalent de fait à la dissolution du groupe Groupex, il devra prévenir le notaire, en espérant que le notaire aura lui aussi survécu.

Ayant ainsi réglé les choses importantes, nous sommes passés aux desserts, la situation politique en France, les urgences mondiales, les stratégies urgentes. Faut-il avoir peur du Front national ? Le pouvoir socialiste est –il à la hauteur ? Nous disons et répétons des banalités. Nous nous mettons à peu près d’accord sur ceci :

La croissance continue, les progrès constants, les montées du pouvoir d’achat, c’est terminé. La toute-puissance du monde occidental qui lui a permis d’assurer ces avancées continues est terminée. Elle est battue en brèche par le développement des anciennes parties du monde soumises à un pouvoir colonial ou néocolonial. Chine, Inde, Afrique, remettent de plus en plus en cause notre domination. Les anciens pays du bloc communiste dont l’essor était entravé par le système entrent à leur tour dans la danse. D’autre part, le débat écologique sur l’avenir de l’humanité ne fait que commencer. Comment ne pas transmettre aux générations futures des bombes à retardement ?


Pour toutes ces raisons, la montée régulière du niveau de vie va cesser. Quel est l’homme politique qui dira dans ses discours que le bien-être en augmentation est un objectif impossible ? Il pourra le dire, mais il sera battu aux élections.

Nous avons ouvert une autre bouteille.

dimanche 23 juin 2013

ZSP


Zone de sécurité prioritaire 21 juin 13

 

Jeudi 20 juin 2013. Deux camions de CRS à l’angle Myrha/Barbès. Une voiture de police face au marché Dejean. Debout, près de la portière, un officier de police balance une petite bouteille de gaz lacrymogène. Aucune activité particulière autour de lui, aucune tension. Sauf cette bouteille. Qui se voit, qui se montre.

Les vendeurs à la sauvette se sauvent quand les forces de police apparaissent et reviennent quand elles s’en vont. Ils reviennent plus denses, plus épais, comme si la patrouille barattait le lait ou fouettait une mayonnaise. Ceux qui ne partent pas sont usagers de drogues, dealers, distributeurs de prospectus pour coiffeurs ou abonnements de téléphone. La patrouille passe, le trottoir se coagule. Le passage devient difficile. Les vendeurs de maïs, de cacahuètes, de portables, de montres, de sacs, de cigarettes. Les piétons avancent de biais, comme des brise-glaces au printemps.

Ils sont sans papiers, ils sont clandestins, vendeurs illicites. Ils risquent des amendes, l’emprisonnement, le rapatriement. Leur marchandise peut être détruite. Qui sont-ils ? Qui leur parle ? Qui sait pourquoi ils sont là ? Ils n’ont pas l’air affolés. Ils font un travail, qui consiste à vendre n’importe quoi pour vivre et à jouer au chat et à la souris. Ils surveillent et vendent en même temps. Quand ils courent, ils plaisantent. Les mamas africaines courent moins vite et hurlent quand on leur confisque la marchandise. Mais pourtant, elles aussi reviennent. Tous les jours. Quand il pleut, ils se réfugient sous les auvents des magasins et les commerçants tentent en vain de les chasser.

Vendredi 21 juin. 17 heures 30. Les abords de Château Rouge sont à nouveau engorgés. Quatre policiers bavardent près du métro. Je me présente. Je suis un habitant du quartier. Bonjour Messieurs. Comment ça se passe ? Vous faites du bon travail ? L’un d’eux s’éloigne d’un pas vif. Il ne veut surtout pas parler. Deux autres s’éloignent. Celui qui reste me dit son découragement. Ça ne sert à rien. Si on appliquait vraiment la loi, amendes et prisons, Mais on les laisse faire. On ne verbalise même pas. Profond désarroi. Ou bien ils fuient. Ou ils parlent, démoralisés, sans objectif.

Vous vous rendez compte des effets dévastateurs d’une telle situation ?  Jour après jour, des uniformes, des fuites, des étals repliés, des cartons abandonnés, puis ils reviennent, cinq minutes après, une heure après, le lendemain. Aux citoyens, ces interventions apparaissent coûteuses et inutiles. Les vendeurs à la sauvette ne sont même pas inquiets. Et des policiers qui ont peur de parler aux habitants. Qui s’éloignent dès qu’on leur pose des questions sur leur travail.  Pourquoi pas des policiers toujours les mêmes qui s’arrêteraient diraient bonjour aux habitants, la police de proximité. Au lieu de ça, un quartier en état de siège, le désert des Tartares, on campe des deux côtés. Sans résultat.

Je vous dis tout ça parce que j’aime mon quartier, parce que je respecte le travail de la police. Le travail des élus. Le travail des associations. Quand on classe les écoles en ZEP, souvent les familles retirent leurs enfants, et le ghetto est plus fermé encore. Si les choses continuent encore, le jeu actuel ne sera pas seulement inutile, il deviendra dangereux. Les tensions seront plus fortes, les habitants avides de calme se lasseront, ou seront encore plus en colère. Ou ils partiront et il restera un quartier encore plus difficile à vivre.

Il n’est pas trop tard. Il n’est jamais trop tard.

dimanche 16 juin 2013

laîcité


Laïcité

         Dans les écoles du Royaume-Uni, les cours ou services religieux sont obligatoires pour tous les élèves. Si les parents ne souhaitent pas que leurs enfants assistent à ces services, ils doivent le faire savoir et « désinscrire » leur enfant (opt out). Une pétition en Ecosse demande la démarche inverse : que les cours et services soient réservés à ceux qui ont été inscrits par les parents (opt in).

         Dans certaines entreprises anglaises, l’adhésion au syndicat est obligatoire, la cotisation est prélevée sur le salaire et pour ne pas payer, le salarié doit se désinscrire (opt out). Margaret Thatcher a supprimé ce système et désormais, les salariés d’une entreprise doivent demander leur adhésion au syndicat (opt in).

         En Allemagne, tous sont soumis au denier du culte, collecté avec les taxes, et qui ne veut pas payer doit le signaler et se désinscrire (opt out).

         Dans le monde entier, tous les usagers de l’informatique sont obligés de recevoir des pubs et pour ne plus les recevoir, ils doivent se désinscrire (opt out).

         Qu’est-ce qui est le plus difficile ? Se désinscrire des cours de religion, de l’adhésion syndicale, du denier du culte ? Le plus difficile est de se désinscrire des publicités intempestives. Pour ne plus croire, ne plus être syndiqué, un simple clic suffit. Pour ne plus croire en la crème solaire, ne plus adhérer aux clubs de rencontre, il faut cliquer sur tellement d’icônes que parfois on se décourage.

         Une société totalitaire est une société où il faut se désinscrire pour ne plus. Une société démocratique est une société où il faut s’inscrire pour.

        

terrorisme


Terrorisme

 

         L’IRA et l’ETA n’ont jamais compté plus de quelques centaines de combattants actifs. Ces organisations représentaient un problème politique majeur parce que leurs activités meurtrières étaient considérées comme légitimes par une partie de l’opinion. Sans cet appui, une organisation terroriste n’est qu’un problème de police. A mesure que le soutien politique se retire, il ne reste sur la plage que des épaves de plus en plus visibles. Les opérations de surveillance et d’infiltration sont plus efficaces et vient le moment où le nombre de militants emprisonnés dépasse largement le nombre de combattants en cavale. Recul politique et défaite militaire se conjuguent pour permettre que s’engage un processus de paix. Les activités de police et les campagnes politiques pour isoler les fous de la nation s’appuient et se complètent.

         Dans le contexte basque ou irlandais, un citoyen disposait des références, des connaissances et des réseaux lui permettant de s’engager. Avec le terrorisme islamiste, ces références, ces connaissances et ces réseaux lui échappent. D’où un certain désarroi. Les terroristes familiers avaient besoin d’un appui politique et cette nécessité limitait l’atrocité de leurs actions. Les groupes islamistes ne semblent pas rechercher un appui politique et ancrent au contraire leur notoriété dans les condamnations universelles de leurs atrocités. Ne reste-t-il alors que le travail de police ? On peut toujours penser, pour se rassurer, que la manière dont les sociétés traitent les citoyens musulmans peut assécher le recrutement de nouveaux terroristes. Mais ces groupes ne recueillent guère de soutien parmi les musulmans français, britanniques ou Etatsuniens qui les considèrent avec la même horreur que les autres citoyens de leur pays. Il ne nous reste alors qu’à souhaiter plein succès à la police et à la justice de nos pays.

discrimination


discrimination

 

 

      En 2007, le gouvernement nationaliste d’Ecosse a introduit  la gratuité des études universitaires. Le prix d’inscription était généralement accusé comme principal facteur de discrimination sociale. Le Centre de recherches en sociologie de l’éducation de l’université d’Edimbourg montre que cette mesure n’a rien changé. Le nombre d’étudiants venant des catégories modestes ou défavorisées n’a pas augmenté. L’étude compare avec le reste du Royaume-Uni, là où les droits ont beaucoup augmenté : les écarts de recrutement restent stables. La diminution des droits ou l’augmentation n’a pratiquement aucun effet sur la discrimination sociale. En Irlande, où les droits ont été supprimés en 1996, les résultats sont les mêmes. Donc, la réduction des droits universitaires est un cadeau aux familles des couches moyennes. (source : The Scotsman, 11 juin 2013)

samedi 15 juin 2013

rectificatif


Rectificatif

         Manger des œufs n’est pas l’équivalent de consommer des fœtus. L’œuf n’est qu’un réceptacle pour recevoir la cellule fécondée. Il est donc plus un placenta qu’un fœtus. Donc dans les auberges des îles d’Orcade, nous mangions au petit déjeuner des placentas frits et pas des fœtus brouillés.