jeudi 3 octobre 2013

ZSP suite

Zone de sécurité prioritaire 2 octobre 2013



      


     Retour de Biarritz. Les vendeurs à la sauvette saturent toujours le marché Dejean. Les vendeurs de Marlborough et autres cigarettes entravent toujours l’accès au métro Barbès. Trois policiers en uniformes de combat, gilets pare-balles, genouillères, épaules de footballeurs américains, patrouillent le long du Boulevard Barbès. Est-ce l’uniforme d’un policier de proximité ? Comme un brise-glace en hiver, ils avancent lentement, écartent les blocs de glace et derrière, l’iceberg se reconstitue.  

dimanche 29 septembre 2013

inassimilables

Inassimilables


            Rien n’est jamais pareil. Il fut un temps au Royaume-Uni où la question centrale de la vie politique fut la question catholique. Les papistes vivaient dans la crasse et la misère. Les quartiers où ils étaient majoritaires étaient lépreux, manquaient de tout. Ils peuplaient les prisons. Sur ordre de leurs prêtres, ils faisaient beaucoup d’enfants et les enfants livrés à eux-mêmes étaient réduits à la mendicité. Et pourtant, ils osèrent demander le droit de voter et de se présenter aux élections. Regardez-les, comment voulez-vous qu’ils deviennent des citoyens britanniques ?

            Cette question divisa les familles et les partis politiques. Le parti libéral se déchira. Le parti travailliste se partagea. L’avenir du pays était en jeu. Le Royaume-Uni était une nation protestante et les droits accordés à la minorité catholique mettraient en jeu son identité historique. Les catholiques maintenaient les pays où ils gouvernaient dans le sous-développement économique et politique. Ils soutenaient les souverains absolutistes et refusaient toute avancée démocratique. Ils maintenaient les femmes dans une situation misérable. Ils adoraient des idoles dans leur église. Fétichistes et idolâtres. Ils accordaient plus d’importance aux ordres du Vatican et en cas de conflit, choisiraient l’ennemi juré. Ils étaient tout simplement inassimilables.

                        Cette question partageait les partis et les familles. Des partis politiques se présentaient sous l’étiquette « protestante » dont l’objectif premier et unique était de lutter contre l’influence catholique pour défendre la loi fondamentale : le Royaume-Uni était une nation protestante. .  Les derniers candidats se présentaient encore à Liverpool et Glasgow jusqu’à la deuxième moitié du vingtième siècle.

            Pendant près d’un demi-siècle, la vie politique des îles Britanniques fut ainsi dominée par la question catholique.


            Rien n’est pareil. En 1840, un citoyen sur trois dans les îles Britanniques était catholique. En 2012, il y a vingt mille Roms en France. À eux seuls, ils se placent au centre de la vie politique en France. Chapeau. 

dimanche 22 septembre 2013

à contre-courant

À contre-courant


           
            L’industrie du vélo dispose d’un lobby non professionnel, un groupement d’amateurs, fort puissant, d’autant plus puissant qu’il semble totalement désintéressé. Ce groupe de pression affronte le lobby automobile sans moyen, sans argent. Il marque des points. Désormais, une ville ne peut pas être vraiment moderne si elle n’accorde pas une partie de l’espace public à la circulation vélocipédique. Plus personne ne se présente aux élections ans porter à la boutonnière un macaron où se dessine le logo d’un deux roues sans moteur. À Biarritz, le jour de la fête du vélo, une manifestation bon enfant a offert au maire une bicyclette complète et son adjointe lui a tendu un casque coloré.

            Mais les belles intentions ne remplacent pas les laides réalisations. La réalité à Biarritz est voiturière. Faites l’expérience. Vous allez de Bayonne à Hendaye à bicyclette. De Bayonne jusqu’en haut de Biarritz, une belle piste pour vélos. Dès le panneau Biarritz, la piste disparaît. Vous suivez la côte, aucune piste. Vous prenez la route côtière jusqu’à Bidart. Au panneau Bidart, la piste réapparaît, pour ne plus s’interrompre jusqu’à Hendaye. Mettez en bleu les parties cyclables de la carte côtière et en noir celles où la piste s’interrompt, vous aurez pour la ville de Biarritz une grande tache noire depuis la descente du palais jusqu’au Musée de l’Océan.


            Vous en conclurez trop vite que le lobby vélo est plus puissant à Bayonne, Anglet, Bidart, qu’à Biarritz. Ou vous en conclurez que les habitants de Biarritz se fichent comme de l’an quarante de pouvoir circuler à vélo. La moyenne d’âge étant élevé, la moyenne d’âge sait qu’au-delà du vélo il y a l’au-delà. Raisonnement qui se tient si l’on est pressé d’atteindre l’au-delà. Pour ceux qui ne sont pas pressés, l’au-delà sera atteint plus lentement à vélo qu’en voiture, et à pied qu’à vélo. D’accord. N’oubliez pas pourtant que ce qui est bon pour les vélos est aussi bon pour les piétons. Et bon pour tous. Si tous les vélos de la ville roulaient sur la chaussée, même les voituriers mettraient plus de temps à atteindre l’au-delà. 

samedi 21 septembre 2013

abandon de la ZSP

Bonne nouvelle:

Dans la déclaration de candidature d’Eric Lejoindre du 20 septembre 2013, aucune mention de la Zone de sécurité prioritaire :


À la place : « nous devons maintenir nos efforts sur les questions de la tranquillité publique. La réforme de la DPP courageusement initiée par Myriam el Khomri porte ses fruits. Le contact direct avec les habitants sur ces questions est constant, les efforts demandés aux forces de l’ordre sont importants, mais la situation reste tendue dans bien des quartiers. »

La Zone de sécurité prioritaire était jusque là présentée comme une qualification demandée par Daniel Vaillant, Myriam El Khomry à Manuel Valls qui l’a mise en œuvre. Eric Lejoindre ne parle plus de sécurité, mais de tranquillité. Il ne parle plus de Zone de sécurité prioritaire, mais de politique de la ville pilotée par Myriam El Khomry.


Je suis intervenu à mainte reprise pour expliquer mon opposition à ce classement. La déclaration de candidature d’Eric Lejoindre me satisfait pleinement. Nous avons besoin d’une politique publique de la ville, certainement pas de la transformation de la Goutte d'Or en « Zone » où ce qui est « prioritaire » est la sécurité.  

mercredi 11 septembre 2013

Daniel Vaillant et le 18ème

            Le 9 septembre 2013 Daniel Vaillant s’adresse aux militants socialistes du 18ème arrondissement pour leur annoncer qu’à la demande de la fédération et d’Anne Hidalgo, il renonce à se présenter comme candidat à la mairie du 18ème. Il regrette la décision mais s’y rallie en militant discipliné. Il désigne son dauphin : Éric Lejoindre.           

            Étant donné les nombreux conflits qui taraudent le PS, je n’ai qu’un seul commentaire : la situation dans le 18ème est exemplaire. Si ça se passait partout comme ça. Un désaccord, on tranche, on accepte et on se bat pour la suite. Dans tant d’endroits, les égos, les intérêts personnels priment et pourrissent l’atmosphère. Pour avoir été parfois en désaccord avec la politique municipale, je témoigne ici qu’on peut être en désaccord, et continuer de militer, d’aller en réunion, dans une atmosphère de tolérance et de paix. Ce n’est pas si courant et la manière dont ce différent a été réglé me semble sujet de fierté.


            On peut être d’accord ou pas d’accord avec les analyses de Daniel Vaillant, chacun fera son choix pour la candidature, mais n’oublions pas le principal : le 18ème arrondissement a changé en mieux sous cette équipe. Une équipe qui sait placer l’intérêt général par-dessus les préoccupations personnelles. 

samedi 31 août 2013

admirables révoltes

Yannick Haenel, Les Renards pâles, Paris Gallimard, 2013-08-31
J.M. Coetzee, Une enfance de Jésus, Paris, Seuil, 2013.

Le personnage central des Renards Pâles est un chômeur chassé de sa chambre pour défaut de paiement du loyer. Il dort dans la voiture et rencontre d’autres galères, d’autres errances, des émigrés africains qui nettoient la ville, des artistes désargentés, des livres (Beckett, en attendant Godot), les œuvres de Karl Marx (La Guerre civile en France). Les errances lui font rencontrer des masques, des rituels, des manifestations dites des « Renards pâles » qui manifestent en brûlant les voitures.

Dans Une enfance de Jésus, J.M. Coetzee décrit les errances de deux personnages chassés par les guerres on ne sait où : un homme qui traîne derrière lui un petit garçon qui a perdu sa mère et à qui il a promis de la lui retrouver. Les pages sur l’accueil dans les camps de réfugiés sont terrifiantes. Plus que la guerre, qui jusque là n’a pas de réalité, de visage.

Coetzee ne relie pas ses personnages à une quelconque situation politique ou conflictuelle. Pas d’histoire, pas de géographie. Pas de papiers. L’homme gagne sa vie en transportant des sacs de grains, blé, riz, on ne sait pas, mais l’échelle est rude, la passerelle branlante. Yannick Haenel place son personnage en France, la date est celle de l’élection de Sarkozy en avril 2005, il ne vote pas, il finit par brûler sa carte d’identité. Il parle de Tarnac, des émigrés et de leurs cérémonies.


Coetzee ne place ses personnages nulle part. Pas d’administration (défaillante, pas de chambre, pas de nourriture ou si peu), Les responsables adminsitratifs ont la pâleur et la transparence des personnages de Kafka. Yannick Haenel est délibérément politique : il y des propriétaires qui expulsent, des policiers, des RSA qui se terminent par négligence, des émigrés noirs, une répression pour ébriété sur la voie publique. Admiration pour les laissés pour comptes qui laissent aux autres le soin de les administrer, de les nourrir, de leur fournir du travail parfois. Il boit beaucoup, mange peu, va parfois à l’hôtel pour consommer une rencontre. Pour que ces personnages existent, il faut une société dont ces personnages se détournent. Ils laissent le soin aux privilégiés, plus ou moins, le soin de les soigner, de les nourrir, de les punir. Ils sont donc admirables. Quand les pauvres veulent s’occuper de politique, prétendent participer à l’administration des hommes, ils sont beaucoup moins admirables et personne n’en parle. Seule la révolte est superbe. 

téléréalité

            L’armoire à pharmacie explose de cachets, de gouttes, de sachets buvables ou de pilules sécables. Dans les transports en commun, la canne soulève d’autres fesses qui libèrent la surface où poser les miennes. Dans les transports particuliers, on m’offre la place du mort. Quand l’avenir individuel est sombre, l’avenir collectif importe moins.

            Un chômeur de 56 ans rencontre le ministre du travail et lui narre ses galères en direct. Demain, il aura une offre d’emploi. Une chômeuse a interpellé le Président de la République. Elle a obtenu un CDI. Exemples spectaculaire du degré zéro de la politique qui est choix, hiérarchisation des urgences, dialogues, négociations, décisions. Ici, mettez un problème devant une caméra et il est résolu.

            Dans les Zone de sécurité prioritaire, si les caméras marchent moins bien, c’est qu’elles ne sont pas visibles en direct. Si elles étaient toutes branchées sur les écrans privés, si tous les citoyens pouvaient observer leur quartier en permanence, les méchants se dissimuleraient, les citoyens sans reproche pourraient circuler sans peur.

            Si une caméra me filmait en permanence, en direct, est-ce que j’irais mieux ?

             

lundi 26 août 2013

militer à gauche

         Comment faire de la politique aujourd’hui  quand on a le cœur à gauche, formaté pour la justice sociale, les libertés individuelles et collectives,  aspirant à lutter contre le racisme et les exclusions ?

         Quand on est dans l’opposition, c’est relativement facile. On s’oppose à une politique libérale qui considère que ce qui est bon pour les puissants est bon pour la société toute entière. Plus les riches sont riches et moins les pauvres seront pauvres. Plus l’accès aux privilèges sera difficile et plus les efforts des défavorisés seront facilités. Plus les forts seront soignés et moins les faibles seront malades. On regroupe les exclus dans des zones barbarisées et les privilégiés dans des zones barbelées.

         Relativement facile, mais pas trop. Facile pour l’opposition éternelle, qui renonce à gouverner. Moins facile pour une opposition qui aspire à gouverner. Une opposition qui aspire à gouverner paiera toujours le prix d’un discours irresponsable quand elle viendra au pouvoir. Nous y sommes.

         La clarté n’ayant pas été faite dans l’opposition, les électeurs, les militants socialistes, pédalent dans une semoule que le parti socialiste a épaissie depuis des années, à force de manque de clarté et d’alliance avec n’importe qui.

         Un certain nombre de militants socialistes continuent de prendre au sérieux les discours programmatiques d’hier et les confrontent aux réalités gouvernementales. Les ressentiments, les colères, les frustrations font les carrières, les sondages et les popularités. Malheureusement, ils portent plus sur les confusions d’hier que sur les choix de demain.

         Est-ce une fatalité ? Sans doute. Un régime et un fonctionnement démocratique supposent d’immenses failles entre les programmes et leur mise en œuvre. Seuls les régimes et les partis totalitaires mettent en œuvre de manière systématique les discours annoncés. S’ils rencontrent des oppositions, ils connaissent les moyens de les surmonter. L’annonce par le Chavez de droite, Jean-François Copé de six mois de gouvernement sans débat parlementaire est un avatar de ce rêve d’une redoutable efficacité.

         En attendant ? On reconnaît un militant socialiste à ce qu’il participe à l’administration ou au gouvernement et s’il n’en fait pas partie, se demande en permanence si la politique de son gouvernement est vraiment de gauche. Sur les retraites, les politiques migratoires, les rythmes scolaires, à peu près sur tout, sauf sur le mariage pour tous.

         Qu’ils se calment. Un jour ou l’autre, la droite reviendra au pouvoir et ils retrouveront des raisons de s’opposer.

Maurice Goldring membre du PS (Paris Chapelle Goutte d'Or)

        



mardi 20 août 2013

slogans

si des personnes crient ensemble le même slogan, c'est une manifestation. si elles crient ensemble des slogans différents, c'est une discussion.

mercredi 14 août 2013

dons d'organe

     Nous avons une chance énorme: le don d'orgasmes est gratuit dans notre pays. Il dépend de la sécurité sexuelle (SS) ou des mutuelles complémentaires, comme la Mutuelle des Activités Intenses des Foufounes (MAIF). Imaginez que ces dons soient payants, comme dans certains pays, les trafics qu'engendreraient le profit, les crises financières en cas de montée de la libido, les faillites en cas de défaillance. Nous vivrions alors dans un monde dangereux. Dans ce domaine comme dans d'autres, il faut être vigilant et se battre contre la droite qui veut privatiser les dons d'orgasme, contre les religions qui veulent les interdire et contre  les intégristes qui veulent étatiser le marché.