lundi 10 juin 2019

les temps changent


Les temps changent



Sud-Ouest du lundi 10 juin 2019 me présente dans une interview comme « le biarrot Maurice Goldring ». Me voici adoubé. Par le grand journal régional. Quand même. D’ailleurs, jamais les parents de Brigitte n’auraient accepté qu’elle s’accoquine avec un non-Biarrot. De même que ma mère n’aurait pas apprécié que je partage  ma vie avec une goy. Les temps changent.

Il y a quelques personnes qui ne s’en sont pas rendu compte. Ainsi, Jean Esterle, candidat EH Baï à la mairie de Biarritz, m’a lancé en fin de discussion : « retourne à Paris, connard ! ». Et Xavier Larramendy, soutien République en Marche des Artisans de la Paix, me demande où sont nés mes parents. Il faudrait mettre ces deux-là dans un musée.

méfiance


Méfiance, on m’a si souvent fait le coup.



            Une douzaine de bus venus du Pays Basque espagnol sont venus gonfler la manifestation pour la paix dans un Pays Basque français qui n’est plus en guerre depuis vingt ans.

            Il y a vingt ans, une voiture avec trois passagers est venu gonfler une manifestation à Vitoria contre la terreur d’ETA, un conseiller municipal venait d’être abattu, et André Labèguerie, Brigitte Pradier et moi-même, venaient apporter la solidarité de Didier Borotra aux manifestants contre la terreur. Les deux élus avec leur écharpe ont été accueillis à bras ouverts. Le maire de Vitoria leur a dit : « ça fait longtemps qu’on vous attendait ».

            La manifestation de Biarritz « pour la paix » était en fait une manifestation pour l’amnistie des assassins d’ETA. Bake Bidea et les Artisans de la Paix avaient protesté une semaine plus tôt contre l’arrestation d’un criminel ayant fui la justice de son pays, Josu Ternera. Ils avaient entraîné dans leur transhumance Michel Veunac, Max Brisson, Vincent Bru et Jean-René Etchegaray, docile moutons d’une entreprise de blanchissage.

            Deux conceptions du monde. Deux conceptions de l’engagement politique.

            Et les autres ? Ils se taisent. Ils m’annoncent des motions qui s’envolent, des communiqués qui disparaissent, des prises de position qui se froissent dans les corbeilles.

            Alors je me méfie. Des annonces chuchotés, tu vas voir ce que tu vas voir, on va parler, on va dire clairement les choses. Il y a même des élus qui ont le courage de me dire à moi personnellement qu’ils n’iront pas à la manifestation et que leur absence vaut condamnation. Ainsi le maire de Biarritz ouvre la teinturerie, officiellement, au nom de la ville de Biarritz et tous les conseillers de la ville, sauf une, vont courageusement se tremper les pieds dans les vagues, indiquant par cette trempette, au monde entier, leur condamnation exemplaire des crimes passés.

            On me dit, avec Nathalie Motsch ou Maider Arosteguy, ça va changer. Elles vont parler, elles vont déclarer, elles vont communiquer. J’ai écouté. J’ai tendu l’oreille. Rien n’est venu. Il suffisait de dire clairement : en paroles orales, ou en communiqué écrit, » je n’irai pas à cette manifestation ». Rien n’est venu. Pourtant le maire de Biarritz les représentait. Sauf une.

            Alors je me méfie. Ils m’ont tous tant de fois fait le coup : j’irai voir les victimes, je condamne l’amnistie. Tous ils sont félicités par EH Baï et Sortu, ça ne les gêne pas. Et ils se taisent.

            Dans l’histoire du Pays Basque français et espagnol, je vous demande de retenir ces deux images : les douze bus qui sont venus d’Espagne, eau de javel à la main et serpillère sur le dos, et une voiture avec trois personnes qui ont apporté solidarité aux victimes de la terreur.

samedi 8 juin 2019

enfants manipulés


8 juin 2019



Manifestation des ikastolas pour plus de postes d’enseignants. Tous les élèves sont dans la rue. Il fait beau. Le même jour, les blanchisseurs manifestent pour le rapprochement des criminels de l’ETA des tombes de leurs victimes, ou peut-être je me trompe. Enfin, ils manifestent sous le mot d’ordre « et maintenant les prisonniers ». Et maintenant. Avant, c’était quoi ? les assassins ? Il fait beau. Le même jour, les arts de la rue, une série de comédies ambulantes. Des hommes et des femmes déguisés brandissent des drapeaux où il est écrit qu’ils veulent la paix. Les spectateurs s’esclaffent. Nous sommes en paix, enfin, voyez ces enfants, voyez ces saltimbanques...voyez les surfeurs, voyez monsieur le maire qui se promène sans garde du corps. Les spectateurs de nos jours ne savent pas bien faire la différence entre spectacle et réalité. Ils prennent Vincent Bru, Max Brisson, Michel Veunac et Jean-René Etchegaray pour des saltimbanques. Qui jouent un spectacle son et lumière. Un peu de respect, voulez-vous.

Le beau temps, la mer, les couleurs, peuvent vous empêcher de réfléchir. Au début, tout le monde pense, mais que c’est joli tous ces enfants en bord de mer, tous ces enfants qui manifestent. Pour plus de postes d’enseignants en langue basque. Et puis vient une légère brise qui vous réveille et du coup, la tête se remet à penser.

Et la tête se dit. Si les enseignants de l’école publique, dans une manifestation  pour des postes supplémentaires, avaient entraîné avec eux les élèves dans la rue, des élèves très jeunes, du primaire, mais qu’est-ce qu’ils auraient pris sur la tête. Ils manipulent les enfants, ils les entraînent  à manifester…Enfin, vous voyez, vous imaginez…Et si des enseignants d’une école privée musulmane avaient manifesté avec leurs élèves, alors là, je ne vous dis pas. Il faudrait appeler le SAMU pour Nadine Morano, Christine Boutin et Marine Le Pen.

Mais au Pays Basque, la manipulation des enfants, on trouve ça joli et coloré.

jeudi 6 juin 2019

bizarre la politique


C’est bizarre la politique. Considérez les dernières élections, les européennes. En France. Nathalie Loiseau, de la liste Renaissance, obtient 23%. De l’avis des journalistes et des militants, elle a fait une mauvaise campagne. Laurent Wauquier, 8%, a dirigé une campagne désastreuse. Jean-Luc Mélenchon, 6%, est descendu en flammes par ses partisans et par ses adversaires.

Le seul, de l’avis de tous,  qui a fait une campagne excellente, qui s’est révélé bon débatteur, intelligent, offensif, c’est Ian Brossat. PCF.
Il a obtenu 2%.

préférence nationale


Une pétition pour la libération de Josu Urrutikoetxea, accusé de l’attentat de Saragosse (11 morts ont six enfants). Les signatures habituelles. Ils ont signé pour Bobby Sands, pour Cesare Battisti…Aucun des signataires n’a jamais signé pour les auteurs des massacres de Saint-Michel, de la rue des Rosiers, du Bataclan, de Nice. Ils ne signent que pour les auteurs de massacres commis à l’étranger. C’est ce qu’on appelle la préférence nationale. Les terroristes ont le droit de massacrer pourvu que ce ne soit pas chez nous.

mercredi 5 juin 2019

vous ne rêvez pas


Non, vous ne rêvez pas !

 

Josu Urrutikoetxea a été arrêté pour avoir refusé d’affronter la justice d’un pays démocratique. Il est accusé notamment de l’attentat de Saragosse de 1987, onze morts dont six enfants dans une caserne de gardes civils. En ce temps-là les gardes civils étaient traités de « chiens » par l’ETA et leurs enfants de « fils de chiens ».

 

Bake Bidea et les Artisans de la Paix ont protesté contre cette arrestation. Selon eux, elle était insultante et irresponsable. Bake Bidea signifie le « chemin de la paix » Pour les victimes d’ETA en Espagne, c’est le chemin de la blanchisserie. Jusque-là pas la peine de vous pincer, vous ne dormez pas.

 

Pour Alain Badiou et Toni Negri, Josu Urrutikoetxea est un « combattant » dont les actions ont été « stigmatisées par les médias et instrumentalisées par les pouvoirs publics ». Là encore, tout est normal. Alain Badiou considère les millions de morts de la révolution culturelle en Chine comme un détail de l’histoire et Toni Negri a plaidé inlassablement la cause de Cesare Battisti et des brigades rouges en Italie. Donc, tout est normal.

 

Là où la nécessité de se pincer devient impérieuse, c’est quand on voit, quand on entend, Max Brisson, sénateur LR, Vincent Bru, député modem, Jean-René Etchegaray, centriste et Michel Veunac, La République en Marche, reprendre les mots de Toni Negri, d’Alain Badiou. Quand on les voit s’assoir à la même table que les blanchisseurs, manifester avec eux pour Josu Urrutikoetxea. Ce n’est pas possible ! Vous rêvez ! Enfin les mêmes qui demandent l’intervention de la police quand un ado fume un joint sur la plage. Les mêmes qui font fermer les cafés quand la musique est trop forte. Les mêmes qui se précipitent au Petit Bayonne parce qu’il y a trop de bruit.
 
Non, vous ne rêvez pas.

mardi 4 juin 2019

détermination


Détermination



Je ne peux pas parler des endroits du monde que je ne connais pas. Mais je peux parler de certains endroits et de certains moments de mon histoire pour suggérer des leçons politiques. D’en tirer un principe politique. Pour tenter de réfléchir. Après tout, la politique, sans quelques moments de réflexion, n’est qu’une sale petite manie.

Je veux parler aujourd’hui du mot détermination. J’ai souvent constaté que dans les joutes politiques, mouvements sociaux, élections… l’emportent souvent ceux qui font preuve de la plus grande détermination. Pas forcément ceux qui ont les meilleurs arguments, la plus grande expérience. Non. Juste ceux qui sont les plus déterminés. Les autres ont les meilleurs raisons du monde, mais ils perdent parce qu’ils sont moins déterminés.

Dans le combat d’après-guerre entre socialistes et communistes, les plus déterminés étaient les communistes. Le parti de la classe ouvrière, le parti des 75000 fusillés, les militants socialistes étaient paralysés. Tétanisés. Pour moi, le point de rupture fut un débat télévisé entre Lionel Jospin et Georges Marchais. C’était l’époque de l’abandon du programme commun. Georges Marchais était évidemment le secrétaire du parti de la classe ouvrière. Il était métallo. Il parlait brut, comme un ouvrier parisien. Il dénonçait en Lionel Jospin un parti embourgeoisé, entraîné vers la droite. Je suis un ouvrier, moi, disait-il haut et fort dans le micro. A ce moment, Lionel Jospin lui pose la question qui tue : « Monsieur Marchais, depuis combien de temps vous n’avez pas mis les pieds dans une usine ? Moi, j’arrive à ce débat après avoir fait cours dans un IUT, je suis salarié. Et vous depuis combien de temps vous avez cessé d’être salarié ? ». Marchais se tut, ça ne lui arrivait pas souvent. Jospin avait gagné. Il avait dénoncé l’imposture de celui qui prétendait « représenter » la classe ouvrière. On ne disait pas le peuple à ce moment-là, on disait la classe ouvrière.

Plus tard, j’ai connu les assemblées générales enfiévrées dans les amphis. Toujours l’emportaient les plus radicaux, jusqu’auboutistes. Il était difficile de présenter une opinion différente. Les grèves étaient toujours générales et illimitées. Si un présent objectait que trois cents personnes dans  un amphi ne pouvaient peut-être pas décider pour trente mille étudiants et personnel, il se faisait huer, traître, fasciste, défaitiste… Les partisans d’une certaine modération quittaient les assemblées « générales » ou se taisaient.

Dans les quartiers populaires de l’est parisien où je résidais, j’ai constaté la même règle. Mes amis d’Afrique du Nord étaient pour la plupart non religieux ou musulmans très modérés. Mais ils n’allaient pas souvent affronter les intégristes militants qui étaient d’une détermination sans faille.

La démonstration pourrait se poursuivre avec le Royaume-Uni et les partisans du Brexit qui affrontent des adversaires d’une extrême mollesse. En Pologne, en Hongrie, les nationalistes dominent par l’arrogance et la détermination ;

J’ai enfin abouti au Pays Basque français. Je constate la même règle. Dans un territoire où dominent des républicains qui refusent le nationalisme basque, les plus déterminés sont les séparatistes, ils se battent sans répit pour la langue, pour le blanchissage d’ETA, pour l’amnistie des criminels. Avec l’aide de leurs alliés espagnols, ils manifestent, ils pétitionnent, ils conférencent de presse. Ils entraînent avec eux ceux qui pensent les calmer en ne leur refusant pas leurs sucettes. La majorité se tait, parce que prendre position est trop difficile. Les modérés ne sont pas aussi déterminés que les séparatistes.

Ce que j’ai appris dans ces diverses expériences, c’est que les plus déterminés comptent sur le silence ou la résignation. Ils sont complètement désarçonnés quand ils se heurtent à plus déterminés qu’eux. De quel droit serait-il aussi déterminés que nous alors que notre cause est juste ?

C’est ainsi qu’en France et en Espagne, le populisme se heurte à des adversaires d’une grande détermination qui réussissent à les contenir. Au Pays Basque espagnol, le débat fait rage et les populistes basques sont à la peine. Au Pays Basque français, les séparatistes commencent à se heurter à d’autres déterminations. Ils sont étonnés, il faut les comprendre, ils n’ont pas l’habitude.

N’hésitez pas, prenez la parole, écrivez, participez, donnez votre avis. Vous n’êtes jamais seuls. Vous pourrez avoir parfois l’impression d’être seuls, mais vous verrez que la détermination est entraînante.

nouvelle lessive


Vendredi 7 juin, la Grande Teinturerie de Bake Bidea lèvera son rideau pour une nouvelle lessive de la terreur d’ETA. Elle racontera que le processus de paix au Pays Basque a été engagé unilatéralement. Il y avait un » conflit », entre l’Espagne, la France et l’ETA. L’ETA a décidé de cesser le feu, unilatéralement. En 2011. Puis a décidé unilatéralement de rendre les armes à « la société civile ». Puis de se dissoudre unilatéralement. Grâce à ces mesures unilatérales, nos élus et  leur famille peuvent se promener sans garde du corps dans les rues de Biarritz.



Tel est le récit que Bake Bidea et les Artisans de la Paix déroulent sous nos espadrilles depuis plus de deux ans. Ils appellent ce récit « processus de paix ». Vous ne le saviez pas, mais avant 2017, notre Pays Basque français était à feu et à sang, et la paix est revenue. Au mois de juin, dans les rues de la ville de Biarritz, une manifestation intitulée « Les années folles » nous fait revivre les années 1920, avec costumes et voitures d’époque. Sur le même modèle, Bake Bidea et les Artisans de la Paix nous font revivre les années de plomb en un défilé bariolé.



Au Pays Basque espagnol, les citoyens et la société civile racontent une autre histoire. Ils racontent qu’il n’y a pas eu de « conflit », mais l’emploi de la terreur contre une société démocratique. Ils racontent que contre cette terreur, la société civile s’est mobilisée, a manifesté. Ils racontent que deux états démocratiques, la France et l’Espagne, ont coopéré pour mettre les terroristes hors d’état de nuire. Ils racontent que la démocratie l’a emporté contre la terreur. C’est aussi le récit de notre président, Emmanuel Macron, quand il rencontre Pedro Sanchez.



Au Pays Basque espagnol, les citoyens et la société civile racontent que Bake Bidea et les Artisans de la Paix sont utilisés comme entreprise de blanchiment des crimes de l’ETA. Quand Bake Bidea et les Artisans de la Paix protestent contre l’arrestation de Josu Ternera, la société civile, les intellectuels, les élus, rappellent l’attentat de Saragosse, les six enfants massacrés. Ils racontent que partout dans le monde, les atteintes à la démocratie passent par le blanchiment des crimes.



Vincent Bru, député Modem, Michel Veunac, maire de Biarritz, Max Brisson, sénateur LR, sont complices de cette opération de blanchiment. Ils ne peuvent se soumettre ainsi au récit blanchisseur que par un silence résigné des citoyens de la société basque française. Que ceux qui ne sont pas d’accord le chuchotent, le disent, l’écrivent, le crient, le hurlent.



Ils ne sont pas assez nombreux, ceux qui saluent la démocratie du Pays Basque espagnol qui a vaincu ETA. Ils ne sont pas assez nombreux ceux qui s’inclinent devant les victimes d’ETA. Ils ne sont assez nombreux mais ils sauvent l’honneur du Pays Basque français.

dimanche 2 juin 2019

retourne à Paris


Au coin des Halles, je rencontre Jean Esterlé  en uniforme de gendarme. Pour un blanchisseur des crimes d’ETA, je trouve que c’est gonflé. Courageux. Je lui dis « tu te rends compte que tu te transformes en cible d’ETA ». Tu sais, les etarras. Ils tuaient les gendarmes, les garde-civils, même leurs enfants.



Moi, je lui donnais un conseil de prudence. Pour un patriote, revêtir l’uniforme d’un gendarme de la République française, n’était-ce pas une trahison ?

Tout ce qu’il m’a répondu, Jean Esterlé, c’est « connard ! retourne à Paris ! ».

Après Peio Claverie (je ne serre pas la main à un étranger), Xavier Larramendy, « où sont nés tes parents ?) voici un autre patriote qui me refuse le droit d’être basque.

S’il vous plaît, ne donnez jamais le pouvoir à ces gens-là.

où ils sont nés tes parents


C’est con un môme de neuf ans, c’est émotif. Il porte une étoile dans le Paris de 1942. Sa mère parle français avec un accent épouvantable et la question qui le fait trembler, la question qu’il redoute parmi toutes, c’est « où ils sont nés tes parents » ?

77 ans plus tard, dans une réunion d’en marche où il critique le suivisme des élus avec les blanchisseurs d’ETA, Xavier Larramendy, chargé par le référent 64 de défendre l’indéfendable, à ce môme de 86 ans, lui pose la question « où ils sont nés tes parents ? ».

Ce môme de 86 ans défend l’idée de l’Europe avec ardeur. Pour lui, l’Europe est un espace où on ne lui posera plus jamais cette question.

Et le même Xavier Larramendy parade dans la boucle « Europe » de La République en Marche, pas un mot de regret. Pas une seconde où il pourrait penser que, ce jour-là, en posant cette question, il a fait une connerie. Qu’il aurait dû s’excuser.  

Ceux de mes lecteurs qui pensent que ces réflexions n’ont rien à voir avec l’Europe n’ont rien compris à l’Europe.