jeudi 27 juin 2019

blanchisserie et teinturerie


Encore une fois, deux organisations, le Chemin de la Blanchisserie (bake bidea) et les Artisans Teinturiers (artisans de la paix) vont manifester le 5 juillet prochain pour demander la libération de quatre prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée. Pour quelles raisons demandent-ils cette libération ? Parce qu’ils en sont à leur trentième année de détention. Pas d’autres raisons. 


En général, quand on demande une libération conditionnelle, le juge chargé de l’accorder tient compte de plusieurs facteurs. Le premier : la gravité du crime. Ensuite :  le condamné regrette-t-il son crime ? A-t-il demandé publiquement pardon à ses victimes ? S’est-il engagé à ne plus recommencer ? Demande-t-il à ses amis et soutiens de ne pas organiser de fête à la sortie de prison pour éviter de froisser les familles de ses victimes ? Le juge demande généralement l’avis des victimes ou de leur famille. Dans le cas de ces quatre condamnés, on ne sait pas pourquoi ils sont condamnés. Ont-ils massacré des enfants à Saragosse ? Massacré la foule d’un supermarché ? Torturé et séquestré un patron d’entreprise ? Silence. Ils ne regrettent rien. Ils ne demandent pas pardon, ils ne refusent pas l’aurresku, danse d’hommage aux personnalités exceptionnelles. Pas question non plus de demander l’avis des familles pour le Chemin de la Blanchisserie et des Artisans Tenturiers. Silence sur les raisons de leur condamnation. 


Le seul argument : trente ans. Trente ans c’est très long, mais leurs victimes ont été condamnées à perpétuité sans libération conditionnelle. En refusant ces questions, les blanchisseurs se font complices des crimes et de leurs auteurs. 


       Avec les mensonges habituels, les oublis, les barbaries qui restent coincés dans leur gorge. Ils parlent de justice transitionnelle en sachant ou en ignorant que cette justice ne peut se mettre en place qu’à la condition du repentir, du pardon demandé aux victimes et à leur famille. 


       Les blanchisseurs ne demandent rien aux criminels et à leurs soutiens, ils demandent tout à l’état,  aux associations de victimes, au juge, au préfet. Et demain, peut-être, devant la sous-préfecture de Bayonne, ils seront accompagnés par Vincent Bru, par Jean-René Etchegaray, par Michel Veunac, Frédérique Espagnac. Complices de la barbarie infligée dans un territoire qu’ils n’habitaient pas. 


Peut-être.  Ou peut-être pas.

hiérarchie


Ce qui préoccupe nos élus





Le maire a accordé une subvention de cent mille euros pour un festival brésilien à Vincent Cassel. Sans soumettre à un quelconque avis du conseil municipal. Les élus protestent, ils n’ont pas été consultés. On réunit une commission, la subvention est supprimée, puis une nouvelle commission va écouter Vincent Cassel. Ça discute dans tous les coins.





Une bagarre a éclaté à la Gare de Biarritz entre SDF. Aussitôt, le responsable de la sécurité réunit une commission avec la police municipale, les élus, les associations. Ça discute dans tous les coins.



Le maire de la ville de Biarritz manifeste pour la libération d’un terroriste, Josu Urrutikoetxea, accusé d’avoir causé la mort de onze personnes dont six enfants. Une conseillère proteste publiquement. Une sur trente-cinq. Ils n’ont pas été consultés, mais trente-quatre conseillers se taisent.



Pour une subvention, pour une bagarre, il vaut mieux consulter les élus. Pour onze morts, dont six enfants, c’est inutile.

mardi 25 juin 2019

unilatéral


Unilatéral.



Dans le vocabulaire des blanchisseurs (garbitu bidea), qui négocient inlassablement avec les demi-soldes d’une armée morte, l’ETA a cessé le combat unilatéralement. Un jour, comme ça, tombé du ciel, l’armée basque qui n’avait rien obtenu d’autre que des morts et des emprisonnements, a décidé stop, on arrête, on range les fusils, on enterre la dynamite, on démobilise les troupes. Pour quelles raisons ? Aucune. Ce fut unilatéral. Ainsi l’armée allemande, un beau jour du printemps 1945, décida unilatéralement de déposer les armes.



Unilatéral. Donc pour rien ne comptent les manifestations pour la paix, Basta Ya, les millions de Basques espagnols dans la rue. Puisque ce fut unilatéral. Pour rien ne compte l’activité des forces de police et de la justice, puisque ce fut unilatéral. Pour rien ne compte la coopération entre la France et l’Espagne dans leur lutte commune contre le terrorisme. Ce fut unilatéral. Pour rien ne comptent les dénonciations de la terreur, une société debout, refusant de céder à la peur. Ce fut unilatéral.



Si on fait le bilan des actions contre la terreur au Pays Basque français, alors, effectivement, elles n’ont compté pour rien dans la reddition de l’ETA. Aucune manifestation, aucune solidarité avec les élus menacés, aucune déclaration contre la terreur. D’ailleurs, la dissolution d’Iparretarrak fut effectivement unilatérale. Personne ne sait pourquoi elle a commencé et pourquoi elle a terminé.



Mais dans cette société basque atone, aphone, craintive, terrorisée par son ombre, que cette société considère que les combats de la société basque espagnole ne fut pour rien dans la fin d’ETA est une insulte  à ses combats, à son courage, insulte aux victimes, insultes aux élus qui se présentaient aux élections malgré les dangers de mort.



De temps en temps, dans les rues de Bayonne, ces chantres de l’unilatéralisme dansent dans les cimetières, boivent sur les tombes, piétinent les véritables artisans de la paix que furent Basta Ya et poussent même l’imposture jusqu’à voler leur nom, à plagier leurs slogans, à contrefaire leur courage.



Ils ont entièrement raison. Ils crient, ils hurlent, ils chantent la même chanson : puisque nous n’avons rien fait contre la terreur, si les terroristes se sont arrêtés, ce fut une décision unilatérale. Cette reprise du discours de l’ETA est une célébration de leur propre couardise.

lundi 24 juin 2019

la peur


Ils ne peuvent pas s’en empêcher



            Nos sociétés sont de moins en moins violentes. Les sociétés occidentales n’ont jamais été aussi paisibles. Mais le sentiment de la violence domine. Les  homicides diminuent régulièrement en nombre. (1600 meurtres par an en moyenne au milieu des années 1990, contre 845 en 2018. Les vols avec violence diminuent depuis 2014. Les chiffres baissent. Ce qui monte, c’est l’intolérance à l’égard de ces actes. (Le monde, 19 juin 19).



            La passion pour les faits divers, les magazines spécialisés, les rubriques en forte croissante dans les journaux dits de qualité, les feuilletons policiers, les romans noirs, participent de cette contradiction. Moins la société est violente et plus spectaculaire est la représentation d’une sauvagerie désormais exotique.



            L’une des raisons de la persistante peur à l’égard d’une « violence extrême » est son utilisation par les dirigeants politiques. Marine Le Pen dénonce « l’ensauvagement de la société » ou le « terrorisme au quotidien ». Dans son discours de politique générale, Edouard Philippe annonce un plan pour lutter contre les « violences gratuites », car « les Français n’en peuvent plus des coups de couteau donnés pour un mauvais regard ou des batailles rangées entre bandes rivales ».



            Le premier devoir d’un état est d’assurer la sécurité des citoyens, la protection de leur intégrité physique et de leurs biens. Il est donc inévitable que les responsables de cet état intègrent la peur dans leur discours. Certains l’utilisent comme on brandit un drapeau. Personne ne dit : la société est plus paisible. Si votre voisine est physiquement agressée par des cambrioleurs, le maire qui vient la réconforter ne peut pas lui dire ; « les vols avec violence diminuent depuis 2014).



            A nouveau, on nous présente des images de violence, d’agressions, de deal, toujours dans les mêmes endroits, à Paris, Barbès, La Goutte d'Or et la Chapelle,  Saint-Denis dans la banlieue, Marseille, les quartiers nord. Les élus appellent la police, demandent le recours à l’armée, des policiers en permanence, partout, devant les écoles. Quand j’habitais la Goutte d'Or, je ne me souciais guère des statistiques. Je voyais les dealers, les consommateurs, les vendeurs à la sauvette de cigarettes et de contrefaçons. Je rendais visite à des amis dans les beaux quartiers et je me disais que dans ces beaux quartiers, jamais on ne tolérerait ce que je voyais dans ma rue plus de dix minutes.



            Je connais le raisonnement. Il est juste. C’est la misère qui doit faire peur, pas les pauvres. C’est l’addiction qui doit faire peur, pas les usagers. Mais comment tu fais, quand tu es dans le chaudron ?



            Tu regardes autour de toi, dans l’histoire toute récente. Tu cherches en Europe occidentale des sociétés qui ont vécu des dizaines d’années dans la terreur, dans la soumission aux bandes armées. Comment ces sociétés ont-elles surmonté la terreur, leur peur, comment ont-elles réussi à vaincre les responsables de cette terreur ? Il y a peut-être des leçons à en tirer pour nos sociétés.

dimanche 23 juin 2019

couleurs de blanchisserie


La blanchisserie en voit de toutes les couleurs.



Le paysage basque français a été un temps recouvert d’un grand drap blanc, comme une plaine de Sibérie en hiver. Les blanchisseurs exaltaient le soutien unanime. Puis, avec le printemps et la fonte des neiges, d’autres couleurs sont apparues. Des conseillers de Bayonne ont refusé une sculpture de la hache. J.J. Lasserre a refusé cet affront aux victimes d’ETA. Il a même reçu une association de victimes. Un groupe de citoyens a brandi des parapluies bariolés d’un chiffre que seuls les gens de mon âge peuvent comprendre : 829. Ils sont devenus un Observatoire du Pays Basque, roses de plaisir d’être tant applaudi en Espagne. Florence Lasserre a posé à côté d’eux. Loïc Corrégé et Philippe Buono, piliers de La République en Marche, ont maladroitement condamné les condamnations d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe, créant des feux rouges de colère dans de nombreuses réunions. Et voici que Max Brisson, après avoir blanchi, rejoint l’Observatoire du Pays Basque et lui manifeste son accord. Un accord bleu, blanc rouge. Vincent Bru, Frédérique Espagnac et Jean-René Etchegaray continuent  à maintenir des plaques de neige dans le paysage.



 Désormais, la carte politique du Pays Basque français est devenue compliquée. Elle ressemble  au plan des différentes zones de sécurité du G7 vu par  un daltonien.



C’est plus dur à comprendre, certes,  mais ça vaut mieux qu’un linceul.

lundi 17 juin 2019

appel du 18 juin


ONDRES







Ici Ondres ! ici Ondres !



Les Français basques exilés dans les Landes parlent aux Français basques



Appel du 18 juin 2019





            Sous le nom de « processus de paix », le territoire du Pays Basque français est entièrement soumis à un mouvement de blanchiment de la terreur d’ETA. Tous les partis, quasiment tous les élus, soutiennent ce mouvement et ceux qui ne le soutiennent pas se taisent.



            Ce mouvement se réalise au mépris des victimes de cette organisation terroriste, nombreuses surtout au Pays Basque espagnol.



            La résistance à ce mouvement de collaboration avec la terreur est possible. Quelques citoyens courageux se sont opposés à une sculpture représentant le terrorisme d’ETA et ont réussi à empêcher son installation. Ils se sont regroupés sous le nom « Observatoire du Pays Basque ».



            Ce même groupe a gâché la fête des collaborationnistes des 7 et 8 juin. Alors qu’ils étaient réunis pour demander la libération de Josu Ternera, une tribune de soutien à ses victimes est parue dans le journal Libération, reprise dans la presse locale, diffusée en millions d’exemplaires dans la presse espagnole.



            Il est donc possible d’agir.



            Nous appelons les citoyennes et citoyens du Pays Basque français à nous rejoindre par tous les moyens qu’ils jugeront bons. Nous appelons les citoyennes et citoyens du Pays Basque français à s’adresser à leurs élus pour qu’ils prennent leur distance vis-à-vis d’un mouvement de blanchiment de la terreur qui provoque de légitimes colères notamment en Espagne.



            Vive le Pays Basque français, vive la République, vive la France !


bureau des affaires étrangères


A la suite de mon entretien avec Pierre Penin dans Sud-Ouest, je reçois une lettre de Pierre C…, habitant de Baigorri, datée 12 juin. « Monsieur, d’après vos propos sur Sud-Ouest du lundi 10 juin, on sent que vous n’êtes pas basque et que vous ne nous aimez pas ! ». Mon lecteur me reproche le terme de « mise en scène » pour la fête du vendredi 7 juin. « Pour nous (les Basques), c’est un grand soulagement, c’est un moment que nous attendions depuis longtemps ».



Ensuite mon lecteur me demande ce que je pense des ventes d’armes de la France, en tant que « bon français » ? Et ce que je pense du massacre des harkis au lendemain des accords d’Evian. Est-ce que la France a jamais demandé pardon ? Alors que l’ETA l’a fait.



La lettre se termine ainsi : occupez-vous de la France et laissez-nous vivre en paix. « Je ne voudrais pas être votre voisin, avec la haine des Basques que vos propos transpirent ». « Je pense que pour vous la meilleure façon serait d’appliquer ‘la solution finale’ pour nous les Basques ».



Ce monsieur a pris la peine de m’écrire et toute peine mérite réponse. Voici ma réponse :





Monsieur,



            J’interviens régulièrement contre les événements organisés par Bake Bidea et les Artisans de la Paix que je nomme opérations de blanchissage de la terreur d’ETA. Je ne suis pas en mauvaise compagnie. Des associations de victimes, des intellectuels comme Aramburu (avez-vous lu Patria ?), et Savater, partagent mon opinion. Pour vous, ces évènements étaient « attendus depuis longtemps » et ils sont « un grand soulagement ».



            Entre vous et moi, il y a divergence d’opinion, ce qui est normal dans une société diverse. Le débat n’est pas terminé. Je n’ai pas bien compris ce que venaient faire les harkis et la vente d’armes dans ce débat.



            Ce qui me préoccupe davantage, c’est le droit que vous vous arrogez de décerner ou de refuser la qualité de Basques. Une divergence d’opinion sur les Artisans de la Paix vaut-elle appartenance à la communauté basque ? Ainsi, la majorité des Basques qui vivent au Pays Basque espagnol et partagent mon point de vue ne seraient plus des Basques, selon vous ? Pour vous, je ne suis pas basque, je suis français, et je n’ai pas le droit de m’occuper du pays que j’habite. Pour vous, je hais les Basques parce que je dénonce, avec de nombreux Basques espagnols et français, une opération de blanchissage de la terreur d’ETA.



            De ce point de vue, votre réaction est confirmation glauque de ce que certains dénoncent comme une dérive identitaire. Le droit d’un petit groupe d’attribuer ou de refuser l’identité. Comme le RN décide qui est français et qui ne l’est pas. Heureusement que vous ne disposez pas du pouvoir politique. La population basque serait réduite comme peau de chagrin à un tout petit groupe d’hommes recroquevillés.



            En résumé, au risque de vous décevoir, j’ai décidé d’être basque, d’aimer les Basques, leur histoire, leur culture, et je vous emmerde.

dimanche 16 juin 2019

qui a peur de qui?


Rencontre avec Maider Arosteguy





Qui mène campagne. Je lui dis que moi aussi je mène campagne. Contre les blanchisseurs. Elle me dit que cette fois-ci, elle n’a pas signé l’appel des blanchisseurs. Josu Ternera, massacreur de onze personnes dont six enfants, c’était trop pour elle. Donc, sollicitée, elle n’a pas donné suite. Va-t-elle parler sur le sujet ? Non. Elle refuse de signer, en silence. Les raisons du silence sont multiples. Répondre aux abertzales, c’est leur donner trop d’importance. Répondre aux abertzales, c’est dangereux. Ce sont des gens dangereux, et Maider Arosteguy ne veut pas mettre sa famille en danger. Donc il vaut mieux ne pas signer et se taire. Comme ça on n’énerve pas les abertzales, on ne leur donne pas l’importance qu’ils ne méritent pas, et on ne risque pas des retours inquiétants.



Pour Maïder Arosteguy, le vrai danger, c’est l’islamisme. Au Pays Basque, le vrai le seul danger, c’est l’intégrisme islamiste. Je m’étonne. Elle peut dire publiquement son opposition à l’islamisme intégriste sans risque de mettre en danger sa famille. Mais si elle prend position contre le séparatisme basque, elle met en danger ses enfants. Et pourtant, le danger ce serait l’islamisme?



Résumons. Parmi les élus, il y a ceux qui soutiennent les appels à blanchisserie : Max Brisson, Vincent Bru, Frédérique Espagnac, Jean-René Etchegaray, Michel Veunac. Il y a ceux qui ne soutiennent pas mais ne disent rien, car il n’y a que des coups à prendre et rien à récolter. Et puis il y en a qui qui donnent publiquement leur opinion sur l’opération blanchisserie. J’en connais personnellement une ou deux.


G7 Baï


Le G7 occupe désormais une grande place dans les discussions de la ville de Biarritz. La chambre de commerce et de l’industrie a été taguée. Le sous-préfet s’inquiète (Sud-Ouest 5 juin 19). La violence dit-il fait partie de l’histoire récente du Pays Basque. « Une frange marginale d’indépendantistes ne se résout pas  à la dissolution d’ETA. Ils voient dans le G7 l’occasion de raviver les braises ». Dans les tags, on relève des slogans comme « aiguisons les haches », qui se réfère clairement au symbole de l’ETA.

 

Un comité nommé G7 EZ manifeste régulièrement contre la tenue de ce sommet, à la fin du mois d’août. Naturellement, pendant trois ou quatre jours, les restrictions à la circulation vont gêner les déplacements. Moi, personnellement, je m’inquiète. D’autant plus que les cartes des zones distribuées par la mairie me sont illisibles car je suis daltonien. Je réclame en vain des cartes des zones en braille, pour les malvoyants et les daltoniens.

 

Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’absence de réaction des responsables politiques. Jour après jour, le comité G7 Ez s’agite. Pour quels objectifs ?   

 

Les adversaires du G7 disent qu’il réunit les pays les plus riches, les plus capitalistes, donc ceux qui sont responsables de tous les malheurs du monde. Il s‘agit donc de protester contre les responsables de tous les malheurs du monde. Pour renverser le capitalisme ? Sans doute pas. Pour gêner le fonctionnement du capitalisme en détruisant les distributeurs de billets ? Peut-être. Pour montrer la colère du peuple en cassant les vitrines du petit commerce. Eventuellement.

 

            En face, les politiques se taisent. Ils laissent l’état français gérer la situation. Le sous-préfet  parle, combat le radicalisme abertzale. Les politiques du Pays Basque français se taisent. Ils ne disent rien.

 

            Il y aurait la place pour un comité de citoyens « G7 Baï ». qui dirait que les rencontres qui visent à réguler les relations politiques et économiques internationales sont les bienvenues ; qu’il vaut mieux se parler que de faire la guerre. Que c’est un honneur pour la ville de Biarritz de recevoir de telles rencontres.

 

            Un tel comité appuierait les efforts du Président Macron pour réguler une finance devenue folle, pour imposer les spéculations financières, pour impulser plus de solidarité à l’égard des pauvres, plus d’égalité entre hommes et femmes.

 

            Ce comité s’appellerait G7 Baï.

mardi 11 juin 2019

un jeu dangereux


Un jeu dangereux





Justice transitionnelle. Ce mode de sortie de conflit a été expérimenté en Afrique du Sud à la sortie de l’apartheid, sous la tutelle de Desmond Tutu. Le principe en était le suivant : les auteurs des crimes, tortures, emprisonnement, du régime d’apartheid confessaient leurs forfaits publiquement devant leurs victimes ou leurs familles. La justice transitionnelle ne pouvait se mettre en place que si les auteurs de crimes avouaient leur forfait, demandaient pardon aux victimes ou à leur famille.  Ces séances étaient filmées et diffusée en direct par des chaînes de télévision en Afrique du Sud, pendant des heures et des heures, et regardées par des millions de personnes. Ces séances ont donné lieu à des livres, de nombreux documentaires.



La question controversée était le résultat de ces séances pour les criminels. Allaient-elles remplacer un procès ? Fallait-il maintenir les punitions prévues par la loi ? Les peines pouvaient-elles être réduites par les confessions publiques ? Les confessions valaient elles amnistie ? Questions non résolues. Ce qu’il reste de ces séances, en tout état de cause, c’est que amnistie ne valait pas amnésie, c'est à dire oubli des crimes.



La justice transitionnelle ne peut se comprendre bien évidemment que par des arguments politiques. Nelson Mandela voulait éviter une situation comme celle du Zimbabwe, la fuite » des élites blanches, des cadres, de leur compétence, de leurs investissements. Et cela dans un pays où une minorité blanche a maintenu un système d’apartheid d’une grande brutalité.



On comprend que ça n’a strictement rien à voir avec l’Irlande du Nord ou le Pays Basque. Ces régions ont connu des conflits sévères, des discriminations, mais elles étaient des lieux démocratiques où des terroristes ont voulu imposer leur point de vue contre la société. Ces terroristes veulent à tout prix légitimer leurs actions et les anciens combattants de l’IRA ne veulent pas entendre parler de justice transitionnelle. Il y a des initiatives privées, des rencontres entre terroristes protestants et catholiques, entre victimes et assassins. Mais rien à voir avec l’Afrique du Sud.



De la même manière, les abertzale radicaux ne veulent pas entendre parler de ces séances de confession qui mettraient à jour leurs exactions. Les seuls contacts avec les victimes sont les liesses qui saluent la libération de leurs assassins. On est loin de la justice transitionnelle.



La  première difficulté pour la mise en place d’un tel processus est le refus des terroristes de demander pardon. On les comprend. Demander pardon, c’est reconnaitre la faute. Reconnaître qu’ils se sont trompés. Il arrive qu’un violeur demande pardon à sa victime. Un pédophile aux enfants. Mais au procès de Nuremberg, aucun accusé n’a demandé pardon. De même l’ETA demande pardon de manière sélective. Dans son communiqué de « pardon », elle demande pardon aux victimes « collatérales ». Ceux et celles qu’elle a tué « par erreur ». Selon la formule que Raymond Barre a laissé échapper au lendemain de l’attentat contre la synagogue de la rue des Rosiers : il  y a eu des « victimes innocentes », c'est à dire non juives. Pour la société basque espagnole, la terreur n’avait aucune justification et toutes les victimes de l’ETA étaient innocentes. Quand l’ETA décrivait les gardes civils comme des « chiens », leurs enfants étaient des « fils de chiens » et l’attentat de Saragosse, onze morts dont six enfants, avaient éliminé des cibles légitimes. De même, dans un même mouvement théorique, l’IRA et l’ETA avaient « socialisé la terreur ». C’est à dire élargi le champ des cibles légitimes. Un élu, journaliste, un universitaire, critiques de la terreur, l’entreprise qui allait réparer l’électricité ou la plomberie dans une caserne, la cuisinière qui travaillait pour les soldats britanniques, tous devenaient des cibles légitimes pour lesquelles on ne demande pas pardon.



Pour justifier ce refus, cette violence symbolique, cette inscription de la terreur dans un langage qui la justifie, les patriotes répliquent « le GAL »,  la torture dans les prisons franquistes et même de l’après-franquisme. Il y aurait donc eu des victimes des deux côtés, et la terreur des uns justifie la barbarie des autres. La réplique à ce discours répété ad nauseam, est simple et mérite d’être chaque fois répétée. Aucune force politique au Pays Basque français ne justifie le GAL, ne manifeste pour les prisonniers condamnés du GAL, n’organise de cérémonie pour leur libération, ne les parade sur les estrades, ne les nomme « prisonniers politiques ».



Que les patriotes justifient la terreur utilisée par leurs anciens combattants est dans la nature de leur engagement. Plus curieux est la reprise de leurs éléments de langage par des responsables politiques de partis républicains. Quand  j’entends le quatuor blanchisseur, Vincent Bru, Max Brisson, Michel Veunac, Jean-René Etchegaray, reprendre l’expression « il y a des victimes des deux côtés », mot pour mot le langage EH Baï, j’ajuste mes appareils auditifs. Etaient-ils bien réglés ? Des élus républicains qui mettent sur le même plan une société démocratique qui se défend et les terroristes qui l’agressent ?



            Pour que les blanchisseurs blanchissent, ils doivent élaborer une justification de leur blanchissage. Elle se résume ainsi : si l’on ne blanchit pas les crimes, leurs auteurs, ou leurs enfants, risquent de reprendre les armes et replonger le Pays Basque dans la guerre. Dans le « conflit » comme ils disent.



            En soi, ce raisonnement est monstrueux. Il justifie la terreur de demain en justifiant celle d’hier.  On retrouve ces « justifications » chez tous les blanchisseurs. Max Brisson, Jean-René Etchegaray, Michel Veunac, Vincent Bru. Ils nous disent attention aux futures générations de jeunes qui se radicalisent. Qui risquent de replonger dans la violence.



            En somme, pour déradicaliser les jeunes générations, il faut justifier la terreur de leurs parents. Les élus du Pays Basque français jouent un jeu dangereux.