mardi 17 décembre 2019

le soutien et le silence


Dominer, c’est obtenir le soutien ou le silence.



Encore une fois la communauté d’agglo du Pays Basque vote semble-t-il à l’unanimité un appel à manifester pour les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée. Le 11 janvier prochain. À manifester avec le makila. À manifester avec une arme. Car le makila est une arme d’autodéfense, me rappelle mon ami Jean Weber.

Encore une fois, je demande aux élus qui n’ont pas voté la motion de le dire. C’est d’une grande simplicité. Vous allumez votre écran et vous écrivez « je n’ai pas voté la motion appelant à manifester le 11 janvier avec un makila et je n’irai pas manifester ».

C’est tout.

Comme je suis l’un des rares à leur demander cette chose simple, et que je ne me lasse pas de le demander, vient le soupçon de dérangement mental. Si tout le monde est d’accord pour aller manifester le 11 janvier prochain, et si ceux qui ne sont pas d’accord pour aller manifester cachent leur désaccord, cela signifie que les Blanchisseurs de terreur dominent notre bout de territoire. Dominer, c’est obtenir le soutien ou le silence. Les Blanchisseurs dominent parce qu’ils obtiennent le soutien et le silence. Et ceux qui persistent à crier dans le désert et le silence sont un peu dérangés, non ? J’ai parfois l’impression qu’on me regarde curieusement. Vous le connaissez, non ? C’est celui qui pense que les artisans de la paix sont des blanchisseurs. Ah bon ? Mais c’est quoi les artisans de la paix ? Ils blanchissent quoi ? Les artisans de la paix appellent à une manifestation pour amnistier les prisonniers basques. Ah bon, il y a encore des prisonniers basques ? Pourquoi sont-ils en prison ? Qu’importe la raison, ils sont maintenus en prison par le pouvoir central et c’est un déni de justice et donc on va manifester avec un makila pour demander leur libération. Pourquoi un makila ? Un makila, c’est une arme d’autodéfense. Le Pays Basque est menacé par ceux qui maintiennent des prisonniers en prison. Vous ne comprenez pas ?

Je suis donc inquiet. Ce qui me rassure est qu’un petit groupe d’hommes et de femmes disent que mon combat est important. Pas nombreux, mais quand même. Ce qui me rassure aussi c’est l’appui, la sympathie, des gens qui ont vraiment subi la terreur d’ETA, les associations de victimes, les intellectuels comme Fernando Savater et Fernando Aramburu, des élues comme Maïté Pagazaurtundua. Des universitaires français comme Barbara Loyer qui savent de quoi je parle.

Ce qui me rassure aussi c’est le mouvement qui a emporté une honteuse sculpture (une hache, symbole de l’organisation terroriste), qui la fait rouiller dans un hangar et Jean-René Etchegaray est dans une colère permanente contre le petit groupe de militants antis séparatistes qui lui ont gâché la fête. Il les déteste. Il ne répond jamais à leurs lettres. Il refuse de discuter avec eux. Parce que son truc à lui, c’est l’unanimité. Si tout le monde est d’accord et que ceux qui ne sont pas d’accord se taisent, c’est qu’il a raison. Et il a vraiment construit une œuvre gigantesque. Il a fait croire à un pays en paix que nous étions en guerre et qu’il a rétabli la paix en mettant des armes rouillées dans la hotte du Père Noël. Et ces manifestants qui rouillent la sculpture, c’est juste une bande de dingues. Ils sont fous. La preuve c’est que tout le monde est d’accord avec lui. Sauf les étrangers cosmopolites. Des Basques espagnols, des intellos que personne ne connaît, le Prix Sakharov, c’est qui Sakharov ? Et le succès de Patria de Fernando Aramburu, a entièrement été organisé par des ONG étrangères, soutenus par l’Occident.



Ce qui me rassure aussi, c’est la prudence du président de l’agglo. Les motions de soutien à la teinturerie abertzale sont toujours présentées en fin de séance, quand une partie des élus est déjà partie, quand une autre partie range ses affaires et n’écoute plus. Jamais en milieu de séance où quelques bras cosmopolites et antipatriotes auraient pu se lever. Comme c’est dans le brouhaha de la fin, les élus qui ne sont pas d’accord disent qu’ils n’ont pas entendu la motion, ou qu’ils sont déjà partis. Bref, le confort s’installe. Ceux qui sont d’accord avec le blanchissage votent. Ceux qui ne sont pas d’accord disent qu’ils n’ont pas entendu la motion, qu’ils étaient déjà partis. Dans une conversation avec des antipatriotes, des cosmopolites, des agents de l’étranger, ils peuvent dire qu’ils n’ont pas voté.



Dominer, c’est obtenir le soutien ou le silence.



D’accord, et alors, de quoi je me mêle ? Je me mêle des affaires publiques. Parce que désormais, c’est ici, au Pays Basque français, que je vis et que je termine ma vie. Et les abertzale sont le sel de la politique au Pays Basque français. Il en faut juste une pincée pour que l’eau devienne imbuvable. Jamais assez d’écoles en langue basque. Il faut dans chaque mairie recruter des employés qui parlent basque. Il faut manifester avec les prisonniers, oublier leurs crimes et subventionner leur récit. La Catalogne, la Corse, sont d’ores et déjà contaminées par la division ethnique entre les vrais citoyens et les étrangers, les touristes, les Barisiens. Voyez les récits que mettent en avant les candidats : je suis un vrai biarrot, j’ai été bercé sur une planche de surf, mes enfants vont dans une ikastola, ma femme parle basque, je suis en couple avec une enfant du pays, et moi, les patriotes me disent : si tu ne plais pas ici, retourne à Paris. Les patriotes me demandent où je suis né. Où sont nés mes parents. Gare aux candidats qui n’ont pas de nom du terroir, où sont nés leurs parents ?

Voilà pourquoi je me bats. Parce que je vis ici. Parce les dernières années sont celles où l’on a un besoin urgent de tolérance, d’accueil ouvert, de présence au monde.

À côté de ça, excusez-moi mes amis trop prudents, quand vous me dites qu’il ne faut pas aborder ces sujets parce que vous allez perdre quelques voix aux élections, je me dis qu’on ne partage pas les mêmes enjeux.

N'ayez pas peur


N’ayez pas peur !



Jean-René Etchegaray a soumis aux élus du conseil communautaire du Pays Basque une motion « sur le processus de paix ». (Sud-Ouest 16 décembre 2019). Cette motion regrette que le parquet anti-terroriste rejette les décisions prises par le tribunal d’application des peines. Cette attitude de blocage, dit la motion, « ferme toute perspective de résolution définitive du processus de paix ». En effet, dit la motion, la question des prisonniers est la question centrale du processus de paix. « C’est pourquoi le 11 janvier prochain, « nous serons dans les rues de Bayonne, notre makila à la main ».



Pour que les mensonges répétés ne deviennent pas vérités, il faut rappeler sans se lasser :



Qu’ETA a cessé le feu en octobre 2011, vaincue par la société civile et par la coopération anti-terroriste entre la France et l’Espagne. Les artisans de la paix et les élus du Pays Basque ne déploraient rien, ne condamnaient rien, quand ETA massacraient les élus, les journalistes, les universitaires.



Depuis cette défaite, des centaines de prisonniers basques ont été  libérés : en demandant pardon à leurs victimes ou à leurs familles, en s’engageant à ne plus recourir à la lutte armée, en s’engageant à une sortie de prison discrète, respectueux de leurs victimes. Les prisonniers qui restent sont ceux qui ne se sont pas repentis, n’ont pas demandé pardon, ceux qui attendent de leurs amis de grandes fêtes à leur libération.



Dans la partie du Pays Basque qui a subi la terreur (850 morts),  la majorité de la population exige pardon, repentir et silence. Ceux qui exigent des libérations sans condition sont les séparatistes radicaux. Les élus de l’agglo qui ont voté la motion reprennent leurs paroles, leurs discours, ils demandent aux victimes d’ETA de cesser leurs exigences. Ils demandent aux victimes de se taire. À celles qui ne sont pas déjà mortes.



D’après Jean-René Etchegaray, cette motion a été votée à l’unanimité. C’est un mensonge. Un mensonge répété. Plusieurs élus n’ont pas voté la motion. Plusieurs élus ont déclaré qu’ils n’iraient pas manifester avec un makila à Bayonne, comme ils ont refusé de participer à l’humiliante installation d’une sculpture défunte.



La question qui se pose est simple. Pourquoi des élus de l’agglo refusent de suivre leur président et ne disent rien  quand leur président déclare qu’il est approuvé par tous ? Pourquoi les élus de la ville de Biarritz conseillers municipaux se taisent quand leur maire va déclarer au nom de la ville qu’il y des « victimes de deux côtés » comme le répètent les bourreaux emprisonnés ?



Je ne connais pas la raison. J’ai posé la question à plusieurs élus et  candidats. Maider Arosteguy m’a répondu que pour elle le danger principal au Pays Basque était l’Islam, pas le séparatisme. basque. Son directeur de campagne a courageusement pris position contre les Artisans de la Paix.  Guillaume Barucq n’a pas souhaité répondre. Guy Lafite ne souhaite pas répondre. Les deux ministres n’ont pas répondu à la lettre que leur a envoyée l’Observatoire du Pays Basque. Nathalie Motsch a déclaré en réunion publique qu’elle n’irait pas manifester aux côtés des Artisans de la Paix. Laurent Orthiz m’a affirmé qu’il n’avait pas voté la précédent motion du conseil mais n’a rien dit publiquement.



            Vous connaissez tous des élus de Biarritz ou de la communauté d’agglo. Posez-leur la question. S’ils n’ont pas voté la motion, demandez-leur pourquoi ils ne le font pas savoir. Dites-leur qu’ils n’ont aucune raison d’avoir peur.

zone rouge


Depuis que deux ministres se présentent aux élections municipales à Biarritz, le vent de gauche est devenu tempête.





Guy Lafite, marcheur et radical,  se réjouit des logements sociaux en construction derrière les échafaudages de l’Hôtel du Palais.



Ghys Haye, PS, santé et affaires sociales, s’engage à guérir les « défauts du maire », Elle travaillera dessus ».



Jeanine Blanco mariera ceux que Jean-Baptiste Lemoyne lui permettra de marier.



Alain Robert, délégué à l’amitié entre les peuples, propose un jumelage entre Didier Guillaume et Jean-Baptiste Lemoyne.



Le ministre Didier Guillaume a annoncé un grand plan pour les écoles. Première mesure : il n’y aura plus de glyphosate dans les cours de récréation à partir de 2035.



Sans compter tous ceux dont le cœur saigne pour les prisonniers basques emprisonnés pour activités terroristes en bande armée et qui iront manifester à Bayonne le 11 janvier prochain avec un makila pour demander à leurs victimes d’arrêter de se plaindre.



Une tempête de gauche souffle sur Biarritz.

dimanche 15 décembre 2019

main basse sur la ville


Main basse sur la ville



Que chaque citoyen de Biarritz  se rappelle en permanence les grands avantages de leur ville et les motifs de tension. La politique brasse trop d’égoïsmes et de générosités pour qu’elle reste paisible. Il faut des responsables qui nous disent clairement leur rêve de ville.



Biarritz a besoin d’esprits solides et de convictions fortes. Elle est menacée par deux forces considérables, habiles, résolues, tenaces : les hommes d’argent et les fous de la nation. Elle est menacée par des forces qui s’incarnent dans le monde sous le nom de Donald Trump, Boris Johnson, Salvini, Marine Le Pen. Danger imaginaire ? Qui aurait imaginé le Brexit il y a vingt ans ?



Biarritz est l’un des grands centres urbains, économiques et culturels de la côte basque. Elle est l’un des points de résistance solide aux dérives séparatistes et les abertzale ne cessent jamais de la considérer comme une cité retranchée dans une culture cosmopolite qu’il faut faire rentrer dans le rang.



Les fous de la nation ont les yeux fixés sur la Corse, l’Ecosse, la Catalogne, la communauté autonome basque. Quand le Pays Basque sera-t-il enfin réunifié, les cinq provinces  en une ? Quand la langue basque sera-t-elle enfin langue officielle ? Quand les autorités d’un pays basque fier accueilleront-elles les prisonniers basques libérés par des chants patriotiques et des libations ? Ils sont divisés, présents dans des listes différentes, avancent masqués après avoir avancé cagoulés. Ils comptent les élus qui participent aux manifestations patriotiques, tiennent leur fiche à jour. Mais tous avancent leurs pions dans la même direction. Ils ont réussi en Catalogne à diviser le pays en Espagnols et Catalans. Réussirent-ils à scinder notre côte en Français et Basques ?



Les hommes d’argent convoitent la ville. Ce qui est inquiétant est leur arrogance, comme s’ils étaient déjà maître des lieux. Voyez comment la famille Gave et J.B. Aldigé traitent ceux qui s’opposent à leurs plans. Les dettes et les difficultés financières sont la faute des élus, les victoires et les bénéfices leurs succès. Ils ne se cachent pas. Ils préviennent les élus que sans leur appui, ils ne seront pas réélus. Nathalie Motsch est menacée du pire. Guillaume Baruch est traité  d’adjoint à la mondialisation, une insulte courante chez Poutine et Salvini. « Si seulement nos élus avaient le courage de nos joueurs » disent les propriétaires, reprenant mot pour mot les éléments de langage qu’on trouve chez Donald Trump ou Bolsonaro. La politique comme on l’aime à la Maison Blanche. Les hommes d’argent menacent : si vous ne mettez pas la main au coffre-fort, nous allons nous retirer. Ils choisissent parmi les journalistes ceux qui leur plaisent et ceux qu’on n’invite pas. Le syndicat national des Journalistes, réuni en congrès à Biarritz, condamne. Le maire sortant et ses adjoints restants se taisent. Les deux ministres regardent leurs chaussures.





Les propriétaires du Château Boulard, Pierre et Brigitte Delalonde, ont entrepris des travaux qui ne respectent pas les règles des monuments historiques. Qu’importe, ils ont l’argent. Ils feront appel et contre-appel. Et les deux ministres envoient leurs représentants à l’inauguration.



Ces plans, ces ambitions, ces arrogances, ces mépris, ne sont dangereux que de la passivité des élus. De leur souplesse, de leur absence de convictions. La ville n’a pas besoin de ministres qui sont jacobins un jour, abertzale le lendemain, LR tendance Wauquier un jour, puis marcheur tendance floue.



            Mon soutien à la candidature de Nathalie Motsch est fondé sur ces quelques idées.


vendredi 13 décembre 2019

souad ne passera pas


Max Brisson, sénateur LR, Rempart contre le communautarisme,.



Dans une école publique de la ville, Souad[1], parente d’élèves est sollicitée pour accompagner  un groupe d’élèves à la Cité de l’Océan. Elle est très active parmi les parents d’élèves et s’insère dans les activités de soutien et d’accompagnement. J’oubliais. Elle porte un foulard.



Le sénateur Max[2] voit le groupe d’élèves et au milieu des instituteurs et des parents d’élèves, une dame avec un foulard. Son sang ne fait qu’un tour. Il rédige une proposition de loi qui interdira à Souad d’accompagner le groupe d’élèves à la Cité de l’Océan, qui obligera le directeur à demander à Souad d’enlever son voile ou de renoncer à accompagner les élèves. Car le directeur n’est pas apte à juger seul si ce voile est communautaire, prosélyte, s’il trouble l’ordre public. Il lui faut une loi.



Max Brisson cite Jean Zay : les querelles des adultes ne doivent pénétrer dans l’espace scolaire.



Des enseignants de langue basque suppriment dans leur classe la frontière entre le Pays Basque espagnol et le Pays Basque français. Le sénateur Max Brisson, rempart contre le communautarisme, finance la suppression de la frontière républicaine.



Des enseignants mobilisent les enfants le jour de la korrika autour des drapeaux basques. Dans ces manifestations, il y a parfois les portraits des prisonniers condamné pour activités terroriste en bande armée. Les banderoles et le portrait de ces assassins sont portés par des enseignants et des parents d’élèves. Le sénateur Max Brisson ne veut pas que les querelles des adultes pénètre dans l’espace scolaire. Le voile perturbe l’ordre public, mais la photo d’un assassin ne perturbe pas le sénateur.



Des blanchisseurs de terreur installent une hache, symbole d’une organisation terroriste, sur une place publique à Bayonne. Le sénateur rempart contre le communautarisme inaugure la sculpture avec des condamnés, des anciens etarras. Il se dresse de toutes ses forces contre le communautarisme. Une hache sculptée n’est pas communautariste, mais le voile de Souad est un terrible danger.



Dormez  tranquille bonnes gens. À lui seul, Max Brisson est la ligne Maginot contre le communautarisme au Pays Basque. Souad ne passera pas.



[1] Le prénom a été changé.
[2] Le prénom n’a pas été changé.

mardi 10 décembre 2019

retraite des réformes


Je n’ai rien contre les ministres. Juré. Cœur sur la main. Je n’ai rien contre les politiques. Juré. J’aime juste la clarté. Mehr licht !  Quand Nicolas Hulot quitte le gouvernement, il explique pourquoi, ses difficultés, les lobbys… Quand Benjamin Griveaux présente sa candidature à la mairie de Paris, il quitte le gouvernement. Quand Gérard Collomb se présente à Lyon, il quitte le gouvernement.



            Il n’y a qu’une dent dans la mâchoire à Jean, mais deux ministres dans la ville de Biarritz. Ils sont candidats, mais n’ont pas quitté le gouvernement. Sont-ils désormais plus candidats que ministres ? Plus ministres que candidats ? Didier Guillaume a passé tout un week-end à téléphoner pour réunir une liste d’une centaine de personnes qui le réclamaient à cor et à cri mais ne le savaient pas encore. Jean-Baptiste Lemoyne a choisi Biarritz parce que c’est une ville touristique et qu’il est ministre du tourisme. Résultat : trente-trois mille cinq cent quatre-vingts neuf villes touristiques réclament leur ministre. Pourquoi Biarritz et pas nous, hurlent Trouville, le Crotoy, la Baule, Saint-Jean de Luz ? Enfin, c’est facile, ne hurlez pas. Réunissez cent citoyens de votre ville qui réclament un ministre et vous avez toutes vos chances.



            J’aime la clarté. Je préfère un combat clair à une paisible obscurité. Pourquoi Guy Lafite et Michel Veunac se sont-ils séparés pour monter à l’assaut d’une ville qu’ils ont gouverné ensemble ? Guy Lafite explique que Michel Veunac est trop âgé pour se représenter. Balivernes. Et Bouteflika, et Brejnev, et Mugabe, et Fidel Castro ? Marcel Berthomé, 97 ans, se représente à Saint-Seurin sur l’Isle. Non, ce n’est pas un argument, d’autant plus que lui non plus n’est pas de la dernière couvée.



            J’aime le courage politique. Je n’aime pas des ministres qui fuient leurs responsabilités.  Dans un pays en pleine agitation, le chef d’état demande à ses ministres de mener le combat politique pour la réformes des retraites, nos deux ministres font le contraire : ils se mettent en retraite des réformes.



            Ce n’est pas bon signe. J’imagine nos deux ministres aux affaires. À la première difficulté de la ville qu’ils convoitent, ils iront se présenter aux élections à Brive la Gaillarde ou à Saint-Martin-des-Près.

lundi 9 décembre 2019

thalasso


Avez-vous remarqué qu’en Europe monte une vague brunâtre. Extrême, identité, nationalisme, exclusion…à cette pollution de la vie politique, même Emmanuel Macron, qui devrait faire partie de la digue, a apporté quelques galettes dans une interview à valeurs actuelles.  

Avatar de cette montée, le nationalisme basque auquel il est si ardu de résister quand on est candidat à une fonction publique. Il y a tous ceux qui se sont déjà couchés, derrière les Blanchisseurs d’ETA. Et ceux qui qui se taisent quand il faudrait parler et se cachent derrière un ministre dont l’épouse parle le basque.

Le  tout dans une situation politique dangereuse où se rencontrent un mouvement social et tous ceux qui n’ont pas encore digéré la victoire d’Emmanuel Macron, qui veulent leur revanche dans la « convergence des luttes ». Le rêve d’un grand soir est à nouveau sur les étagères.

À Biarritz, pour des raisons mystérieuses, se rencontrent toutes les faiblesses devant ces dangers, toutes les fissures dans la digue nécessaire.

À Paris, le chef d’état demandent aux ministres d’expliquer leur politique, de se battre pour les réformes. En réponse à cet appel, deux ministres du gouvernement ont présenté un certificat médical justifiant leur absence : ils sont partis pour une cure de thalasso à Biarritz.

dimanche 8 décembre 2019

levez la main


Ce qui est drôle, intéressant, bizarre, baroque, est d’influencer la vie politique locale ou nationale sans effort. Normalement, pour faire de la politique et accéder aux réseaux d’influence, il faut passer par les grandes écoles, se dépêcher de sortir de l’ENA avant sa disparition, militer dans un cercle politique, voyager régulièrement entre Biarritz et Paris, flatter les puissants et mépriser les inutiles,enfin, je ne vais pas vous refaire la millième biographie des hommes politiques français. C’est beaucoup de travail. Moi, je fais de la politique sans effort. Comme on respire. Je suis né dans la politique, dans la potion magique du communisme qui faisait d’un jeune morveux un révolutionnaire mondial. Puis j’ai goûté le bouillon empoisonné  de la dissidence. Pareil. Sans effort. Du temps de Marchais et d’un parti en glaciation, il me suffisait de lever la main pour demander la parole et avant même de parler, le ronron était brisé, les bouches s’ouvraient, les regards pétillaient. Les camarades étaient d’accord mais ils trouvaient quand même que j’exagérais, que je portais atteinte à l’objectif plus général. Alors que je n’avais rien dit, j’avais juste levé la main. Les apparatchiks me haïssaient. Ils avaient passé leur vie à cirer les bottes, à flatter les chefs, à monter les escaliers, à manifester entre Bastille et Nation, entre Nation et République, à justifier l’envahissement de la Hongrie, de la Tchécoslovaquie, de l’Afghanistan, et un petit mec qui enseignait l’histoire du mouvement ouvrier dans les pays anglophones à une trentaine d’étudiants, accédait à la notoriété seulement en levant la main, on discutait pendant des heures au Bureau politique pour comprendre pourquoi il avait levé la main, la bourgeoisie s’en était saisi pour affaiblir l’influence de la classe ouvrière et de son parti. Je vous assure que je ne plaisante pas. Faire bouger les lignes comme on prend une douche tiède monte à la tête et on finit pas croire qu’il suffit de lever la main pour conquérir l’Everest.

Le virus de la paresse militante ne m’a jamais quitté. Partout où je passais, je recherchais avec ardeur le chemin le plus court d’un fauteuil à une chaise longue. À Belfast, l’association des étudiants protestants avaient invité David Irving, un historien négationniste. J’avais passé de longues heures aux Archives pour rédiger l’histoire du syndicalisme protestant. Je savais que je n’irai nulle part avec ce travail, qui a effectivement été publié mais qui le sait ? Alors qu’avec David Irving, je tenais la perche qui m’installerait dans un fauteuil doré. Je suis allé à sa conférence, où il a expliqué pendant une heure qu’Adolf  Hitler, en fait ne voulait pas exterminer mes parents, mais seulement les regrouper dans l’île de Madagascar et c’est parce que ma famille a refusé d’aller à Madagascar qu’il s’est résigné à ouvrir les camps de Buchenwald et Auschwitz. À la fin de son exposé, j’ai levé la main et tout a explosé.   

Mes activités politiques au Pays Basque sont plus récentes et peut-être plus familières. Les mêmes méthodes produisent les mêmes effets. Et les mêmes ressentiments de ceux qui s’évertuent à construire une carrière politique en mouillant leur chemise  et qui s’énervent de voir un rien du tout lever la main et juste en levant la main, voici l’histoire de leur vie qui se transforme en château de carte, en château de sable et quand j’étais parent, que j’avais passé la matinée à construire un château sur la plage pour mes marmots, que j’avais mis un drapeau sur la tour centrale, versé de l’eau dans les douves, un môme passait et mettait par terre d’un seul coup de pied l’œuvre  d ’une journée au soleil, j’étais furieux, hors de moi et je comprends la colère des bâtisseurs de château de sable, ceux qui passent des mois, des heures, à commander la sculpture d’une hache, qui lancent des invitations pour le vernissage et le jour venu, des rien du tout, des moins que rien, lancent un coup de pied dans la sculpture et la sculpture va rouiller dans un hangar. Je comprends leur colère, je ne la partage pas, mais je la comprends.

Et à nouveau, des entrepreneurs de la politique, des constructeurs de carrière, passent des heures et des heures dans les trains entre Biarritz et Paris, piétinent dans les antichambres, téléphonent dans les ministères, organisent des conférences de presse, peaufinent leur carnet d’adresses, redécouvrent que le capitaine avait un âge. Le sang coule plus vite dans leurs veines, les yeux pétillent, ils préparent des coups, ils soignent leurs relations. Des mois et des mois de travail.

Et puis j’ai levé la main.

samedi 7 décembre 2019

tout va mal


Dans une démocratie, les dirigeants sont élus. Si leurs électeurs sont convaincus que tout va mal, partout, santé, éducation, transports, climat, il faut que les dirigeants reprennent l’idée que tout va mal, sinon, ils ne seront pas réélus. Si les dirigeants disent, tout va mieux, ils ne seront pas réélus. Si leurs électeurs ont un fort sentiment d’insécurité, les candidats doivent prendre en compte ce sentiment sinon ils ne seront pas réélus. Que ses électeurs habitent Biarritz ou la Goutte d'Or, ils partageront le même sentiment d’insécurité et les candidats seront obligés de le flatter s’ils veulent être réélus. Les médias ont besoin d’audience et pour l’assurer, ils doivent épouser les inquiétudes de leurs auditeurs. Sinon, ils vont migrer vers des chaînes où les inondations, les incendies, les suicides, les tremblements de terre, les manifestations violentes tourneront en boucle et confirmeront les inquiétudes de leurs audience. Les inquiétudes ne sont à l’aise que dans le cocon d’autres inquiétudes. Donc, tout va mal, de mal en pis, l’insécurité insécurise, les étudiants se suicident et si vous dites que la vie des étudiants est peut-être meilleure qu’il y a trente ans, vous prouvez par cette déclaration une scandaleuse indifférence aux calvaires étudiants et vous ne serez pas élu. Les paysans sont immensément malheureux et ils se suicident. Moi-même, je suis en bonne santé, je dispose d’une retraite dont seront privés mes petits-enfants, je suis logé confortablement et j’ai obtenu un rendez-vous avec un cardiologue plus rapidement qu’avec un ramoneur. Si je raconte tout ça, je ne serai pas élu. Je ne pourrais même pas être candidat.

mardi 3 décembre 2019

carnet de santé


Est-ce une chance ? Je n’ai pas choisi. J’ai été placé par les circonstances dans cette zone grise ou exaltante selon les jours où je participe des privilèges et des discriminations, du luxe et de la galère, où je peux partager les peines des plus démunis et m’indigner contre le mépris à l’égard des élites intellectuelles. 

Physiquement, je  suis né avec handicap qui a labouré toute mon enfance, avec des opérations à répétition, des béquilles, des étais. Ce défaut ne m’a pas empêché de me lancer dans de belles randonnées sur les chemins de montagne, des courses de vélo exaltantes, des soirées de rock se terminant par des slows. Croisant sur la piste ou sur les pentes des grimpeurs pantelants, je compatissais à leurs souffrances, croisant des alpinistes et des cyclistes aguerris, je partageais leur adrénaline. Vous commencez à me comprendre ? Vous appréciez ma chance ?

Socialement, je suis né dans une famille de marchands forains, pas très haut dans la hiérarchie sociale, et à force de patience, je me suis hissé jusqu’aux cercles enviés des professeurs d’université. J’ai pu ainsi sympathiser avec les personnes démunies du capital culturel et des codes qui accompagnent la réussite tout en  ne haïssant pas mes collègues nés avec une cuillère en argent dans la bouche.

Ethniquement, je fais partie d’un groupe de personnes qui a subi de lourdes discriminations. J’ai porté des étoiles, j’ai fui les uniformes, je me suis caché et cette expérience me permet de partager d’autres discriminations, d’autres terreurs. En même temps, blanc, prof de fac, homme, je faisais partie d’une certaine élite disposant de privilèges certains.

La somme totale de toutes ces expériences est assez délicieuse. Je me rends compte que je peux servir de baromètre des bonheurs et des malheurs du monde. Si je vais bien, tout va bien. Si je vais mal, tout va mal.

Habitant la Goutte d'Or, un quartier mondialement connu, j’ai pu acheter un appartement modeste donnant sur jardin, proche de deux lignes de métro, de cinq lignes de bus. À l’intérieur de cette bouilloire, j’ai pu agir contre les galères et contre les postures révolutionnaires. Des indignés me reprochaient d’être un bobo, d’embourgeoiser le quartier, tandis que les habitants d’immigration récente me remerciaient tous les jours d’être présent dans ce quartier difficile, me suppliaient de ne pas partir, car c’est grâce à vous disaient-ils, que le quartier tient encore debout. Avec d’autres bobos, je réclamais du respect pour mon quartier, pour ses rues, pour ses écoles, pour ses commerçants. Avec d’autres bobos encore, j’agissais contre la délinquance, les suicides à la drogue. Au cours des années, je me rendais compte que j’occupais une position centrale dans ce quartier. Oh, non, pas pour des qualités particulières. Ni Abbé Pierre ni Bernard Kouchner, juste que je me trouvais au centre de gravité de toutes les batailles, de toutes les souffrances, de toutes les réussites. En conséquence, si j’allais bien, tout le quartier allait bien. Si j’allais mal, tout le quartier allait mal. Cette position non choisie, subie comme une bénédiction ou un châtiment selon les jours, était assez pesante. Je sortais le matin vers le kiosque à journaux de Château Rouge et si les poubelles débordaient dans les caniveaux, je me sentais agressé comme représentant qualifié des milliers d’habitants de la Goutte d'Or qui souhaitaient la propreté. Les dealers, les usagers de drogue, les commerces illicites, me prenaient comme cible  unique et je portais sur mes épaules toutes les agressions contre le bien vivre. Inversement, si les rues étaient propres, si les centres d’accueil des usagers de drogue fonctionnaient, si les écoles croisaient joyeusement toutes les populations du monde, si un cinéma se construisait, plus une brasserie, plus un centre culturel, plus un jardin partagé, si les repas de voisins s’installaient sur la chaussée, tous ces bonheurs accumulés me gonflaient la poitrine comme si j’en étais l’organisateur.

Vint je jour où je quittais ce quartier où les bonheurs sont difficiles pour un autre territoire. Le Pays Basque. Je croyais être tranquille, les rues étaient paisibles, les habitants accueillants, les plages vacancières. Hélas, on peut quitter un quartier, on ne se retire pas du monde. À nouveau cette malédiction bénie. Sans lever le petit doigt, sans traverser hors des clous, en disant bonjour merci à tous les passants, je suis porteur d’un paratonnerre que frappent tous les malheurs et tous les bonheurs du monde. Il suffisait qu’un homme public se prenne d’affection pour les fous du territoire pour craindre une nuit de cristal. Une sénatrice traçait des frontières ethniques et je ressentais les affres de l’exil. Le premier conseiller municipal s’inclinait devant un délinquant nationaliste emprisonné, je le voyais vêtu d’une chemise de tissu toilé à carreaux qu’on appelle Vichy. Le premier député qui niait la terreur abertzale était un adepte de Faurisson. Ivre de ces menaces, je voyais bien à nouveau que si j’allais mal, c’était tout le Pays Basque qui allait mal. Mes actes de résistance dérisoires contre les dérives populistes et identitaires, aussi faibles, aussi futiles fussent-ils, prenaient des allures de barricades républicaines.

Tant pis tant mieux. Quand je vais bien, le Pays Basque va bien. Quand je vais mal, le Pays Basque a la fièvre. Il est des pays qui se reflètent dans les sondages, les élections, les archives, les archéologies. Pour connaître l’état du Pays Basque, il suffit de jeter un coup d’œil sur mon carnet de santé.