dimanche 21 juin 2015

tout va mal

On a  parfois l’impression que les questions politiques que nous devons affronter datent d’hier ou d’avant-hier. Un peu d’histoire ne nous ferait pas de mal. Ou bien des régimes despotiques, de droite ou de gauche. Dont nous voyons aujourd’hui les avatars : Russie de Poutine, chine et parti unique, Venezuela et Cuba, en Europe nationalismes de retrait et de purification. Ou des régimes de réformes démocratiques où le socialisme a joué un rôle moteur : état providence, droits démocratiques, politique de concertation, bien commun.

Où les catégories que nous souhaitons défendre en priorité sont-elles les mieux loties, les mieux organisées, les mieux défendues ?

Les succès du réformisme socialiste explique en partie ses difficultés : il tire les ouvriers de l’enfer du salariat, inscrit les femmes dans les activités valorisantes. Augmente la durée de vie et des études. Libère les individus.


L’abîme qui s’installe entre les politiques, les partis, les élections, et une majorité du peuple. Le peuple qui soutenait les partis ouvriers n’existe plus.


Entre le socialisme de réforme, le socialisme démocratique, et l’outil qui le représente, inadéquation de plus en plus grande. Ainsi s’explique l’inconcevable : le manque de courage, les égos, le cumul des mandats, l’étroitesse du recrutement : crise de longue durée.

Comment reconstruire. Pour une part par le bas : voir ce qu’il se passe dans les associations, les quartiers, les mairies, les nouvelles alliances.

En attendant nous persuader que la crise du parti socialiste est une bonne nouvelle. Car s’il obtenait des succès dans ces nouvelles circonstances, sans s’être reconstruit, alors rien ne l’obligerait à s’inventer à nouveau.


Bonne nouvelle : tout  va mal.

samedi 13 juin 2015

les chosess avancent

dans el pais du samedi 13 juin, distribué gratuitement dans le train alors qu j'étais prêt à l'acheter et à le payer, Savater le philosophe qui a du s'exiler du pays basque parce qu'il combattait l'eta, son idéologie, rend compte d'une réunion qui a rassemblé des anciens etarras et des victimes. L'une des victimes a des mots très durs pour caractériser les activités criminelles de l'eta et un participant à la réunion abertzale dit que ce genre de remarques "ne fait pas avancer les choses". 

quand la police saisit une cache d'armes, un communiqué de l'eta dit que ce genre d"'arrestations "ne fait pas avancer les choses". Le parti socialiste espagnol et le PP condamnent cette déclaration, dans des termes similaires: le processus de paix pourra avancer si l'eta reconnaît que la guerre est finie et que les armes doivent être remises à la police. 

Aux élections municipales de ce mois de juin, les grandes villes sont gagnées par des coalitions entre podemos et les partis de gauche. au pays basque, le PNV retrouve son influence, EHbi, les abertzale reculent partout, perdent des villes, perdent sans sebastien. l'eta pourrait rédiger un communiqué à l'égard des électeurs en disant que leur vote "ne fait pas avancer les choses".

à l 'assemblée nationale, une réunion organisée par la ligue des droits de l'homme rassemble des abertzale comme le très démocrate Gaby Mouesca, des députés socialistes du pays basque, des élus LR. Mais curieusement, aucun représentant d parti socialiste de l'autre côté de la frontière, aucun élus de gauche du pays basque, aucun élu du parti populaire ni du PNV. tous ceux dont les élections renouvelées montrent l'influence et le soutien de l'opinion. Ils n'étaient pas là à l'assemblée nationale. C'était une rencontre entre les élus du pays basque français qui n'ont jamais été manifesté à Vittoria et à San Sebastian en solidarité avec les démocrates basques contre la terreur de l'eta, mais qui souvent ont marché pour le rapprochement des prisonniers basques. avec les abertzale dont le soutien à la terreur donne aujourd'hui le droit de dire ce qui fait "avancer les choses" et ce qui ne fait pas avancer les choses. 

Pendant plus de trente ans,  les etarras ont "fait avancer les choses" par les bombes, les impôts révolutionnaires, les tortures, les kidnappings les menaces et aujourd"'hui, ils savent mieux que les autres ce qui fait avancer et reculer les choses. Ils trouvent grâce à une arrogance sans faille des "idiots utiles" qui leur servent la soupe.


dimanche 7 juin 2015

le nombre des années

L’âge est une marche. Plus il est élevé, plus le ballon gonflé d’hélium s’élève vers les nuages. Il n’y a rien à faire que de se laisser porter. Par les horloges, le calendrier, les éphémérides, les fêtes religieuses, les jours fériés, les armistices et les anniversaires. Julien connaît des personnes âgées qui avancent leurs années comme argument définitif : dès qu’une question divise les groupes de discussion, ils rangent leurs dates de naissance en ordre de bataille, en avant marche, bataillons nostalgiques, héroïques, et l’écrasante supériorité du temps anéantit l’adversaire. Ce ne sont pas ses amis. Ses amis portent leur âge avec modestie. Ils répètent qu’ils n’y sont pour rien, que si ça ne tenait qu’à eux, ils porteraient moins de jours sur les épaules. Julien fait partie de cette cohorte qui refuse les légions d’honneur gériatriques.

Quand même. Il ne peut pas ignorer que les années fonctionnent comme les marées, elles viennent, puis se retirent, en abandonnant sur la plage des algues, des bois flottants, des sacs plastiques, des carcasses mortes, des connaissances, des expériences accumulées. La marée laisse sur le sable une décharge publique, les années s’accumulent dans une décharge privée dont il est vain de vouloir se débarrasser.

On lui dit parfois : tu ne fais pas ton âge. Il répond qu’il ne peut pas tout faire en même temps. Faire son âge, grimper l’escalier, écrire une page de ce de là, cuire une compote, porter la poubelle, séduire sa belle, jouer la sarabande de Haendel, lire un roman islandais, partager l’apéritif, pérorer dans la section socialiste, lire deux quotidiens, envoyer un message sur facebook, plonger dans la sieste, s’endormir devant une série télévisée, et en plus faire son âge?


Il refuse farouchement la marche communautaire, les applaudissements du public captif de la maison de retraite pour qui joue un prélude de Bach. Il ne méprise pas ces louanges collectives. Tout commence comme ça, tout se termine comme ça. La famille applaudit le nouveau-né à sa première grimpette, les infirmières encouragent l’ancêtre à son dernier pas de danse. Il attend avec terreur le moment où il n’aura plus la force de résister aux applaudissements palliatifs.

samedi 6 juin 2015

progrès

      Julien a longtemps cru aux théories du progrès. Les humains travaillent, inventent, expérimentent, accumulent des savoirs, des compétences, écrasent l’infâme, et les flammes tremblantes deviennent des nappes de lumière. Erreur. S’il est un domaine où les expériences ne s’ajoutent pas, c’est celui de la politique. En science, les limites reculent. Les vies s’allongent, les maladies se guérissent. Qu’avons-nous appris dans le gouvernement de la cité ? Voici que des millions, des centaines de millions d’êtres humains, ont partagé la même expérience que Julien : les guerres, les massacres, les dictatures, le nazisme, le communisme, les famines, les déportations. Tous ont vécu ces expériences, les ont archivées, résumées dans des manuels scolaires, revues dans les documentaires, chantées dans des hymnes, des cantiques, des rebellions. Ayant partagé la même histoire, on pourrait croire que les conclusions se partagent. Non. Pas du tout. Julien a l’âge qu’il a et en a tiré des idées qu’il croit évidentes. En face de lui, Germain a le même âge, la même histoire, et il en tire d’autres idées qu’il croit non moins évidentes. Les guerres de religion n’empêchent pas les guerres de religion.

         Un protestant survivant des massacres de la Saint-Barthélemy montre ses plaies dans les écoles. Il dit aux enfants effarés que l’Edit de Nantes a permis d’éviter d’autres massacres. Il interdit de massacrer le voisin parce qu’il appartient à une autre religion. Ou à pas de religion. Les enfants racontent le récit des survivants à leurs parents qui leur disent parfois que les massacres ont été beaucoup exagérés, que les protestants l’ont un peu cherché par leur arrogance et leur mépris des catholiques. Puis d’autres religions prennent la place des protestants et des catholiques, des Juifs, des musulmans, des bouddhistes,  des évangélistes, des athées, des communistes, des animistes, des scientistes et chaque fois le combat de l’Edit de Nantes doit être recommencé.


         Julien ne croit plus en une histoire qui serait une longue montée vers la lumière, vers les lendemains musiciens, vers un avenir électrique, vers des pulsions de mort qui se dissoudraient dans les océans de vertu. Il n’arrive pas malgré tout à renoncer à son expérience, à ses connaissances accumulées, comme si elles ne servaient à rien. Peu de gens l’écoutent, et il persiste à parler, peu de gens le lisent et il persiste à écrire. 

vendredi 5 juin 2015

roland Garros

Le Front national veut exclure les joueurs étrangers des jeux de Roland Garros. ainsi, les Français de souche seront assurés de jouer en finale.

mardi 2 juin 2015

casablanca

Casablanca

Dimanche 17 mai, Thésée et Ariane prennent le train pour Bordeaux. Xavier les amène à l’aéroport de Mérignac. Thésée tient dans sa main gauche la poignée d’une valise roulante et dans sa main droite, le fil qui le relie à Ariane. Du royaume des ténèbres qui les attend, si Thésée lâche le fil, Ariane ne reviendra pas.

Jamais ils n’ont été autant contrôlés. Les jeunes des banlieues ou des quartiers se plaignent de contrôles répétés. Ils n’ont qu’à venir à Mérignac ou à l’aéroport Mohammed V de Casablanca et ils verront ce que sont des contrôles répétés. Au faciès, au passeport, à la valise, au genre, à l’origine.

Dans le restaurant de Mérignac, ils sont placés entre la caisse et la cuisine et ce jour-là, la tension était extrême entre la cuisine et la caisse, le vent soufflait force 5 et a gâché le plaisir du premier repas du voyage annoncé, celui où la liberté se manifeste par le choix d’un menu, d’un plat, d’une boisson, sans avoir accompli l’effort des courses, des listes d’achat, du collage d’un post-it sur la porte du réfrigérateur blanc et lisse, seule la liberté de commander. Mais si la cuisine et la caisse ne s’entendent pas, si les uns et les autres se crient dessus, râlent entre eux, disent du mal du chef ou d’un employé paresseux, comment voulez-vous ?

Ariane craint le labyrinthe mais fait confiance au fil qui la relie à Thésée. Ne crains rien, dit-elle. Mais il faut toujours craindre. Elle oublie sa besace dans les toilettes et quand elle revient, elle ne tient plus de fil. Le fil de Thésée pend en l’air. Quelques minutes fiévreuses, Ariane court récupérer sa besace et le fil qui miraculeusement. Si un voyageur malhonnête avait volé sa trousse de voyage, privée de passeport, elle ne pouvait plus franchir le Styx. Heureusement, elle avait choisi les toilettes pour handicapés, et les handicapés sont plus honnêtes que la moyenne des voleurs, surtout parce qu’ils courent moins vite. Quand même, on lui a piqué un billet de cent euros. Ou deux billets de cinquante euros, ou cinq de vingt, mais ça faisait cent euros en tout, elle voulut les rendre à Thésée qui lui répondit si tu crois que c’est le moment de faire nos comptes. Ariane rougit, car effectivement.

Les deux voyageurs avancent, se trouvent comme prévu dans un labyrinthe où des Minotaures leur demandent, leur intiment, exigent, qu’ils posent les sacs, les ceintures, les tuniques. A chaque portique sonnent des clochettes. Chaque fois que les clochettes sonnent, il faut enlever davantage, jusqu’aux chaussures. Le sang de Thésée ne fait qu’un tour. Est-ce parce qu’ils se dirigent vers un pays musulman qu’il fallait enlever les sandales comme à l’entrée d’une mosquée ? Thésée qui n’est plus tout jeune se penche pour dénouer les sandales, mais il manque de souplesse. Il demande à Ariane de l’aider, Thésée serre le fil, ils sont placés côte à côte dans le grand cheval et Ariane lui redonne son numéro. Tu promets de ne pas lâcher le fil ? Mon Thésée, dit-elle. Il ne sait pas encore qu’à la Grande Mosquée de Casablanca, l’épreuve sera renouvelée.

Descente vers l’aéroport Mohammed V, à nouveau les labyrinthes serpentent devant les guichets et à nouveau les minotaures guident les voyageurs égarés. Parfois, Thésée et Ariane arrivent devant un guichet, mais un minotaure se place derrière elle et empêche Thésée d’avancer, pour le diriger vers un autre guichet. Le fil s’allonge mais ne rompt point. Il tient le fil mais ne doit pas regarder Ariane pourtant la tentation est grande.

Le journal offert dans l’avion se nomme Le matin et ils se rendent compte en jetant un coup d’œil sur les titres qu’ils sont en train de changer de monde. En deçà des Pyrénées. Le souverain donne des « Hautes instructions » pour que soit traduit en projet de dispositions juridiques un rapport sur l’avortement. L’écrasante majorité penche pour la criminalisation de l’avortement à l’exception de quelques cas : quand la grossesse est un danger pour la femme, ou résulte d’un viol ou d’un inceste. Sa Majesté le Roi, que Dieu Le protège, nomme Hammouche directeur général de la sûreté nationale tout en conservant son poste de directeur général de la surveillance du territoire. Chaque fois, l’article est illustré par une photo du souverain tout en blanc, sur un fauteuil d’osier faisant trône. Sa Majesté le Roi nomme Abdeljalil secrétaire perpétuel de l’académie du royaume du Maroc. Sa Majesté le Roi, que Dieu l’inspire, donne audience à la présidente du conseil de l’assemblée fédérale de Russie. Une photo de la princesse Lalla samlma qui participe à une réunion du centre international de recherches sur le cancer, photo, robe rouge jusqu’aux genoux, pas de foulard. Un hommage à la police nationale et nous sommes à la page quatre du journal. Chaque jour c’est pareil, les quatre premières pages du quotidien et les dix premières minutes du journal télévisé sont consacrées aux activités royales et à force, le souverain commence à être connu. Mohammed VI possède un palais à Rabat, un autre à Casablanca, un autre à Marrakech, partout où il passe, les palais fleurissent, les bancs publics se réparent et se repeignent. Quand il est dans la ville, on le sait par les gants blancs des agents de police, par les uniformes rutilants. Quelques journalistes sont en prison. En même temps, diront les amis, la royauté est une protection contre l’intégrisme.

L’ascenseur est en panne, la température est douce, la télé est en panne, il manque du savon, qu’est-ce qu’un voyage dont on ne rapporte pas de savon. Dans la Medina de Casa, nous dînons dans un restaurant en plein air.

Lundi matin, rendez-vous à neuf heures avec un ami de Sophie, professeur d’arabe, graphiste, photographe, avec deux femmes bénévoles d’une association « Casamémoire », qui défend le patrimoine de la ville, un groupe d’étudiants en journalisme et leur prof de photos. Ariane et Thésée se joignent à ce groupe qui fait le tour du quartier des Habous. Les ruelles semblent avoir été construites dans la nuit des temps, elles sont modernes, dessinées par des architectes venus de France, dans le style colonial. Le quartier appartenait à un riche commerçant juif qui l’a donné à un sultan qui l’a transféré à des religieux qui sont aujourd’hui  propriétaires de ce quartier illustre, recherché par la bourgeoisie de casa, des boutiques de luxe. Vu d’avion, le quartier ressemble à un labyrinthe et Thésée et Ariane se rendent compte que partout où ils vont, les minotaures cherchent à les séparer. Dans ce labyrinthe des Habous, comme si les méandres ne suffisaient pas, des échoppes, des artisans, des petites galeries commerciales à entrées multiples permettent de s’échapper, de se perdre, de marchander pour des babouches qu’elle veut ramener de l’au-delà, du Royaume des morts auquel Thésée veut l’arracher.

Ariane achète des babouches, des huiles spéciales au marché des olives qui se devine à l’odeur. Elle marchande, elle pèse, et chaque fois le fil se tend. Le palais du gouverneur de la région est une merveille architecturale, partout des artisans ont sculpté des pierres, enfermé la lumière dans les tours. Le palais est fermé au public, il faut une autorisation pour le visiter et grâce à cette autorisation, Ariane et Thésée se sentent privilégiés. Tout le monde souhaite que le palais du gouverneur devienne un musée public. Dans la cour intérieure, à l’ombre des figuiers, le groupe se rassemble une dernière fois, il est temps de se séparer, les étudiants remercient Casamémoire et le prof d’arabe. Les étudiants nous remercient, sont remerciés, les remerciements sont enregistrés pour une vidéo qui leur servira de travail. Parmi les touristes qui visitent les monuments l’appareil de photo brandi vers les dorures et les frises, combien sont peut-être des étudiants en photographie qu’on prend pour des touristes. Encore des photos sur les marches du Palais. Le fil qui relie Ariane et Thésée sera pris pour un défaut dans la photo et effacé avec une gomme numérique.
Ceux qui restent, les bénévoles de Casamémoire, le prof d’arabe, Sophie, Ariane et Thésée, se dirigent vers le marché aux grains où les trieuses cherchent de l’or. Un marchand de laine, ami d’Abdellatif, invite le groupe à prendre un verre de thé à l’intérieur de son échoppe tapissé de grappes de laines de toutes les couleurs, de la laine pour faire des tapis. Il vend de la laine ici depuis deux générations. L’énorme surface du marché aux grains est surveillée par les spéculateurs et un jour, ils seront tous transférés dans un autre lieu, loin du centre veille. En attendant, il chauffe le thé, les installe chacun sur un tabouret et à nouveau des photos sont prises devant l’échoppe.

En sortant de cette échoppe, le groupe ne peut manger que dans un restaurant populaire, en plein air. Abdel va chercher des olives chez un marchand d’olives, de la viande chez un boucher dont il est client, des pâtisseries orientales et des fruits. Des serveurs présentent les fruits, les olives, les pâtisseries sur des assiettes et un cuisinier grille les viandes achetées par Abdell. Nous mangeons avec les doigts, en prenant les viandes et les légumes avec un morceau de pain rond. Une dame vêtue d’une burqua tend la main. Elle demande à manger. Les bénévoles lui fabriquent un sandwich avec de la viande et des sauces, la dame glisse le sandwich sous la burqua. Les bénévoles de Casamémoire nous disent que la société régresse, devient moins laïque, que leur mère ne se voilait pas, elle n’avait pas de voile, mais les jeunes filles se voilent de plus en plus et parfois les jeunes garçons ont la tenue vestimentaire attribuée au prophète, les filles sont couvertes de noir sauf les yeux. En même temps, tous les choix sont présents dans la foule et l’ensemble coexiste pacifiquement. L’alcool est libre dans les restaurants et les boutiques sauf pendant le ramadan. Et plutôt à l’intérieur des restaurants. On peut consommer de l’alcool sur les terrasses si elles sont entourées d’une clôture opaque.

Le chauffeur de taxi qui les amène à la casa San Jose écoute une radio en arabe. Qu’est-ce que vous écoutez? Une émission religieuse sur la vie du prophète. Mahomet. Il les sent intéressés par le sujet et fait faire le tour de la Grande Mosquée, toute moderne, avec une école coranique. Il leur fait promettre de la visiter, c’est aussi important que quasiment d’aller à la Mecque. Ils promettent. 

Ils tiennent. Taxi pour la grande mosquée de Casablanca. Un paquebot religieux, le guide nous donne le poids des lustres, l'origine des cèdres, le nombre d'heures pour fabriquer, les groupes prennent des photos, la porte par où entre le roi, que dieu le protège, mais comme c'est un roi social, il entre par la porte du peuple, les moucharabiehs, à l'étage où se réfugient les femmes, alors que dans les églises basques, les hommes sont en haut et se rincent l'œil.

Les excités du laïcisme leur diront que dans les églises chrétiennes, on ne demande pas aux visiteurs de se déchausser.  Alors qu'ici, on leur demande de nous déchausser. C’est la preuve. Dans les synagogues, répond Ariane au fou de l'antidieu que le leur, on porte une kipa obligatoire et les femmes un foulard qui cache les cheveux alors qu'à la grande mosquée de Casa, les femmes  ont les cheveux au vent.

Salle de prières, tapis, sachet transparent pour porter les chaussures, votre attention s'il vous plaît, salle des ablutions, fontaines de marbre, artisans de Marrakech,  photos, selfies sur fond de sculptures sur bois et sur onyx. Le toit s'ouvre au grand soleil, c'est une décapotable, dit le guide. Jamais le mot de guide n'a été aussi justifié. Ariane disparaît dans le gouffre des hammams, des saunas, des caves, des souffleries, des aérations, comme un paquebot de croisière. Comment on s’ablutionne. Thésée vieilli par les combats ne peut plus se courber pour enlever ses chaussures et demande à Ariane, perdue dans le groupe, de se pencher discrètement, il tire sur le fil pour attirer son attention, elle écoute le guide, absorbée, mais finit par sentir le fil qui se tend avec insistance et s'approche, laisse tomber un mouchoir, se penche comme pour le ramasser, tire sur les fermetures des chaussures, crantées, scratchées, enveloppe les languettes de sa présence pour que le bruit du scratch arraché ne perturbe en rien le discours du guide, se relève avec son mouchoir, Thésée glisse ses chaussures dont le nom jure dans la salle des prières: Méphistos. Ariane repart vers le groupe et Thésée, le fil tenu fermement dans la main, glisse sur le marbre et observe avec intérêt les jeunes chinoises qui se selfisent sur fond d'étoiles de Corinthe. Le groupe monte des marches, redescend, Thésée, depuis longtemps largué, remonte  à l'air libre, le fil à la main, repère un banc de pierre, lit le journal où le tout puissant protège le roi, qu'il soit inspiré dans ses conduites de souverain par le tout puissant. Thésée s'assoupit sur le banc de pierre et ne sent pas la fin de la visite marquée par une légère tension du fil qui le relie à Ariane et Ariane s'inquiète, où est Thésée? Il n'y a pas de cafète dans la troisième plus grande mosquée du monde, cinq ans pour la construire, et dans les visites de la Tour Eiffel, c'est pareil, le guide donne le tonnage, le nombre de millions de rivets, les ingénieurs, la durée de la construction et chaque jours, des milliers d'Ariane s'accrochent au fil de milliers de Thésée qui portent des Méphistos.

Nous sommes des touristes privilégiés puisque nous mangeons dans des restaurants populaires, avec les doigts, que nous serons invités à boire du thé dans une échoppe, peut-être invités à un couscous dans une maison, et des jeunes marocaines nous expliquent leurs sentiments.

Les labyrinthes de la Médina à Casablanca ou à Rabat obligent à tenir le fil d’Ariane, mais au moins, ils ne sont pas dangereux. Les voitures sont rares et circulent au pas. Personne n’a jamais parlé de sécurité à Casablanca. Personne ne leur a dit, comme à Paris ou à New York ou à Caracas, fermez vos sacs, ne vous promenez jamais seul, évitez tel ou tel quartier. Le seul est dans la médina un monsieur rabatteur qui nous a montré des hôtels simples. Il nous a dit, ils sont confortables et propres ces hôtels, mais il ne faut se promener dans le quartier après onze heures du soir, car il y a des jeunes qui se droguent et qui peuvent être dangereux.

Sinon, la seule insécurité dont Thésée et Ariane ont entendu parler c’est d’abord l’insécurité permanente des journalistes, des chroniqueurs, des intellectuels, des historiens, des chercheurs, qui ont le droit de parler de tout, mais à leurs risques et périls. Ensuite l’insécurité des piétons qui veulent traverser un boulevard, une avenue. Les piétons, quel que soit leur âge, bébés dans poussettes ou vieillards derrière déambulateur, sont considérés comme des cibles légitimes. Thésée, qui a l’habitude de comportements guerriers dans les capitales du monde grec, qui arrête les chars d’un regard, d’un geste de la main, à Athènes ou à Sparte, à Rome ou à Constantinople, a beau regarder les conducteurs dans les yeux, faire des moulinets menaçants, mettre les bras en croix, foncer sur les passages piétons, les chars ne ralentissent pas et Ariane supplie Thésée de ne plus s’aventurer ainsi, qu’il a une mission, la ramener vivante à Ithaque. Thésée, blessé dans son orgueil de guerrier, se met sous la protection des agents de police dont seul l’uniforme ralentit les hordes grondantes.

Thésee et Ariane, livrés à eux-même, décident d’explorer des zones inconnues dont la connaissance pourra leur être utile plus tard. Dissimulant le fil dans leurs mains nouées, ils avancent, visitent la préfecture et la poste, des bâtiments décorés selon l’orientalisme du vingtième siècle. Visite des Halles aux poissons et à la viande et restauration dans un établissement populaire, grillades et thé à la menthe. Taxi pour la visite de l’île aux sorcières, auparavant une presqu’île à marée basse, une île à marée haute. Aujourd’hui, un pont la relie à l’Afrique. Les maisons ressemblent à des crampotes, chaux blanche et rideau au vent. Des poules pour les sacrifices, des coqs pour réveiller les habitants. Plus à l’Ouest que l’île des sorcières, un énorme centre commercial, nommé le Mall, avec salle de cinéma sphérique, des boutiques de toutes les marques du monde. Le centre culturel a recruté un imam spécialement pour éviter les interférences et les ondes maléfiques des sorcières sur le Mall, car les rumeurs rendaient le recrutement du personnel difficile et les clients préféraient eux aussi cette précaution.

La Casa San Jose est un restaurant de tapas, espagnol, avec des chants flamenco, à fond la caisse et nous nous réfugions dans le hall d’un palace cinquante étoiles, le plafond à cent mètres, un serveur silencieux et efficace, des serveuses en jupe noire courte, et nous pouvons discuter tranquillement des affaires de famille.

Les amis de Sophie sont des intellectuels, journalistes, chercheurs. Ils vivent au Maroc et ont des sentiments mitigés envers les exilés qui font carrière de dissidents, de victimes au Maroc et de victimes en France. Qui parlent à la radio, à la télé. Karel Bartosek, à Prague d’après 68, n’était pas tendre pour ses collègues qui intervenaient dans les séminaires sur socialisme et barbarie. Puis il a fini par céder et s’exiler à son tour. Vient un moment où il est trop dur de rester et la tranquillité de l’exil l’emporte.

Le colonialisme n’est pas un sujet. Au musée Slaoui, sont représentées de manière non conflictuelle les influences françaises au Maroc, les affiches touristiques qui présentent le rêve oriental des occidentaux, le travail des architectes français, les collections privées, souvent françaises, se mêlent aux bijoux marocains et berbères. 

Après de longues marches dans la ville, après les montées de sept étages sans ascenseur, de descente de sept étages sans ascenseur et sans rampe, Ariane, épuisée, se fait masser par une Philippine heureuse de rencontrer une coreligionnaire chrétienne.

Le train pour Rabat, première classe, c’est si bon marché. Visite de la Médina, les boutiques de fringues, apéritif face à la mer. Ariane est kidnappée par deux sorcières qui lui recouvrent les mains et les avant-bras d’une matière brune qui tache les vêtements. Comment tenir le fil dans cette gadoue ? Thésée rugit son mécontentement en tirant sur le fil brunâtre, mais les sorcières ne lâchaient pas leur proie. La rançon de libération fut deux cents dirhams.

Dîner dans un restaurant juif, il reste quelques centaines de Juifs au Maroc, il y en avait des centaines de milliers, la majorité est partie à l’indépendance, puis la guerre des six jours a balayé le reste. Musique orientale, juive sépharade, parfois le patron prend la guitare. Aucune nostalgie, aucune inquiétude. Assistent au repas des journalistes et des universitaires qui se disputent pour savoir lequel est le plus surveillé par « les services ». On parle politique au Maroc, les relations entre progressistes et islam modéré. On parle question palestinienne, sans vraiment se mettre d’accord. Retour en taxi à Casablanca.

Vendredi, encore la Medina. Un rabatteur se saisit d’Ariane et le mène aux échoppes, marché Barbès tenu par des commerçants professionnels. Ariane sort des échoppes avec des sacs et des parfums d’Arabie qui ne viennent pas à bout du henné répandu par les kidnappeurs de Rabat.

Couscous du vendredi dans la famille d’Abdoul, atmosphère chaleureuse et compassée à la fois. Les enfants et la mère travaillent dans une société de courtage. Salon de soixante mètres carrés avec des canapés partout. Le couscous a été préparé par une cuisinière qui vient servir et à qui la maîtresse de maison s’adresse en arabe. La famille parle français. Repas le soir dans un restaurant français, le bistronome, cuisine basque, piment d’Espelette.

Nous avons vu au Maroc une classe moyenne qui reste sur place et qui tire le pays vers le haut. Quand cette classe moyenne quitte le pays, tout s’écroule.

Retour dimanche par l’aéroport Mohammed V, à nouveau les labyrinthes, les Minotaures, le fil qui s’est usé toute la semaine. Thésée détourne les yeux d’Ariane, il faut tenir jusqu’à Mérignac, sinon Ariane sera perdue à jamais. Thésée ferme les yeux, s’endort. Il voit le tarmac de Mérignac, les derniers cents mètres. Il ne se retourne pas et après un dernier labyrinthe devant les guichets de passeport, il lève la main d’Ariane triomphalement et la regarde. Il se dit, ce n’est quand même pas la mer à boire, quel con, ce Thésée.










dimanche 31 mai 2015

cache d'armes

Jeudi 28 mai, Une cache d’armes et d’explosif a été découverte au centre de Biarritz, dans un immeuble en face de la Poste. Des militants nationalistes basques ont été arrêtés et gardés à vue pour entreprise terroriste.

Depuis cette découverte et ces arrestations, les seules réactions sont venues des milieux nationalistes qui ont manifesté deux jours de suite Place Clémenceau pour protester contre cette atteinte au processus de paix et contre l’arrestation de patriotes basques.

A part ces manifestants, Biarritz est restée silencieuse. Le maire aurait pu dire qu’il n’appréciait pas qu’un immeuble du centre de sa ville soit utilisé comme dépôt d’armes dangereuses pour ses habitants. Il est resté silencieux. Les élus et les partis politiques auraient pu féliciter les forces de police française et espagnoles d’avoir éliminé un grave danger pour la population mais ils sont restés silencieux. Les nationalistes auraient pu rappeler aux nostalgiques de la lutte armée que faire la paix, c’est abandonner les armes, pas les stocker. Ils sont restés silencieux.

Pour comprendre l’indignité de ce silence, il faut imaginer qu’une cache d’armes utilisées par des militants intégristes islamistes ait été découverte dans un immeuble du centre-ville. On entend d’ici le déferlement des réactions : d’abord les politiques auraient félicité l’action des forces de police. Tous auraient condamné le danger potentiel de ces armes dans un immeuble habité. Pendant les quelques jours suivant, Biarritz aurait frémi d’indignation et de condamnation.


Une cache d’arme nationaliste est donc acceptée avec résignation. Ce n’est pas pareil, dites-vous ? Les nationalistes basques stockent des armes parce qu’ils revendiquent la terreur comme un moyen d’action politique légitime. Comme les terroristes de l’islam. Les uns seront condamnés, les autres pourront utiliser des immeubles de la ville protégés par une honteuse chape de silence.

jeudi 28 mai 2015

eta

Une cache d’armes et d’explosif a été découverte au centre de Biarritz, dans un immeuble en face de la Poste. Félicitation d’abord aux forces de police française et espagnole dont la coopération a permis cette action. Elles ont permis d’éliminer le grave danger que représentent des armes et des explosifs au centre d’une ville.

Quant à l’ETA, qui n’en finit pas de cesser le feu, faut-il lui rappeler que faire la paix, c’est abandonner les armes ? Si l’on garde au chaud des fusils et de la dynamite, c’est dans l’idée de s’en servir  à nouveau. Ces comportements nuisent au processus de paix.


Il faut le dire et le répéter : la guerre est finie. 

samedi 23 mai 2015

irlande modèle

honte aux excités de la manif pour tous! rouge de la honte pour les hystériques adversaires du mariage pour tous. L'Irlande catholique leur donne une bonne leçon. Il est possible de faire de la politique d'une manière paisible. Qu'ils regardent les citoyens irlandais encore une fois, qu'ils comparent à leurs manifs de haine et de guerre civile. encore et encore.

mercredi 20 mai 2015

parité et réforme des collèges

Dans un débat télévisé, la maire ump du Vème arrondissement condamne la réforme des collèges. Lla gauche n'aime pas l'excellence dit-elle. La discussion glisse vers la parité. Au début la maire du 5è était contre la loi, mais elle doit reconnaître qu'elle a joué un rôle décisif dans l"'entrée des femmes en politique. En revanche, les collèges ne doivent surtout pas être réformés. Il faut laisser l'échec, l'exclusion, écrémer naturellement l'élite de la nation et elle qui dirige le cinquième arrondissement, un arrondissement intellectuel, affirme que les élites intellectuelles n'ont rien çà voir avec l"origine sociale, seuls comptent les mérites et le travail. 

La loi doit donc intervenir contre l'exclusion des femmes, mais pas contre la discrimination sociale au collège. La loi est bonne qui lui a donné un poste en politique, la loi est mauvaise qui veut offrir à d'autres enfants que les siens des niches d'excellence.