après avoir donné de mauvais exemples, voici venir l'âge des bons conseils.
mercredi 2 décembre 2015
durée
lu dans les réseaux : "Les musulmans ne sont pas tous terroristes, mais les terroristes sont tous musulmans.". Dans le dictionnaire des idées reçues de Flaubert: "les républicains ne sont pas tous des voleurs, mais les voleurs sont tous républicains". La connerie survole le temps.
dimanche 29 novembre 2015
vaincre le terrorisme
De
mémoire d’homme, nos sociétés ont été toujours été menacées gravement par des
mouvements terroristes : l’IRA au Royaume-Uni, l’ETA en Espagne, la bande
à Baader en Allemagne, les Brigades rouges en Italie. Les FARC en Colombie, le
Sentier lumineux au Pérou. Des milliers de morts, des climats de terreur. Ces
mouvements ont parfois été vainqueurs et sont arrivés au pouvoir, comme Mao
après la Longue Marche, ou la guérilla cubaine de Fidel Castro. En Europe, ces
mouvements armés ont été vaincus. L’IRA, l’ETA, le FLNC, ont déposé les armes
sans avoir atteint leurs objectifs. En Irlande, au Pays basque, en Corse, du
combat armé il reste quelques armes rouillées, des cagoules mitées, des
prisonniers épuisés, des repentis, quelques clandestins, des chants de guerre, des
demandes de libération anticipée pour maladie grave.
A quelles conditions ont-ils été
battus ? D’abord au prix d’une bataille politique et idéologique qui leur
a rendu l’air irrespirable. Il fallut chasser la moindre bulle de
justification. Dans un pays démocratique, où les droits collectifs et
individuels existent, l’emploi de la violence pour des objectifs politiques
s’apparente à un putsch, rouge ou brun, mais toujours un putsch. Combattre
leurs soutiens était aussi importants que les opérations de police.
S’il n’y a aucune raison d’utiliser la
violence armée, ni sociale, ni politique, ni identitaire, ceux qui l’utilisent
ne sont pas des soldats ni des militants, mais des terroristes. Pourchassés,
ils furent traités comme des criminels, Jamais comme des prisonniers politiques
ni comme prisonniers de guerre. Les membres de l’ETA ou de l’IRA ne cessaient d’affirmer
qu’ils étaient en guerre. Les sociétés britanniques, espagnoles, françaises,
leur refusaient ce royal hommage. Il n’y eut pas d’armistice négocié. Les
guerriers ont déposé les armes et Gerry Adams, dirigeant républicain, a demandé
aux catholiques de téléphoner à la police s’ils étaient témoins d’une action
armée. Depuis, l’Irlande du Nord vit en paix.
Dans les cas irlandais ou basques, la
revendication nationaliste s’appuyait sur l’exclusion d’une partie des citoyens
à qui l’État refusait la citoyenneté. Des citoyens qui ne possèdent pas la
protection d’un État n’ont de cesse de s’en fabriquer une. Pour être citoyen britannique,
il fallait être protestant. Tous les signes d’une culture basque étaient considérés
comme des trahisons par l’Espagne franquiste. Aujourd’hui quand un Basque cagoulé
affirme qu’il ne dispose pas de la protection d’un État, qu’il reste un
apatride tant qu’il ne disposera pas d’une totale indépendance, il est
accueilli par un salutaire éclat de rire.
Devant les nouvelles formes de
terrorisme, le passé nous lègue-t-il quelques leçons ? Les djihadistes
basques ou irlandais avaient besoin d’un appui logistique et politique. Ils
devaient donc faire de la politique, apprendre jusqu’où ils ne devaient pas
aller pour ne pas perdre ces appuis. Les nouveaux terroristes ne recherchent
aucun appui, ni politique, ni logistique, dans les pays où ils agissent et
l’escalade de l’horreur fait au contraire partie de leur stratégie.
Il en résulte un sentiment
d’impuissance. Les démocrates combattaient inlassablement la terreur
nationaliste par des arguments, des manifestations, des livres et des chansons.
Aujourd’hui suffit-il d’appuyer les opérations de police pour combattre le
djihadisme ? Suffit-il de mettre un drapeau français à la fenêtre ?
Voici un angle de réflexion : les
terroristes basques et irlandais, par leur violence, voulaient provoquer une
vague de répression et d’exclusion, de méfiance à l’égard de l’ensemble des
Basques et des catholiques afin de « prouver » qu’ils étaient
réellement dépourvus d’État. Les djihadistes islamistes voudraient porter la
guerre civile en provoquant des réactions tribales. Ils aiment les
Saint-Barthélémy, les charniers rwandais, les purifications ethniques. Massacrons-nous
les uns les autres, éliminons tous les partisans de la mixité, nous irons
planter le drapeau noir à l’entrée des charniers.
Que pouvons-nous faire ? Pour éviter
le pire, il faut chasser de nos têtes et des discours publics ou chuchotés tout
ce qui mène à la purification ethnique, tout ce qui fait coïncider frontières
et identités. Chacun peut y contribuer.
lundi 23 novembre 2015
pour un pays basque sans frontières
L’EPCI Pays basque donnerait une reconnaissance administrative et politique
au Pays basque. Le Pays basque était un pays sans frontière. Désormais, il sera
reconnu, il existera. Pour Batera : l’EPCI est une « première étape
de la reconnaissance du Pays basque. Pour Sylviane Alaux : le Pays basque
a des « frontières sacrées ».
Ces frontières sont déjà dans les têtes. Voir le débat au conseil
municipal. Tous (sauf Guy Lafite) se sont crus obligés de donner des preuves de
leur appartenance, de leur attachement au Pays basque. Et leur souhait d’une
traduction politique de cette passion.
Il faut affronter cette question.
Faire coïncider gouvernement et identité
est toujours au moins un
risque, au pire une catastrophe. Elle remplace une identité citoyenne par une
définition identitaire. J’observe le débat : d’un côté les envolées, les
sanglots dans la voix de ceux qui déclarent leur flamme et veulent épouser le
Pays basque et en face, des gens qui sont contraints d’être aussi amoureux,
mais critiquent le contrat de mariage. Avec des sanglots dans la voix et avec
la même passion, avec toute l’expérience d’un homme qui a traversé des conflits
ethniques, des meurtres sous drapeau, des massacres identitaires, je le dis et
je le répète : céder le pouvoir politique, même limité, à des aspirations
nationalitaires transforme la vie politique en profondeur. L’intérêt général
devient clientélisme et les partis politiques deviennent des clans. Croyons-nous
être à l’abri des dérives corses ?
mon intervention à la réunion d'Esprit Biarritz du lundi 23 novembre 2015.
Faire coïncider administration et ethnicité crée deux catégories de
citoyens. Avant même d’être mis en place, l’EPCI les a créés : pour, les
vrais. Les contre : pas de vrais Basques. Les modalités de vote révèlent
ce clivage. A Belfast, les catholiques n’étaient pas considérés comme de vrais
citoyens britanniques. Ils avaient moitié moins de voix aux élections.
Faire coïncider administration et ethnicité crispe la politique. Je demande
de lire et d’entendre le vocabulaire guerrier qui hérite des combats passés.
Des termes révolus refont surface : Pays basque nord, Ipparalde. Les
opposants à l’EPCI « prennent le
Pays basque en otage ». Le Pays basque « n’acceptera pas qu’on refuse cette avancée ». Les habitants « ont toujours sanctionné ceux qui
allient à l’encontre du Pays basque ». Les maires qui’ s’opposent
« tournent le dos au territoire ».
Ils devront rendre des comptes ». Si
vous pensez que ces formules viennent d’Abertzale radicaux, vous vous
trompez : vous les trouvez dans les discours d’élus tout à fait modérés.
Avec Xabi Larallde dans enbata (19
nov 2015) on saute un pas : Si l’EPCI ne marche pas, nos enfants nous
diront que nous avons été stupides de déposer les armes.
Demain, dans une intercommunalité unique qui donnera vie à un Pays basque
politique, j’imagine les discussions sur les répartitions budgétaires entre le
festival du film basque et le festival latino. Actuellement, dans les
manifestations pour l’amnistie des prisonniers, les élus participent en ordre
dispersé, personne ne représente le Pays basque tout entier. Demain, le
président de l’EPCI, s’il participe, me représentera aussi.
S’opposer à l’EPCI, c’est être contre la culture basque ? Ou contre
les Basques ? Ceux qui posent ainsi la question confirment mes
inquiétudes : ils brassent identité et politique. Actuellement, les
contrats de formation en basque existent, ainsi que les ikastola, les crèches
existent, toujours le résultat d’une activité militante et de choix
individuels. Officialiser la langue, ce sera prendre le risque de transformer
des villages de l’intérieur en colonies linguistiques pour les candidats aux
concours administratifs et aux différents emplois. Des élus éloquents
consacrent beaucoup de temps et d’énergie à prouver leur amour la langue basque
dans des contrats officiels, et du coup, ils n’ont plus le temps d’apprendre la
langue qu’ils aiment tant. La chance de la culture basque est de vivre dans une
société plurielle, de s’affronter et de se mélanger en permanence avec d’autres
cultures. La richesse de la langue et de la culture basques aujourd’hui, c’est
son caractère militant, volontaire, inventif.
Qu’est-ce qu’un Basque ? C’est une personne qui pose la question et ne
connaît jamais la réponse tant elle est multiple. Je n’ai aucune racine basque.
Peu à peu, je m’intègre. Le rugby m’indifférait, je discute sur la fusion des
équipes. Je m’intéresse aux ikastolas. Je mène le combat contre l’EPCI. Je me
sens à l’aise, accueilli. Je suis en train de devenir Basque à ma façon. Batera
militant pour l’EPCI dessine un autre pays dans la liste de ses soutiens :
la crèche bascophone, l’ikastola de Mauléon, une association d’aide aux
prisonniers. Pour Batera : le président idéal du prochain EPCI, sera un
ancien etarra, vingt ans de prison, bascophone, qui choisira qui est basque et
qui ne l’est pas. Je n’ai pas envie de
devenir étranger dans le pays où je vis.
mercredi 18 novembre 2015
le diable et le bon Dieu
Dom Maurice, curé de Saint-Martin, est
un fidèle de Mgr Aillet, évêque de Bayonne, militant contre toute forme de modernisation
de l’église catholique. Dans ses sermons, il condamne l’euthanasie et le Dr
Bonnemaison, l’avortement, le mariage pour tous et fustige l’Islam, religion du
diable. Les catholiques de la paroisse qui ne sont pas d’accord vont communier
dans d’autres églises. Personne ne s’est levé pendant d’un sermon pour exprimer
un désaccord. Silencieusement, ils sont allés ailleurs.
Après la Saint-Barthélémy islamiste du
Vendredi 13 novembre, Dom Maurice est présent le samedi 14 novembre, devant la
mairie de Biarritz. Je m’approche de lui après la minute de silence :
Monsieur le curé, vous ne croyez pas dans les présentes circonstances qu’il est
mal venu de prêcher la haine ? Il se défend bien sûr, ce n’est pas vrai. Si
c’est vrai, des catholiques présents confirment. La discussion est vive.
Le dimanche 15 novembre, Dom Maurice
avait renoncé à ses condamnations et prêché davantage selon l’Evangile, d’après
les présents.
Conclusion : la première force du
Diable est le silence des agneaux.
dimanche 15 novembre 2015
au pays basque on est tranquille
L’État islamique a envoyé huit kamikaze dans les rues de Paris tuer le plus
possible n’importe qui. Cent trente morts et le pays est tétanisé. Parler d’autre
chose que du carnage est incongru. Des articles expliquent comment on devient
fou de Dieu. La veille, et le lendemain. Nous ne saurons jamais tout. Mais nous
sommes à peu près certains de l’objectif : un pays où Dieu est possible
mais pas obligatoire. Un pays comme ça, c’est fragile, chacun dans un coin
voudrait le dessécher en une définition unique : blanc, chrétien,
lumineux, patriote, masculin, hétérosexuel. Chacun dans ses difficultés
voudraient le transformer en territoire amniotique et protecteur des orthodoxes contre les
hétérodoxes. La lutte se mène partout, partout on veut réduire le pluriel en
singulier, le divers en même, chasser l’autre pour protéger les siens.
Devant le massacre, tout le monde parle. Un passant tend la main et se
tranquillise : « au Pays basque, on est tranquille ».
La moitié des habitants du Pays basque ont des enfants ou des proches qui
étudient et travaillent dans la région parisienne. Ils se sont fait massacrer
dans un restaurant ou une salle de spectacle. Mais un passant se rassure :
« au Pays basque on est tranquille ».
identités perdues
J'ai trouvé une catho et elle ne pratique pas. J'ai trouvé une Basque et elle ne pratique pas. Elle seule n'est pas déçue: elle a trouvé un chieur et il pratique.
amitiés
mes amitiés à Ahmed, Aziz, Aziza, Abdel, Zora, Souad, Fatia, Mohamed,...Ils vont subir les retombées d'un crime qu'ils abhorrent autant que moi.
plaintes
à ceux qui se plaignent un peu trop: les jihadistes se sont attaqués à nos nos succès et à nos valeurs. Ils les détestent plus que nous les aimons.
vendredi 13 novembre 2015
revanche
Un militant
Batera distribue une brochure de défense d’EPCI à Madame Brigitte Pradier,
conseillère municipale à Biarritz. Vendredi 13 novembre 2015, aux Halles. Brigitte
Pradier déclare qu’elle est contre l’EPCI, elle n’aime pas la confusion entre
identité et politique. L’homme répond : « ah ! L’identité.
Justement. On a souffert pendant des années et des années. Maintenant, on va
prendre notre revanche ».
mardi 10 novembre 2015
identité
l'identité clive. elle est ce qui reste quand tout le reste a disparu. comme elle clive!Je le constate dans ma section socialiste de Biarritz. On ne s"est jamais engueulé sur la loi Macron, les réformes scolaires. Mais sur l'EPCI, quelles tensions! c'est ainsi. Les ouvriers de Belfast catholiques et protestants manifestaient ensemble contre le chômage dans les années 1930. Mais ils s'entretuaient pour enlever ou pour hisser un drapeau britannique ou irlandais. Tout ce qui mixte identité et politique est potentiellement explosif.
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