jeudi 6 juillet 2017

le vrai et le faux


 Le vrai et le faux.



L’eau de mer est imbuvable. Vous la filtrez pour en éliminer le sel, elle devient de l’eau qui est tout à fait consommable. Boit-on alors de l’eau douce ou de l’eau mer sans sel ? L’eau de mer sans sel est-elle encore de l’eau de mer ? L’eau douce est un immense mensonge.



La forêt que vous aimez est entretenue par des gardes forestiers, elle a de larges sentiers ombragés qui permettent des heures de promenade et des randonnées cyclistes, des pique-niques, de la mousse pour s’allonger, des clairières pour danser des rondes. C’est une fausse forêt. Que préférez-vous, une vraie forêt ou une fausse ? En quoi une forêt avec des chemins entretenus est-elle plus fausse qu’une forêt vierge ?



Le nationalisme doux est un nationalisme dont a filtré la poudre et les balles. Est-il moins vrai que le nationalisme guerrier ?

silence


Mgr Aillet, le jour de l’enterrement de Simone Veil : « Je prie pour Simone Veil, car "l'avortement n'est pas un moindre mal, c'est le mal absolu, le meurtre d'une vie innocente" (Pape François).



Quand les collègues de Mgr Aillet, évêques ou curés irlandais, abusaient d’une jeune femme et qu’elle était enfermée avec son bébé dans des prisons esclavagistes, les Magdalena sisters, parce que Mgr Aillet ou ses ancêtres ne voulaient pas qu’elle avorte, Mgr Aillet ou ses ancêtres ne trouvaient rien à redire.



Ses positions sont connues. L’avortement, c’est la shoah, c’est Daech, c’est le génocide. Ce qui me stupéfie, c'est le silence résigné des catholiques de son diocèse de Bayonne devant de telles monstruosités.



Vous ne pouvez rien faire ? Mais si vous pouvez. Vous pouvez envoyer une lettre collective à la famille Veil pour lui demander pardon pour Mgr Aillet. Vous pouvez manifester devant la cathédrale de Bayonne avec une banderole « Pas en notre nom ». Vous pouvez lancer une pétition. Vous pouvez lancer l’idée d’une grève de la messe dimanche prochain. Il y a tant de choses à faire.



La seule position insupportable, c’est le silence résigné.

mercredi 5 juillet 2017

en vérité je vous le dis


J’ai beau commencer mes discours par « en vérité, je vous le dis », je ne provoque pas la même adhésion que les apôtres, que les prophètes, que Jésus Christ, qui pouvait raconter de belles histoires et les faire accepter par des fidèles uniquement parce qu’il commençait par la même phrase : « en vérité, je vous le dis ». J’ai essayé. Je monte sur un fauteuil de square ou un banc public, je figure un haut-parleur en entourant ma bouche ouverte de mes deux mains écartées et je crie « en vérité, je vous le dis, n’écoutez pas les faux prophètes, ne suivez pas les avant-gardes incendiaires ». Deux ou trois personnes s’arrêtent, sourient, s’attardent, repartent, je vois dans leur regard sans méchanceté un rejet total de mon message. On me connaît, un peu. Les gens  à qui je m’adresse savent que j’ai appartenu à un monstrueux système d’asservissement et de massacre des peuples et que j’ai soutenu ce système. Si je me suis trompé à ce point, si souvent, si mal, si obstinément, si aveuglement, si longtemps, pourquoi pourrait-on aujourd’hui me faire confiance ? Ils ont entièrement raison de se méfier. Beaucoup me supplient, ou m’ordonnent, de me taire. De me faire oublier. Comme Lord Jim. Un officier de marine qui abandonne un bateau en détresse a beau expliquer devant les juges les circonstances de son crime. Personne ne l’écoute. Il s’enfuit, prend un pseudonyme, dès qu’on le reconnaît, il s’enfuit encore, s’enfonce dans la jungle. Disparaît. Voilà un exemple exemplaire. Tu t’es trompé, au moins pendant trente ans. Disparais. Cache-toi. Bon. Mais rappelez-vous la règle de la tabagie. Si vous avez fumé pendant trente ans, il faut trente ans pour retrouver des poumons propres. J’ai fumé du communisme de 1945 à 1975. J’ai arrêté en 1975, plus trente, ça nous mène à 2010. Depuis 2010, je peux dire que j’ai le cerveau décrassé. Je peux recommencer à penser, et les gens peuvent recommencer à m’écouter.


mardi 4 juillet 2017

tout arrive


juillet 2017. Par une forte majorité (80%), les prisonniers basques acceptent ce qu’ils avaient jusqu’ici refusé : des démarches individuelles pour obtenir la libération. La demande de pardon, les l’engagement à ne plus recourir à la lutte armée… ce qu’avait fait Aurore Martin et qui avait été fort critiqué par les prisonniers à l’époque. Une petite minorité affirme qu’il s’agit d’une reddition qu’elle ne saurait soutenir.

Les abertzale du Pays Basque nord, ainsi que leurs accompagnateurs de droite et de gauche ne jugent pas utile de soutenir cette démarche qui pourtant aide à la libération des prisonniers de manière beaucoup plus efficace que les rondes autour des caches d’armes.

         Après avoir adopté une position difficile qui interroge leur combat et leur engagement, le collectif des prisonniers a annoncé qu’il soutenait à la prochaine manifestation des « faiseurs de paix » du 9 décembre prochain. Après des décisions difficiles et parfois dramatiques, la manifestation des faiseurs de paix sera une récréation bienvenue.












samedi 1 juillet 2017

Sarabande

        Sarabande

      Suivez moi, suivez moi bien, tenez ma main, accrochez-vous à la corde sinon vous allez perdre le fil. C'est pourtant simple mais il faut s'accrocher. Je suis  actuellement  mis en examen (donc pas coupable) pour avoir refusé de suivre la dérive identitaire des élus socialistes du pays Basque.  J'ai à nouveau été exclu du PS pour avoir appelé  Macron plutôt que Hamon aux élections présidentielles. Hamon était dans l'opposition fondeuse quand les socialiste étaient au pouvoir et moi je fus exclu pour avoir soutenu le gouvernement qui était le mien. Ensuite, j'ai mené campagne pour En Marche et je me retrouve avec un député Modem dont le chef de file vient d'être exclu du gouvernement Macron. Comme j'ai protesté contre cette candidature, je suis classé, au sein du mouvement "en marche", comme dissident. La section socialiste dont je risque d'être exclu à voté une résolution demandant aux élus socialistes du radeau de la Méduse de refuser de voter la confiance au gouvernement que je soutiens. Je suis exclu à nouveau parce que je vote la confiance.  Puis samedi 1 juillet Benoît Hamon, qui a provoqué l'une de mes exclusions annonce qu'il quitte le PS. Donc j'ai été ou je risque d'être exclu pour ne pas avoir soutenu un exclu de lui même.

      Je défie quiconque de trouver dans l'histoire politique récente des périodes d"une telle intensité et d'une telle complexité. Quand j'étais membre du PCF, si un adhérent critiquait la direction ou l'Union soviétique il était exclu, je levais la main, exclu, c'était simple. Quand vint mon tour de critiquer la direction et l'URSS, je fus exclu. Simple, clair, compréhensible par un élève de CM1.  Tu es communiste,? Oui? Puis, non, j'ai été exclu. Aujourd'hui, quand on me demande mon identité politique, il me faut trois heures pour répondre: exclu du PS, dissident de La République en Marche, réintégré dans le PS depuis que mes exclueurs ont quitté le PS, et déclaré non dissident depuis que Bayrou a été exclu du gouvernement. Ce siècle à 17 ans. Je suis né trop tard dans un monde trop jeune.

     Je regarde le groupe des frondeurs qui sont sûrs, qui ont le regard droit de mes certitudes d'antan. Ils ont remplacé les cravates par des robes de bure. Ils marchent au pas. Je ne changerais pas de place avec eux. Le vieux baroudeur voit défiler la troupe des scouts en uniforme et ne les envie pas.

vendredi 30 juin 2017

insoumission


Si je parle d’actualité, je répète ce qui se dit mille fois partout. Si je parle de l’inactualité, je risque de me répéter.  

La solution, s’il en existe une, est de parler de l’inactualité de l’actualité. Et là, on peut en parler tous les jours, de l’inactualité de l’actualité. Par exemple, tout le monde parle de cravate absente. Les adversaires des insoumis se moquent de ce geste d’insoumission. Ils ont tort. L’insoumission n’est telle que dans ses traces, dans son héritage. « Nous sommes ici par la volonté des gens, nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes » en est un exemple célèbre. En attendant le verdict des historiens, l’insoumission est d’abord un état d’esprit. Si les insoumis estiment que refuser de porter une cravate est l’équivalent moderne de « nous sommes ici par la volonté des gens », personne ne peut leur enlever ce droit. Ils sont insoumis parce qu’ils l’ont décidé. Ils pensent que le port d’une non-cravate est un acte d’insoumission, alors que le port d’une cravate est un acte de soumission. Il ne faut pas se moquer. C’est leur droit absolu. Ils sont insoumis parce qu’ils ont décidé d’être insoumis.

Je les comprends parce que moi aussi, je suis un insoumis, un rebelle. Ainsi, à l’époque lointaine où la cravate était obligatoire à l’université, j’arrivais au cours, dans les jurys, dans les séminaires, sans cravate et les chaussures non cirées. On disait de moi « ça ne m’étonne pas, c’est un insoumis ». Je portais aussi des cheveux longs. Après 1968, où le port de la non-cravate était obligatoire, où les cheveux devaient s’allonger parfois jusqu’aux épaules, j’ai coupé mes cheveux court, une coupe quasi militaire, et j’ai sorti mes cravates du placard et je vernissais mes chaussures. Tous les jours, je mettais une cravate. J’arrivais aux cours, dans les amphis, aux séminaires, avec une cravate, les cheveux courts et les chaussures cirées et on disait de moi, « ça ne m’étonne pas, c’est un insoumis ».

Personne ne se moquait. Personne ne persiflait. Personne ne raillait « tu parles d’une insoumission ». J’étais insoumis parce que je l’avais décidé. J’étais insoumis dans ma tête.

Sur un point je me permettrai une remarque, une nuance, une critique peut-être : c’est le caractère sexiste de l’insoumission cravatière. Si être insoumis, c’est porter une non-cravate, comme les femmes peuvent-elle manifester leur insoumission ?


vendredi 23 juin 2017

mélenchon gremetz


Jean-Luc Mélenchon est célèbre pour ses coups de sang. Maxime Gremetz aussi. Dirigeant communiste, candidat dissident contre son parti. Il bouscule un gendarme avec sa voiture, interrompt les débats à l’assemblée nationale, bref, un personnage haut en couleurs. Comme on dit.

Je l’ai connu quand je contribuais à l’hebdo communiste France nouvelle. Il était chargé de mettre dans l’ordre dans une rédaction rebelle.  Un lundi matin, il arrive et ouvre ainsi  la réunion du comité de rédaction: « Aujourd’hui, nous allons frapper un grand coup. Nous allons publier une interview de moi ».

Ne disons pas que les insoumis n’ont pas d’ancêtres. Les communistes leur ont légué l’arrogance et la suffisance des légataires d’un monde en ruine. Ne disons pas que les communistes n’ont pas d’héritiers. Ils ont légué le pire : la fièvre de l’impuissance politique.

 

sinistre Badiou


Différences



Alain Badiou (le monde, 23 juin 17) : les mots « totalitaire » ou « crimes » à propos du communisme « n’ont pas d’autre visée ni d’autre usage que de liquider l’hypothèse communiste et d’installer un sinistre consensus autour du capitalisme mondialisé ».

Pour Alain Badiou, les crimes du communisme n’étaient le résultat que d’une « lutte entre deux voies stratégiques dans les états socialistes ». L’une des voies, c’était la police et l’armée, l’autre voie la mobilisation de la jeunesse et des ouvriers sans précédent dans l’histoire.

Qui oserait écrire que « les mots « totalitaire »  ou « crimes » à propos du nazisme n’ont pas d’autre visée ni d’autre usage que de liquider l’hypothèse fasciste et d’installer un sinistre consensus autour de la démocratie ?

Personne.

Qui oserait écrire que les crimes du communisme étaient le résultat d’une mobilisation de la jeunesse et des ouvriers sans précédent dans l’histoire ?

Alain Badiou.

mercredi 21 juin 2017

n'oublions pas


Je crois avoir compris que François Bayrou, président d’un Modem en difficulté financière, a utilisé des assistants du parlement européen pour faire tourner la machine. Je crois avoir compris que Richard Ferrand a parfois confondu, en tant que président d’une mutuelle, l’intérêt général et l’intérêt personnel. Qui parfois d’ailleurs se confondent vraiment, c’est ça la difficulté. En tout cas, ça n’a pas traîné. Les ministres Modem ne sont plus ministres et Richard Ferrand non plus. Ils sont toujours maire, député,  président de groupe parlementaire. Donc, on peut caboter le long de rives incertaines et conserver d’éminentes fonctions politiques sauf celles de ministres.

On peut dire que l’alliance d’En Marche avec le Modem a permis l’élection d’Emmanuel Macron. On peut dire qu’heureusement, les affaires ont éclaté après l’élection, sinon, on était parti pour une séquence fillonesque. On aurait pu avoir François Fillon à l’Élysée et Laurent Wauquier à l’intérieur, Eric Ciotti à la justice et Nadine Morano à la culture.

N’oublions pas tout ça, sinon, on va se perdre dans les détails qui nous rendront moroses.

lundi 19 juin 2017

le feu dans la plaine


Entendu François Ruffin annoncer ses projets d’élus. Dès qu’une étincelle s’allumera quelque part, il ira souffler pour que tout la plaine prenne feu. Il l’a dit.

Aux dernières nouvelles, il est quelque part au Portugal.