mardi 11 juillet 2017

dedans dehors


J’entends des voix insoumises regretter l’homogénéité des élus LRM. Effectivement,  ça nous change. Sous François Hollande, les insoumis faisaient partie de la majorité et n’ont pas cessé pendant cinq ans de saper et de dévaloriser l’action gouvernementale. Ils se nommaient frondeurs.

Aujourd’hui, les frondeurs sont dans l’opposition et font leur travail d’opposants. Ainsi, les choses sont claires. Le gouvernement gouverne et l’opposition s’oppose.

les blanchisseurs bredouilles


La délégation des blanchisseurs de terreur a été reçue à Paris par des sous-directeurs de sous-cabinets et revient à Paris sans avoir rien obtenu. Il est vrai que dans les ministères, on se demande encore ce qu’ils demandaient. La fin du conflit ? Quel conflit ? Des privilèges particuliers pour les terroristes ? Curieuses demandes dans le monde d’aujourd’hui.

Pour compenser ce triste retour et masquer les mains vides, le Lehendakari Jean-René Etchegaray est allé, le lendemain, mardi 11 juillet, porter son salut à quatre grévistes de la faim à Saint-Pierre d’Irube. Qui demandent le rapprochement des prisonniers basques, l’amnistie, la libération…

Puis-je demander respectueusement au Lehendakari du Pays Basque français et à ses amis blanchisseurs de rendre visite aux tombes des victimes de l’ETA ? Ils n’ont pas eu le temps d’aller manifester contre leurs assassins, mais il n’est pas trop tard pour rendre hommage à leurs victimes.

en même temps


Sur la révolution, je suis capable de radoter jusqu’au petit matin. L’homme est un loup pour l’homme. Sans loi, sans état, sans règles,  nous vivrions dans une situation de guerre civile permanente. D’une part. D’autre part, les états et les règles qui évitent le chaos servent l’intérêt des puissants. Les puissants sont ceux qui possèdent. La révolution dépossède les puissants, donne le pouvoir à ceux qui ne possèdent rien que leurs capacités individuelles et le nouvel état dépérira pour laisser à la place à une collectivité d’individus qui n’auront que le bonheur des autres en tête, comme condition du bonheur individuel. Racontée ainsi, comment voulez-vous que les têtes ne tournent pas quand la révolution vous prend dans ses bras ?

      Mettre le feu ou crever les pneus des 4x4 est nettement plus excitant que de demander aux pouvoir publics une dérivation qui va diminuer le nombre de tués dans la ville, car il faut monter des dossiers, discuter à la préfecture et à la mairie, faire signer des pétitions, vaincre les craintes des commerçants qui vont perdre leur clientèle automobile, ça prend du temps, c’est fastidieux, épuisant. Pendant tout ce temps passé en réunions, les copains et les copines organisent des soirées dansantes où ils se bourrent la gueule, puis s’envoient en l’air dans les meules de foin qui sentent l’herbe tendre.
                   Mais pourquoi ne pas tout concilier ? Incendier une maison, taguer la vitrine d’une banque, crever les pneus des 4x4 en sortant d’une soirée entre copains, après s’être bourré la gueule et envoyé en l’air dans les meules de foin fraîchement coupé. Dans la journée qui précède cette soirée avec les potes, négocier la déviation avec le représentant de la préfecture,  avec la mairie, avec un club automobile qui défend le droit sacré de tuer, aussi sacré qu’aux états-Unis le droit de disposer d’une arme à feu. Pourquoi le même bonhomme, costume trois pièces quand il soudoie, dockers et souliers vernis quand il festoie, shorts et tennis quand il baisoit, ne passerait pas ainsi de l’efficacité administrative paisible à la frénésie de l’éclatement alcoolisé et musical, culminant dans le souffle d’un pneu qui rend l’âme. Selon l’heure du jour, selon l’humeur, selon le goût, le même individu serait réformiste, festayre ou révolutionnaire.

dimanche 9 juillet 2017

sans carte


Voici la situation. Vous avez toute votre vie été militant encarté. Une cotisation, une carte. Vous avez pris une carte PC, puis PS, puis rien. Vous avez perdu la carte PC, puis la carte PS et le nouveau mouvement qui vous accueille (la République en marche, LRM) ne demande pas de cotisation et ne donne pas de carte. Juste une inscription sur la toile, qu’un hacker russe peut effacer d’un clic et là je ne suis plus rien.

J’ai inutilement versé une cotisation au LRM puisqu’ils ne donnent pas de carte. Non seulement ils ne donnent pas de carte, mais ils vous donnent le droit d’avoir une carte dans un autre parti. Au PS, la double appartenance est impossible. La polygamie politique est interdite. Je leur disais pourtant que je voulais soutenir un autre mouvement qui n’était pas un parti, puisqu’il n’y avait ni carte ni cotisation. Ils m’ont dit que non. Que c’était comme avoir une maîtresse, une liaison clandestine, une relation adultère qui ne réclame pas de cotisation, ne donne pas de carte, mais dans certains pays, on risque la peine de mort tellement c’est interdit. Donc, en adhérant à LRM, je perds la carte PS et je n’ai pas d’autre carte. Je suis sans carte.

C’est une situation étrange. Quand vous êtes membres d’un parti, vous savez que pouvez en être exclu, on peut vous retirer votre carte. C’est un grand confort. Tant que nous disposons de notre carte, vous savez que vous avez respecté les règles. Mais si vous appartenez  à un mouvement qui ne donne pas de carte, comment peut-il me priver de ce que je n’ai pas ?


samedi 8 juillet 2017

colère du soir


Colère du matin chagrin, colère du soir espoir.

Samedi 8 juillet 16 heures, je lis dans sud-ouest et mediabask qu’une délégation du Pays Basque qui comprend des élus (le président de la communauté Jean-René Etchegarray, le maire de Biarritz, Michel Veunac, Max Brisson, vice-président du département, Vincent Bru, député Modem, Florence Lasserre-David, députée Modem, Frédérique Espagnac, sénatrice socialiste, Gabi Mouesca, ancien prisonnier, Jean Lassalle, plus des représentants de Sortu, d’EH Bai, en tout 23 personnes vont à Paris. Ils demandent la fin de la dispersion, la libération des prisonniers malades, la fin d’un « régime carcéral politique ». Régler la question des détenus basques, c’est la suite logique des choses, dit Max Brisson. Parce que les choses traînent, « c’est trop long pour ceux qui souffrent ». Ceux qui souffrent, pour Max Brisson, ne sont pas les familles qui pleurent leurs disparus assassinés par l’ETA. Non ceux qui souffrent sont les assassins.

Toutes ces personnes déclarent agir pour la fin du conflit au Pays Basque, pour les prisonniers basques qui subissent un « régime carcéral politique ». On ne dit plus « prisonnier politique », parce que quand même, les prisonniers basques ne sont pas enfermés pour avoir distribué des tracts ou exprimé une opinion, mais « un régime carcéral politique ». L’entrepreneur qui a été kidnappé par l’ETA et torturé pendant trois jours dans un souterrain pour refus de payer « l’impôt révolutionnaire » aurait aimé un tel « régime carcéral politique ». Mais pour lui, nos amis basques ne vont pas manifester. Ils auraient pu le faire à l’époque, mais il est mort, c’est trop tard. On peut juste manifester pour le rapprochement de sa dépouille.

Nos blanchisseurs agissent pour la fin du conflit ? Je ne savais pas que le conflit durait. Les rues semblent tranquilles. Pour les prisonniers ? Alors, je le dis lentement, simplement, mais avec fermeté, ce sont des menteurs, des hypocrites, des manipulateurs, et au mieux, des manipulés, des idiots utiles pour EH bai qui peine à organiser ce genre de manifestation dans le Pays Basque espagnol.

Qu’est-ce qui me permet d’utiliser des termes aussi durs ? Tout simple : au début juillet de cette année, les quelques trois cents prisonniers ont eu à se prononcer sur un document politique. Par une majorité de 80%, ils ont accepté ce qui était fermement condamné jusqu’ici : l’acceptation des démarches individuelles pour obtenir la libération. Ce qu’a déjà fait Aurore Martin. Elle a demandé pardon aux victimes de l’ETA et s’est engagée à ne plus recourir à la lutte armée. Aurore Martin est libre mais aucun des blanchisseurs de terreur ne lui a envoyé de félicitations parce que sa démarche était condamnée par les  patriotes basques. Maintenant, les prisonniers la reprennent à leur compte. À 80%.  Si les blanchisseurs veulent solder les comptes, qu’ils encouragent les prisonniers qui demandent pardon, qui s’engagement à ne plus recourir à la lutte armée, qu’ils félicitent ceux qui s’engagent dans un tel processus de libération respectueux des victimes.

Aller à Paris sans dire un mot de ce changement majeur parmi les prisonniers, qui a fait les gros titres de toute la presse espagnole, c’est encourager le refus pathétique des 20% qui ne veulent pas demander pardon et ne veulent pas refuser le recours à la lutte armée.

Relisez la liste de cette délégation « du Pays Basque ». Cherchez leur nom parmi ceux du Pays Basque français qui sont allés manifester à Vittoria, à San Sebastian, à Bilbao, contre les assassinats de conseillers municipaux, de policiers, de journalistes, d’entrepreneurs.

J’ai cherché et je n’ai pas trouvé.












jeudi 6 juillet 2017

le vrai et le faux


 Le vrai et le faux.



L’eau de mer est imbuvable. Vous la filtrez pour en éliminer le sel, elle devient de l’eau qui est tout à fait consommable. Boit-on alors de l’eau douce ou de l’eau mer sans sel ? L’eau de mer sans sel est-elle encore de l’eau de mer ? L’eau douce est un immense mensonge.



La forêt que vous aimez est entretenue par des gardes forestiers, elle a de larges sentiers ombragés qui permettent des heures de promenade et des randonnées cyclistes, des pique-niques, de la mousse pour s’allonger, des clairières pour danser des rondes. C’est une fausse forêt. Que préférez-vous, une vraie forêt ou une fausse ? En quoi une forêt avec des chemins entretenus est-elle plus fausse qu’une forêt vierge ?



Le nationalisme doux est un nationalisme dont a filtré la poudre et les balles. Est-il moins vrai que le nationalisme guerrier ?

silence


Mgr Aillet, le jour de l’enterrement de Simone Veil : « Je prie pour Simone Veil, car "l'avortement n'est pas un moindre mal, c'est le mal absolu, le meurtre d'une vie innocente" (Pape François).



Quand les collègues de Mgr Aillet, évêques ou curés irlandais, abusaient d’une jeune femme et qu’elle était enfermée avec son bébé dans des prisons esclavagistes, les Magdalena sisters, parce que Mgr Aillet ou ses ancêtres ne voulaient pas qu’elle avorte, Mgr Aillet ou ses ancêtres ne trouvaient rien à redire.



Ses positions sont connues. L’avortement, c’est la shoah, c’est Daech, c’est le génocide. Ce qui me stupéfie, c'est le silence résigné des catholiques de son diocèse de Bayonne devant de telles monstruosités.



Vous ne pouvez rien faire ? Mais si vous pouvez. Vous pouvez envoyer une lettre collective à la famille Veil pour lui demander pardon pour Mgr Aillet. Vous pouvez manifester devant la cathédrale de Bayonne avec une banderole « Pas en notre nom ». Vous pouvez lancer une pétition. Vous pouvez lancer l’idée d’une grève de la messe dimanche prochain. Il y a tant de choses à faire.



La seule position insupportable, c’est le silence résigné.

mercredi 5 juillet 2017

en vérité je vous le dis


J’ai beau commencer mes discours par « en vérité, je vous le dis », je ne provoque pas la même adhésion que les apôtres, que les prophètes, que Jésus Christ, qui pouvait raconter de belles histoires et les faire accepter par des fidèles uniquement parce qu’il commençait par la même phrase : « en vérité, je vous le dis ». J’ai essayé. Je monte sur un fauteuil de square ou un banc public, je figure un haut-parleur en entourant ma bouche ouverte de mes deux mains écartées et je crie « en vérité, je vous le dis, n’écoutez pas les faux prophètes, ne suivez pas les avant-gardes incendiaires ». Deux ou trois personnes s’arrêtent, sourient, s’attardent, repartent, je vois dans leur regard sans méchanceté un rejet total de mon message. On me connaît, un peu. Les gens  à qui je m’adresse savent que j’ai appartenu à un monstrueux système d’asservissement et de massacre des peuples et que j’ai soutenu ce système. Si je me suis trompé à ce point, si souvent, si mal, si obstinément, si aveuglement, si longtemps, pourquoi pourrait-on aujourd’hui me faire confiance ? Ils ont entièrement raison de se méfier. Beaucoup me supplient, ou m’ordonnent, de me taire. De me faire oublier. Comme Lord Jim. Un officier de marine qui abandonne un bateau en détresse a beau expliquer devant les juges les circonstances de son crime. Personne ne l’écoute. Il s’enfuit, prend un pseudonyme, dès qu’on le reconnaît, il s’enfuit encore, s’enfonce dans la jungle. Disparaît. Voilà un exemple exemplaire. Tu t’es trompé, au moins pendant trente ans. Disparais. Cache-toi. Bon. Mais rappelez-vous la règle de la tabagie. Si vous avez fumé pendant trente ans, il faut trente ans pour retrouver des poumons propres. J’ai fumé du communisme de 1945 à 1975. J’ai arrêté en 1975, plus trente, ça nous mène à 2010. Depuis 2010, je peux dire que j’ai le cerveau décrassé. Je peux recommencer à penser, et les gens peuvent recommencer à m’écouter.


mardi 4 juillet 2017

tout arrive


juillet 2017. Par une forte majorité (80%), les prisonniers basques acceptent ce qu’ils avaient jusqu’ici refusé : des démarches individuelles pour obtenir la libération. La demande de pardon, les l’engagement à ne plus recourir à la lutte armée… ce qu’avait fait Aurore Martin et qui avait été fort critiqué par les prisonniers à l’époque. Une petite minorité affirme qu’il s’agit d’une reddition qu’elle ne saurait soutenir.

Les abertzale du Pays Basque nord, ainsi que leurs accompagnateurs de droite et de gauche ne jugent pas utile de soutenir cette démarche qui pourtant aide à la libération des prisonniers de manière beaucoup plus efficace que les rondes autour des caches d’armes.

         Après avoir adopté une position difficile qui interroge leur combat et leur engagement, le collectif des prisonniers a annoncé qu’il soutenait à la prochaine manifestation des « faiseurs de paix » du 9 décembre prochain. Après des décisions difficiles et parfois dramatiques, la manifestation des faiseurs de paix sera une récréation bienvenue.












samedi 1 juillet 2017

Sarabande

        Sarabande

      Suivez moi, suivez moi bien, tenez ma main, accrochez-vous à la corde sinon vous allez perdre le fil. C'est pourtant simple mais il faut s'accrocher. Je suis  actuellement  mis en examen (donc pas coupable) pour avoir refusé de suivre la dérive identitaire des élus socialistes du pays Basque.  J'ai à nouveau été exclu du PS pour avoir appelé  Macron plutôt que Hamon aux élections présidentielles. Hamon était dans l'opposition fondeuse quand les socialiste étaient au pouvoir et moi je fus exclu pour avoir soutenu le gouvernement qui était le mien. Ensuite, j'ai mené campagne pour En Marche et je me retrouve avec un député Modem dont le chef de file vient d'être exclu du gouvernement Macron. Comme j'ai protesté contre cette candidature, je suis classé, au sein du mouvement "en marche", comme dissident. La section socialiste dont je risque d'être exclu à voté une résolution demandant aux élus socialistes du radeau de la Méduse de refuser de voter la confiance au gouvernement que je soutiens. Je suis exclu à nouveau parce que je vote la confiance.  Puis samedi 1 juillet Benoît Hamon, qui a provoqué l'une de mes exclusions annonce qu'il quitte le PS. Donc j'ai été ou je risque d'être exclu pour ne pas avoir soutenu un exclu de lui même.

      Je défie quiconque de trouver dans l'histoire politique récente des périodes d"une telle intensité et d'une telle complexité. Quand j'étais membre du PCF, si un adhérent critiquait la direction ou l'Union soviétique il était exclu, je levais la main, exclu, c'était simple. Quand vint mon tour de critiquer la direction et l'URSS, je fus exclu. Simple, clair, compréhensible par un élève de CM1.  Tu es communiste,? Oui? Puis, non, j'ai été exclu. Aujourd'hui, quand on me demande mon identité politique, il me faut trois heures pour répondre: exclu du PS, dissident de La République en Marche, réintégré dans le PS depuis que mes exclueurs ont quitté le PS, et déclaré non dissident depuis que Bayrou a été exclu du gouvernement. Ce siècle à 17 ans. Je suis né trop tard dans un monde trop jeune.

     Je regarde le groupe des frondeurs qui sont sûrs, qui ont le regard droit de mes certitudes d'antan. Ils ont remplacé les cravates par des robes de bure. Ils marchent au pas. Je ne changerais pas de place avec eux. Le vieux baroudeur voit défiler la troupe des scouts en uniforme et ne les envie pas.