jeudi 30 mars 2017

sélection des meilleurs


Seuleune explication globale peut transformer des colères, des émeutes, des révoltes, en mouvement social. En Europe, ces explications globales portaient deux noms : le nationalisme et le socialisme. Le nationalisme disait : tu es exploité et misérable parce que ton pays n’est pas libre. La libération donnera le pouvoir au peuple. Le socialisme disait : tu es exploité et misérable parce que le capitalisme t’enferme dans ton destin. La suppression du capitalisme te donnera dignité. Les intellectuels organiques mettaient en musique les colères et les frustrations. Chansons, poèmes, littérature, loisirs. Ces mouvements portaient l’espoir : ils agissaient comme de puissants levier de promotion, ils étaient les grandes écoles de ceux qui étaient éliminés par les Grandes Écoles.

Ces grandes écoles du peuple ont disparu. Ne restent plus comme ascenseurs que les voies classiques : la réussite scolaire, le sport, les activités artistiques, l’armée. Les mouvements sociaux étant asséchés, il reste des individus. Travaille bien à l’école si tu veux réussir. Sinon, tu auras des emplois sans perspective. Des voies individuelles. Le petit commerce, légal ou illégal, des voies où ceux qui les empruntent se heurtent précisément à la concurrence des sans état, des sans-papiers, des nouveaux immigrés. 

Des hommes politiques exploitent les rancœurs, dessinent les boucs émissaires de ces assignations, sonnent le tocsin des églises abandonnées, ressortent les blouses grises qui s’inclinaient devant le châtelain. Ces ressorts cassés peuvent encore agir parce qu’ils réveillent les blessures quotidiennes, les concurrences âpres que se livrent les plus modestes dans les queues des services sociaux, des agences pour l’emploi, dans les salles d’attente des hôpitaux ou des médecins dans les quartiers populaires, dans les cohues des transports en commun.

Les solutions offertes agissent généralement par le bas : réfection des logements sociaux, écoles maternelles et premières classes du primaire. Solutions pas inutiles pour éviter les assignations sociales ou géographiques. Mais il manque l’essentiel.

L’essentiel, à mon avis, est ce qui se passe en haut. En haut, les grands, ceux qui gagnent beaucoup d’argent, qui occupent les postes prestigieux sont généralement recrutés très jeunes en étant nés au bon endroit, dans la bonne famille. En exagérant à peine, on peut repérer les futurs dirigeants politiques et économiques dans les écoles maternelles des bons quartiers. Dans les familles où l’échec n’existe pas. Un chemin se ferme, un autre s’ouvrira. Il n’y a pas de relégation à vie. C’est un milieu où règnent les passerelles, les réseaux, les rattrapages, les formations permanentes réellement formations et réellement permanentes. Pour la masse des autres, le premier échec décide de  l’avenir, pas de rattrapage. D’où cette course éperdue vers les bonnes filières, les bons établissements, les cours privés, les voyages linguistiques. Tout cela a été décrit mille fois, avec rigueur et avec talent.

Tout le monde s’en rend compte. En regardant la liste des dirigeants, des élites diverses, on voit bien que malgré de brillantes exceptions, tout le monde sort du même moule. Députés, ministres, hauts fonctionnaires, les origines sont les mêmes. Classes préparatoires, Grandes écoles, ENA. Quand apparaît un facteur, un métallo, une employée de banque, c’est un événement.

Les responsables politiques et les dirigeants économiques se sont rendu compte que la discrimination à l’égard des femmes ne pouvait plus durer. D’abord sous les coups de boutoir du mouvement féministe. Désormais, la parité est un objectif, des lois se mettent en place, des sanctions sont prises contre les discriminations. La situation n’est pas encore bonne, mais des progrès réels ont été accomplis, des progrès qui se voient sur les estrades, dans les sièges des assemblées, dans les photos de conseil d’administration ou de conseil des ministres.

En revanche, les discriminations sociales sont largement acceptées. Un menuisier, une infirmière, un soudeur, n’ont pas leur place dans les sphères du pouvoir. Leur présence requiert une politique volontariste, un observatoire des promotions sociales, dans les partis, les assemblées, les conseils d’administration. Des instituts de formation permanente pour les militants salariés. Des bourses qui leur permettent d’accéder à des formations de haut niveau.

Ce n’est pas la révolution, ce n’est pas le grand soir. Mais il n’est pas interdit de penser que l’accession de salariés au personnel politique pourrait diminuer la rupture entre les élites et « le peuple ».

Deuxièmement : Que les formateurs, les enseignants, les cadres, tous ceux qui sont chargés de la sélection des meilleurs par la promotion de tous (Paul Langevin) soient du personnel de qualité, reconnus et payés. Actuellement, les profs les mieux payés enseignent dans les préparatoires aux GE. Les filières les plus discriminatoires. Quand Benoît Hamon critique les propositions d’autonomie de EM (les meilleurs iront pour les meilleurs), il n’oublie qu’un détail : c’est déjà le cas.

mardi 28 mars 2017

qui aime le pays basque?


Qui aime le Pays Basque ?



Hier, il y avait ceux qui aimaient le Pays Basque tellement fort qu’ils allaient planter des rats crevés à la porte d’un universitaire historien de la littérature basque. Ceux qui aimaient le Pays Basque tellement fort qu’ils assassinaient une mère de famille qui demandait que cesse la terreur, après avoir couvert les murs de messages de haine dénonçant cette héroïne des temps modernes comme traître à la cause, vendue, repentie, renégate, apostat. Ils aimaient le Pays Basque tellement fort qu’ils en chassaient les chanteurs les plus connus, qu’ils saccageaient les ateliers de sculpteurs, qu’ils obligeaient les journalistes et les hommes politiques à se promener dans les belles rues de leur beau pays avec des gardes du corps.

Ils aimaient le Pays Basque tellement fort qu’ils l’ont saccagé pendant plus d’une génération, qu’ils en ont sali les paysages, militarisé sa jeunesse, enseigné la haine et folklorisé la culture.

Aujourd’hui, il y a ceux qui aiment le Pays Basque tellement fort qu’ils considèrent les assassins comme des héros, qu’ils veulent blanchir la terreur, amnistier les criminels et danser l’ezpatadantza sur les dépôts d’armes.

Il y a ceux qui aiment le Pays Basque tellement fort qu’ils veulent l’enfermer dans un bunker administratif, dans une bureaucratie linguistique, dans un bouillon de communes où viendront s’ébrouer des bascophones certifiés pour traduire les notes de service.

Il y a ceux qui aiment le Pays Basque tellement fort qu’ils veulent transformer la majorité de ceux qui l’habitent en étrangers. Ils crient « on est chez nous », « si vous n’êtes pas d’accord, vous n’avez qu’à partir », « nos ancêtres les Basques », ils crient « préférence nationale ».  



Et puis il y a vous et moi, qui sommes assez forts, assez nombreux, assez déterminés, pour protéger le Pays Basque des marchands d’identité.

Mais justement, nous sommes assez nombreux, nous sommes assez forts, mais sommes-nous assez déterminés ?

le silence est brisé


Le silence est brisé.



Lundi 27 mars maison des associations, une réunion autour de Rafaela Romero qui présente le point de vue du Parti socialiste d’Euskadi sur le processus de paix et le désarmement de l’ETA.

     Vingt-cinq personnes dont six membres de la section socialiste de Biarritz. Vingt-cinq personnes dont quatre conseillers municipaux de la ville de Biarritz, Alain Robert, Jeanine Blanco, Guy Lafite et Brigitte Pradier. Le journaliste de France Bleu Pays Basque était présent tout au long de la réunion, il a interviewé Rafaelo Romero et l’organisateur de la réunion, votre serviteur.

     Enfin le silence est brisé. Cette réunion n’est pas une réunion « contre » les faiseurs de paix. C’est une réunion pour entendre d’autres voix. Pour entendre des inquiétudes devant des initiatives qui font preuve littéralement d’une désarmante naïveté.

     Pour Rafaelo Romero, il fallait bien entendu qu’à un moment ou un autre du processus, les armes soient remises aux autorités françaises et espagnoles. Et surtout, le plus important, que le point de vue des victimes, de toutes les victimes, de l’ETA comme celles du GAL soit entendu et fasse partie intégrante du processus de paix.

     Enfin, dans le Pays Basque français, dans la ville de Biarritz, le mot « processus de paix » n’est plus univoque, les faiseurs de paix ne sont plus monochromes.

     Cette réunion est un début. Désormais, le lien est tissé. Dans les prochaines semaines, le même groupe de ‘Biarritz Citoyens’  a prévu d’inviter des associations de victimes et d’organiser un « bus pour la paix » dont les passagers iront discuter à Vittoria avec des interlocuteurs dont la voix n’a jamais franchi les Pyrénées.


dimanche 26 mars 2017

pavane pour une organisation défunte






Le soutien aux « faiseurs de paix » s’effrite. À la réunion du forum qui organise le 8 avril une pavane pour une organisation défunte, pour s’emparer d’armes qui rouillent dans un grenier, à part le maire de Bayonne et le maire de Biarritz, très peu d’élus. Max Brisson, absent, Frédérique Espagnac, absente. Colette Capdevielle était au stade de France à un match de rugby. Sylviane Alaux était présente, mais n’a rien dit avec éloquence.

Le Parti socialiste d’Euskadi et le Parti populaire demandent à l’ETA de rendre les armes à la police et de se dissoudre.

Nos élus de la République commencent à se rendre compte que l’opération du 8 avril est une manière de blanchir les etarras de leurs crimes et ils se détournent de l’opération. Tant mieux.




vendredi 24 mars 2017

hystérie des frontières


Pierre Grosser, sur les frontières européennes (le monde 24 mars 17)

S’agit-il de donner la parole aux peuples ? Faut-il faire voter les diasporas ? Les voix des frontaliers qui ont souvent de la famille ou du travail de l’autre côté de la frontière compteront-elles autant de celles des militants nationalistes ? … Faut-il se préoccuper des envahisseurs venus du Nord ? Ou du Sud ? Que faire de la minorité ? …Si ce sont des sécessionnistes en puissance ou de mauvais patriotes, ne faudrait-il pas les déchoir de leur nationalité et les expulser ? …

Ce n’est pas parce que l’idéologie sans-frontière se porte mal aujourd’hui qu’il faut faire revenir le curseur vers le mythe des identités monolithiques et uniques, et surtout vers l’hystérie des frontières qui a prétendu faire la grandeur des États mais a souvent fait le malheur des hommes.



Pierre Grosser parle notamment de l’Ukraine et de la Crimée. Mais il n’est pas interdit de lire le texte en relation avec l’hystérie des frontières qui s’est emparé du Pays Basque.


jeudi 23 mars 2017

dictionnaire des idées reçues du nationalisme basque


Dictionnaire des idées reçues du nationalisme basque



prisonnier politique : une personne qui a tué pour des raisons politiques et pas pour son enrichissement personnel. Exemples : le tueur de Londres ou l’etarra d’Hipercor.



Un prisonnier politique est toujours innocent, puisqu’il a tué pour une cause.

Prisonnier : dénoncer son arrestation, demander le rapprochement de sa famille, demander l’amnistie pour raisons de santé, demander sa libération.

Victimes : témoins gênants à qui on demande se taire ou de s’éloigner.

deux numéros


Voici deux numéros de téléphone que les « faiseurs de paix » pourraient utilement communiquer à leur interlocuteurs de l’ETA :

1. Le 17 (police) pour communiquer les lieux où subsistent  des caches d’armes.


2. Le 01 40 41 46 46 l‘AFP) pour déclarer que l’ETA se dissout, qu’elle n’existe plus et que quiconque parle désormais en son nom est un mythomane.

boulevard


Rémi Lefebvre, libé 22 mars 2017. Les primaires ont révélé des orientations politiques. À gauche, on a intériorisé la défaite et choisi la tribune plutôt que le gouvernement. À droite, l’alternance n’était pas un projet, mais une revanche. D’où ce Boulevard pour Macron.

mardi 21 mars 2017

HM


Benoît Hamon a les larmes aux yeux en faisant l’éloge funèbre d’un ancien de la banque Rothschild condamné pour malversations financières.

Il invective un ancien de la banque Rothschild qui n’a jamais été condamné.  

Les sentiments ça ne se commande pas.

lundi 20 mars 2017

après le débat




Tout le monde pense que c’est un débat pour rien. Je ne suis pas d’accord. Il a révélé les choix qui s’ouvrent à nous.

Si vous pensez que la situation est révolutionnaire, qu’il faut renverser la table, qu’il vaut mieux une insoumission rebelle qu’une réforme durable, si vous avez frondé pendant les cinq ans du gouvernement Hollande, si vous avez manifesté contre la loi El Khomri,  alors le débat d’hier soir a tranché : il vaut mieux voter Mélenchon que Hamon. Comme héritier de l’impuissance du PCF de Marchais, Mélenchon s’impose sans conteste.

Si vous pensez que la solution à tous vos problèmes est la fermeture des frontières, si vous avez la nostalgie du clocher de votre village, des blouses grises qui s’inclinaient devant le châtelain, si vous êtes orphelin du récit national et de viens poupoule viens, alors le débat d’hier soi a tranché, il vaut mieux voter Marine Le Pen que François Fillon. Comme héritière des heures les plus sombres de notre histoire, de la France de la peur et de la haine, elle s’impose évidemment.

Un seul candidat a été capable de dire qu’il était parfois d’accord avec Fillon sur tel aspect, avec Hamon sur tel autre, avec Mélenchon sur un autre point. Cette manière de combler les tranchées, de rassembler ce qui peut l’être, c’est sa marque de fabrique. C’est évidemment plus compliqué à entendre, puisqu’il écarte les solutions simples et les slogans vides. Mais c’est bien une autre manière de faire de la politique. J’ai apprécié les hésitations d’Emmanuel Macron, son absence de ton péremptoire, ses colères contre les simplifications frontistes.

À dire vrai, j’avais décidé de voter pour Macron avant le débat, donc ceux qui pensent que le débat n’a rien changé n’ont peut-être pas tout à fait tort.