jeudi 7 août 2014

nouvelles

ma réponse à la tribune de Brauman, Hessel, Morin et Debray est publiée aujourd'hui dans Le Monde.fr

Mon article  sur la goutte d'or, zone de sécurité prioritaire, paraît dans la revue esprit, août-septembre.

call the police

Au mois d’août à Biarritz, les places de stationnement sont rares et chères. Les katkats tournent dans les petites rues du quartier Bibi. En revenant des courses, rue Vauréal, Brigitte repère une place, s’avance et voit une jeune fille qui agite l’index de droite  à gauche. Nous ne nous démontons pas, nous avons l’habitude. Il est interdit de privatiser un espace public, et quoi encore. Nous disons à cette jeune fille, qui de toute manière était en infraction car elle se promenait en maillot de bains, ce qui est interdit en ville, nous lui disons qu’il est interdit de privatiser l’espace public. Elle dit non, je garde cet espace pour mon ami. Je descends de voiture, calmement. Je guide Brigitte et lui dis sans crier, d’avancer. La jeune fille me pousse, je titube. Elle m’a poussé. Je crie elle m’a poussé ! Je prends mon téléphone, je tape le 17 et je crie au commissariat qu’une jeune fille m’a poussé rue Vauréal. La jeune fille s’enfuit. Je dis au standard, laissez tomber, elle est partie, les dégâts sont minimes, tu parles, dans l’état où je suis, quand on me bouscule, la douleur se situe entre six et huit. Je n’ai porté plainte, elle aurait pu prendre six mois ferme, bousculer un vieillard malade. Je dis clairement, à haute voix, à qui veut m’entendre, qu’en vingt-cinq ans de vie à la Goutte d'Or, jamais personne ne m’a bousculé. Le plus proche d’une agression physique fut un lancer de banane, dans le dos, par un consommateur de drogue à qui j’avais poliment demandé de jeter son emballage de subutex dans la poubelle. Il a fallu que je vienne à Biarritz pour qu’une jeune fille me bouscule, que je téléphone à police secours.

mardi 5 août 2014

conflit local, conflit mondial

Dans leur tribune du Monde, Rony Brauman, Régis Debray, Christiane Hessel et Edgar Morin sont convainus « qu’une certaine idée de la France se joue à Gaza ». Rony Brauman et Christiane Hessel sont tous connus pour avoir choisi leur camp dans le conflit israélo-palestinien. Régis Debray et Edgar Morin apportent la caution d’esprits plus modérés.
Les signataires acceptent que d’autres conflits sont plus meurtriers dans le monde arabe. Mais la particularité du conflit israélo-palestinien est « qu’il concerne et touche à l’identité des millions d’Arabes et de musulmans, des millions de chrétiens et d’Occidentaux, des millions de Juifs dispersés dans le monde ». Ce conflit n’est pas local, il est de portée mondiale et de ce fait a « déjà suscité ses métastases dans le monde musulman, le monde juif, le monde occidental ». Il a réveillé les xénophobies et les racismes, a répandu la haine dans tous les continents.
Il ne suffit plus « d’appels pieux », ni de « renvois dos à dos ». Parce qu’il y a des colonisés et des colonisateurs avec une « terrible disproportion de forces ». Il faut sévir, suspendre l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne.
Les choses sont ainsi dites clairement. Le monde est parcouru de conflits beaucoup plus meurtriers, mais sur lesquels les signataires ne peuvent pas grand-chose. Alors que devant ce conflit, ils retrouvent les vieux réflexes, les vieux clivages qui nous manquent tant depuis la chute du mur de Berlin. Afrique du Sud, Vietnam, Chili, Cuba, étaient tous des conflits de « portée mondiale », ils suscitaient tous des « métastases » dans le monde entier. Les conflits interarabes, internes à l’Afrique ne sont pas des « conflits mondiaux ». On n’y peut rien. Alors que là, on retrouve le colonialisme, l’impérialisme, l’internationalisme prolétarien, les dénonciations des complicités entre puissances coloniales.
L’inscription du conflit israélo-palestinien comme conflit de « portée mondiale » lui assure une prolongation indéfinie. Il faut au contraire refuser les métastases, refuser l’exportation de ce conflit comme et les haines mondiales. Voici qui serait une contribution utile de nos faiseurs d’opinion. Le conflit israélo-palestinien n’est pas mondial, c’est un conflit local. Dans un petit territoire, des populations face à face depuis 70 ans portent au pouvoir leurs représentants les plus réactionnaires, les plus bellicistes. Ceux qui refusent les négociations, les compromis, parce que la paix les rejeterait dans les limbes. En contribuant à donner à ce conflit une dimension mondiale, on conforte ces extrêmes. Les Palestiniens deviennent le symbole de tous les colonisés du monde, les Israéliens sont à l’avant-garde de la défense du monde occidental menacé par l’islamisme radical. Dans ce face à face, seuls les chefs de guerre ont droit à la parole. Leurs alliés soufflent sur les braises.

Maurice Goldring

dimanche 3 août 2014

adresses

On ne vit dans la Goutte d'Or que parce qu’on y est obligé. On ne survit à la Goutte d'Or que si on devient militant de la mixité sociale, de prévention contre la politique sécuritaire, de l’accueil généreux contre la xénophobie, de la solidarité contre le repli égoïste. Mais il est possible de militer pour tout ça sans habiter la Goutte d'Or. Bien sûr. Mais en habitant la Goutte d'Or, on peut dire qu’on est au front, que le combat n’est pas un combat abstrait, intellectuel, sans chair. Je peux dire, fièrement, en me levant pour une intervention coutumière au conseil de quartier, à la section du PS, j’habite la Goutte d'Or. Quand je défends la politique du gouvernement socialiste, on ne peut pas m’accuser de pas m’occuper des classes populaires, puisque j’habite un quartier populaire et que je milite dans les associations de ce quartier populaire. Si je quitte le quartier, je sais que je ne vais plus pouvoir me lever en donnant mon adresse, et que mes opinions droitières vont provoquer des réponses sarcastiques avec en sous-texte la connaissance de mon adresse où je passe de plus en plus de temps, la ville de Biarritz, avec ses plages, ses hôtels de luxe, ses boutiques Hermès et comment peux-tu connaître quelque chose des classes populaires en habitant si près du Palais de la reine Eugénie, de l’hôtel Radisson, de la côte des basques ? Je répondrais bande d’imbéciles, si les adresses vous importent, recherchez donc les adresses de tous vos amis qui se préoccupent des classes populaires, qui les défendent dans d’ardents discours et vous serez surpris de leur concentration dans des quartiers pas trop populaires. Je rejoins aujourd’hui cette cohorte, je vais défendre les classes populaires en habitant Biarritz et je vous emmerde.

samedi 2 août 2014

le choix impossible

Rien à faire : il faut prendre parti. Ou s’exiler. Si vous êtes en Palestine ou en Israël, ne pas prendre parti, c’est trahir, être un espion. Ne pas pleurer aux enterrements, pire encore que déserter.

Mais déjà le conflit s’internationalise dans les consciences au point où ne pas prendre parti, c’est quasiment s’exclure du genre humain. Ne pas choisir, c’est s’exiler.Y-a-t-il des lieux sur terre où il est possible de ne pas choisir sans s’exclure de l’humanité ?

Ce lieu, en tout cas, n’est pas la France. Ni les États-Unis, ni la Grande-Bretagne, ni la Goutte d'Or ni le Pays basque. Pour les amis des Palestiniens ou pour ceux qui en général sont indignés par le massacre de population civile, ne pas choisir, c’est accepter le massacre, donc s’exclure d’une humanité civilisée, s’inclure dans les bourreaux, les bandits de l’histoire, les criminels de guerre. Même l’ONU déclare que des écoles ont été visées, délibérément. Alors, qu’en penses-tu ? J’en pense que des écoles ont été visées délibérément. Si j’ajoute que même l’ONU déclare que le Hamas a caché des armes dans les écoles, les foudres se déclenchent. Donc tu acceptes le massacre ? Les crimes de guerre ?

Pour les amis d’Israël, ne pas reconnaître le droit d’Israël à se défendre contre les rockets, regretter les frappes contre les écoles, c’est accepter la disparition du pays, s’inclure dans les génocidaires.


Comme je ne peux pas m’exiler, je me retire dans mon petit bureau, je ne réponds plus au téléphone, je ne regarde plus la télé, je n’écoute plus les infos, je débranche internet, je ne regarde plus que l’heure sur mon smartphone, je ne commente plus rien sur facebook. Face à mon écran, je continue de dire que tant que les Palestiniens accepteront que de leur territoire se tirent des rockets sur Israël, que sur leur territoire des responsables politiques diront qu’il faut éliminer ‘l’entité sioniste », ils contribueront à mettre au pouvoir en Israël des jusqu’auboutistes et des bellicistes. Je continuerai à dire que tant que les Israéliens accepteront implantation après implantation de refuser le droit à un État palestinien. Qu’ils refuseront de faire la différence entre modérés et fous de dieu, ils contribueront à porter au pouvoir des chefs dont l’unique objectif est la poursuite de la guerre qui les a portés au pouvoir. Mais je dis tout ça dans le silence de mon petit bureau, volets fermés, lumières éteintes, masque noir sur les yeux, bouchons dans les oreilles. 

mercredi 30 juillet 2014

Les enragés aiment les symboles qui tuent

Les enragés enragent de voir la propagande pro-israélienne envahir les médias, reprises par les bien-pensants. Ils enragent quand ils voient des intellectuels ou des journalistes pointer les endroits du monde où les massacres d’Arabes sont beaucoup plus importants qu’à Gaza sans provoquer d’indignation majeure. Ils répondent à cette propagande que l’indignation devant les massacres à Gaza n’est pas une question de nombre, mais une question de symbole. A Gaza, disent les enragés, on retrouve le conflit entre colonisés et colonisateurs. Ailleurs, les guerres civiles ou ethniques ou religieuses sont trop compliquées pour leur rage d’enragés. Alors qu’à Gaza, on retrouve le Vietnam, l’apartheid, la guerre d’Algérie. Ils retrouvent disent les enragés, le « symbole ».

Enfin.

Pour que leur rage s’exerce, ils ont besoin de symboles. Quand Mandela et de Klerk se serrent la main et évitent de plonger leur pays commun dans la guerre civile, il y a du respect, de la réflexion, mais pas de rage, pas de morts, pas de massacres, pas d’enterrements. Pas de symbole. Les enragés rongent leur frein.

Quand Michel Rocard réussit à obtenir un accord en Nouvelle-Calédonie et que Kanaks et Caldoches se serrent la main, il y a du respect, de la réflexion, mais pas de rage, pas de morts pas de massacres, pas d’enterrements. Pas de symbole. Les enragés rongent leur frein.

Quand David Trimble et John Hume inventent un mode de gouvernement qui permet  d’arrêter la guerre civile en Irlande du Nord, cette guerre sans fin qui ravissaient les enragés, avec son cortège de massacres et d’enterrements. Quand les massacres et les enterrements cessent, les enragés rongent leur frein.

Les enragés aiment les symboles, les entrailles fumantes, le sang qui coule, l’univers sonore où alternent les pleurs des mères et les chants de guerre.

S’ils n’aimaient pas tant les symboles fumant et ensanglantés, ils enverraient des délégations à Gaza pour demander au Hamas de cesser les activités terroristes, de reconnaitre le droit à l’existence de l’État d’Israël. Ils soutiendraient en Israël le mouvement pour la paix et la justice, pour la reconnaissance du droit des Palestiniens à un État. Ils contribueraient peut-être à l’émergence d’un Mandela en Palestine et d’un de Klerk en Israël, tous ces hommes politiques qui jusqu’ici ont été assassinés ou mis en minorité. Au lieu de pratiquer dans les rues de Paris une guerre symbolique sans danger.

Mais alors, s’il n’y avait plus d’entrailles fumantes, de sang qui coule dans les rues, de mères pleurant aux enterrements, les enragés recommenceraient à ronger leur frein.


dimanche 27 juillet 2014

à quoi sert de bouger si tout est partout le même?

A quoi ça sert de bouger si tout est partout le même ?


Samedi 19 juillet, une manifestation Boulevard Barbès témoigne d’une solidarité à l’égard des Palestiniens en lançant des pierres contre les forces de police, en mettant le feu à des caillebotis, en brisant la vitre de la pharmacie Myrha, en saccageant les distributeursde banques. La police a réagi en lançant des gaz lacrymogènes qui flottent dans les rues et dans mon jardin.

  Dimanche 20 juillet, je dîne dans le 11ème, chez mon fils, ma belle-fille, mes petites-filles et je raconte l’événement. Lucie, ma petite-fille aînée, part le lendemain à Biarritz pour les fêtes de Bayonne.

Le soir, nous dînons tranquillement sur la terrasse de Brigitte avec sa fille, ses deux petits-fils et le compagnon de sa fille, Richard. Vers vingt heures, Lucie sonne et vient nous dire bonjour. Elle nous raconte que mardi soir, 22 juillet, la veille de l’ouverture des Fêtes de Bayonne, elle revenait de la Grande Plage vers trois heures du matin quand elle a été prise dans une course poursuite et qu’elle a reçu dans les yeux un jet de gaz lacrymogène lancé par des policiers. Le lieu était l’esplanade du Casino, face à la grande plage. Que faisait-elle à trois heures du matin sur l’esplanade du Casino, demandez-lui vous-même.

En résumé, à Paris, il y avait la famille et le gaz lacrymogène. A Biarritz, il y a la famille et le gaz lacrymogène.

Mais ce n’est pas tout. Eric Lejoindre, le maire du 18ème, dans une très bonne défense du quartier de la Goutte d'Or revient sur les événements, et donne une indication : les jeunes de son quartier n’ont pas participé aux exactions. Parmi les personnes arrêtées, ils sont une petite minorité. Quand je me rends au commissariat de Biarritz pour demander des éclaircissements, on me répond qu’il y avait quelques jeunes avinés qui ont été pris dans des embrouilles et que la police a dû utiliser des pistolets lacrymogènes. Rien de bien grave. Et puis me dit la policière, ce n’était pas des gens d’ici, vous comprenez. Je lui dis, ma petite fille n’était pas non plus d’ici. Non, dit la policière, ce n’est pas pareil. Vous comprenez.

A Biarritz comme à la Goutte d'Or, s’il y a des embrouilles, elles ne sont pas dues aux gens du quartier, mais à des gens « qui ne sont pas d’ici ».
Si tout le monde restait chez soi, il n’y aurait plus d’embrouilles. Les gens du quartier sont tous des citoyens paisibles et respectueux de la loi. Dès que les gens voyagent, les ennuis commencent. D’ailleurs, qui sont les incarnations suprêmes de la délinquance ? Les gens du voyage.

          


samedi 26 juillet 2014

la Palestine n'est pas l'Irlande du Nord

La guerre froide garantissait à la vie politique une grande tranquillité. On était d’un camp ou de l’autre. Contre l’impérialisme ou pour la liberté des peuples. Contre la guerre du Vietnam. Contre l’apartheid. Contre les armes biologiques de la guerre de Corée. Quelques conflits mineurs ébranlèrent des convictions, comme l’intervention soviétique en Hongrie, puis en Tchécoslovaquie, mais dans l’ensemble, il était possible de manifester l’esprit clair et le pied léger.

Avec l’empire soviétique s’écroulèrent le mur de Berlin et les cloisons de nos certitudes. Depuis cette période, les amoureux de couleurs vives errent dans le monde à la recherche de barricades dont Aragon disait avec gourmandise qu’elles n’ont que deux côtés. Dans les années 1980, le conflit d’Irlande du Nord joua ce rôle. D’un côté un peuple catholique colonisé et maintenu dans la servitude, des colons protestants disposant du pouvoir politique et économique soutenus par l’armée et la police britanniques pour réprimer les révoltes indigènes. Il y eut bien sûr quelques attentats qui firent froncer les sourcils, mais dans l’ensemble, le tableau était faux, mais clair. Les manifestations de solidarité pour les prisonniers républicains secouèrent les rues de Paris avec ardeur et quelques ambassades britanniques durent être protégées.

Et par-dessus tout, pour la durée et l’intensité, le conflit israélo-palestinien. On ne se privait pas de réunir dans le panthéon des rebelles Gerry Adams et Arafat.

Il y a malgré tout de sacrés différences, du point de vue de notre politique intérieure. Les manifestants solidaires des catholiques irlandais ne brûlaient pas l’Union Jack, ne se sont jamais dirigés vers un temple protestant, n’ont jamais caillassé les locaux du British Council, ne s’attaquaient pas aux touristes qui portaient sur leur poitrine « Oxford University », ne demandaient pas le boycott des Marks and Spencers et ne hurlaient pas que la Saint-Barthélémy n’en avait pas assez massacrés.








                                  


mercredi 23 juillet 2014

bonne et mauvaise nouvelle

Samedi 13 juillet. J’ai écrit que le quartier en dehors de la manifestation Boulevard Barbès était resté calme.  Un ami musulman me détrompe. A la hauteur de mon immeuble, un jeune homme se promenait rue Polonceau en kippa. Il a été violemment pris à partie par un groupe de jeunes manifestants et aurait subi de graves blessures si les voisins n’étaient pas intervenus, des musulmans qui attendaient la fin du Ramadan, des tailleurs africains.

Mauvaise nouvelle : des musulmans attaquent un jeune juif religieux.


Bonne nouvelle : des musulmans protègent un jeune juif religieux.

Proust et Cabourg

Proust et Cabourg.

     Balbec est le nom que Proust donnait à Cabourg. Il avait ses habitudes au Grand Hotel. La ville utilise la réputation de l’écrivain  au-delà du raisonnable. La promenade se nomme légitimement Marcel Proust. On peut comprendre que le Grand Hôtel offre une chambre chère dite « chambre de Marcel Proust » décorée au style du temps. On peut admettre que chaque chambre soit décorée d’un portrait de l’écrivain. Dans les rues qui convergent vers le Grand Hôtel,  des panneaux fixés au sol impriment des citations de La recherche généralement tiré de l’ombre des jeunes filles en fleurs. L’arrivée à l’hôtel, les domestiques qui viennent prendre les bagages, les voiles au lointain. Le Baron Charlus, Sodome et Gomorrhe, et l’affaire Dreyfus n’ont pas place dans les citations. Une station balnéaire ne doit choquer personne.


Aucune pâtisserie ne peut éviter de servir des madeleines qui sont toutes de Proust. Je n’ai pas trouvé dans les menus des restaurants « à la recherche du pain perdu ».