On
ne vit dans la Goutte d'Or que parce qu’on y est obligé. On ne survit à la Goutte
d'Or que si on devient militant de la mixité sociale, de prévention contre la politique
sécuritaire, de l’accueil généreux contre la xénophobie, de la solidarité
contre le repli égoïste. Mais il est possible de militer pour tout ça sans
habiter la Goutte d'Or. Bien sûr. Mais en habitant la Goutte d'Or, on peut dire
qu’on est au front, que le combat n’est pas un combat abstrait, intellectuel,
sans chair. Je peux dire, fièrement, en me levant pour une intervention
coutumière au conseil de quartier, à la section du PS, j’habite la Goutte d'Or.
Quand je défends la politique du gouvernement socialiste, on ne peut pas m’accuser
de pas m’occuper des classes populaires, puisque j’habite un quartier populaire
et que je milite dans les associations de ce quartier populaire. Si je quitte
le quartier, je sais que je ne vais plus pouvoir me lever en donnant mon
adresse, et que mes opinions droitières vont provoquer des réponses
sarcastiques avec en sous-texte la connaissance de mon adresse où je passe de plus
en plus de temps, la ville de Biarritz, avec ses plages, ses hôtels de luxe,
ses boutiques Hermès et comment peux-tu connaître quelque chose des classes
populaires en habitant si près du Palais de la reine Eugénie, de l’hôtel
Radisson, de la côte des basques ? Je répondrais bande d’imbéciles, si les
adresses vous importent, recherchez donc les adresses de tous vos amis qui se
préoccupent des classes populaires, qui les défendent dans d’ardents discours
et vous serez surpris de leur concentration dans des quartiers pas trop
populaires. Je rejoins aujourd’hui cette cohorte, je vais défendre les classes
populaires en habitant Biarritz et je vous emmerde.
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