lundi 29 avril 2019

content pas content


Après la conférence de presse

 

Pas content, pas content ? Pourtant un paquet de mesures contre la pauvreté. Les familles monoparentales et la pension versée désormais par les CAF. Les classes réduites à 24. Les minimums retraites à mille euros. S’ajoutant à la réindexations des plus basses retraites, la suppression de la taxe d’habitation. Plus les heures supplémentaires non imposées. Plus les cent euros par mois. Plus les centres « France service ».

Rien sur une contribution plus importante des plus fortunés à la solidarité nationale. Les allocations familiales continueront d’être perçues par les grandes fortunes au nom de la défense de la famille. La taxe d’habitation continuera d’être supprimée pour les grandes fortunes. D’une manière générale, autant sont détaillées, précisées, expliquées, les mesures pour les moins riches,  retraites, temps de travail, autant les mesures précises pour la solidarité des plus riches ne sont pas précisées ; Des niches ? Quelles niches ? Quand le FMI, l’OCDE, l’OMC, disent en chœur que le déséquilibre entre les plus riches et les moins riches pose un problème politique majeur, ce ne sont pas des révolutionnaires qui le disent. Pourquoi ces orientations n’apparaissent-elles pas ? Ou alors sous une forme bizarre, les premiers de cordée qui tirent toute la société vers le haut…Pourquoi ne pas dire un mot sur les efforts de son gouvernement pour taxer les Gaffas ? Parce que me semble-t-il, du point de vue des valeurs, de la grandeur, la France est beaucoup plus menacée par le cynisme et l’égoïsme des plus riches qui paient très cher ceux qui leur évitent de payer trop d’impôt que par le danger migratoire.

S’il faut protéger nos frontières, protégeons-les d’abord contre les évasions fiscales. Je n’ai pas été indigné par l’interpellation du Président Macron à un chercheur d’emploi : vous traversez la rue, plein d’entreprises vous attendent. J’aurais souhaité le même échange musclé avec des grandes fortunes qui évitent le fisc. « Pour payer vos impôts, vous traversez la rue, il y une perception qui vous attend 

            Pas content : Quand Emmanuel Macron parle des intégrismes et des communautarismes, pourquoi encore et toujours cibler les musulmans ? Il n’y a pas d’intégrisme chrétien ? Ou Juif ? Pas d’intégrisme non-religieux ? J’entends ces paroles et résonne le discours qui accorde la légion d’honneur à Michel Houellebecq. Il reçoit Philippe de Villiers à l’Elysée, confie le patrimoine à Stéphane Bern.

            Il m’apparaît que l’orientation économique, le virage pris depuis fin 2018, peut se défendre. Mais sur le fond d’une vision d’ensemble qui droitise les esprits.  Emmanuel Macron répond plus aux gilets jaunes qu’aux corps intermédiaires. Il conforte les colères sans réflexion politique plutôt que de construire une vision d’avenir. Les économistes qui ont aidé à mettre sur le pied le programme de La République en Marche ne sont pas écoutés.  Laurent Berger, Nicolas Hulot, Jean-Louis Borloo sont écartés de la scène politique. A leur place, des gilets jaunes analphabètes, incapables de s’organiser, acceptant les dérives et les pillages. Et dans le domaine des valeurs, Stéphane Bern, Philippe de Villiers, et Michel Houellebecq.

            Comme si l’électorat auquel j’appartiens était acquis, n’avait plus besoin de dialogue et de réflexion, et qu’il fallait disputer l’électorat populiste et droitier en étant un peu populiste et un peu droitier. Emmanuel Macron a décidé de ne plus me parler. Il est persuadé que mon vote lui est acquis. Pas si sûr.

 

dimanche 28 avril 2019

laïcité


Laïcité


Dans un état laïque, la religion relève du privé. La loi permet à tous et à chacun de croire ou de ne pas croire mais interdit que des croyances soient imposées dans la sphère publique. Prenons des exemples récents. Pour de nombreuses religions, le mariage est une institution sacrée qui ne peut pas être défaite. Les fidèles qui adhèrent à cette croyance jurent qu’ils resteront mariés jusqu’à la mort. C’est leur affaire et si des croyants divorcent, cette affaire reste du domaine du privé, elle regarde leur rapport à leur église et à leurs croyances. Dans un état laïque, les religieux ne peuvent pas empêcher des citoyens de divorcer au nom de croyances qu’ils ne partagent pas. Un autre exemple, l’avortement. Pour de nombreuses religions, interrompre une grossesse est un crime. Dans un état laïque, les religieux qui en sont persuadés ont le droit de ne pas interrompre leur grossesse, mais ils ne peuvent pas interdire l’avortement à des femmes qui ne partagent pas leurs croyances. Dans un état laïque, les médecins font partie d’un service public et ne peuvent pas refuser l’avortement à une femme qui en exprime la volonté. Si on accepte ce que certains appellent une « clause de conscience », on acceptera, pourquoi pas, que des enseignants refusent d’enseigner la théorie de l’évolution parce qu’elle est contraire aux textes bibliques. 


Attaché à la laïcité, je suis profondément dérangé par l’information selon laquelle le candidat LR, François-Xavier Bellamy, est opposé à l’avortement. Il est aussi opposé au mariage des homosexuels. Interrogé sur le sujet, il dit que c’est une opinion personnelle. Mais poussons un peu le bouchon. Il ne donne pas son avis sur la présence réelle du Christ ou à l’immaculée conception. On lui pose des questions sur des sujets qui ont fait débattre la société où nous vivons, et où des chrétiens voulaient imposer leurs croyances à d’autres citoyens. Voulaient interdire l’avortement, voulaient interdire aux homosexuels de se marier. Il ne répond pas, François-Xavier Bellamy, que l’avortement et le mariage sont des affaires privées, qu’ils doivent être accessibles à tous. Il dit qu’il est contre. Mais son avis personnel, franchement, on s’en bat les ovaires. La seule question qui m’intéresse est celle-ci : est-il pour un état laïque ou non ? Le reste n’a pas plus d’importance que l’existence d’anges gardiens ou l’immortalité de l’âme, points de dogme sur lesquels il ne donne aucun avis. 


Parce qu’en donnant son opinion publique sur une affaire religieuse, donc privée, se rend-il compte dans quelle rouage infernal il met les doigts ? S’il croit que le fœtus est un être vivant à partir de l’instant où spermatozoïde et ovule se joignent, il est possible d’accepter aussi la croyance selon laquelle chaque ovule, chaque spermatozoïde est dépositaire d’une vie sacrée et toutes les barrières qui entravent leur rencontre sont l’équivalent d’un crime. Chaque préservatif, chaque pilule anticonceptionnelle, est un instrument de mort. C’est pour cette raison qu’ils sont interdits par de nombreuses religions. C’est pour lutter contre de telles dérives que les unions homosexuelles sont interdites, car elles entraînent des génocides. Le pape François nous l’a confirmé : Ces terribles instruments de mort qui permettent une soi-disant liberté sexuelle sont la cause directe de la pédophilie dans les rangs du clergé. 


Xavier-François Bellamy est-il marié ? A-t-il des enfants ? A-t-il, pour limiter sa progéniture, utilisé des instruments de mort ? Ou bien s’est-il simplement abstenu ? Vous vous rendez bien compte que je ne lui poserais jamais des questions aussi intimes s’il n’avait pas commencé en donnant une opinion publique sur des comportements privés.

où sont nés tes parents?


Où ils sont nés vos parents ?

Fête du quartier Bibi, à Biarritz. On se connaît, on ne se connaît pas. Debout, un verre de rouge à la main gauche, une canne à la main droite, j’écoute, j’entends, je parle. Un jeune homme à un autre jeune homme : je ne suis pas d’ici, je suis d’Anglet. Tu es le bienvenu, lui répond l’autre. Moi : c’est pire, je suis parisien. Bienvenue me disent-ils tous les deux, et me serrent la main. Celle qui tient la canne.

Une conseillère municipale qui a des ambitions. Elle rencontre une dame qui se présente comme « basque » et lui demande où sont nés ses parents. Je suis là, j’écoute, j’entends, je parle. Parce que la conseillère, ce n’est pas la première fois qu’on lui pose la question. Elle va s’opposer dans les futures campagnes à d’autres candidats à qui on ne posera pas la question parce que leur nom, leur adresse, leur arbre généalogique, les enracinent dans la ville et dans le territoire. Comment répondre à cette question ? Elle habite Biarritz, mais ses parents ne sont pas nés à Biarritz. Son nom n’est pas basque. Que dit-elle répondre ?

Elle peut répondre gentiment : moi, je suis de Biarritz parce que j’ai choisi la ville. Ce n’est pas un hasard de naissance.

Elle peut répondre moins gentiment : « la dernière fois que j’ai entendu cette question, c’était Donald Trump qui la posait à Barak Obama.

Moi, je réponds rarement gentiment. La dernière fois qu’on m’a posé cette question, c’était Xavier Larramendy.  Un marcheur patriote. Je lui ai répondu que la dernière fois qu’on m’avait posé cette question, c’était en 1942, un fonctionnaire de Vichy. A l’époque, c’était une question qui tuait.

Quand on me pose la question « où es-tu né ? Où sont nés tes parents ? » Je réponds que la démocratie est un régime où la bêtise a le droit de poser des questions stupides. Elle me donne le droit de ne pas répondre.

Parfois, je  réponds que je suis basque parce que je l’ai décidé. Que la grandeur d’une culture se mesure à son acceptation des différentes origines. Ma compagne déclare, elle, qui est née là où nous parlons, sur une place qui porte son nom, dans un logement qui donne sur la place qui porte son nom, qu’elle n’est pas basque. Je lui dis alors, puisque nous vivons ensemble et que j’ai décidé d’être basque, qu’elle était basque par alliance.

Une seule bonne question, légitime, honorable : « où sont nés tes beaux-parents ? ». Parce qu’on ne choisit pas ses parents, alors qu’on choisit ses beaux-parents.

samedi 27 avril 2019

en même temps


En même temps

 

Je n’ai pas été indigné par l’interpellation du Président Macron à un chercheur d’emploi : vous traversez la rue, plein d’entreprises vous attendent. J’aurais souhaité le même échange musclé avec des grandes fortunes qui évitent le fisc. « Pour payer vos impôts, vous traversez la rue, il y une perception qui vous attend ».

attention à la descente


Attention à la descente

 

Il ne faut pas s’arrêter d’un seul coup. Pendant deux semaines, une manifestation complète. Les deux semaines qui suivent, une demi-manifestation. Ensuite, pendant trois semaines, un quart de manifestation. Ensuite, alterner : une semaine sans manif, une semaine avec un quart.

 

Mais surtout, surtout, ne vous arrêtez pas d’un seul coup !

jeudi 25 avril 2019

où est la guerre?


Héritage


Depuis 1998 et les accords du Vendredi Saint, la vie politique en Irlande du Nord a exclu de son fonctionnement les groupes armés, les attentats, les meurtres. Les paramilitaires républicaines (catholiques) et loyalistes (protestants) ont provoqué la mort de plus de trois mille personnes. Ils se sont dissous sans voir atteint leur objectif. .Les républicains se battaient pour une Irlande réunifiée et socialiste. L’Irlande est divisée et le marché domine l’économie. Les loyalistes voulaient chasser les catholiques du pouvoir en Irlande du Nord, l’Irlande du Nord est gouvernée par une alliance entre partis protestants et partis catholiques.

Des militants républicains dissidents refusent de reconnaitre ces accords de paix qui signent leur défaite militaire et politique. Ils veulent continuer à porter par les armes et la violence leur objectif : une Irlande réunifiée (nord et sud) et une Irlande socialiste. Ces républicains ont un parti : Saoradh ou Revolutionary Irish Republican Party et une armée : l’IRA maintenue ou dissidente. Ils sont peu nombreux, ne disposent pas d’appui politique. Ils jouent à la guerre avec de vraies armes et quand la police vient les désarmer, ils protestent et manifestent. Mais quand on dispose d’armes, parfois, le coup part et le coup tue. C’est ainsi que le 22 avril 2019, à Derry, une journaliste Lyra McKee a été tuée. Aussitôt se pose la question est-ce le début d’une nouvelle guerre ? 


Voici quelques réponses possibles à cette légitime question. La première : un groupe armé ne peut survivre que s’il dispose d’un appui politique d’une partie de la société civile. Le groupuscule Saoradh ne dispose pas d’un tel appui. Tous les partis politiques, tous les responsables de parti, toutes les églises, ont condamné. Des femmes ont déposé leurs mains recouvertes de peinture rouge sur la façade du local des dissidents. A l’église où Lyra McKee était enterrée, toute la société nord irlandaise, irlandaise, britannique, était représentée.

Deuxième réflexion : l’IRA dissidente à présente ses excuses à la famille de Lyra McKee. C’est une imposture. Quand un groupe tue une personne, les membres de ce groupe doivent dénoncer l’assassin. C’est ce que demandait Gerry Adams à ses amis républicains. Si vous voyez une arme circuler dans votre quartier, je vous demande de dénoncer ceux qui la portent à la police. Si Saoradh veut qu’on prenne au sérieux leurs excuses, il faut remettre le criminel à la police. Sinon, c’est ajouter de la tromperie à la souffrance. 


La question sur le danger d’une violence politique s’adresse ainsi à toute la société. Si les voyous de la politique veulent jouer aux cowboys, elle doit se rassembler, serrer les rangs et ne laisser aucun espace, aucun souffle, aucun mot, qui leur permettent d’exister.


En France, des grenouilles soumises croassent avec des hommes de terreur. En France, des secteurs entiers de la société ont permis que se poursuive l’activité de ceux qui ont provoqué dix morts sur les ronds-points, qui ont détruit et qui ont pillé. En France, aucun Gerry Adams ne demande aux gilets jaunes de mettre leurs voyous hors d’état de nuire. 


Ma conclusion : en l’état actuel, je suis plus inquiet pour la France que pour l’Irlande du Nord.

mercredi 24 avril 2019

le titanic


Pas la peine de faire semblant. Ça risque de mal se terminer. La légion d’honneur à Michel Houellebecq et la suppression de l’ENA ne vont pas me remonter le moral. Il faut relire L’étrange défaite de Marc Bloch. Comment en 1940 les différents corps des élites françaises se sont dissous dans la collaboration ou dans la lâcheté. Les juges condamnaient les communistes, puis les Juifs, puis les résistants ; les lois changeaient mais pas les magistrats.  Les médecins prirent la place d’autres médecins dans les hôpitaux. Les lycées et les universités se purgèrent juifs et des francs-maçons sans que les collègues lèvent le petit doigt. Dans les salles de cours, les professeurs licenciés par Vichy terminèrent leur dernier cours, vidèrent leur casier.  Les collègues évitaient leur regard. Même pas une poignée de mains. Les élèves, oui les élèves, sont venus en groupe leur dire au revoir et leur serrer la main. A la libération, l’ENA fut créée pour remplacer les élites défaillantes, le favoritisme, le recrutement par réseau. Son évolution a remplacé un népotisme par un autre. Mais il ne serait pas inutile de rappeler l’histoire de sa création. La supprimer sans rappeler son histoire, avec un ministre de l’éducation nationale qui fait l’éloge des classes préparatoires, c’est tout simplement reculer devant la bataille nécessaire pour la démocratisation du recrutement au plus haut niveau. Les progrès dans la parité homme femme se sont réalisés et continuent de se réaliser au prix d’une intense bataille politique.

Le recul devant les batailles politiques nécessaires est général. Localement, le PS se basquise, les insoumis rejoignent les séparatismes. Les patriotes enfilent le gilet jaune et les gilets jaunes agitent l’ikurina. Tout le temps et partout, surtout ne pas faire de vagues, ne pas dérange, ne pas exprimer d’opinion. La vie politique s’est tellement tendue qu’il devient difficile à tous les niveaux de parler politique. Trop dur. La République en Marche rase les murs.

            Nous étions six autour de la table  ex-cocos ou ex de gauche. Trois dont moi allaient voter REM (Renaissance) pour les élections européennes.  Deux autres étaient attirés par les écolos, une troisième par Place publique. Avons-nous le choix ? Il faudra bien voter utile contre la montée des populismes. Contre RN, contre LR, contre les identitaires. Sans enthousiasme. Reconnaissons qu'en Europe, la France est l'un des pays où le barrage contre le populisme résiste le mieux. Ou le moins mal. Sans expérience, sans histoire, sans même la volonté de faire de la politique, c.-à-d. d’'intervenir à chaud sur les événements. Avec des élus et des référents qui sont à pleurer d’incompétence. Etrange impression, déprimante impression, d’être sur le Titanic et de n’avoir que le Radeau de la Méduse comme bateau de sauvetage.

dimanche 21 avril 2019

flammes, flammes, flammes


Flammes, flammes, flammes.



Pour le moment, il y a des images. Personne, aucun compteur, n’a osé nous dire combien de millions de personnes ont regardé les flammes. Puis des commentateurs ont placé des paroles sur le monument en flammes et certains ont publié des tribunes. Déjà les premiers livres sont prêts, et Victor Hugo occupe la place en attendant des études sociologiques et ethnologiques qui prouveront que la France est coupée en quatre, en mille, en cent, que les banlieues de Seine-Saint-Denis  ont moins pleuré que les habitants de l’île Saint-Louis. Les flammes occupent le terrain. Si une pierre était tombée et avait tué trois pèlerins et blessé six moines, sans images, sans feu, l’information se serait éteinte. 


Acceptons l’inévitable, le mystère des émotions collectives. Ces moments si intenses que ceux qui ne les partagent pas se sentent coupables,  étrangers à la vie de la cité, et ceux qui les partagent font de leurs larmes une carte d’identité plus fiable que tous les documents administratifs.  Si vous êtes à l’extérieur du cercle, au point qu’il ne vous vient même pas à l’idée de recopier les chiffres d’une carte bancaire, vous vous sentez étranger comme Vichy ne vous a jamais autant exclu de la communauté nationale. En boucle, sur les écrans, dans les manchettes et les photos pleine page, des hommes et des femmes répètent que Notre Dame c’est la France et que la France c’est Notre Dame. Je croyais que c’est la Tour Eiffel avec sa pointe qui monte au ciel. Paris ne serait pas Paris sans elle. Les parents ne seraient pas des parents s’ils n’emmenaient pas les enfants sur la Tour Eiffel. Les grands-parents sont déchus de leur grande-parenté s’ils n’emmènent pas leurs petits-enfants grimper les marches. Je connais des parents et des grands-parents qui n’ont jamais emmené leurs enfants et petits-enfants visiter la cathédrale Notre Dame de Paris. Ils ont conservé leur statut. 

Un homme politique qui parle de l’incendie du 15 avril sans le menton qui tremble, sans le sanglot étouffé, sans les yeux qui brillent, renonce à toute carrière. Les femmes politiques, moins, parce qu’on leur reproche tellement de pleurer pour un oui pour un non qu’elles se retiennent. Je n’invente rien. Ce lundi 15 avril, les hommes politiques pleuraient,  La maire de Paris, Marine Le  Pen, Valérie Paicresse, n’ont pas pleuré. 


La différence ce sont les flammes. Depuis plusieurs semaines, une vingtaine de milliers de manifestants ont rendez-vous avec les caméras. Sans les palettes, les barricades, les voitures qui brûlent, les amateurs d’écrans auraient depuis longtemps viré vers d’autres émotions.

jeudi 18 avril 2019

rompre avec le passé


Pour rompre avec son passé, il faut rompre avec les objectifs de ce passé. On ne peut pas rompre avec le communisme si l’on conserve les objectifs du communisme. On ne peut pas rompre avec le terrorisme nationaliste si l’on conserve les objectifs du séparatisme.

Dans ma vie de communisme, deux grands piliers assuraient l’édifice. Le premier était l’annonce d’une société de bonheur et d’égalité par l’élimination de la bourgeoisie capitaliste. Le second était que cet objectif ne pouvait être atteint que par la détermination, le courage, le sacrifice, d’une avant-garde composée des meilleurs éléments de la classe ouvrière et d’une partie des couches intellectuelles qui acceptait de se mettre au service de la révolution. Pour éliminer la bourgeoisie capitaliste, il fallait une période dite de dictature du prolétariat qui déblaierait le terrain pour l’éclosion d’une nouvelle société.

Ces deux piliers étant  absorbés, le monde s’éclairait d’un avenir lumineux. Tous les matins, les militants se levaient d’un pied martial, chaque parole, chaque action, chaque manifestation, les rapprochaient du Grand Soir. Le monde se partageait en adversaires destinés à disparaître, dont la hargne à notre égard signait l’arrêt de mort. Des ouvriers  aussi, qui n’avaient pas encore acquis la science prolétarienne et trompés par les sociaux-démocrates,  croyaient qu’on pouvait aménager le capitalisme. Et puis les couches moyennes, commerçants, cadres, intellectuels, médecins, enseignants, qui s’intègreraient dans la nouvelle société à condition de reconnaître le rôle dirigeant de la classe ouvrière. A ceux qui émettaient des doutes sur cette nouvelle société, nous montrions les réalisations, les succès, des pays où la révolution communiste l’avait emporté. Les ouvriers étaient musclés, les paysannes roses de joue, les crèches se multipliaient et le métro de Moscou apportait le Louvre aux masses laborieuses. Bien sûr les partisans de l’ancien régime résistaient, et la police politique veillait au grain, emprisonnait, rééduquait. Elle était le bras armé de la dictature du prolétariat. Comme la révolution française, la révolution bolchevique ne pouvait éviter la case terreur.

Les partis qui revendiquent expressément cet héritage ont quasiment disparu de la scène politique. Mais il reste de fougueux partisans de cet objectif. On les reconnaît à leur description du système démocratique comme une dictature des puissants qu’il faut renverser par tous les moyens. Grace à eux, les anciens partisans de la dictature du prolétariat reprennent des couleurs, ressortent les vieilles lunes sur la dictature du capital qu’il faut remplacer par la dictature du peuple. Il leur manque l’équivalent du modèle soviétique, la Chine, Cuba et le Venezuela présentent moins d’attraits.

Au Pays Basque espagnol, la lutte armée a été balayée par la société civile et le débat fait rage sur le récit des années de terreur. Le Goulag d’ETA était-il justifié ? Le KGB basque était-il héroïque ? Les etarras étaient-ils une avant-garde léniniste ou des terroristes fascisants ? On discute. Au Pays Basque français qui n’a pas connu la même terreur, les objectifs séparatistes s’imposent dans la vie quotidienne avec la douceur de slogans qui n’ont pas été abîmés par le sang versé. Tous parlent du Pays Basque nord et du Pays Basque sud, les écoles suppriment la frontière entre France et Espagne, réunifient les sept provinces. Les partis séparatistes ont du mal à émerger tant leurs objectifs sont familiers à tous les autres partis. Entre EH Baï et les discours de Jean-René Etchegaray, l’écart se rétrécit et le séparatisme peine à se faire reconnaitre.

Pour rompre avec son passé, il faut rompre avec les objectifs de son passé. Au Pays Basque français, l’histoire se joue à l’envers. En adoptant les objectifs de la terreur, la classe politique recrée la légitimité des terroristes.

mardi 16 avril 2019

silence muet


Silence du mutique

Le référent de La République en Marche 64 qui nous a habitués à ne rien dire sur rien, nous envoie un courrier urgent : après l’incendie de Notre Dame de Paris, les marcheurs doivent suspendre leurs activités, ne pas parler, ne rien dire sur rien, rester silencieux.

Comment suspendre le silence ? Comment imposer le silence au silence ? Ne savons-nous pas que moins multiplié par moins égale plus ? Qu’imposer silence au silence signifie faire du bruit ?

Ça  n’a pas manqué. Alors que notre référent était mutique sur tout, il nous envoie un très long message rappelant tout ce que les marcheurs pourraient dire s’ils avaient la parole.