dimanche 30 avril 2017

j'écris ton nom


Sur les blouses grises des enfants blancs,

Sur les valses de Vienne au pas de l’oie,

Sur la négation des crimes du bourreau de Damas

Sur les sourires à l’officier du KGB au Kremlin,

Sur l’aide médicale refusée aux étrangers,

Sur le retrait des organisations européennes qui sauvent les migrants par dizaines de milliers en Méditerranée,  

Sur les cantines au goût de discrimination,

Sur la France de Vichy pardonnée,

Sur les déportés insultés,

Sur les ruinés du retrait de l’euro,

Sur la fin du collège unique,

Sur la haine des autres,

Sur les Français déchus,

Sur les livres et les films interdits



J’écris ton nom, abstention.

samedi 29 avril 2017

pense-bête


Fêtes de Bibi, fêtes de quartier. La plupart des participants viennent de la France entière, parfois de l’étranger, et il leur viendrait autant l’idée de fermer les frontières que de s’enfoncer un tesson de bouteille dans l’oreille.

Je porte mon badge : « Je vote Emmanuel Macron, et vous ? ». Des visages me sourient, des pouces se dressent. D’autres visages se ferment. Des festayres me disent pas question de voter Macron. Vous risquez de favoriser la châtelaine, je leur réponds. Ils n’entendent pas. Si elle passe, vous serez responsables. Non, disent-ils nous ne serons pas responsables. Les mots les irritent. Moi, je ne me mets pas en colère quand on m’accuse de soutenir un social libéral. Social et libéral, ça me va. Mais quand on les accuse de favoriser un extrémiste de droite, ils se mettent en colère.

Là où je me suis mis en colère, c’est quand une personne a regardé mon badge et a cru que je portais mon nom et mon adresse, comme en portent les enfants très jeunes ou les personnes très âgées qui parfois se perdent. Puis je me suis calmé. Ce badge est effectivement un pense-bête. Tous ceux qui se sentent un peu perdus retrouveront leurs repères dimanche prochain pour mettre un bulletin Macron.  

priorités


Chacun ses brûlures,  chacun ses cicatrices. Victime et complice. J’ai été victime du nazisme et du pétainisme pendant la guerre. J’ai été complice du stalinisme pendant la guerre froide. Quand je suis né, en 1933, j’ai obtenu la nationalité française grâce au droit du sol que veut supprimer la châtelaine. Puis j’ai accepté la répression, le goulag et le reste. Sur ces points, sur ces cicatrices mal refermées, je ne comprends pas qu’on puisse baguenauder. Quand je vois Bizi manifester le 1 mai contre la « haine » et contre « l’argent », je suis saisi d’une véritable angoisse sur cette légèreté devant l’horreur. La suppression du droit du sol leur fait moins peur que la réforme de la taxe d’habitation. Quand je constate que Mélenchon ne prend pas position pour le deuxième tour, mais qu’il a refusé de condamner Maduro au parlement européen, je suis à nouveau saisi d’une véritable angoisse devant ces palinodies devant l’essentiel. L’assassinat d’une vingtaine de manifestants lui fait moins peur que le maintien de la France dans une Europe réformée.

À chacun ses priorités.

vendredi 28 avril 2017

silence des insoumis


Daniel Junqua : On dirait que, tu as trouvé le paradis dans le système néo-libéral (ou capitaliste selon un autre point de vue) et on a beau te faire la liste de ses tares, tu n’en démords pas. Ton parcours de Mitterrand à Macron en passant par Hollande est tout à fait cohérent. C’est juste un glissement vers une adhésion de plus en plus forte à une idéologie dont tu ne vois que les aspects positifs.

Mon cher Daniel, je n’adhère pas « à une idéologie », j’adhère à un système (système capitaliste, état démocratique, état providence) dont je suis convaincu qu’il est le meilleur pour ceux que je défends prioritairement, les dominés, les discriminés, les salariés, les accidentés de la vie, les minorités. C’est dans ce système et pas un autre que les dépourvus de tout ont pu lutter et obtenir de meilleurs chances de vie dans tous les domaines. L’état providence, la sécurité sociale, les retraites, ont été obtenus dans ce système par des réformistes, contre les nantis, évidemment, mais aussi contre les révolutionnaires qui répugnaient à soutenir des réformes risquant de repousser la révolution à plus tard. La sécurité sociale est arrivée en retard en France par rapport aux pays où dominait le réformisme. Le féminisme a été longtemps considéré comme un mouvement bourgeois par les révolutionnaires et le résultat, c’est que la France est le pays où le droit de vote est arrivé avec cinquante ans de retard sur les pays où dominait le réformisme.

Je n’adhère pas à l’idéologie du capitalisme, je dis que c’est dans ce système que les plus pauvres ont le plus de chances de se battre et d’obtenir des résultats. D’ailleurs, lorsqu’ils votent avec leurs pieds, ils ne se précipitent pas vers les pays non capitalistes, ni vers Cuba, ni vers le Venezuela, ni vers la Corée du Nord, mais plutôt vers l’Europe et les États-Unis. Mais pour les révolutionnaires ça ne veut rien dire, les pauvres ne les intéressent que lorsqu’ils souffrent, pas quand ils s’en sortent.

En ce sens, oui, il y a une certaine logique dans mon itinéraire. J’ai défendu longtemps un système dit socialiste où les plus misérables étaient encore plus misérables, s’enfonçant dans l’injustice, la famine, quand ils n’étaient pas emprisonnés ou déportés. Je croyais défendre les plus pauvres, je les enfermais dans l’horreur. Après avoir rompu avec ce système, j’ai continué à militer dans la même logique contre les injustices, les inégalités, contre l’égoïsme des puissants et contre la suffisance non moins égoïstes de ceux qui utilisent les pauvres comme les dames patronnesses, pour confirmer leurs certitudes. Dans le quartier où j’ai longtemps habité, la Goutte d'Or, j’ai manifesté pour les sans–papiers. L’église Saint-Bernard était au bout de ma rue. Quand Lionel Jospin a régularisé leur situation, il y a eu une grande fête devant la même église, et bien, de tous les rebelles, les insoumis, gauchos, anarcho, extrêmes, aucun ne s’est déplacé. Ce qui les intéressait, c’était l’absence de papiers, pas les papiers obtenus. Des centaines de migrants ont parlé, dansé, expliqué, se sont réjouis, pendant toute la journée devant l’église Saint-Bernard. Le silence des rebelles devant cette victoire trouve un écho aujourd’hui dans le silence des insoumis devant la possible victoire des progressistes le 7 mai prochain.




le pire c'est le meilleur


Il est rafraîchissant de discuter avec des gens avec qui nous ne sommes pas d’accord. Chacun doit alors sortir de sa bulle.

Est-ce qu’il est possible de faire bouger les lignes ? Qu’est-ce qui a fait changer les points de vue des uns et des autres ? Je vous donne quelques exemples de ces séismes individuels.

Longtemps j’ai été militant stalinien, membre du PCF, orthodoxe. Qu’est-ce qui m’a fait évoluer ? Très précisément, parmi d’autres dizaines de raisons, la rupture du programme commun avec le PS en 1977. Rupture qui s’est poursuivi avec le « vote révolutionnaire » en 1981, quand la direction du PCF nous recommandait de voter Giscard plutôt que Mitterrand.

Depuis je suis devenu social-démocrate et j’ai toujours voté Mitterrand plutôt que Giscard, ou les équivalents. Quand on a ainsi évolué, on s’étonne que tant d’autres ne nous aient pas suivi. On s’étonne de la persistance du vote révolutionnaire. Ainsi, à la section du PS de Biarritz, avant le premier tour, des membres de la section souhaitaient la victoire du FN parce qu’ainsi, dans la résistance au fascisme, la gauche pourrait se reconstituer.

Et aujourd’hui encore, le nombre d’électeurs de Mélenchon qui ne veulent pas franchir le pas, mettre un bulletin Macron le 7 mai prochain. Est-ce qu’ils pensent la même chose, que la France doit subir le pouvoir de l’extrême-droite pour que se reconstruise un véritable front de rébellion ?

C’est la question principale. Tous les amis qui participent à ce cercle ne sont pas des soutiens du FN. Ils en connaissent le programme et les dangers. Mais certains veulent s’abstenir et donner ainsi plus de poids à Marine Le Pen. Pas parce qu’ils ne connaissent pas le programme du FN, parce qu’ils pensent que Macron va mener une politique qui va démobiliser les masses populaires, prolonger les illusions sur le régime capitaliste, et ils préfèrent Marine qui ouvrira les yeux aux masses populaires plus que Macron. C’est cet argument qu’il faut combattre. L’argument communiste, maoïste, castriste de tous les pays du monde : plus ça va mal et mieux ça va. Plus c’est la catastrophe, plus la révolution est proche.

Tous les matins du monde naissent  de nouvelles générations de ceux qui jouent ainsi avec le feu. J’ai passé l’âge.


jeudi 27 avril 2017

discrimination


Marine Le Pen veut interdire l’abattage rituel Hallal (pour les moutons) et kasher (pour les poulets). Il n’y aura plus que l’agneau pascal qui pourra être égorgé.

Les agneaux vont voter Macron car ils exigent les mêmes protections que les moutons et les poulets.

mercredi 26 avril 2017

sous Bonaparte perçait Mélenchon


Quoi d’étonnant ? Mélenchon aime le peuple quand il pense comme lui. Mais s’il se distingue, alors Mélenchon n’aime plus le peuple. Fidel Castro, son idole,  n’organisait pas beaucoup d’élections. Et quant à Maduro, il en organise beaucoup, mais quand le résultat ne lui plaît pas, il les annule. Mélenchon est en fait candidat à la présidence du Vénézuela.

mardi 25 avril 2017

personne n'est content sauf moi


Personne n’est content, sauf moi



Le PS n’est pas content parce que son candidat a sombré. LR n’est pas content parce que son candidat est éliminé du second tour. Mélenchon n’est pas content parce qu’il n’est pas présent au second tour. Le FN n’est pas content parce qu’il a perdu la première place. Les gens qui ont voté Macron ne sont pas contents parce qu’il a fait la fête dimanche soir au lieu de distribuer des tracts.

Moi, je suis content. D’abord parce que mon candidat est arrivé en tête du premier tour. Si Mélenchon était passé devant Le Pen, comment qu’il aurait claironné qu’il était le seul à pouvoir contenir la vague FN. Si Fillon était passé devant Le Pen, comment qu’il aurait mugi que lui seul pouvait contenir le FN. Seul Emmanuel Macron n’a pas contenu la vague FN en passant devant.

Je suis content parce que le PS qui a choisi de soutenir les frondeurs s’est écroulé et qu’il faut réfléchir maintenant à une autre voie. La gauche radicale découvre un clown triste derrière le tribun. La partie la plus réactionnaire de la droite a perdu une bataille qui semblait gagnée.

En résumé, s’ouvre la voie d’une recomposition du paysage politique. Une gauche réformiste et progressiste qui va se couper  enfin des socialistes qui regrettent d’avoir gouverné hier, avant-hier et ne veulent pas gouverner demain. Les frondeurs vont rejoindre les insoumis, les exaspérés, les dégoûtés du cambouis, les emprunteurs d’impasse. À droite, les réformateurs sont se séparer des conservateurs, des identitaires, et reconstruire une tradition de la droite réformatrice et populaire. Le terrain est libéré pour que se constitue une alliance distinguant progrès et régression, solidarité et égoïsme haineux, ouverture au monde et recroquevillement, nationalisme et patriotisme, culture du monde et danse du canard.

C’est pourquoi dimanche soir j’étais dans une brasserie à Bayonne pour boire avec les artisans de ce premier succès.






lundi 24 avril 2017

on vote ou on manifeste?

Je manifeste ou je vote

Alzheimer est un drame pour un individu et une catastrophe pour la politique. Je me rappelle le 21 avril 2002. Par centaines de milliers, beaucoup qui n’avaient pas voté au premier tour manifestent contre le FN. Trop tard.

Rappelez-vous. Les abstentionnistes avaient porté Chirac au pouvoir. Le 7 mai prochain, vous croyez que le danger est écarté ?

Vous avez le choix : voter le 7 mai ou manifester le 8 mai pour protester contre le FN. Trop tard.
Mélenchon et compagnie préparent la manifestation du 8 mai. Je préfère voter le 7 mai. quitte à me priver de manif le lendemain.

il n'a pas d'avis


Mélenchon n’a pas d’avis.

Il attend l’avis de ses quatre cent mille insoumis.

Sans attendre ses quatre cent mille insoumis, il a un avis sur la Syrie, mais pas sur le soutien à Macron.

Il a un avis sur le régime castriste, mais pas sur le soutien à Macron.

Il a un avis sur Maduro, mais pas sur le soutien à Macron.

En somme, Mélenchon a un avis sur tout, sauf sur le soutien à Macron.