Personne ne dit d’un bébé qu’il a
zéro an, alors qu’il faut attendre un an pour qu’il ait un an. Si on nous
donnait à la naissance l’âge de notre mort, on commencerait par 92, par
exemple, puis 91, puis moins un jusqu’à la fin, et à l’enterrement, on aurait zéro
an. Je trouve que ce serait plus logique.
après avoir donné de mauvais exemples, voici venir l'âge des bons conseils.
vendredi 1 novembre 2013
mercredi 30 octobre 2013
Gaby Mouesca
Dites-moi
si j’ai bien compris l’entretien de Gaby Mouesca paru dans La
Semaine du Pays
basque le 11 octobre 2013.
Madrid
et Paris ne veulent pas la paix au Pays basque. On dirait qu’ils veulent
maintenir une situation de violence, en criminalisant les militants abertzale.
Entre droite et gauche, entre Sarkozy et Hollande, « il n’y a pas l’ombre
d’un changement ». L’espérance est morte.
Face
à ce raidissement, l’ETA a renoncé à la lutte armée et « mise uniquement
sur l’utilisation des armes de la démocratie ». Le lecteur peine à suivre
la logique. Mais il ne va pas bouder la bonne nouvelle, qui est de soumettre
les objectifs nationalistes au vote. Comme au Quebec, comme en Écosse. Il n’est jamais trop tôt, mais il n’est
jamais trop tard.
Cette
renonciation est un « pari dingue ». Pas une renonciation de
principe. Un « pari dingue ». Ça va marcher. Pourquoi? Parce qu’il y a une « petite
lumière ». Parce que le Pays basque est « le peuple le plus ancien
d’Europe », parce que la langue basque est toujours là. Cette lumière qui
scintille, c’est quelque chose qui est dans l’ADN de la nation basque. Cette
lumière qui scintille aujourd’hui et permet ce « pari dingue », si
seulement elle avait pu scintiller trente ans plus tôt, elle aurait évité des
centaines de morts et de prisonniers.
Et
maintenant ? Pour les municipales, Gaby Mouesca n’a aucun conseil à
donner. Les électeurs «n’ont pas de leçon à recevoir de ma part ». Ils
peuvent voter comme ils veulent. UMP ou Front national. Tout sauf socialiste.
Pour
le Parti communiste allemand, dans les années 1930, l’ennemi principal était la
social-démocratie. Pas ceux qui revendiquaient un ADN scintillant pour leur
peuple.
mardi 29 octobre 2013
insécurité
Habitant de la Goutte d'Or, militant
socialiste à CGO, je me permets d’intervenir dans la discussion récurrente sur la
saleté et l’insécurité dans les stations de métro Lamarck et Marcadet
Poissonniers, sur la présence des usagers de drogue qui mettent en danger
« la santé de milliers de gens ». Une situation qui « dans
certaines stations de l’ouest parisien ne serait pas tolérée par la RATP plus de vingt-quatre
heures ». Rue des Portes Blanches, les citoyens vivent « dans les
excréments et la prostitution ». La population porte des masques pour ne
pas vomir et ne pas chopper des maladies diverses telles la tuberculose.
« Les habitants de la résidence sont prêts à voter FN ».
Quand un
quartier sombre dans la galère et que les habitants avec un minimum de
ressources l’abandonnent au pire, il ne reste plus personne pour protester. Les
colères contre les différents modes de survie engendrés par la misère extrême sont
précieuses. Elles disent que le quartier veut vivre. Ceux qui sont relativement
intégrés ne supportent pas les incivilités, les délinquances, les bruits, les
saletés. La protestation véhémente contre ces dysfonctionnements est l’indice
d’une volonté citoyenne de s’approprier ou de se réapproprier l’espace auquel
une partie de la population affirme avoir autant droit que dans les quartiers
plus favorisés.
Le phénomène
est bien connu. Des salariés ne veulent pas quitter Paris. Ils cherchent des
quartiers où les loyers sont plus bas. Ce ne sont pas des quartiers huppés. Ils
savent où ils vont quand ils louent ou achètent. Quand j’ai acheté mon
logement, j’ai fait le tour du quartier. J’ai vu les taudis, les habitats
insalubres, les drogues et la prostitution. En vingt ans, les taudis ont été
détruits, les habitats insalubres remplacés par des logements neufs. J’ai vu
construire une médiathèque, un centre de musique. Tout ce qui va mieux nourrit
la colère grandissante contre ce qui va mal. Plus le quartier se transforme,
plus le niveau de tolérance baisse. Mais il faut savoir raison garder. Nous
n’aurons pas tout de suite et peut-être jamais le quartier dont nous rêvons.
La prostitution
et la consommation de drogues ne sont pas des phénomènes qui disparaissent en
soufflant dessus. Même fort. On a soufflé fort dans le quartier Château-Rouge.
Une partie des nuisances s’est reportée sur Marcadet et Lamarck.
Les
« solutions » sont un travail patient, permanent. Sur la réinsertion
des prostituées, le démantèlement des réseaux de prostitution, des réseaux de
deal de marchandises contrefaites, et des drogues. Une salle de consommation,
des lieux de réduction des risques. Tout le monde est au courant. C’est un long
travail. Un travail de Sisyphe. Quand on voit ce travail, on comprend mieux.
Ces lieux sont ouverts aux habitants : allez voir EGO rue Saint-Bruno,
allez voir STEP Boulevard de la Chapelle.
Ils vous expliqueront leur travail.
La politique
consiste à politiser les galères individuelles, et non pas et non pas à
légitimer les peurs, d’alimenter les colères, de les conduire vers les impasses
des solutions simples. De ce point de vue, le classement en Zone de sécurité
prioritaire de la Goutte
d'Or est une catastrophe, car il remplace ce travail patient, continu, par un
déploiement de policiers parfaitement inefficace, qui nourrit rancœur,
impatience, démoralisation. Comme si les principales difficultés du quartier
étaient dues à l’insécurité. On m’a souvent répondu que la Zone de sécurité prioritaire
comprenait aussi un volet insertion et travail social et politique de la ville.
Balivernes. On ne voit que la police. Et quand
un ministre vient visiter le quartier, ce n’est pas François Lamy,
ministre chargé de la ville, mais Manuel Valls ministre de l’intérieur. Et dans
les réunions, c’est le préfet et le commissaire qui parlent et pas les élus
chargés de la politique de la ville.
Il y a en ce
moment une véritable folie apeurée dans un pays qui n’est pas le moins sûr en
Europe et dans le monde. Dans les endroits les plus tranquilles, on demande
caméras de surveillance et patrouilles de police. Ainsi se trouvent dévalorisées
les colères légitimes, les situations vraiment inquiétantes. Mais même là où se
trouvent des urgences, il faut faire de la politique. La « guerre contre
la drogue » a été mondialement un énorme échec. Tous ses principaux
responsables disent aujourd’hui que la seule réponse réside dans la
légalisation qui permet contrôle de la consommation, comme pour l’alcool et le
tabac, drogues dures qui peuvent être combattues parce qu’elles sont en vente
libre. Quand les usagers de drogue trainent dans les quartiers, la seule
réponse réside dans des lieux de consommation à moindre risque, pour les
usagers comme pour les habitants.
Si rien n’est
fait, les habitants vont voter Front national ? Allons-donc. Le vote front
national n’a rien à voir avec l’insécurité, l’insalubrité. Se résigner ?
bien sûr que non. Protester, réfléchir, trouver des solutions, expliquer. Quand
c’est trop dur, on peut partir. Mais dites-moi en quoi la présence d’un
consommateur dans la rue fait-il voter Front national ? En quoi les voyageurs
de Lamarck vont voter à droite parce qu’il y a des drogués dans le métro ?
J’habite la Goutte
d'Or, je traverse quotidiennement des usagers à la dérive et je vote
socialiste. Pourquoi ?
lundi 28 octobre 2013
ZSP
Zone de sécurité prioritaire
22-23-24
octobre 2013. La situation est la même : les vendeurs à la sauvette qui
rendent l’accès au métro inaccessible, une ronde de policiers, ils partent,
reviennent, avec baluchon, caddy et charbons pour maïs chaud, contrefaçons. Plus
les usagers de drogue qui eux ne bougent pas. Toujours les mêmes difficultés
pour accéder au marchand de journaux, se frayer un chemin. Jouer des coudes. Demander
pardon, pardon. Crier pardon ! Pardon ! Une envie d’actionner une
sirène hurlante pour dégager la route.
Puis
je rentre. Je regarde le monde d’un autre point de vue. Et je me dis, je suis
le même, mais confortablement installé devant une tasse de café, donc je ne
suis plus le même, et je me dis : « après tout, franchement, regardez
les infos, il vaut mieux, quand même, je sais que ce n’est pas juste, mais je
me le dis quand même, franchement, si j’avais le choix, entre flotter entre deux
eaux au large de Lampedusa et être balloté par des vagues de patrouilles
policières, qu’est-ce que je choisirais ?
lundi 21 octobre 2013
mixité sociale
Pour
Annie Clerval ‘Libération 19-20
octobre 2013), la gentrification de la
capitale. s’est faite aux dépens des classes populaires. Un processus
d’exclusion que la politique du logement mené par la municipalité de gauche a
ralenti, mais pas enrayé.
La
gentrification est définie comme un embourgeoisement qui touche les quartiers
populaires anciens où les classes populaires sont progressivement remplacées
par une classe intermédiaire, la petite bourgeoisie intellectuelle. Elle rompt la
fonction historique de ces quartiers populaires. Ils sont terre d’accueil, une
force, un tissu de solidarité, une ressource commerciale dynamique. En les
faisant disparaître, on ne change pas l’ordre social. On aggrave les
inégalités. La gentrification ne change rien au quotidien des classes
populaires. Au contraire. Leur situation s’aggrave. Les loyers augmentent, les
prix montent. Sur les murs de mon quartier, cette analyse se traduisait en
affiches : « La mixité sociale, c’est la guerre faite aux pauvres ».
Les
gentrificateurs ne s’installent dans ces quartiers que sous la contrainte du
marché immobilier. Ils ne choisissent pas d’habiter un quartier mixte, mais
d’habiter Paris coûte que coûte. En fait, ils ne pratiquent pas la mixité
sociale, mais la sociabilité entre soi et l’évitement scolaire.
Je
me reconnais dans ce portrait. Je suis un gentrificateur. Prof de fac retraité,
j’habite la Goutte
d'Or. Je ne pratique pas la mixité sociale. J’ai choisi ce quartier sous la
contrainte du marché immobilier. Si j’avais des enfants d’âge scolaire, je choisirais
sans doute l’évitement des écoles publiques.
Si
le portrait est juste, l’analyse me semble erronée.
Dans
la Goutte d'Or
il y avait des taudis, propriété de marchands de sommeil ils ont été détruits
et remplacés par des logements neufs, privés ou locatifs, dont un certain
nombre de logements sociaux. Il y avait des maisons closes avec des migrants
qui faisaient la queue dans la rue (était-ce une ressource commerciale
dynamique pour la ville ?). Ils ont disparu. Quand les bidonvilles ont été
détruits, des militants ont protesté. Ces bidonvilles étaient des facteurs
d’intégration, des réseaux de solidarité, de construction de la citoyenneté.
Chaque
fois qu’un quartier s’améliore, les loyers grimpent, les populations changent.
Quand il reste ghetto ou bidonville, les loyers baissent, les catégories
intermédiaires fuient, Ne rien faire, c’est rassembler les difficultés, les
misères, les galères, dans des lieux à la dérive, aboutit à la pire des
solutions : des ghettos de la misère.
Les
plus acharnés contre la mixité sociale sont les classes supérieures qui luttent
contre toute présence de logements sociaux ou de lieux de solidarité sur leurs
terres. Les plus accueillants à la mixité sociale sont ceux qui saluent
l’installation de médiathèques, de cinémas, et l’arrivée de nouvelles couches
sociales plus favorisées comme une
protection contre les dérives. Ont-ils tort ?
Anne
Clervel découvre que toutes les réformes sociales profitent d’abord aux
catégories les moins démunies. Fallait-il pour autant renoncer à construire un
État-Providence ?
samedi 19 octobre 2013
les migrants
Les morts de Lampedusa, les expulsions
d’écoliers. L’émotion est forte. Les militants signent des pétitions contre les
expulsions, accompagnent les démarches dans les administrations, parrainent des
écoliers. Les lycéens manifestent. Des cas particuliers seront sans doute
réglés. Il reste un immense sentiment d’impuissance devant la misère qui
s’étale dans nos rues, mendiantes avec les enfants dans les bras. Étalés sur
nos trottoirs la hiérarchie de la pauvreté. Des commerçants modestes, des
biffins et tout en bas de l’échelle, les revendeurs des épiceries sociales.
L’émotion individuelle et collective ne
se discute pas. Les indignations, les pétitions, les manifestations, les aides
ponctuelles, sont précieuses, mais ne fondent pas spontanément pas une
orientation politique. Le travail d’un parti politique est de politiser les
émotions. De les inscrire dans le monde, les frontières, les projets, les
évolutions.
Pendant la révolution industrielle, les
ouvriers dormaient dans des fossés autour de l’usine. Les indigents étaient
regroupés dans des asiles ou des hôpitaux dont la philosophie était
universelle : pour ne pas créer des « assistés », des gens qui
« profitent », il fallait que les conditions de vie dans ces asiles fussent
pires que les pires conditions de vie de ceux qui travaillaient. Chaque
paroisse s’occupait de « ses » pauvres. Si des migrants, on disait
alors des vagabonds, réclamaient de l’aide, on les renvoyait dans leur paroisse
d’origine. Les impôts locaux devaient subvenir aux besoins de la paroisse, pas
aux besoins des indigents de la commune voisine.
Sous la pression conjuguée des mouvements
sociaux, des philanthropes, des églises, un système de protection sociale se
mit en place. Des retraites, des soins, des écoles, des logements. Mais L’État
providence ne fonctionnait que pour les citoyens de cet État. Les papiers d’identité
se répandirent avec les systèmes de sécurité sociale. Ils séparaient ceux qui
avaient droit aux prestations et ceux qui n’y avait pas droit. Pendant des
années, les mineurs belges qui travaillaient dans le nord de la France ne participaient pas
au régime des retraites des mineurs français. Il a fallu du temps pour considérer
tous les citoyens dignes de recevoir partout dans le pays le même traitement
social
Aujourd’hui, l’objectif est non plus un
État providence, mais une Union européenne providence. Cette protection peine à
se mettre en place. Les citoyens européens qui traversent les frontières sont
souvent considérés comme des étrangers. Ils sont pourtant destinataires au même
titre que les autochtones des minimums d’aide sociale et éducative. Salaire
minimum, scolarité obligatoire, logement et soins. Une partie des pauvres qui
arpentent nos rues ne sont pas des étranges, ce sont des européens. Comme vous
et moi.
Il
faut aller plus loin, considérer tous les habitants de cette planète comme
dignes de recevoir une aide sociale, sanitaire, éducative, universelle. Pour
distribuer cette aide, il faut des administrations au niveau de la planète. La
mondialisation des filets de sécurité n’en est pas au point zéro. Dans le
domaine de la santé, de la lutte contre les épidémies, contre le Sida, des
points sont marqués. Les émotions et les actes de solidarité avec les populations
migrantes sont l’indice d’une plus grande aspiration à un monde solidaire. Qui
reste à construire. Qui demande une pédagogie permanente contre les diffuseurs
de haine.
mercredi 16 octobre 2013
identité
Alain Finkelkraut, France inter 15 octobre 2013
Une
dame qui vit en banlieue le déplore : elle est entourée de gens qui ne
parlent pas le français, de femmes voilées et ne se sent plus chez elle. Alain Finkelkraut
reprend le témoignage. « La faute de la gauche a été d’abandonner cette
femme au Front national ».
Je
vis dans la Goutte
d'Or, je suis entouré de gens qui ne parlent pas le français, de femmes voilées
et pourtant je me sens chez moi et je vote à gauche. Socialiste, pour être plus
précis.
Quand
l’intégration fonctionne, elle passe par une intégration sociale (famille,
école, travail) et par l’adhésion aux valeurs d’accueil. Intégration dans la
citoyenneté par les adhésions politiques : le socialisme et le communisme,
le syndicalisme, en France…). Quand l’intégration est refusée, et l’on connaît
les multiples facettes de ce refus, elle se produit quand même, mais elle
répond à la brutalité du refus par les ruses des faibles. Ainsi, aux États-Unis,
le modèle dominant dans les classes du même nom était celui du WASP. (White
anglo-saxon protestant). Les Noirs ne pouvaient pas devenir blancs, les Chicanos
ne seraient jamais anglo-saxons, les catholiques ne souhaitaient pas devenir
protestants. Pour se hisser jusqu’aux lieux de pouvoir, il fallait passer par
des réseaux communautaires. Les syndicats étaient « communautaires »,
catholiques, protestants, irlandais, polonais, les églises ne l’étaient pas
moins, et Irlandais, Polonais et Italiens ne fréquentaient pas les mêmes
paroisses. Qui dirigeait ces rassemblements pouvait peser sur la politique. New
York et Tammany Hall furent symptomatiques de cette politique communautaire.
D’où ce paradoxe, pour devenir américain, il fallait s’intégrer dans des
communautés religieuses ou nationales séparées. D’autres régions du monde ont
connu les mêmes développements. En Irlande du Nord, il fallait être protestant
pour accéder aux affaires et à la politique. Pour s’intégrer dans les affaires
et la politique, il fallait que les catholiques utilisent leur identité
catholique comme moyen de lutte et de développement.
Sans
lâcher un pouce sur la laïcité, il faut admettre que la montée du
communautarisme est d’abord un manque, une défaite, des processus d’intégration.
Finkelkraut est bien placé pour étudier ce manque. Professeur à l’École polytechnique,
il peut constater que les futures élites de la nation se recrutent dans une
couche très mince de la population française.
vendredi 11 octobre 2013
ZSP
Château
Rouge jeudi 10 octobre 2013 17h30.
Je
descends à Château Rouge. L’escalier mécanique est fermé. Il faut monter les
marches. La foule est compacte en bas de l’escalier et déborde sur le quai.
Nous avançons lentement, très lentement. En haut, devant les tourniquets, deux
employés en vestes jaunes empêchent les entrées. De l’autre côté, une foule
agglutinée qui demande à descendre. A gauche, quatre ou cinq policiers
regardent, l’air intéressé. Par deux
portes étroites, les sortants s’extirpent de la mêlée et finissent par grimper
les dernières marches. Tout le monde est étrangement calme. Pas de cris, pas d’énervements.
Tout le monde est conscient que dans ce chassé-croisé, il suffirait d’un mouvement
affolé d’une seule personne pour que tout dérape et provoque des dégâts
incalculables. La Goutte d'Or est un quartier où l’on apprend vite à survivre
dans les pires conditions. Un lieu d’apprentissage.
le Front
Le
Front national poursuit en justice tous ceux qui le qualifieront de parti d’extrême-droite.
Pour réagir à cette menace, les journalistes, les hommes politiques, ont répété
à qui mieux« Front national, extrême droite ».
Tous
sont tombés dans le piège. Au lieu d’examiner le programme, on colle une
étiquette. Or, le programme du Front national est précis. Il est national en
politique et socialiste en économie. C’est donc un parti national et
socialiste à l'ancienne. Dire que le Front national est national et socialiste est plus
rigoureux et évite d’être poursuivi en justice.
mercredi 9 octobre 2013
assistés
Chaque fois que je m’arrête dans
une rue de Biarritz, pour acheter le journal ou une baguette de pain, je pose
mon solex contre le mur et chaque fois, je constate un attroupement de
personnes intéressées autour de mon solex. Quand je pose la main sur le guidon,
quand je range le journal ou la baguette dans la sacoche, les questions fusent.
Il est à vous ce vélo ? Est-ce que ça marche bien ? Est-ce que c’est
pratique ? Combien ça coûte ? Où l’avez-vous acheté ? Une
personne à la fois s’il vous plaît. Oui, ça marche. C’est très pratique,
surtout à Biarritz où les côtes sont rudes et les habitants fatigués. Chez
Capdeboscq. Mais dépêchez-vous, il va fermer. Il est en train de brader. Non,
ce n’est pas un vélo électrique, c’est un vélo à assistance électrique. Quelle
est la différence ? Je pousse un soupir. Enfin. Vous ne connaissez pas la
différence entre un engin à assistance et un engin électrique. J’explique. Un
vélectrique fonctionne comme n’importe
quel transporteur sauf que l’essence est remplacée par une batterie. Vous
montez, vous allumez, vos pieds posés sur des repose-pieds et vous accélérez,
vous changez de vitesse. Sauf que ça ne fait pas de bruit et il faut se racler
la gorge ou se moucher vigoureusement pour prévenir le piéton qui va traverser
ou l’enfant qui joue au ballon sur la chaussée.
Avec
un Vélassistancélectrique, si vous ne pédalez pas, la puissance de la batterie
ne se met pas en marche. Il faut pédaler pour obtenir une aide énergétique.
Cette différence n’est pas technique, elle est politique. Ici, l’assistance est
le contraire de ce mot utilisé par la droite pour la dénoncer. Elle condamne
l’assistance, la droite, elle stigmatise les assistés. Elle dit qu’ils ne
connaissent que leurs droits, jamais leur devoir, qu’ils touchent des
indemnités chômage sans chercher du travail, qu’ils portent des prothèses en or
sans payer la sécu, vous connaissez la chanson. Or, dans le cas des vélos, un
vélassistancélectrique bien qu’il se nomme assistance, c’est le contraire. Il
ne reçoit l’énergie que s’il commence à faire un effort. Il ne pédale pas, il
ne reçoit rien. Qui ne pédale pas ne mange pas. Ceux qui grimpent, ce sont ceux
qui luttent. Vous arrêtez l’effort, le courant s’arrête. Pour la droite, le
vélassistancélectrique est un modèle de société. Sauf que.
Sauf
que toutes les études convergent : les gens qui roulent sur un
vélassistancélectrique sont généralement de gauche, alors que les assistés qui
roulent sans faire un effort sont généralement de droite. Ils causent, ils
causent, mais dans la pratique, ils refusent toute contribution, reçoivent tout
sans rien donner, et en plus, ils planquent leur argent en Suisse pour éviter
de payer des impôts.
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