mercredi 11 avril 2018

enterrer la honte


D’après le diario vasco, je ne peux pas le croire.

Pourtant c’est un journal sérieux. Je me pince. Ce journal dit que la sculpture tant décriée va être installée à nouveau, mais cette fois-ci, la hache sera enterrée donc invisible.

Pendant des jours et des jours, les artisans de la paix, les élus du territoire, les associations nous ont dit et répété que cette hache qui se dressait vers le ciel était un symbole de paix, pas le logo de l’ETA, pas le symbole de la terreur, mais un symbole de paix.

Vous savez, comme un poing fermé, une batte de base ball, un coup de poing américain, une ceinture cloutée, est un symbole de relations pacifiques entre les partenaires.

Et bien, pas du tout. Ils sont sensibles, les blanchisseurs, aux réactions des associations de victimes. Aux manifestants aux parapluies. Et ils vont enterrer la hache. Il restera l’arbre.

Alors toute l’entreprise des artisans de la paix s’écroule. Ils ont négocié le déterrement de la hache, ils ont négocié avec les hacheurs, et maintenant, ils l’enterrent. Donc ils nous ont raconté des bobards, pendant des jours et des jours. Et nos élus qui ont admiré, qui ont loué, la hache, Vincent Bru, Max Brisson, Jean-René Etchegarray, qui avaient pour la hache les yeux de Chimène, trouvent maintenant qu’il faut enterrer l’objet de leur affection.

La prochaine étape sera l’abattage de l’arbre.



Vous savez ce qu’est un couteau sans manche auquel il manque une lame ?



C’est un élu sans conviction auquel il manque du courage.

les parapluies de la paix


provisoirement  les « parapluies de la paix ».



La manifestation de six d’entre nous avec les parapluies qui portaient des slogans contre l’installation de cette sculpture à Bayonne a rencontré un large écho dans la presse et les médias. Sud-Ouest en a rendu compte, ainsi que France Bleu Pays Basque. Toute la presse espagnole et les médias ont accordé une place remarquée dans leurs bulletins d’information. La présidente de l’association de victimes COVITE nous a remerciés.

Cette manifestation et ses conséquences médiatiques marquent une étape. Les artisans de la paix pouvaient jusqu’à présent arguer d’un soutien unanime au Pays Basque français. Partis politiques, élus, syndicats, associations soutenaient tous une initiative qui avait été négociée avec une organisation terroriste. Autant l’unanimité était forte au nord, autant le soutien était limité au Sud. À l’installation de l’arbre, il y avait Otegi et c’est tout. David Pla, dirigeant de l’ETA emprisonné nous le dit : « ce qui se passe au Pays Basque Nord est exemplaire ».

La colère des associations de victimes et des partis politiques de la communauté autonome n’avait aucun écho puisque tout le monde soutenait cette opération de blanchiment de la terreur au Nord. La première rupture a été le refus de vingt conseillers municipaux de Bayonne d’installer la sculpture. Une première brèche.

Et puis cette manifestation qui a révélé au grand jour la pluralité des opinions. Beaucoup d’habitants de ce territoire s’inquiétaient en silence. Notre manifestation a révélé cette inquiétude.

Nous allons poursuivre. Une pétition contre l’installation de la sculpture va être mise en ligne. Nous allons rencontrer COVITE à San Sebastian. Nous allons rencontrer le sous-préfet pour présenter notre action. Nous allons organiser une table ronde sur le roman de Fernando Aramburu, Patria. Des événements simples, à la mesure de ce qui nous est possible et qui chaque fois brisent davantage l’unanimité.



Si l’on vous dit que les artisans de la paix et leurs soutiens ont rencontré les associations de victimes, voici la réaction de COVITE :



Por otra parte, el Colectivo, que se reunió el pasado mes de abril con el alcalde de Bayona, Jean René Etchegaray, a quien ya reprochó que su cercanía a ETA y a su entorno y su falta de interés por las víctimas. Ahora, COVITE ha criticado su aval a la colocación de la escultura: “La decisión del regidor demuestra una absoluta falta de sensibilidad con las víctimas del terrorismo.



Jean-René Etchegarray a été frappé d’amnésie sur cette rencontre.

Voici où ils en sont. Les compliments d’Otegi et de David Pla. La condamnation des associations de victimes. Il faut le dire nettement : les « artisans de la paix » usurpent leur nom. Ils rouvrent les plaies, ils alimentent les rancoeurs, ils divisent la société. Ils doivent être combattus pour le mal qu’ils provoquent et qui risquent de laisser des traces durables dans une société qui était en voie de réconciliation.

(Ceux d’entre vous qui veulent nous rejoindre sont les bienvenus. Qu’ils nous communiquent leur adresse mail)

mardi 10 avril 2018

bilan


C’est un peu compliqué, mais j’ai la conviction que certains de mes lecteurs (je n’arrive pas à dire « amis », ce ne sont pas des amis, ce sont des lecteurs. Il est vrai que parmi ces lecteurs, il y a des amis, et certains amis ne sont pas lecteurs, mais lecteurs est dans ce cas précis le mot le plus juste. Il englobe des amis lecteurs et des lecteurs qui ne sont des amis que sur la toile).

Que certains de mes lecteurs, donc, auront la patience de lire jusqu’au bout parce qu’ils partagent certaines de mes inquiétudes sur la scène politique du Pays Basque français. Ceux qui ne partagent pas mes inquiétudes auront depuis longtemps cliqué sur un ^ qui permet de supprimer un ami de la liste. Les autres continuent de s’intéresser.

On ne choisit pas sa famille et on ne choisit pas le coin de terre qui vous accueille. Si les tensions avec la famille sont trop fortes, il est possible de la quitter. Il est tout aussi possible de quitter le coin de territoire qui est devenu un point de chute. Mais c’est peut-être plus compliqué que de quitter sa famille.

Pour des raisons qui seraient trop longues ici à énumérer, mon point de chute est le Pays Basque français. Du point de vue du climat, des paysages, des activités physiques, des loisirs, des relations amicales ou affectives, la qualité de vie est l’un des meilleures que je connaisse.

À condition de ne s’intéresser qu’au climat, au paysage, aux loisirs, aux relations humaines. Si vous vous intéressez à la vie politique, le Pays Basque français est l’un des plus compliqués. À la fois ouvert et fermé, rassurant et inquiétant, intégriste et moderniste. D’une part, une population cosmopolite, artiste, ouverte, œcuménique. Et d’autre part, sur le même sol, un évêque de Bayonne parmi les plus intégristes qui organise des séminaires pour guérir les homosexuels, qui compare les IVG à des génocides et dont les prêtres portent une soutane boutonnée depuis le col jusqu’au chevilles, une soutane qui traîne dans la poussière et dans le sable. Et puis des catholiques œcuméniques et des pasteurs femmes protestantes. Des manifestations pour la fierté homosexuelle et des intégristes criards.

Et dans la même foulée, un personnel politique très soumis aux revendications identitaires. Tous, droite, gauche, insoumis et conformistes, centristes et marcheurs, LR et socialistes, se mettent au garde à vous devant les patriotes. Ils se sont rassemblés pour leur offrir un territoire administratif correspondant à une frontière imaginaire. Pour leur offrir des ikastolas où l’on enseigne le basque alors que les parents seraient plutôt attirés par l’anglais et l’espagnol mais ils n’osent pas le dire parce que le dire, c’est être un petit peu traître à la nation basque. Vous commencez à voir ce que je veux dire. On peut être pour ou contre l’IVG, pour ou contre le mariage pour tous, pour les réformes du travail, pour l’accueil des migrants ou la fermeture du pays, sur tous ces points, les discussions peuvent être rudes, mais on ne vous qualifiera pas de traître à la patrie. Être traître à la patrie, ce n »’est pas rien, en temps de guerre, on vous fusille pour moins que ça. Quand l’ETA était encore en activité, chivata, c’était une balle dans la tête vite fait. Maintenant,  ils n’ont plus d’armes, mais la guerre continue sous d’autres moyens, et les élus qui n’étaient pour les patriotes, pour les prisonniers, pour l’amnistie, tournaient le dos au Pays Basque. Disait-on. On tourne le dos et paf…

Que demandent les patriotes ? Qu’on reconnaisse la légitimité du combat que les chivatas appellent terroriste. Que les terroristes emprisonnés soient reconnus comme des prisonniers politiques, parce que tirer une balle dans la tête d’un journaliste ou d’une chivata, rançonner pour extorquer l’impôt révolutionnaire, incendier des bâtiments publics, quand on est musulman, c’est du terrorisme, quand on est basque, c’est une activité politique. Naturellement, si vous évitez ces sujets, vous passez au Pays Basque des séjours tranquilles. Alors pourquoi se faire du souci ? Quand vous allez au restaurant, vous n’allez pas visiter le local à poubelles…
L’ETA a perdu la guerre et les patriotes doivent transformer la défaite militaire en victoire politique. Et ils réussissent à entraîner dans cette opération de blanchiment toute la société politique basque.

dimanche 8 avril 2018

sortie de clandestinité


Nous avions décidé la veille de contre-manifester. Nous avons préparé nos armes soigneusement, fiévreusement. Nous avons trouvé d’anciens parapluies ou des parapluies neufs, mais bon marché. Nous avons acheté des feutres. Le petit-fils a été mis à contribution, il a inscrit les chiffres 829 au feutre noir et a signé : YG. La nuit a été courte, nous étions excités comme des mômes à la veille d’un départ en vacances. Tout était prêt. Le co-voiturage est organisé. Nous partons en avance pour trouver une place. Nous trouvons une place. La pluie se calme un peu. Les circonstances idéales seraient suffisamment de pluie pour justifier les parapluies, car un beau soleil rendrait notre batterie de parapluies suspecte. Mais pas trop de pluie et pas trop de vent. Les dieux sont avec nous. Nous nous nous déployons, chacun séparément, chacun avec son parapluie, Brigitte avec un tee-shirt blanc marqué « 829 ». Nous approchons de l’esplanade Roland Barthes. La statue se dresse dans toute son horreur. Pour représenter l’ETA, ils ont choisi la hache. C'est à dire la violence. Ils auraient pu choisir le serpent, (la ruse) mais ils ont préféré la hache. L’artiste justifiera son choix en comparant son œuvre à Guernica de Picasso. Manque pas d’air. Je n’ai pas souvenir que la population de Guernica ait protesté contre le tableau alors que les associations de victimes de l’autre côté sont en ébullition contre cette hache. Les seuls qui sont contents sont les etarras et leurs soutiens. Otegi est ravi. David Pla (dirigeant de l’ETA emprisonné ») nous le dit : « ce qui se passe au Pays Basque Nord est exemplaire ». Bru, Brisson, Etchegarray sont au garde-à-vous.

Écoutez bien la suite. Nous ouvrons les parapluies. Et miracle. Les dizaines de journalistes derrière leur caméra, leur appareil photo, leur enregistreur, se précipitent, photographient, filment. Les médias nous sortent de la clandestinité. Depuis des mois et des mois que nous nous battons contre l’entreprise de blanchiment de la terreur, sans être guère écoutés, voilà, on commence à nous entendre.

Nous  étions six, ils étaient deux cents. Voyez comme le rapport de force commence à s’inverser. L’an dernier, ils étaient dix mille dans les rues de Bayonne. Nous étions zéro. Aujourd’hui, ils sont deux cents et nous sommes six.

Aux dernières nouvelles, la statue va être démontée et remontée jusqu’au jour où l’ETA va officiellement se dissoudre. Cette pantalonnade peut être interprétée de deux manières. Ou bien les artisans de la paix désormais transformés en « amis de l’ETA » veulent saluer la sortie de l’organisation terroriste par une dernière fête, celle de l’artiste vieillissant qui a du mal à quitter la scène.

Ou bien, ce que nous disons sur le sens de cette monstrueuse statue est vrai : elle est célébration de l’horreur et il vaut mieux attendre que le sang ait bien séché avant d’applaudir l’assassin.

je le jure


Nous sommes face à face. Sur nos poitrines,  sur nos parapluies, sur nos pancartes, dans notre voix, sur nos cahiers d’écolier, sur les murs de la ville, nous écrivons 829, le nombre de tués par l’ETA.

Et en face, des nationalistes à la mâchoire carrée, à la musculature disciplinée, à la réflexion fanatisée, viennent nous crier « et les GAL et les tortures dans les prisons ? » 

Ces cris ne doivent pas rester sans réponse.

Je jure ici solennellement, devant témoin. Je m’engage ici et que ma main droite soit frappée par la foudre si je ne tiens pas mon engagement. Je vous l’affirme :

Si Le maire de Bayonne Jean-René Etchegarray, le sénateur Brisson, le député Bru, à l’appel d’une organisation nommée « les fabricants de la réconciliation », venaient assister à une cérémonie où seraient glorifiés les tueurs du GAL, un pistolet dressé vers le ciel,

Ou encore une cérémonie ou seraient glorifiés les bourreaux de la police espagnole, avec des instruments de torture empilés sur un socle de béton.



Je jure ici solennellement que je viendrai manifester avec qui voudra bien contre une telle honteuse célébration, contre une infâme acceptation de la barbarie.

Et que ma main droite se dessèche si je ne tiens pas mon engagement.

samedi 7 avril 2018

ici Ondres


Première séance des blanchisseurs sur les victimes. Pas un mot sur le refus des associations de victimes de les recevoir. Pas un mot sur la condamnation, l’indignation, le cri d’horreur, des associations de victimes sur le monument de la honte, une hache à la gloire de l’ETA. Pas de questions dans la salle. Sauf écrite. Tout est verrouillé. Je regrette de ne pas pouvoir distribuer mon texte. Je ne demanderai plus la permission à personne désormais. Heureusement, des gens s’approchent, des journalistes. Elles lisent mes blogs. Pas toujours d’accord, mais elles lisent et aimeraient en discuter. Gaby Mouesca a lu mon texte qui le met directement en cause et me dit qu’il aimerait en discuter. On va en discuter.

Le lendemain, sur les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée, je distribue mon texte. Effarement. Comment peut-il ? Un personne s’approche, une organisatrice : vous n’avez pas le droit de distribuer des textes. Ah bon ? Je n’ai pas le droit ? Et comment allez-vous faire pour m’en empêcher ? Appeler un gendarme ? Tiens, pourquoi pas Yves Giumarra ? Il est mort, dites-vous ? Ben alors demandez à son assassin.

Des regards de haine, des refus violents. Je n’ai jamais vu des artisans de la paix aussi guerriers. Je sais pourquoi. Leur postulat est que nous ne sommes pas en paix tant que les prisonniers etc… Ma présence ici affirme au contraire que nous sommes en paix. Vous croyez une seconde que je pourrais distribuer un texte critiquant l’ETA et ses sbires si nous n’étions pas en paix ? Cette distribution est la preuve que nous sommes en paix. Ça les embête bien sûr. Ils disent que nous ne sommes pas en paix et la distribution tranquille d’un texte critique prouve le contraire. Ah ! Terminé le bon temps ou tout ça se réglait d’une balle dans la nuque.

Aujourd’hui dimanche 8 avril, nous allons manifester à Bayonne contre la statue de la honte, avec des parapluies imprimés. Je prendrai des photos. Nous ne sommes pas nombreux, c’est vrai. Mais un caillou dans la chaussure, un grain de sel sous l’appareil dentaire, un acouphène discret, une poussière dans l’œil, plus une bouteille de vin rouge qui se brise sur la hache de l’ETA à Bayonne, ça finit par faire du monde.

Il faut résister. Sinon, nous serons obligés de quitter le Pays Basque et de nous réfugier dans les Landes. Nous créerons un poste de radio : « Ici, Ondres, Ici Ondres ».

une hache ensanglanté


Déclaration publique le Samedi 7 avril à la séance des lessiveurs de terreur « artisans de la paix ». sur les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.   





Du conflit du Pays Basque, pour les artisans de la paix, il ne reste que les armes –elles sont déterrées- et les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée. Mais voilà, il reste aussi les victimes de ces prisonniers qui ne peuvent pas être déterrées et les souffrances de leurs familles. Chaque fois que vous parlez des souffrances des prisonniers sans parler des victimes, sans parler aux victimes, sans écouter les victimes, vous ouvrez des plaies mal cicatrisées.

Vous manifestez pour les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée sans jamais citer le nom de leurs victimes. Tout le monde connaît ici le nom de ceux qui ont été condamnés pour l’assassinat d’un gendarme le 7 août 1983. Qui connaît le nom de leurs victimes ? Il s’appelait Yves Giumarra. Ceux qui ont été condamnés n’ont jamais demandé pardon à sa famille. Qui parmi les artisans de la paix a pris contact avec sa veuve, sa famille ? Oubliez le nom de ses assassins et retenez ce nom.

Yves Giumarra.

Vous allez visiter les prisons. Vous pleurez les souffrances des familles, qui doivent voyager loin, qui ont des accidents de voiture, qui sont épuisées. Et vous demandez à l’état français de prendre en compte ces souffrances. Mais vous ne demandez pas aux condamnés de demander pardon à la famille de ce gendarme dont je rappelle ici le nom. Yves Giumarra.

J’ai fait un cauchemar. J’ai imaginé un coin de France où seul le nom de l’assassin d’Arnault Beltram serait connu. Où il vendrait partout ses livres, ferait des conférences,  se plaindrait des conditions de son incarcération. Un coin de France où le nom de Beltram serait oublié. Inimaginable ? Non. Ça se passe ici au Pays Basque.

Alors, je répète ce nom. Oublions le nom de ses assassins. Retenons le nom d’Yves Giumarra.



Maurice Goldring, la République en marche


remarques sur les blanchisseurs de l'eta


Vendredi 6 avril : victimes, souffrance, faire face au passé pour construire l’avenir.

Je suis membre de la République en marche.



David Pla (dirigeant de l’ETA emprisonné pour activités terroristes en bande armée)  : ce qui se passe au Pays Basque français est exemplaire (sud ouest 06 avril. Le lehendakarri du Pays Basque espagnol : vous a répondu : nous ne pouvons pas vous suivre, les morts sont de notre côté. On peut dire que vous choisissez vos interlocuteurs.



Vous dites : attention tant qu’il y a des armes… tant qu’il y a des prisonniers. le conflit n’est pas terminé. Tout le monde accepte vos arguments, vos actions.



Acceptez une voix discordante.  Pour moi, la paix, c’est quand je peux envoyer ma petite fille chercher une baguette de pain sans qu’elle soit accompagnée par des gardes du corps. La paix, c’est quand le leader républicain Gerry Adams demande aux républicains  de dénoncer à la police tout homme qui possède des armes ou des explosifs. Nous sommes en paix depuis 2011, et depuis longtemps encore pour le Pays Basque en France.



Cette paix-là n’est pas la vôtre. Quand Miguel Angel Blanco a été assassiné et qu’une énorme manifestation a crié  Basta ! Vous n’y étiez pas. Quand il y avait vraiment besoin d’artisans de la paix, vous regardiez vos chaussures.

Vous n’êtes pas des artisans de la paix, vous êtes des sous-traitants d’un projet qui vise à transformer une défaite militaire en victoire politique. Fernando Aramburu : vous êtres des blanchisseurs du passé de l’ETA.



Les victimes, vous dites que leur association a refusé de vous rencontrer. Bien sûr. Il vous a fallu un an et demi pour vous rappeler qu’il y avait des victimes. Il fallait commencer par là. Mais il n’est pas trop tard. Vous avez négocié avec les assassins, pourquoi ne pas négocier avec leurs victimes ?



Pour leur dire quoi ? Pour leur demander leur avis sur le monstrueux monument que vous comptez installer à Bayonne, avec la hache de  l’ETA ? Que vous avez de la place à la table de littérature  pour les livres d’un ancien Iparretarrak condamné pour l’assassinat d’un gendarme, mais pas pour le très dérangeant roman de Fernando Aramburu, Patria ? Alors elles ne vous recevront pas.



Si vous dites aux victimes que vous regrettez la totale absence de repentir des prisonniers que vous défendez. Si vous dites que vous regrettez les manifestations de joie  à la sortie des prisons. Si vous recommandez que les etarras demandent pardon. Elles accepteront peut-être de vous recevoir.


Ce n’est ni au gouvernement français ni au gouvernement espagnol de bouger. C’est à vous, c’est à vous seulement.

vendredi 6 avril 2018

contorsions de l'eta


Lisez, relisez l’interview accordée par un dirigeant de l’ETA emprisonné, David Pla (Sud Ouest 6 avril 2017).. Vous verrez comment il se contorsionne pour masquer la défaite de son organisation. Tout est présenté comme si l’ETA décidait de manière rationnelle, au nom de ses seuls objectifs, des stratégies, de l’emploi de la terreur ou de l’arrêt de la lutte armée. Sont absentes les immenses manifestations de rejet dans la société civile, notamment au Pays Basque. Sont absents de ce raisonnement les succès des polices françaises et espagnoles qui ont rempli les prisons et décimé les rangs de l’ETA.

Comment gesticuler de manière crédible, comment transformer cette défaite militaire en victoire politique ? David Pla nous le dit : « ce qui se passe au Pays Basque Nord est exemplaire ». Voilà. C’est dit. Voilà révélé l’objectif des artisans de la paix. Le gouvernement français traîne, le gouvernement espagnol freine, la société basque au sud nous échappe. Notre porte de sortie se situe au Nord.

dimanche 1 avril 2018

juif un petit peu


Je suis juste un petit peu juif.  



J’ai été juif pendant la guerre. J’avais huit ans et je portais une étoile jaune. J’avais contre moi l’armée allemande, l’état vichyste, les dénonciateurs, les partis antisémites, les journalistes de la collaboration, les expositions, les sociétés, les intellectuels. Là, en ce temps-là, pour ne pas être juif, il fallait vraiment le vouloir.

Aujourd’hui, je ne porte pas de kippa, ni d’étoile. Quand j’entends des remarques racistes, contre les Arabes ou contre les Juifs, je réagis, toujours, vivement, avec des arguments et des colères. Mais je peux porter plainte, je suis protégé, par l’armée, la police, la justice, l’état républicain, les partis politiques, les intellectuels.

Je sais que des Juifs qui portent leur religion comme d’autres portent la croix ou le voile sont l’objet d’insultes, parfois d’attaques. D’autres, qui n’ont de juif qu’une histoire, un nom, un accent, se font attaquer, et parfois pire. Ils ont toute la société française derrière eux pour les défendre, en justice, en paroles, en actions.

Il y a des antisémites. Il y a eu des meurtres clairement antisémites. Une partie des musulmans porte en eux de l’antisémitisme comme la nuée porte l’orage. Toute la société française, dont la majorité des musulmans, est dressée contre eux. À juste titre.  

Il y a un domaine où je me sens un petit peu juif. Je ne peux pas me défendre d’une certaine fierté de porter un nom qui provoque des haines emblématiques, des haines qui sont le critère absolu du sous-développement, de la débilité politique, de pathologie collective, d’ignorance meurtrière. Ainsi, beaucoup d’observateurs considèrent que la marque principale du sous-développement, de la distance vis-à-vis des grandes valeurs de notre temps, la crétinerie politique absolue, dans les pays arabes est l’acceptation ou le partage de sentiments antisémites.

C’est ainsi. Cela  a une histoire. Mais c’est ainsi. La Pologne est stigmatisée surtout pour des opinions et des actions antisémites. En Russie, tous les Noirs qui sont allés étudier dans les universités à Moscou ou Leningrad savaient que le racisme anti noirs était universel et violent. Les Noirs savent qu’il ne fait pas très bon d’être noir dans les pays arabes. Pourtant c’est l’antisémitisme qui permet d’abord de stigmatiser ces sociétés. Et même chez nous en France, ou le racisme anti-arabe  est non seulement le plus répandu, mais le plus nocif pour les populations cibles, ce qui fait réagir le plus c’est l’antisémitisme.

C’est pourquoi je me sens un peu juif, un peu fier d’être juif. Un peu fier  d’appartenir à une population qui est depuis des siècles et des siècles fournit aux barbares  le symbole suprême de leur barbarie.