mercredi 1 août 2018

urgence de la compassion


Urgence de la compassion




 Les drames, les catastrophes, les massacres, les souffrances collectives, les épidémies, les glissements de terrain, les victimes d’attentats qui dépassent les deux chiffres, exigent de chacun d’entre nous des réponses, ou encore, si elles sont impossibles ou tardives, au moins des paroles de compassion, des soupirs entendus, des postures, des discours pour ceux qui disposent de pouvoir politique, des signatures de chèque. Personne ne passe devant un lieu de visibilité des malheurs humains en révélant tout haut son indifférence. Un candidat à une fonction politique qui trinquerait au champagne devant un monument aux morts n’aurait aucune chance d’être élu. Il est arrivé qu’une personne utilise la flamme du souvenir de l’Arc de Triomphe pour frire des œufs, mais cette personne a signé par son geste une renonciation à toute carrière politique. La compassion est aussi contraignante que l’interdiction de fumer à l’intérieur d’un caisson à oxygène où se joue la vie d’un prématuré comateux.

                   L’urgence de la compassion est récente. Il faut pleurer et déplorer dans l’instant. Nos ancêtres avaient le temps de la réflexion. Ils ne disposaient pas des instruments de communication, de transports d’images et de sons qui nous entourent et nous submergent. Les catastrophes leur arrivaient au pas, la peste se déplaçait à l’allure d’un chemineau, les massacres se propageaient à la vitesse des chevaux. Les nouvelles circulaient lentement et pour peu que les conteurs manquent de talent, les histoires qu’ils racontaient laissaient les auditeurs de marbre. D’autre part, les principes moraux étaient différents. On ne pouvait pas comparer. Dans un village où l’on mourait de faim, les villageois étaient convaincus que tout le monde mourait de faim. On ne voyait pas dans les chaumières des images de plantureux banquets pendant que les paysans rongeaient des racines. Les chances pour les meurt-la-faim irlandais ou ukrainiens de se trouver face à un tableau d’agapes peint par Breughel étaient minces. La mort était la fin de la vie, les femmes allaient travailler aux champs avec leur nouveau-né sur le dos et s’il mourait au bout de quelques heures, elle déposait le cadavre devant la porte pour qu’une charrette le ramasse. Imaginez qu’il nous reste de cette société cruelle des documents audio-visuels. Ils seraient insupportables.

Nous sommes donc dispensés des horreurs de l’histoire. Mais l’éloignement de la barbarie rend les catastrophes et les atrocités contemporaines beaucoup moins supportables. Elles dépassent les capacités de consommation et de digestion. C’est pourquoi il y a concurrence et compétition. Le régime de production et de distribution des calamités est celui du grand commerce. Il faut constamment des produits nouveaux, soit par leur ampleur, soit par leur singularité. Il faut les faire connaître par une publicité incessante. Le produit qui l’emporte est celui qui fera couler le plus de larmes ou provoquera le plus d’indignations.

                   Ces choses-là sont connues et en quoi puis-je vous être utile ? En vous aidant à vous situer dans ce maquis de fléaux, à réagir au bon moment, à vous comporter en bons citoyens, ceux qui pleurent quand il faut, qui déplorent quand il faut, qui ne se trompent pas, qui ne plaignent pas les bourreaux alors qu’il faut soigner les victimes. Le  nombre de manuels de savoir-vivre qui vous indique comment vous comporter dans un dîner de famille, à un mariage, un enterrement, un deuil, un divorce, un anniversaire, est considérable, mais rares sont les auteurs qui se sont penchés sur les règles de savoir-vivre devant la catastrophe de Tchernobyl, l’attentat contre le World Trade Centre ou le Tsunami de l’Océan Indien.

                   Comment choisir, comment hiérarchiser ? Je ne m’adresse pas ici aux acteurs et aux professionnels de l’information. Ils savent très bien que la mort accidentelle d’une princesse royale dans un tunnel parisien, alors qu’elle fuyait les photographes de presse qui voulaient la surprendre avec son amant, lui-même fils d’une famille richissime, peut provoquer, si elle est activement et intelligemment mise en scène, une émotion mondiale dont la mesure est le nombre de coups de téléphone qui réveillent les interlocuteurs pour être les premiers à leur apprendre la nouvelle. Si le grand-oncle plongé dans le coma depuis plusieurs mois vient à trépasser, vous serez mal reçu d’annoncer la nouvelle à un ami à quatre heures du matin, parce qu’il estimera à juste titre que vous pouviez attendre l’heure du petit déjeuner, rien ne pressait, sauf votre envie de vous venger en réveillant à quatre heures du matin cet ami qui lui-même vous avait réveillé cinq années plus tôt pour vous annoncer la mort accidentelle d’une nièce que vous n’aviez jamais rencontrée et vous vous étiez promis de lui rendre la pareille. Alors que.

                   Alors que, si vous êtes le premier à annoncer la mort de la princesse dans son tunnel, ceux à qui vous l’annoncerez vous en garderont une éternelle reconnaissance, car ainsi réveillés, ils allumeront d’un seul coup d’interrupteur la machine à café et le poste de télévision et pourront ainsi voir en boucle les images de l’entrée du tunnel, les premiers bouquets de fleurs déposés près du pont de l’Alma, les premières interviews de femmes éplorées, pendant que coule le café. De même que vos amis vous seront reconnaissants de les avoir réveillés pour assister en direct à la deuxième attaque aérienne contre la deuxième tour de New York. Les professionnels connaissent tout ça et s’ils ne le savent pas encore, ils feraient bien de changer de métier. Mais vous, qui n’êtes pas professionnel, qui cherchez dans ces lignes des réponses aux grandes questions, vous savez bien que les émotions universelles mesurent plus les émotions des professionnels de l’information que celle des gens à qui ils s’adressent.

                   J’ai appris à hiérarchiser les catastrophes. D’abord, plus c’est près, plus c’est grave. Le décès d’un  proche, d’un membre de la famille, ne requiert aucun conseil  particulier. Il suffit de se laisser aller à votre chagrin. L’incendie d’un appartement dans l’immeuble que vous habitez demande des gestes de solidarité morale et matérielle. Par exemple, une tasse de café chaud si l’incendie se déclare la nuit en hiver, ainsi que le sacrifice d’une couverture de laine, la couverture kaki que vous avez conservée de votre service militaire justement pour ne pas sacrifier une bonne couette à cette occasion. Si l’incendie s’est déclaré dans l’immeuble voisin, ouvrir les volets et les fenêtres, agiter la main pour dire bonjour, suffira. À l’autre bout de l’échelle des catastrophes, les plus hauts niveaux ne posent pas de graves difficultés. Le tsunami de l’Océan Indien, l’attentat contre le Centre Mondial du Commerce, les massacres de Londres et de Madrid, ne souffrent aucune réticence dans l’expression d’un regret et d’une sympathie pour les victimes, pour leur famille et le peuple ainsi frappé. Dans l’entre-deux, les réponses ne sont pas aussi claires. Tous les jours, l’auditeur ou le téléspectateur est sollicité par les nouvelles de massacres, d’attentats, de bombes humaines, de voitures piégées, de vols à main armée, d’attentats à la pudeur, de viols à la tronçonneuse, des accidents de voiture en veux-tu en voilà, des avions qui s’écrasent, des épidémies nosocomiales, des avalanches, des inondations, des noyades dans les piscines privées, des éboulements de terrain, des coulées de boue, sans compter Tchernobyl, les famines, les massacres inter-ethniques , les noyades des migrants, les cancers du poumon, les cirrhoses du foie, les incendies de voitures en hiver et les incendies de forêt en été, les vols de portables, les rackets, les défaites sportives dues à la partialité d’un arbitre étranger. Inutile de tourner autour du pot : si vous réagissez même modérément à tous ces événements, vous serez pris dans une spirale descendante, dans un monstrueux maelström qui vous empêchera de vivre une vie normale. Comment faire pour conserver l’image tant désirée d’un être sensible et généreux tout en injectant dans l’âme et l’esprit la dose vitale d’indifférence à l’égard des malheurs de l’humanité ?

                   Réfléchissons ensemble, voulez-vous et prenons exemple et leçons auprès de personnalités connues pour leur sentiment humanitaire et leur engagement public et notoire dans l’aide aux malheureux et les soins aux malades. Dans la mesure où ces hommes et ces femmes sont des êtres humains, ils vous pouvoir nous aider, forcément. Seul Dieu, pour les croyants, peut prendre en charge toutes les souffrances humaines et depuis qu’il a envoyé son fils Jésus sur terre, par amour pour nous et pour soulager toutes nos souffrances, il peut assister l’esprit tranquille à toutes les catastrophes terrestres puisque chaque fois que se déclenche une guerre ou un tremblement de terre, il se servira du voyage de son fils sur terre pour montrer qu’il n’est jamais indifférent à la souffrance. Grâce à Jésus, Dieu conserve l’âme en paix pour l’éternité. Mais nous, qui n’avons jamais sacrifié un animal de compagnie, encore moins un enfant pour sauver le monde – encore que, si nos avions la certitude d’une résurrection après trois jours de séjour inconfortable, pourquoi pas, après tout. Mais comme on n’est pas sûr, on persiste à consulter le médecin à la première rhinopharyngite du petit chéri. Donc, restons humains, nous ne pouvons pas devenir des Dieux, il n’en reste plus qu’un seul et la place est déjà prise.

       En revanche, Sœur Emmanuelle, l’Abbé Pierre, Sœur Thérésa, voilà des hommes et des femmes sur terre, des corps vivants, dont personne ne peut dire qu’ils sont indifférents à la souffrance humaine. Que constatons-nous ? Et bien, comme tout un chacun, ils font des tris, ils établissent des urgences, ils fabriquent des hiérarchies. Sœur Emmanuelle, on ne s’en rend pas compte en visionnant les images, lave les pieds des malheureux, d’accord, mais les pieds les plus sales, les plus odorants, les plus scrofuleux, sont dégrossis par une cohorte d’aides médicales qui lui sont entièrement dévoués et rendent présentables les pieds que va laver la future sainte. Il n’est pas interdit de penser que les aides médicales éliminent même entièrement les candidats à la péditoilette dont les pieds sont au-delà du supportable. L’Abbé Pierre et Sœur Theresa sont eux aussi entourés de trieurs professionnels. Si les meilleurs sont ainsi contraints de choisir, c’est que leur ancêtre à tous, Jésus-Christ, leur a montré l’exemple. Et l’équipe de Lourdes constitue l’un des jurys les plus sévères du monde, puisque sur des centaines de milliers de candidats à la guérison, elle sélectionne un élu tous les dix ou vingt ans. Pensez-vous que les milliers de sélectionneurs qui se pressent autour de la grotte sainte en éprouvent des remords ?

À ce point vous aurez le droit de me faire remarquer que les exemples choisis relèvent du religieux et ne prouvent rien du tout puisque les croyants sont convaincus qu’ils peuvent trier les malheurs impunément, Dieu faisant office de voiture-balai. Tout  le monde se trouve sur une liste d’attente et personne ne sera oublié. Les non-religieux, les athées, les esprits forts, les rationalistes, les libre-penseurs, tous ceux qui pensent que Dieu n’existe pas, que les hommes et les femmes doivent se débrouiller avec les moyens du bord, ne partagent pas ces convictions. Les victimes qu’ils rejettent sont plongées dans un grand trou noir sans espoir de remontée. Ils doivent  donc se construire une morale et établir des principes qui leur permettront de continuer à vivre tout en manifestant une compassion de bon aloi. Pour atteindre cet objectif, je suggère d’observer les transporteurs de malheur, ceux qui tiennent les micros et les caméras. Leur système est au point. Le malheur méritant est celui qui attire les regards et provoque de la pitié. Les deux points sont nécessaires. Un malheur qui attire les regards mais ne provoque pas de pitié ne mérite pas d’être enfermé dans une boîte. Par exemple, les accidents de voiture des fins de semaine, on tourne les yeux, mais on ne va pas des centaines de fois dire « c’est affreux ». Un malheur qui provoque de la pitié, mais n’attire pas les regards, par exemple l’incendie d’un camp de caravanes roumaines sous le pont d’un périphérique laisse indifférent car ils sont tous laids et malhonnêtes. Un cas particulier est celui des inondations. Curieusement, les personnes interviewées par les journalistes, notamment les femmes, sont laides, mal habillées, sans maquillage. On ne nous fera pas croire que dans tout un quartier inondé, où quelques centaines de familles doivent fuir les lieux, il n’y ait aucune jolie femme à montrer. Pourquoi est-ce que les journalistes ne nous montrent que les moches ? Sans doute pour se racheter de la princesse du souterrain de l’Alma, non monsieur, nous ne montrons pas que les paillettes, les bijoux, les voitures de luxe, les tailleurs Chanel, nous montrons aussi, quand c’est nécessaire, des femmes habillées de pilou pilou, aux cheveux gras, à qui il manque parfois des dents, celles qui ont toute leur vie été enduites de malheur.

À observer ces transporteurs de catastrophes, on finit par trouver. La réponse se trouve dans la triomphante affirmation du jugement  personnel, dans le refus dramatiquement mis en scène de ne pas suivre le troupeau des pleureurs qui chaque matin nous crie « debout là-dedans ! », voici les catastrophes du jour. La réponse est dans la résistance à tous ces marchands arrogants qui vous crient dans les oreilles « elle n’est pas fraîche, ma catastrophe ? Venez me dire en face qu’elle n’est pas fraîche. » Comment mettre en œuvre ce refus ? Vous vous constituez un fichier de cataclysmes, des plus lointaines aux plus récentes. Quand la machine à mixer les émotions populaires se met en marche, vous cliquer sur votre dossier et vous choisissez une autre catastrophe en clamant haut et fort qu’elle mérite plus votre compassion que celle qu’on veut vous imposer aujourd’hui, en laissant entendre que si la catastrophe dominante est dominante, c’est pour des raisons qui sont étrangères à sa gravité, qu’il y a certainement des raisons politiques ou commerciales, ou stratégiques, pour faire grimper le prix du pétrole. Vous réussirez à convaincre votre entourage qu’il n’y a pas de catastrophe objective, que chacune d’entre elles est une construction et qu’avec un peu d’habitude, on peut la déconstruire, le temps de rôtir une tranche de pain de mie si vous aimez les toasts au petit déjeuner. Vous persuadez quelques personnes autour de vous, qui pourront en convaincre d’autres et ainsi grossissent les boules de neige. Chacun a droit à une catastrophe personnelle, bien à lui, personne n’a le droit de vous imposer un modèle standard avec des gens qui se jettent par la fenêtre d’un gratte-ciel, des landaus qui dévalent les escaliers, une main qui s’enfonce dans des sables mouvants. On vous parle d’un tsunami pendant des jours et des jours. Excusez-moi, rétorquez-vous, moi, je sais ce qu’il se passe au Darfour, et plus personne n’en parle, et pouvez-vous me dire pourquoi plus personne ne parle du Darfour ?  La semaine suivante sera celle de la lutte contre le tabac et ses conséquences meurtrières. Vous triompherez alors en citant les statistiques effarantes des conséquences de l’obésité sur la santé des enfants, mais personne n’en parle parce que le budget publicitaire des chaînes de télévision dépend des compagnies qui fabriquent boissons gazeuses et bonbons sucrés. Et  cette campagne contre le tabac, dites-vous, vise à construire un mur d’illusions et à masquer les dégâts des grandes sociétés agro-alimentaires. Ainsi, à chaque nouveau cataclysme, un coup d’œil à votre fichier vous permettra d’apparaître comme un être sensible aux malheurs du monde et un esprit aigu qui ne s’en laisse pas compter. Solidaire et lucide. Sensible, mais pas moutonnier. Votre liberté, c’est de déplorer les conséquences de la sécheresse à la saison des inondations.

éloge de l'apostasie


Pour aider à comprendre ce qu’il se passe au Pays Basque, la lecture du livre de Jean-Pierre Martin, Eloge  de l’apostasie peut être utile. (En complément de mon livre Eloge de l’infidélité.)



         La fidélité est une valeur importante. Les militants qui conservent une foi inébranlable deviennent des « gueules cassées » de leur engagement. Ils sont admirables. « Que des affiliés à vie persistent dans leur fidélité à leur propre bêtise, cela ne semble gêner personne ». Le vieux Mao (comme Alain Badiou) continue d’attirer les sympathies. Alain Badiou, celui qui désigne le critique implacable et érudit du maoïsme, Simon Leys comme «un renégat du maoïsme ».

Les fidèles persistent dans leur attachement, c’est bien. S’ils rompent, on leur en veut. On déteste le reniement, le curé défroqué. Celui qui découvre la barbarie quand le monde voyait une utopie généreuse. Celui-là dérange. Salman Rushdie devient un ennemi de l’islam. Paul Nizan est dénoncé comme traître. Arthur Koestler passe à l’ennemi. Georges Bernanos est devenu renégat parce qu’il dénonce les massacres franquistes, George Orwell parce qu’il dénonce les massacres staliniens. Albert Camus est mis en quarantaine. David Rousset est un apostat. Ceux qui dénoncent les crimes de l’ETA sont des traîtres au Pays Basque.

Il y a peu d’apostats au Pays Basque. Peu de renégats. Peu d’anciens terroristes repentis ou d’intellectuels patriotes qui rompent avec la foi nationaliste. Il faut que règne partout une acceptation paresseuse, mais confortable, sur la nécessité de l’amour du territoire et du respect pour l’héroïsme des combattants de l’ETA.

Devant la barbarie, si on se tait, on peut conserver de bonnes relations avec le groupe. Si on parle on trahit. Comme la famille admet les meurtrissures internes en silence, mais se rebiffe contre la plainte déposée.

Les associations de victimes rendent plus difficile les mémoires militantes, les acceptations paresseuses. Les victimes qui parlent rendent la complicité honteuse.  C’est pourquoi l’activité principale des négationnistes de la terreur est de bâillonner et de blanchir. Il faut oublier les actes barbares, recouvrir les victimes d’un manteau de  plomb. Les criminels se congratulent, on les applaudit. Leurs victimes doivent se taire.

C’est pourquoi l’activité principale de Mémoire et Vigilance est de rendre la parole aux victimes.

dimanche 29 juillet 2018

la technique nous submerge


La technique nous submerge



         Amazone, je comprends. Ils distribuent des marchandises à prix réduit. Vous souhaitez lire le livre de Tom Wolfe sur la gauche caviar à New York dans les années 1970, vous tapez gauche caviar (radical chic), Tom Wolfe en anglais et un libraire poussiéreux dans la rue des Palmiers à Englewood New Jersey reçoit votre demande, en occasion, je veux lire le livre, pas le conserver, pas l’offrir, qu’importe son état pourvu que je puisse le lire pour pas cher, il y aura le nom de son ancien propriétaire qui est sans doute mort et les enfants ont appelé un pilleur de bibliothèques et ainsi Tom Wolfe, se retrouve à Englewood, New Jersey le vendeur de livre d’occasions reçoit le message, emballe le livre et me l’envoie, service rendu, il n’était pas à la bibliothèque municipale, je le reçois quinze jours plus tard. Pour cinq euros livraisons comprise. Ça je comprends.

Google, Facebook, je comprends moins. Je comprends ce qu’ils font, ils répondent à des questions, ils mettent des photos du nouveau-né sur la toile, le nouveau-né circule des dizaines de fois, envahit les écrans de téléphones portables, sans bruit, sauf parfois une vidéo qui a enregistré mouvements, cris et commentaires ambiants. Vous ne savez plus qui a composé Les Indes Galantes, vous tapez Indes Galantes, et en retour, on vous dit Rameau. Avec le prénom en prime. Jean-Philippe. Ce qui pimente désormais les repas en ville. Avant, quand nous étions réunis autour d’une table, quelqu’un disait « j’aime beaucoup les Indes Galantes de Lulli. Un autre disait, non, ce n’est pas Lulli le compositeur, mais j’ai oublié son nom, je l’ai au bout de la langue. Je vous parle d’un temps où les seules techniques étaient les bouts de la langue. La table se déchirait entre Lulli et Rameau, il en résultait parfois des fâcheries de longue durée qui révélaient d’autres tensions plus graves, Les Indes Galantes n’étaient qu’un prétexte. Aujourd’hui, quand apparait la même question, vous voyez autour de la table sortir les téléphones portables, c’est à qui dégainera le plus vite, à qui trouvera la réponse le premier, indiquant ainsi la qualité de son téléphone et du réseau qu’il a choisi, la qualité de son abonnement. Le premier crie, triomphant, c’est Rameau. Jean-Philippe Rameau. Pour se vanter. Parce que le nom sans le prénom aurait suffi. L’inconvénient de cette évolution est que les tensions plus profondes, dans les familles ou entre amis, ne peuvent plus se déporter sur des sujets anodins. La casse peut s’en trouver limitée. Sans la dispute sur les Indes Galantes, il faut se quereller sur des humiliations subies, sur des tromperies enterrées et là, forcément, c’est plus grave.

Je comprends ce qu’ils font, je ne comprends pas comment ils gagnent tellement d’argent avec ça. Facebook non plus je ne comprends pas comment ils gagnent beaucoup d’argent en me permettant d’envoyer des messages à la toile comme on envoyait jadis des bouteilles à la mer.

Je ne comprends pas non plus comment la toile d’enflamme parfois avec des messages anodins. Au point où on ne dit plus « la toile » mais les « réseaux sociaux ». Autour de moi, on m’explique que sans présence dans les réseaux sociaux, sans site, sans Facebook, on n’existe pas. Je vois bien pourtant dans les combats que je mène, combats culturels, combats politiques, il est possible d’exister sans la toile, sans site, sans Facebook.

Parfois simplement en ouvrant un parapluie.










mercredi 11 juillet 2018

souvenirs


Comme point d’orgue de leurs trois journées de lessive, les blanchisseurs inaugurent une sculpture représentant une hache dont le manche est un arbre. Comme si en 1945, on avait inauguré une croix gammée dont le manche eût été un arbre de la libération. Notre groupe, qui s’appellera plus tard « mémoire et vigilance » a décidé de contre-manifester.

Nous avons préparé nos armes soigneusement, fiévreusement. Nous avons trouvé d’anciens parapluies ou des parapluies neufs, mais bon marché. Nous avons acheté des feutres. Le petit-fils Yann a été mis à contribution, il a inscrit les chiffres 829 au feutre noir et a signé : YG. La nuit a été courte, nous étions excités comme des mômes à la veille d’un départ en vacances. Comme des malfrats avant un casse. Tout était prêt. Le co-voiturage est organisé. Nous réglons nos montres. Nous partons en avance pour trouver une place. Nous trouvons une place. La pluie se calme un peu. Les circonstances idéales seraient suffisamment de pluie pour justifier les parapluies, car un beau soleil rendrait notre batterie de parapluies suspecte. Mais pas trop de pluie et pas trop de vent. Les dieux sont avec nous. Nous nous nous déployons, chacun séparément, chacun avec son parapluie, Brigitte avec un tee-shirt blanc marqué « 829 ». Nous approchons de l’esplanade Roland Barthes. La sculpture se dresse dans toute son horreur. Pour représenter l’ETA, ils ont choisi la hache. C'est à dire la violence. Ils auraient pu choisir le serpent, (la ruse) mais ils ont préféré la hache. L’artiste justifiera son choix en comparant son œuvre à Guernica de Picasso. Manque pas d’air. Je n’ai pas souvenir que la population de Guernica ait protesté contre le tableau alors que les associations de victimes de l’autre côté sont en ébullition contre cette hache. Les seuls qui sont contents sont les etarras et leurs soutiens. Otegi est ravi. David Pla (dirigeant de l’ETA emprisonné ») nous le dit : « ce qui se passe au Pays Basque Nord est exemplaire ». Bru, Brisson, Etchegarray sont au garde-à-vous. Ils ont enlevé leur écharpe tricolore.

Nous ouvrons les parapluies. Comme un barrage qui s’écroule, comme une écluse qui se remplit, des dizaines de journalistes derrière leur caméra, leur appareil photo, leur enregistreur, se précipitent, photographient, filment. Les médias nous sortent de la clandestinité. Depuis des mois et des mois que nous nous battons contre l’entreprise de blanchiment de la terreur, sans être guère écoutés, voilà, on commence à nous entendre. Txetx, Etchegarray, Otegi, sont tous verts de rage. On leur gâche la fête. Vous voulez savoir exactement ce qui se passe ? Imaginez des voyous s’introduisant dans une surprise-partie, hurlant et cassant tout. Nous sommes les voyous de la surprise-partie de la hache.

Nous  étions six, ils étaient deux cents. Voyez comme le rapport de force commence à s’inverser. L’an dernier, ils étaient dix mille dans les rues de Bayonne. Nous étions zéro. Aujourd’hui, ils sont deux cents et nous sommes six.



Les journalistes nous interviewent. Les caméras filment. Chacun d’entre nous est porte-parole d’un groupe en train de naître. Chacun déroule ses arguments. Autour de la hache, la fourmilière est en révolution. Otegi continue d’aimer la statue, avec Txetx et Jean-René Etchegaray. L’artiste continue d’aimer son œuvre, ce qui est la moindre des choses. Vincent Bru commence à penser que cette statue était une connerie, que l’appel à la manif du 9 décembre était une connerie. Max Brisson sourit d’un sourire blanc. Txetx vient nous voir. Lui-même. On se présente. Je vous connais dit-il. Je veux bien discuter avec vous. Mais vous n’allez pas perturber la cérémonie, demande-t-il. Bêtise du dirigeant qui ne dirige plus rien. Déranger ? Il veut dire, le dirigeant de Bizi, déranger genre voler des fauteuils dans une banque ? Ou genre déterrer des pétoires ? Bien sûr que non. Mais sa cérémonie est déjà foutue. Morte. Pétard mouillé. La statue tangue. Le maire de Bayonne, blanchisseur chef, se demande où il va cacher un monstre de huit tonnes. A Louhossoa, il y avait juste quelques caisses d’armes, ce n’était pas trop lourd. Mais là, huit tonnes de connerie, huit tonnes de bêtise, huit tonnes d’insultes aux victimes de l’ETA, huit tonnes de lessive, huit tonnes de barbarie, huit tonnes de cadeau à Otegi, comment on fait pour s’en débarrasser ? Au boncoin ? Le lendemain du Noël patriote, voici un cadeau dont plus personne ne veut.

mardi 10 juillet 2018

tant pis pour les Bleux


Un cheminot belge, interviewé par libé : « vous savez pourquoi les Diables rouges doivent gagner ? Pour fermer le clapet à tous les nationalistes qui ne cherchent qu’à diviser notre peuple ». Parce que l’équipe comprend flamands et wallons…



Voici pourquoi je soutiens les Diables Rouges 

dimanche 8 juillet 2018

moulins à vent


Pourquoi cette colère, cette inquiétude devant ces soins palliatifs pour une guerre morte? Le Pays Basque français a le droit de faire la fête à sa manière. Il a sa langue, ses chansons, ses danses, ses poèmes. Après tout, la France tout entière chante régulièrement « formons non bataillons, marchons, marchons, qu’un sanguimpur… ». Et le 11 novembre, le 14 juillet, des anciens combattants viennent présenter les armes sous les confettis, pendant que le village danse place de la mairie. Pourquoi le Pays Basque n’aurait-il pas le droit d’avoir des anciens combattants décorés, ses drapeaux déployés, ses veuves et ses orphelins ?

Je suis inquiet du manque d’inquiétude, de la tranquillité avec laquelle la socialiste Sylviane Alaux souhaite que l’ETA ne se dissolve pas, car l’organisation terroriste doit garder une place à la table des négociations. Je suis inquiet des visites de Vincent Bru aux prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée. De la manière dont il les trouve corrects.  Inquiet parce qu’il faut des mois de travail, de discussions, de coups de téléphone, pour que les élus du Pays Basque français acceptent d’aller rencontrer des associations de victimes, en traînant les pieds. Même ces amis qui me suivent, qui sont d’accord avec moi, ne semblent pas partager mes inquiétudes. Le repli identitaire leur semble un danger lointain. Tellement flou qu’il est difficile à combattre. Comment dissiper des brumes autrement qu’en attendant un coup de vent ?

S’il n’y aucun danger de repli identitaire au Pays Basque français, alors je combats des moulins à vent. Ce ne sont pas des monstres lui crie Sancho Panza, ce ne sont pas des chevaliers. Quelle rude vie que celle de Don Quichotte ! Entre les paysans qui le bastonnent, les pèlerins qui le rudoient, sa famille qui se moque, comment peut-il s’obstiner ?

Les patriotes envoient leur soutien aux indépendantistes catalans, aux autonomistes corses. Ils réclament le rapprochement des prisonniers, le retour des exilés, la réintégration des libérés. Mais on voit bien que ces incursions adultères sont l’admission morne d’une stagnation autochtone. Ils constatent comme moi que ça patine. Bon, ils vont obtenir le rapprochement des prisonniers qui depuis longtemps savent que le combat est perdu. Plus ils sortent de prison, plus la conscience de l’échec sera aigue. Il faudrait qu’ils restent encore quelques années, le temps d’une reprise, on ne sait jamais. S’il n’y a plus aucun prisonnier, il restera quelques sièges à la communauté d’agglo, des négociations aux municipales pour des strapontins, la korrika annuelle sans portraits de prisonniers. Comme de l’axoa sans piment d’Espelette.

Il resterait alors des patriotes sans objectif, des républicains sans adversaires, alors que partout ailleurs menace le repli identitaire. Le grand projet abertzale du siècle dernier est-il devenu une chimère ? Les patriotes feraient semblant de lutter pour l’indépendance et moi je ferais semblant de penser qu’ils constituent un vrai danger.

Ouvrez les yeux. Une coalition sans principes a donné au Pays Basque français des frontières. Désormais, une mécanique s’est mise en route. La frontière doit être justifiée, elle doit entourer des locuteurs, elle doit désigner des résidents, elle doit trouver des ancêtres et louer les martyrs. Ce ne sont pas des moulins à vent qui la dessinent.

samedi 7 juillet 2018

agit prop


Agitprop



Prenez n’importe quelle réunion publique, vernissage, inauguration, casetas, festival, assemblée générale, anniversaire.

Les personnes qui vous connaissent et que vous connaissez s’approchent et vous demandent comment vas-tu ? Ou comment allez-vous ? Vous prenez un air sombre, une voix lugubre et vous répondez, mal, très mal.

Il ou elle prend un air éploré : Que se passe-t-il, raconte…

Tu as une minute ?

Bien sûr.

Voilà. Tu as sans doute lu que des jeunes excités bretons ont maculé des résidences secondaires et ajouté « La Bretagne n’est pas à vendre ». Les élus, les maires de Cancale, de Morlaix, de Saint-Malo, ont vivement et publiquement dénoncé ces agressions. Ils ont dit que ça ressemblait à la Saint-Barthélémy, quand les catholiques traçaient une croix sur les maisons dont il fallait exterminer les habitants protestants.

Bon et alors ?

Et bien, ici au Pays Basque français, de jeunes excités basques ont incendié il y a deux ans une résidence secondaire à Hélette, et écrit « le Pays Basque n’est pas à vendre » sur les murs. Eh bien, personne n’a rien dit. Silence de mort. Seuls les patriotes ont dit qu’ils refusaient de condamner. Tu comprends ? Ça veut dire qu’ici au Pays Basque français, on peut incendier une maison sans provoquer de réaction de réprobation. Que si ces jeunes sont un jour arrêtés, les patriotes iront manifester pour leur libération et que là, tous les élus basques qui sont restés silencieux les suivront et iront manifester pour leur acquittement. Ça  veut dire qu’ici, au Pays Basque, les identitaires ont déjà gagné, qu’ils sont déjà au pouvoir. Voilà pourquoi je vais très mal.

Mes interlocuteurs sont soulagés. Ils croyaient que j’avais une maladie grave.

Depuis, le nombre de personnes qui me demandent comment je vais a diminué.

mardi 3 juillet 2018

lapsus


La ministre Jacqueline Gourault a nommé les prisonniers corses « prisonniers politiques ». Puis elle a rétrogradé, mais c’était trop tard. Les nationalistes corses ont cueilli ses paroles et les ont mises dans leur filet.  Vincent Bru, député Modem du Pays Basque, utilise les mêmes mots pour les assassins basques, sauf quand  il y a des membres de « Mémoire et Vigilance » dans la salle où il s’exprime.

La manière dont on nomme des hommes et des femmes qui ont utilisé la violence, l’assassinat, le kidnapping, l’extorsion de fonds, le racket,  pour des objectifs de pouvoir, est centrale à la question du terrorisme.  Les nommer « prisonniers politiques », c’est une manière de légitimer la barbarie de leurs méthodes. Il y a des barbares pour lesquels jamais un politique ou un ministre ne déviera de cette réflexion. Ainsi, personne ne nommera les assassins de Daech « prisonniers politiques ». Jamais Jacqueline Gourault n’utilisera cette formule pour Merah ou pour Koulibaly. Jamais la langue des responsables ne fourchera non plus pour les assassins du GAL ou pour les Barbie et autre Touvier. En revanche, certains nommaient les barbares de l’IRA, « prisonniers de guerre » et souhaitaient leur accorder les garanties des prisonniers de guerre, admettant ainsi qu’il y avait une guerre entre le peuple irlandais et l’impérialisme britannique et non une campagne de terreur contre les Irlandais du Nord.  

Il ne s’agit pas ici d’erreur ou de lapsus. Il s’agit d’une conception de la démocratie. Contre certains peuples considérés comme inférieurs, les méthodes de la terreur peuvent être considérées comme légitimes. Considérer les assassins basques ou corses comme des prisonniers politiques,  témoigne d’un profond mépris pour les Basques et pour les Corses, considérés comme indignes des méthodes démocratiques qui règlent les sociétés civilisées.

Que les nationalistes méprisent le peuple qu’ils se sont chargés de défendre est une règle générale.  Que des gouvernants partagent ce mépris est plus préoccupant.

lundi 2 juillet 2018

eugénie les bains




Guérard à Eugénie-Les-Bains



Vous ne connaissez pas les Prés Eugénie dans la région de Chalosse ? La Chalosse est un territoire gascon comme le Pays Basque est un territoire basque. Guérard est le nom d’un cuisinier étoilé qui vient vous dire bonjour au moment des amuse-gueules et son visage buriné et souriant vous met en confiance pour la suite. Il porte la veste blanche d’un cuisinier étoilé. Propriétaire d’un vaste domaine d’une dizaine d’hectares où se trouvent des hôtels de luxe, avec des suites impériales et des chambres fastueuse que seul Stéphane Bern saurait décrire,  avec robinetterie plaqué or, un établissement thermal, une école de cuisine, un parc et une piscine. Qu’allions-nous faire dans un établissement haut-de-gamme alors que généralement nos revenus, nos habitudes, notre moralité, nous cantonnent dans les établissements de deux à trois étoiles ? Ce serait long et fastidieux à vous expliquer. Un enchaînement d’événements futiles et contrariants, rien de dramatique, mais intrusif, qu’il serait ennuyeux de dérouler. Posons comme postulat qu’un jour, à une date précise, nous avons retenu une chambre pour deux aux Prés d’Eugénie et deux places au restaurant gastronomique renommé de Guérard. Qu’il soit bien clair que nous n’en tirons aucune fierté. Ça  peut arriver à tout le monde de se retrouver par un enchainement imprévisible dans un lieu où normalement, on ne l’attendrait pas.



Il fait canicule à la sortie de Biarritz et Brigitte ralentit quand la route est ombragée. C’est le dernier jour où nous pouvons rouler à 9O à l’heure sur certaines routes et nous nous en donnons à cœur joie. C’est là où on rend compte de la coupure profonde qui existe entre Paris et le reste du  pays. A Paris, la moitié des habitants n’a pas de voiture et la majorité des possesseurs de véhicules à moteur se déplace à vélo ou en transport en commun. Quant au petit pourcentage qui utilise la voiture, ils se déplacent en moyenne à moins de trente à l’heure. Comment voulez-vous que ces gens comprennent les provinciaux qui se rendent de Biarritz à Eugénie-les-Bains et risquent d’arriver à 14 heures 12 au lieu de 14 heures cinq ? Nous sommes dans une folle colère à l’idée que demain au retour, vers le Pays Basque, nous n’aurons plus le droit de rouler à 90 à l’heure et que nous arriverons à Biarritz avec trois minutes de retard. Ivres de vitesse, Brigitte appuie sur le champignon et nous chantons ensemble « connards de Parisiens qui veulent nous limiter la vitesse ».



À Hossegor, arrêt pour un brunch. Les horodateurs sont les mêmes qu’à Biarritz, avec panneau solaire et embrouilles. Il faut inscrire le numéro de la voiture et naturellement, j’inscris le numéro de la voiture sur le panneau de numérotation du code bancaire, après avoir fouillé dans le sac pour chercher et trouver la carte grise car qui connait par cœur le numéro d’immatriculation de son véhicule à moteur ? La carte bleue ne marche pas avec l’immatriculation et le code bancaire n’ouvre pas accès à l’usage programmé de la chaussée. Je ne me moquerai plus jamais des gens qui bataillent avec les horodateurs Avenue Victor Hugo quand je serai de retour au pays. A Hossegor, le tarif est quinze euros pour deux heures trois quart. Forcément, il y a des places pour tout le monde à ce  prix-là. Deux brunch à quinze euros plus l'horodateur, calculez vous-même. Un horodateur vaut un brunch. Nous trouvons un resto à l'ombre. Retour dans la voiture où les téléphones portables sont en fusion.



Je demande aux indigènes la direction de Saint-Sever qui est sur la route d’Eugénie-les-Bains. Les plus âgés nous disent à droite puis à gauche. Les plus jeunes ne connaissent pas les noms que je leur soumets. Ils sortent leur téléphone portable et disent GPS puis Saint-Sever jusqu' à Eugénie-les-Bains. Ensuite, ils disent tout droit, puis à gauche puis à droite. Moi aussi j'ai un portable Pourquoi ne pas frimer moi aussi. Je tape mappy, je fonce sur Google, une voix nous guide avec une étonnante précision. Sur mes genoux un rectangle en plastique noir avec une carte qui te trace la route, et une voix qui audiodécrit. Dans deux kilomètres prendre à gauche la D 435 vers Moissans ou Grenade. La voix parle quand s’annonce un croisement important. Plus besoin de cartes routières, plus besoin de s'arrêter pour demander aux indigènes. Dans un coin de France où le réseau ne parvient pas, comment faire ? C’est simple. Là où il n’y a pas de réseau, il n’y a personne non plus. Donc tu es perdu. Partout le réseau fonctionne et nous arrivons à Eugénie-les-Bains à l’heure dite. Toujours à 90 à l’heure.



L'accueil aux Prés d’Eugénie est digne de Relais et Châteaux. À l'entrée, un vigile s'avance, tablette à la main. Il se méfie n'est-ce pas parce que une Twingo pour un Relais et Châteaux, on peut se poser des questions. Inquiétude stupide pour deux raisons. D’une part, il y a d'autres points d'accès à cette immense propriété. D'autre part, nous savons que les pires truands n'utilisent jamais de Twingo, mais des katkats très puissantes pour transporter la Cocaine et un hélicoptère pour s’évader. Le vigile nous demande : « Etes-vous des hôtes de ce château? Oui, nous avons réservé au nom de Pradier. Bonjour Monsieur Pradier, dit le vigile et je prends conscience des souffrances infinies de Monsieur Veil quand sa femme Simone l'emmenait dans des dîners en ville et qu'on lui disait, bonjour monsieur Simone. Le vigile vérifie sur sa tablette et me répète bienvenue Monsieur Pradier, à nouveau, je repense à Antoine, sa vie à dû être un enfer. Le vigile trouve le nom dans sa tablette, il nous dit bienvenue aux Prés d’Eugénie. Vous roulez jusqu'à la pergola, vous vous arrêtez et un bagagiste va prendre votre valise, dont les roulettes du coup deviennent inutiles, un chauffeur va ranger votre voiture et une dame va vous accompagner à l'accueil puis dans votre suite. Il nous tend un papier:



"Nous avons le plaisir de vous informer qu'une place privilégiée est réservé à votre voitures portant le nom de votre chambre (Bouton d'Or), elle se situé agréablement tout près des arcades de la galerie ouverte. Il s'agit du parc numéro 2 au cœur de l'airial botanique peuplé d'une myriade d'arbres et d'essence magiques ». Tout ça pour une Twingo ? On comprendrait pour une Porsche, une Rolls Royce, une Maserati. Notre Twingo ronronne de plaisir.



Le texte poursuit : « L'airial botanique d'Eugènie est une promenade à livre ouvert faite pour la quiétude d'automobilistes connaisseurs comme pour la curiosité de promeneurs piétons? Parcourez-le avec lenteur, patience et délicatesse. Respecter-le, il est confié à votre sauvegarde. Il est tout de savoir vivre».



Nous sommes impressionnés. J’imagine le même dépliant à l’entrée du périphérique :



« Nous avons le plaisir de vous informer qu’une place privilégiée est réservée à votre voiture portant le nom de votre adresse. Elle se situe agréablement dans la file de droite de cette chaussée. Il s’agit du terrain n° 2 du parc périphérique de l’agglomération parisienne au cœur d’une myriade d’immeubles de styles divers et de noms exotiques, Neuilly, Saint-Ouen, la Chapelle. Cette espace est une promenade à livre ouvert fait pour la quiétude d’automobilistes connaisseurs. Parcourez-le avec lenteur, patience et délicatesse. Respectez-le. Il est confié à votre sauvegarde. IL est tout de savoir vivre ».



Vous ne croyez pas que ça calmerait les énervés du volant ?



Nous abandonnons la Twingo. Brigitte va se baigner dans une piscine entourée de chaises longues avec un serviette à votre nom. Deux couples commandent une bouteille de champagne et des toasts de caviar. Des parvenus…



Nous avons réservé pour le soir. On nous donne à nouveau des conseils : «La Maison est très sensible au chic aussi nous vous remercions de bien vouloir vous vêtir avec élégance pour le dîner. Les shorts et les sandales de plage ne sont pas admises ». 



      Je ne dispose pas du vocabulaire requis pour décrire la qualité du repas.



Le retour est le 1 juillet. Nous devons rouler à 80 à cause de ces connards de Parisiens.




vendredi 22 juin 2018

je vous promets l'enfer


Un groupe s’est constitué sous  le nom de « Mémoire et Vigilance ». Il se bat pour le respect aux victimes de l’ETA. Contre l’oubli de la barbarie et de la terreur. Contre les dérives identitaires que Macron appelle « la peste brune ».   Il a manifesté avec succès contre l’indignité d’une sculpture à la hache.

Vous pouvez rejoindre ce groupe. Si vous le rejoignez, je vous promets l’enfer. Vous deviendrez un ennemi du peuple basque, un ennemi de la paix, un boutefeu, un traître, un adversaire du processus de paix, un agent du Parti populaire, du Parti socialiste espagnol, de l’impérialisme français et de l’impérialisme espagnol. Vous deviendrez espagnolistes et jacobinistes.

Les abertzale et leurs serviteurs nous promettent une société plurielle, ouverte, tolérante. La manière dont ils traitent les porteurs d’opinion différente justifie toutes nos craintes.

Donc, réfléchissez bien avant de prendre votre décision.

Je n’ai qu’un argument en faveur de votre engagement. On ne s’ennuie pas une seule minute.