mercredi 3 avril 2019

on ne peut pas être partout


Avant sa visite en Corse, Le président Macron rappelle : « quand je suis venu rendre hommage au préfet Erignac, Simeoni était là, au premier rang ».



Quand Edouard Philippe et Pedro Sanchez ont rendu hommage aux victimes d’ETA, Jean-René Etchegaray, Vincent Bru, Max Brisson, étaient ailleurs, au premier rang, avec leurs assassins.


mardi 2 avril 2019

en marche vers l'Europe


 

La République en Marche mène campagne pour le progressisme contre le nationalisme. La liste « renaissance » prendra contact avec le PSOE pour former un groupe au parlement européen. La ligne est clairement fixée. Il faut en tirer toutes les conséquences.

 

Nous avons l’exigence de ne pas brouiller l’objectif.

 

Ainsi : sur la Catalogne. 41 sénateurs, dont André Gattolin de La République en Marche, plus communistes, insoumis, écolo, ont signé une pétition apportant leur soutien aux séparatistes catalans. En réponse à cette pétition, le gouvernement français a apporté son soutien au gouvernement espagnol.

 

Avec quelques universitaires, (Beatrice Gibelin, Barbara Loyer…) nous avons signé une pétition contre la pétition des sénateurs. Cette pétition a été reprise dans la presse espagnole. Les signataires ont été invités à petit déjeuner à l’ambassade d’Espagne.

 

Je souhaite que ma démarche soit reprise par La République en Marche du Pays Basque.

 

Sur les prisonniers basques. Les élus, dont les nôtres, soutiennent les positions séparatistes sur cette question. Ils manifestent et envoient des délégations au préfet, à la chancellerie. Je propose que La République en Marche envoie des délégations au préfet et à la chancellerie pour soutenir la position du gouvernement français et espagnol sur cette question.

 

Sur la question de la langue basque. Nos élus envoient des délégations au rectorat, au préfet pour soutenir les positions séparatistes. Je propose que La République en Marche rencontre le rectorat et le ministère sur cette question en fixant une ligne simple : répondre aux demandes mais ne pas créer d’offre dont la seule justification est politique.

 

Sur le G7 : un comité « non au G7 » organise des manifestations contre le sommet de Biarritz. Je propose que soit rendu public un texte « Oui au G7 » que j’ai rédigé à la demande du référent et qui dort dans un tiroir.

 

 Avant le 26 mai, deux universitaires anglais actifs dans la campagne contre le Brexit, ont accepté de venir discuter avec nous sur leur campagne. La date n’est pas encore fixée, je vous la ferai connaitre.

 

Un dernier point. Lors de notre dernière réunion La République en Marche avec Laetitia Avia, Xavier Larramendy a « répondu » à mon intervention en me demandant si j’étais basque. Il m’a demandé où j’étais né. Je ne lui ai pas répondu sur le moment. Je ne sais pas si sa question était progressiste ou nationaliste.

 

Etant apaisé, je lui réponds. Je suis né à Lille dans le Nord.

 

Xavier Larramendy va-t-il maintenant demander une prise de sang ?

plus d'Europe


Plus d’Europe

 

Les adversaires de l’Europe lui reprochent de nous empêcher de gouverner dans l’intérêt du peuple. Un regard rapide sur les nations qui composent l’union montre que pour l’essentiel, les politiques  sont décidées par les états. Nous sommes  très loin de l’uniformité.

 

Si les mesures générales peinent à se mettre en place, c’est que les traités actuels permettent le veto de chaque pays et de bloquer ainsi des mesures que pourtant les peuples réclament. Ainsi sur les travailleurs non nationaux, les minimas sociaux, la protection des droits d’auteur, il a fallu des temps de négociation exorbitants pour obtenir un résultat. En somme, nous souffrons non pas de trop d’Europe mais de pas assez.

 

L’exemple du Brexit est éloquent de ce point de vue. La réponse à Londres est toujours le résultat d’une laborieuse unanimité. Mais imaginons le pire, l’absence de cette unanimité face au Brexit aurait accentué dramatiquement le chaos déjà existant. Imaginons le Royaume-Uni négocier de nouvelles relations avec chaque pays séparément…

 

Pour surmonter cette difficulté, Emmanuel Macron a proposé des regroupements d’état sur des objectifs précis. Regroupement qui pourrait jouer un rôle moteur pour l’ensemble des membres de l’union. Ainsi sur les minimas sociaux, sur les taxations des bénéfices et des transactions financières…

 

Ceux que gêne la construction européenne (Trump, Poutine, Xi…) comptent sur cette diversité pour mieux négocier avec une Europe affaiblie. La réponse n’est pas une dénonciation sans fin de ces interventions, mais d’abord le renforcement de l’unité européenne.

mardi 26 mars 2019

négociation par l'émeute


            Au Mans, les forains mécontents du déplacement de leur fête, ont manifesté, saccagé le mobilier urbain et envahi la mairie. Le maire, Stéphane Le Foll dénonce cette violence. Le responsable de ces forains déclare que la violence est la seule manière « de se faire entendre ». S’il n’y a pas violence, les pouvoirs publics n’écoutent pas, n’entendent pas. Il donne en exemple les gilets jaunes. Des élus par les citoyens du Mans ont décidé qu’il était raisonnable d’installer la fête foraine à la périphérie plutôt qu’au centre et ils vont casser et incendier jusqu’à ce qu’on les écoute.



            Il ne faut pas trop le dire, dans aucune réunion, parce que dire ces choses, c’est attaquer les gilets jaunes qui sont intouchables. Mais quand même, en chuchotant, entre amis, autour d’une table de café, est-ce qu’on peut dire que si les gilets jaunes n’avaient pas cassé, ils n’auraient jamais obtenu ce chèque de dix milliards ?



            D’autres oreilles ont entendu le message. Les forains de la ville du Mans par exemple.



            Quand la violence va jusqu’à la lutte armée, les mêmes arguments s’avancent. Des nationalistes modérés en Irlande du Nord ou au Pays Basque, en Corse ou en Bretagne, n’ont pas approuvé le terrorisme nationaliste. Mais nombre d’entre eux sont convaincus, malgré tout, que leurs revendications n’auraient pas avancé sans le recours à la lutte armée. Voyez, disent-ils, en citant l’Ecosse, le Québec et la Catalogne. Dans ces trois régions, le mouvement indépendantiste a épuisé tout l’éventail des actions pacifiques et leurs revendications patinent. Quant aux éléments les plus radicaux, ils rêvent toujours Grand soir, où des groupes d’hommes déterminés, au Vietnam, à Cuba, en Algérie, en Chine et en Russie ont pu changer le cours du monde.



            Au Pays Basque, nous avons l’habitude de ces manifestations violentes à basse intensité. Une agence immobilière incendiée, ou une résidence secondaire, des manifestations jamais déclarées et la dénonciation de l’état policier dès qu’un militant est pris la main avec un cocktail Molotov.



           

Dans l’Irlande rurale du 19ème siècle, quand le loyer des fermes devenait insupportable, des groupes d’hommes au visage noircis incendiaient les meules, mutilaient le bétail, dans les cas extrêmes assassinaient l’intendant. Quand le niveau des exactions montait trop haut, les loyers baissaient. C’est ce que l’historien Eric Hobsbawm  nommait « négociations collectives par l’émeute ».



            Il se passa du temps avant que s’installent des structures de négociations et de compromis. Syndicats, coopératives, associations culturelles, partis travaillistes. Sous nos yeux inquiets, il semble que l’histoire remonte le temps, que revient l’époque de la négociation collective par l’émeute. Des syndicats puissants obtenaient le droit de vote, la limitation du temps de travail, les congés payés, la sécurité sociale. Ils furent capables de créer un terrain commun, un intérêt partagé.



            Il nous faudra reconstruire ces structures de négociations. Il faudra nous souvenir que les gens de pouvoir préfèrent les briseurs de machines et les colères sans issue que des salariés intelligents, éduqués, capables de parler d’égal à égal avec leurs patrons.

           

Battisti avoue


Cesare Battisti a reconnu être coupable des quatre morts que la justice italienne lui imputait. Il avait été défendu en France par des intellectuels de gauche, notamment Fred Vargas qui juraient tous son innocence. Il avait été défendu par Michel Tubiana, le transformateur de la Ligue des Droits de l’homme en blanchisserie des assassins, notamment basques. Michel Tubiana a déclaré qu’il ne regrettait pas son soutien. Il a oublié le nom des quatre victimes de Cesare Battisti.



            Soyons justes. Michel Tubiana ne défend pas n’importe quels assassins. Il ne défend pas les djihadistes musulmans, ni les auteurs du génocide rwandais. Il ne défend que les assassins basques et irlandais, tous blancs et chrétiens.

lundi 25 mars 2019

tous les morts


Imaginons que la police, pour empêcher les manifestations de gilets jaunes, ait bloqué des ronds-points dans toute la France. Résultat de ce blocage : dix morts. Vous entendez d’ici Mélenchon, ATTAC, et les autres ?

 

Mais là rien. Car les responsables de ces morts sont des gilets jaunes. Les morts n’avaient-ils donc pas de famille ? N’ont-ils pas laissé de veuves, des veufs et des orphelins ?  Des parents en larmes, des petits-enfants qui réclament leurs grands-parents, des amis qui se recueillent ? Les morts dus aux blocages étaient-ils des êtres humains, de quelle couleur était leur sang ?  Quels souvenirs peuplaient leur cervelle répandue sur la chaussée ?

 

Une manifestante a été bousculée. Enquête, vidéos, manifestations, plaintes. C’est bien. Toutes ces réactions prouvent que nous sommes dans un état de droit.

 

Pour les morts des ronds-points, pas d’enquête. Les responsables de ces morts n’ont pas d’identité, il s’agit d’un délit de fuite. Ils ne sont responsables de rien.  Cette absence de réaction indique la société dont ils rêvent. Une société dont le droit est absent. Une société  sans juges, sans avocats, sans droit.

jeudi 21 mars 2019

discussion avec un sympathisant des gilets jaunes


Remi Hess J'ai un parcours proche du tien, sauf qu'adhérent à une autre syndicat que le tien, lorsque j'étais professeur certifié, je n'ai jamais eu conscience d'être mal payé. Ayant travaillé en usine pour payer mes études, j'avais l'impression d'être très, très riche, quand j'ai reçu mon premier salaire de professeur certifié ! Aujourd'hui, en tant que retraité de l'université ayant travaillé 50 ans, (de 17 à 67 ans), j'ai une retraite qui m'apparait invraisemblable... Ma pension aujourd'hui dépasse le dernier salaire de ma fin de carrière ! C'est pour cela que je me sens solidaire des personnes qui m'entourent à la campagne et qui n'ont même pas les moyens d'avoir une voiture, qui ne peuvent pas voir leur enfants établis à quinze kms, parce qu'eux-mêmes n'ont pas de voiture... Ma vie quotidienne est une actualisation permanente de la dialectique "centre et périphérie" que j'ai décrite dans mon livre de 1978 sur ce thème et qui s'actualise dans le mouvement des gilets jaunes ! A 7 h 30, j'ai pris le café hier avec un femme retraitée depuis deux ans et qui me dit : "Je suis déprimée. Je ne peux pas quitter Dormans... Je ne peux rien faire ! Je cherche des ménages..."... Moi, on vient de me proposer de prendre la présidence du Collège coopératif de Paris ! Je suis des cours de langue à l'université de Reims. Je danse le tango ici et là. Je fais mon jardin... J'ai à écrire dix articles ou livres qui m'ont été commandés... Cette femme est enfermée dans le "rien à faire", ; moi, je décide le matin si je m'investis dans tel moment ou dans tel autre ! Un prochain président devra mettre l'éducation comme projet de société, non pour former de acteurs au système de production, mais pour aider chaque citoyen à se former, à se donner une forme, à se créer des moments qui donnent sens à sa vie ! L'éducation tout au long de la vie était écrite dans le programme du candidat Macron : où est-elle ? Sur les rond-points, davantage que dans le grand débat probablement. Malheureusement, à Dormans, nous n'avons pas de rond-point ! Cette femme que j'ai rencontrée hier n'a même pas cela pour donner sens à sa vie !

 

J’avoue ne pas bien comprendre. Au lieu de gémir avec ceux qui ont de réelles difficultés, tu ne peux pas élaborer certaines solutions ? La personne qui ne peut pas aller voir ses enfants qui vivent à quinze kilomètres, tu pourrais lui proposer de la transporter une ou deux fois par mois, par exemple. La femme qui cherche des ménages, propose lui une ou deux heures de ménage par semaine puisque ta retraite te le permet. La multiplication de gestes solidaires ne révolutionne pas la société, mais elle la transforme. Tu veux d’autres exemples ? À la Goutte d'Or, les familles voyaient les enfants mourir de consommations de drogues frelatées. Puis, elles ont entrepris des démarches pour installer EGO, (espoir Goutte d’Or), une démarche de diminution des risques, qui a réduit les morts, a accompagné les vivants vers des centres de traitement. Financés par le système capitaliste. Pendant que dans les pays du socialisme réel, on emprisonnait les consommateurs de drogue. Pendant que les révolutionnaires manifestaient contre l’embourgeoisement de la Goutte d'Or. Ils criaient que nous voulions simplement remettre les toxicomanes sur le marché du travail.

L’éducation comme projet de société ? C’était Vincennes. Avec ces milliers de salariés qui voulaient changer de vie, accéder à d’autres métiers, à d’autres activités. En entretenant une agitation permanente, en faisant grève matin midi et soir (tout en étant payés, bien entendu), les extrêmes de gauche ont fini par chasser cette population. Pour tous ces gens, Vincennes était porteur d’espoir. Créatrice de nouveaux projets de vie. Des chauffeurs de poids lourd se sont retrouvés agrégés d’histoire. Des exclus de toutes les filières ont soutenu une thèse d’état. Mais comme tu dis, il ne fallait pas former des « acteurs au système de production ». Sauf que toi et moi, on était déjà des acteurs au système de production. Pour nous ça allait. Pas pour les autres.

Les extrêmes de gauche, bolchevick, castristes, chavistes, ont saccagé les espoirs et les rêves. Ils ont aussi saccagé les solutions modestes qui aident les gens à mieux vivre. Il serait temps qu’ils fassent le bilan.

 

ascenseur social


Quand j’étais prof de fac, je pouvais vivre paisiblement et pas trop inconfortablement en recevant un salaire qui me situait dans la tranche des dix pour cent les mieux payés de mon pays. Peut-être même les cinq pour cent. Peut-être même les trois pour cents. Chaque fois que je pensais à mon ascension sociale, je me répétais la tranche où j’étais. Je me rappelle quand j’ai commencé mon ascension par un poste de professeur certifié dans un lycée de province. Dans l’Oise, qui n’est pas l’un des départements les plus prestigieux. Mon syndicat d’alors, le SNES, me répétait que j’occupais une fonction parmi les plus mal payées de toutes les fonctions de tous les métiers de France et ces déclarations ne me mettaient pas en colère (une colère qui est le moteur de l’action syndicale), mais au contraire me plongeaient dans la dépression. Cinq années d’études pour aboutir dans un département assez sombre à un poste qui était parmi les plus mal payés de tous les emplois. Mon syndicat me lançait dans son bulletin, dans ses discours, dans ses comparaisons, des exemples qui m’enfonçaient chaque jour davantage. Un policier débutant était mieux payé que moi. Un tourneur gagnait plus que moi, avec juste un CAP. Personne ne gagnait moins que moi, ou même pareil et ça me plongeait dans une dépression dont je ne pouvais me sortir que par les vacances et ces vacances m’enfonçaient encore plus. Car non seulement j’étais mal payé, dans la tranche des cinq pour cent les plus mal payés, mais en plus, je ne méritais pas le peu que j’étais payé, puisque la plupart du temps j’étais en vacances, donc je ne faisais rien. J’avais beau répondre que les cours, ça se préparait,  je savais bien que je ne passais pas toutes les vacances à préparer la rentrée, à travailler, que j’avais honte de ces vacances de prof débutant mal payé et qui ne méritait même pas son salaire, qui regardait avec envie les vacanciers de juillet rentrer dans leur atelier ou leur bureau, tous ceux qui non seulement étaient mieux payés que moi, mais qui tous méritaient leur salaire, avec trois ou quatre semaines de congés payés bien mérités car ils étaient très fatigués par le travail à la chaîne ou au fond de la mine, alors que moi, je m’amusais quelques heures par semaine avec des enfants joyeux et au bout de quelques semaines, crac, les premières vacances, la Toussaint, je crois. Vous êtes déjà en vacances ? Mais vous venez tout juste de rentrer. Et quand je disais que je travaillais dix-huit heures par semaine à des gens mieux payés que moi, mais qui travaillaient quarante-huit heures par semaine et n’avaient que trois semaines de congés payés, même s’ils gagnaient plus que moi, même le poinçonneur du métro gagnait plus qu’un prof débutant, mon bulletin syndical me le répétait toutes les semaines, dans l’édito du bulletin, dans les graphiques à l’intérieur, sans compter les comparaisons internationales qui là creusaient davantage encore le trou dans lequel j’étouffais d’humiliation, malgré tout ça, je comprenais le regard d’envie que me portaient tous ces gens mieux payés que moi, salaire de misère, mais en deux jours, votre semaine est terminée. Moi, c’est soixante-dix heures par semaine me disait mon boucher. Et ma femme de ménage aurait volontiers échangé son sort contre le mien, elle qui me voyait lire des livres pendant qu’elle cirait le parquet. Il fait ses dix-huit heures, et ensuite il a tout son temps pour lire. C’est la belle vie.



Vous imaginez donc le bonheur que ce fut quand j’accédais au rang de prof de fac. Non seulement je pénétrais dans la tranche des deux pour cent les mieux payés, peut-être même le un pour cent, et je sais bien que ce passage des trois pour cent le plus mal payés au un pour cent le mieux payé, même si je m’en défends, même si je ne le dis pas, je sais bien que ça me procure de grandes satisfactions. Que des fois, je lâche la somme qui clôt mon bulletin de salaire et que je provoque envie ou admiration, je ne boude pas le plaisir qui monte. Sans compter que les vacances des profs de fac ne sont plus des vacances, mais des périodes de recherches, d’écriture, de séminaires, de voyages d’études, que pas une seule minute un prof de fac n’est en vacances, car tout le temps ça turbine, ça cherche de nouvelles idées, et en lisant le journal à la terrasse d’un café, il regarde avec une certaine condescendance les gens autour de lui qui lisent le même journal, mais la différence, c’est que lui, prof de fac, lire un journal, souligner un passage, découper un article, même regarder une dame qui passe sur le trottoir court vêtue, ça lui donne des idées sur le monde qu’il va intégrer à son prochain article ou dans son prochain livre, car le monde entier est un laboratoire de recherches quand on est prof de fac, sinon, on n’est pas prof de fac. Pour un prof de fac ; les vacances c’est terminé. C’est même parce qu’il ne prend jamais de vacances qu’il se situe dans la tranche des un pour cent.

mardi 19 mars 2019

pinker et rosling


Le temps des menaces. La montée des néo-fascistes. La propagation des haines ethniques. Massacre des Juifs, massacre des musulmans. Les glaciers fondent. Les abeilles disparaissent. Devant l’ampleur des dangers, Dieu a démissionné et demande à ses fidèles de ne plus croire en lui. Il était capable de faire marcher Jésus sur un lac et de guérir ici et là à la grotte de Lourdes (encore qu’aucun manchot n’a jamais récupéré un bras), mais trop c’est trop.

Du coup, nous sommes livrés à nous-mêmes. Nous ne croyons plus que les prophètes du malheur. Après nous le déluge. Etourdissons-nous de musique, d’alcool, de plaisirs. Mais la   majorité de nos semblables refuse de baisser les bras. Ils posent des rails pour que nous puissions nous déplacer, dressent des poteaux pour que les flux circulent, impriment des feuilles, plantent des graines et colorent les joues.

C’est-à-dire que dans la pratique, nous agissons comme si le pire n’était pas certain. Pour nous aider, allons voir du côté des penseurs qui rament à contrecourant du pessimisme ambiant. Steven Pinker ‘La part d’ange en nous) et plus récemment Hans Rosling Factfulness, Flammarion). Hans Rosling constate le pessimisme généralisé. Voici comment Laurent Joffrin résume sa pensée : « l’humanité a vécu des dizaines de milliers d’années à l’état de chasseur-cueilleur, toujours menacée par les bêtes fauves, les accidents naturels, la faim, la soif ou l’attaque d’autres groupes humains…elle tend par un mécanisme de survie intégré dans son patrimoine génétique, à exagérer systématiquement les dangers qui la menacent ». (libération, 13 mars 2019)

Les raisons avancées de ce pessimisme sont discutables. Mais le pessimisme est bien réel. Interrogés sur l’état du monde et son avenir, les humains noircissent systématiquement le tableau. Deux exemples. Quand on demande de classer les pays selon leur degré de richesse, la plupart des réponses séparent le monde en une minorité riche au Nord et une majorité misérable au Sud. Or la grande majorité de l’humanité, en Asie notamment est sortie de la misère. Résultat du développement de pays comme la Chine, l’Inde ou certains pays d’Afrique. Deuxième exemple : les Occidentaux classent le terrorisme en première place des dangers qui les menacent. En fait, moins de 1% de pertes humaines dues au terrorisme sont enregistrées dans les pays du nord. Autrement dit, les terroristes frappent à 99 % les populations pauvres, alors qu’on les présente comme le bras armé d’une revanche des pauvres contre les riches. Comme Steven Pinker, Hans Rosling estime que l’humanité va mieux et qu’elle ira encore mieux dans l’avenir.

Je suis convaincu, mais je n’arrive pas à me débarrasser des définitions données par Billy Wilder du pessimisme et de l’optimisme. Parlant des Juifs allemands, il disait que les pessimistes se sont retrouvés à Hollywood et les optimistes à Auschwitz.

dimanche 17 mars 2019

après les champs

moi
Après les champs 17 mars


Les manifestants pour le climat étaient 45000 à Paris  Ils n'obtiendront rien parce qu'ils n'ont rien cassé, rien pillé, Ni agressé personne. Voici où nous en sommes et ce n'est pas glorieux. 

Nous sommes dans une espèce de folie collective avec une grande résignation. Hier samedi 16 mars, j'étais à Bordeaux. Place du  Parlement. A la terrasse. À prendre l'apéro. Une manif de gilets jaunes, suivis par quelques militants de la CGT, suivis par une escouade de policiers. À la terrasse, les conversations continuent, à peine si les regards se détournent. Nous sommes samedi, et comme tous les samedis. Tout est pareil, sauf que les trams ne roulent pas. Nous sommes samedi et comme tous les samedis, le ministre de l'intérieur et le premier ministre viennent constater les dégâts. Constater. Puis nous aurons un discours et peut-être quelques milliards de plus pour les retraités en bas de l'échelle ou pour les mères célibataires.

Voilà où nous en sommes. Un gvt qui négocie avec un millier de voyous et une société inerte. J'ai connu des sociétés où une avant-garde déterminée décidait de l'ordre du jour. C'était plus grave. Ils tuaient, ils ne contentaient pas de piller et de brûler. Il y avait mort d'hommes. Pendant deux générations, au pays basque espagnol et en Irlande du nord, la politique était structurée autour des actions terroristes. Plus rien d'autre ne comptait, plus rien d'autre n'était audible. Il y avait ceux qui soutenaient les terroristes, ceux qui soutenaient la police et l'armée, et une autre partie terrorisée ou résignée. Jusqu'au jour où la société s'est levée à manifesté et à crié basta. Suffit. D'énormes déferlements de foule qui criaient ça suffit. Privés de soutien, les groupes de bandits étaient asphyxiés. Ils sont arrêté de tuer, ils ont enterré leurs armes et ont même demandé pardon. 

Il n'y a pas de morts. Mais ce qui est en danger, c'est tout simplement la démocratie, la possibilité de vivre ensemble. Tout le monde va apprendre la leçon. Vous n'êtes pas contents? Une voiture qui brûle, une vitrine pillée et vous recevrez un chèque. 

L'issue? Pour le moment, le face à face est un gouvernement qui intervient pour rétablir l'ordre, la police, des procès. Et des gilets jaunes dépassés par les démons qu'ils ont réveillés. Et des hommes politiques qui les soutiennent et les encouragent. 

Un jour, des civils, des citoyens, des commerçants ou des mères de famille, un enseignant ou un médecin, un parti politique, diront , on n'en peut plus. Assez. Demain, dimanche, nous nous réunirons par centaines de milliers pour dire assez, basta, ça suffit. Demain peut-être. Aujourd'hui le face à face continue. Les sociétés basques et irlandaises sont désormais des sociétés où la politique à repris ses droits. Elles nous observent et regardent leur passé avec effarement.