mardi 22 mars 2016

Basques ou épicéens?


Si la proposition du préfet était arrivée avant les élections municipales, on imagine mal la formation d’une liste commune entre les partisans d’une ACBA renforcée et ceux qui veulent sa disparition. D’ailleurs, très logiquement, les héritiers de Batasuna demandent aux abertzale modérés de Biarritz de démissionner d’un conseil majoritairement hostile à l’EPCI.

C’eût été dommage, car dans la morosité ambiante, le rassemblement qui gouverne la ville est un exemple roboratif. Un rassemblement pluriel, non clivant, avec des centristes, une droite modérée, des militants de gauche fiers de leur appartenance républicaine, des abertzale et des Jacobins, des militants associatifs… 

Tout le monde sait que ce n’est pas facile, qu’il faut discuter, qu’il faut des compromis, mais la ville s’en porte mieux. Les ikastolas et les écoles publiques, les festivals internationaux et les fêtes basques. Les logements sociaux et les résidences secondaires, l’hôtel du Palais et les centres d’accueil. Ça s’appelle la vie.

Et puis cette proposition qui nous replonge dans le passé. Des élus inquiets de leur avenir réinstallent l’identité au cœur de la politique. Les frontières étaient poreuses, elles deviennent sacrées. Tout le monde joue à plus patriote que moi tu meurs. Ce pays a une histoire. Il a eu des soldats, des morts. Les fantômes ressurgissent. « Si l’EPCI ne passe pas, nous regretterons d’avoir déposé les armes ». « l’EPCI est une étape du processus de paix » comme si nous étions en guerre. Bassin de vie contre bassin de mort.

Battons-nous et résistons. Sur des principes, pas sur des postulats, pas sur des actes de foi. Tout le monde semble happé par le repli identitaire. « Donner au  pays Basque une institution qui lui soit propre est une nécessité légitime, conforme à son identité ». Qui parle ainsi ? Batera ou les maires de la côte ? Refusons ce jeu dangereux. Chaque fois qu’on a ajouté un adjectif à une institution, on a partagé les citoyens en vrais et faux, en authentiques et en touristes. Et comme en Corse, le pouvoir finit par retomber dans les mains des plus purs et des plus durs.

 Affirmons notre confiance. L’identité, la culture basques sont vivantes, n’ont pas besoin de corset, de fauteuil roulant et de soins palliatifs. Elles vivent dans la confrontation, dans l’air du large. Un Basque est défini par ses chants, sa langue, son histoire, ses engagements. Désormais, si l’EPCI l’emporte, un Basque est celui qui habitera une communauté territoriale de 158 communes administrée par un conseil de 230 membres. On a déjà transformé Biarritz  Bonheur en Galeries Lafayette, on va maintenant transformer les Basques en épicéens. À nous de choisir.

jeudi 10 mars 2016

olivier roy

Olivier Roy, (libération 10 mars 16), remarque que les harcèlements, viols, violences, etc sont dans nos pays développés menés par des hommes blancs, chrétiens et qu'on ne généralise pas comme on le fait pour les musulmans. bien vu. Mais avec une nuance: dans "nos pays", les procès contre le harcèlement, contre la pédophilie, contre les violences conjugales, etc. ne cessent pas  Où sont le début de tels procès et de telles campagnes dans les pays musulmans?

mercredi 9 mars 2016

mon intervention à la réunion Batera sur l'EPCI


Comment rendre majoritaire un courant minoritaire ? La violence armée a échoué. On a enterré la hache, voici le temps de la ruse. Un autre moyen : diviser par deux les voix de la majorité. Multiplier par deux les voix de minorité. Au temps de la révolution bolchevique, un ouvrier valait deux bourgeois ou deux koulaks. En Irlande du Nord, un protestant valait deux catholiques. Une voix de l’intérieur vaut deux voix de la côte. L’EPCI a des modèles.

Et le tout, comme naguère, au nom de valeurs suprêmes qui transcendent la démocratie. Au nom d’une « nécessité légitime, conforme à son identité », l’identité, le « socle qui nous unit », les frontières sacrées, un destin partagé. Comment les élus républicains qui menaient hier le combat contre le repli identitaire se sont-ils inclinés sans livrer bataille ? Nous aurions dû le prévoir. Ils oublient leur écharpe tricolore lorsqu’ils participent à des manifestations de Batera ou pour les prisonniers basques.

Je croyais vivre dans un pays en paix. J’en doute, quand j’entends EHBai et des élus modérés déclarer que l’EPCI fait partie du processus de paix, que si ses adversaires l’emportent, ils seront responsables d’une reprise de la violence armée. Les plus doux des partisans de l’EPCI laissent dire. Batera, Enbata, le conseil des élus, courbent le dos devant un monstrueux chantage qui devrait provoquer une sainte colère démocratique.

Pourquoi, comment ?  Peu importe. Fou qui joue avec le feu. Fou qui ne voit pas l’incandescence d’une carte de géographie. Fou qui détourne les yeux de notre monde et pense que nous sommes à l’abri, protégés des dérives identitaires, des préférences territoriales.

Pour le préfet, l’EPCI n’est pas une étape mais un point d’arrivée. Il ne croit pas à l’intercommunalité comme point d’appui pour après. « C’est même insultant pour les Basques, ce serait douter de leur patriotisme ». Mettez-vous d’accord. C’est une étape ou pas. Et si oui, ne étape vers quoi ?  

Tous les jours, vous donnez la réponse. Amaia Fontang déclare que l’EPCI est une « première étape » et que cette institution permettra de lutte contre les violences faites aux femmes. (Personne n’avait besoin de l’EPCI pour condamner l’assassinat de Yoyès). Dominka Daguerre : l’EPCI sera un lieu de négociations collectives. Ni la lutte contre les violences machistes ni les négociations collectives ne font partie des compétences de l’intercommunalité. Alors ma première question : pour Batera comme pour d’autres partisans de l’EPCI, c’est une « première étape ». Vers quoi ? Dans la perspective de Batera, il s’agit graduellement d’accorder à Iparralde des compétences chaque fois plus étendues : justice, économie, éducation jusqu’à faire du pays Basque un territoire séparé de la République. Jusqu’où ? Une assemblée élue au suffrage universel… une monnaie locale, l’eusko, l’officialisation de la langue basque, une université de plein exercice, des chants patriotiques à la place de la Marseillaise. Et pourquoi pas une carte d’identité qui exclura du droit de vote les touristes ?

         Vous vivez dans un pays Basque ouvert aux vents du large, vous voulez l’enfermer dans une cage administrative. Regardez autour de vous. Dans trois pays celtes gaélophones, seule l’Irlande a fait du gaélique une langue officielle. Où les locuteurs sont-ils les plus nombreux : là où elle n’est pas langue officielle. On parle plus gaélique en Ecosse et en Bretagne qu’en Irlande. La langue celte s’étiole en Irlande, devenu latin pour concours administratif. Vous voulez une université de plein droit : comme à Corte, qu’un recrutement local et patriote condamne à végéter ? Où 98% des étudiants votent pour des listes nationalistes ? Où l’université a connu deux journées « université morte » bloqué les cours par soutien aux supporters de foot ? L’excellence d’Estia tisse des liens avec Bordeaux et avec l’Europe, pas avec Vittoria. C’est dans la compétition avec le Big festival que le rock basque se développe, dans la compétition avec festival latino et FIPA que les films bascophones sont tournés, dans la compétition avec l’anglais et l’espagnol que s’ouvrent des ikastola. Toute cette richesse, vous voulez la mettre en cage ? Vous voulez remplacer la richesse militante par des privilèges administratifs ?

         Je suis inquiet. Je ne vois aucun exemple autour de moi où une confusion entre gouvernement et identité n’ait conduit à des dérives. Si vous tapez EPCI sur Google, vous avez « établissement public corse ». à juste titre. C’est votre avenir. L’ikurina brandi, la demande d’amnistie pour les prisonniers basques, l’inscription du basque dans les concours administratifs.

Je vivais dans un pays Basque sans frontière, respectueux des différences. Je dois m’habituer à vivre dans un territoire sacré, devenir héritier d’un destin partagé.

Le nationalisme a ceci de particulier qu’il considère qu’il n’y a qu’une seule manière d’aimer son pays. La sienne. Toutes les autres sont le fait d’étrangers. Pas de vrais basques. Ces étrangers, on les appelait West Britons en Irlande, des West british comme Oscar Wilde, Bernard Shaw, Joyce, Yeats, Beckett…Au pays Basque, on les appelle des espagnolistes. À Biarritz, les biarrisiens. Le clivage n’est pas pour demain. Il existe déjà, il divise les partis traditionnels, il soude les patriotes. Vous êtes tous gentils et tolérants et me promettez un avenir radieux. Parce que vous être gentils et tolérants, vous serez les premières victimes du golem que vous mettez en place. Vous serez balayés par les purs et durs, par les anciens prisonniers qui paradent sur les estrades.

Je vous remercie de m’avoir écouté. Je n’ai pour le moment qu’un souhait. Je vais glisser le texte que je viens de lire sur mon blog. Je vous demande de le relire dans quelques années si l’EPCI se met en place.

mardi 8 mars 2016

qu'est-ce qu'un Basque?


Sale coup, avis de tempête. Les universités réclamaient leur autonomie et finirent par l’obtenir. Terminé les manifestations au rectorat pour boucler le budget. Il fallut se mettre à compter. Au pays Basque c’est pareil. Pendant des dizaines d’années, des mouvements autonomistes ou indépendantistes réclamaient une structure administrative correspondant aux frontières que l’histoire a tracées. Un département, un pays. Une première étape vers la réunification d’un pays Basque tronçonné Espagne et France. Les gouvernements, gauche et droite disaient non, non non. Quand c’est non, c’est non. Le pays Basque était animé par des manifestations, des pétitions, des congrès, des conseils, des animations. Les choses étaient claires : à la question qu’est-ce qu’être basque ? on répondait : c’est demander un pays basque, un département, un Biltzar. Maintenant, se profile à l’horizon un regroupement de toutes les communes du pays Basque doté de compétences, d’un budget, de responsabilités. Ce n’est pas ça qu’on demandait. On demandait seulement de pouvoir continuer à demander, afin de pouvoir répondre clairement à la question qu’est-ce qu’un Basque ? C’est quelqu’un qui demande ce que nous avons obtenu. Mais une fois qu’on l’a obtenu, quelle est la réponse ?

Une fois qu’on aura mis en place une intercommunalité de 158 communes, un conseil de 250 personnes, un exécutif d’une cinquantaine,  vous imaginez demain, quelqu’un vous demande qu’est-ce qu’un Basque, c’est quelqu’un qui habite dans un regroupement intercommunal de 158 communes dirigé par un conseil de 250 personnes. C’est franchement ridicule.

mardi 1 mars 2016

pour libérer les prisonniers


Colette Capdevielle et Sylviane Alaux, élues socialistes nuance abertzale ne cessent pas leur campagne pour la libération des prisonniers basques malades et pour leur rapprochement de leur famille. Elles continuent de militer aussi pour une intercommunalité basque. Quand Colette Capdevielle est allée visiter Lorenxa Guimon dans sa cellule, elle a constaté que la prisonnière était malade mais « n’a pas discuté sur le fond ». Ce fut une visite humanitaire.

Si nos deux élues souhaitent la libération ou l’amnistie pour les prisonniers basques, je leur conseille de traverser la frontière et de jeter un coup d’œil sur l’accord du 12 janvier dernier qui a permis la libération de 35 militants indépendantistes, dont Aurore Martin. Cet accord est un document signé par les 35 prisonniers, les juges espagnols et deux associations de victimes. Dans cet accord, les militants basques doivent assumer leur responsabilité dans la stratégie politique de l’ETA et accepter une « réinsertion individuelle ». Ils s’engagent à renoncer à toute activité en lien avec l’emploi de la violence, en souhaitant que cette reconnaissance contribue à la réparation des dommages et des souffrances causées aux victimes de l’ETA. Ils admettent avoir apporté leur contribution la démarche globale de l’ETA. En somme ils doivent cautionner la thèse du juge Garzon selon laquelle « todo es ETA » qui a permis de condamner de nombreux indépendantistes.

Cet accord est condamné par de nombreux indépendantistes, prisonniers ou militants. Mais si nos élues socialistes le portaient à la connaissance des prisonniers basques en France, elles pourraient peut-être contribuer à leur libération.

samedi 27 février 2016

la hache et le serpent


Bietan Jarrai : c’est « les deux ensemble » ou « en avant avec les deux ». Le slogan est illustré par la hache et le serpent, le logo de l’ETA, la force et la ruse. Ou encore : les « deux » : les deux voies, la voie militaire (la force) et la voie politique (la ruse). Alain Fleischer a repris le binôme dans son roman La hache et le violon, la hache étant la mort, le violon la vie, la musique, l’amour et comme par hasard, la violoniste parle yiddish et sera déportée à Terezin.  Si un militant nationaliste lisait la  hache et le violon, il serait peut-être saisi de honte. Parce que dans ce roman, Esther, la violoniste, joue debout, nue devant un officier SS et quand elle a terminé la Pasacaille, l’officier saisit une hache et coupe le violon en deux d’un seul coup de hache.

entre soi


Les individus séparés meurent de faim, de soif, d’isolement. Pour survivre, ils doivent appartenir à une communauté qui prendra soin d’eux, depuis la naissance jusqu’à sa mort, depuis le lait du sein maternel jusqu’au linceul. Pour appartenir à cette communauté, il faut être né au bon endroit, sur une terre reconnue, dans une communauté de base qu’on appelle famille, que l’adn, le gêne, le livret de famille ou la carte d’identité permettra de reconnaître. Cette communauté se développe et aspire à une organisation correspondant à ses définitions historiques, ancestrales, inventées, construites, depuis des siècles ou des semaines. La langue, la couleur de la peau, les vêtements, l’alimentation, les jeux, les dieux, participent de cette définition. À une communauté doit correspondre un gouvernement, à un gouvernement doit correspondre une communauté. Cet ensemble a besoin d’étrangers pour se définir. Elle se définit d’abord contre ceux qui ne lui appartiennent pas.

            Heureusement, d’importantes communautés ont évolué vers une définition ouverte et accueillante à l’égard de ceux qui sont différents. Noirs, Musulmans, Juifs, Indiens, ils ont  droit à la carte d’identité, à la carte vitale qui permet les soins, livret de famille qui permet l’accès à l’école. Mais les tentations d’épuration ethnique ne disparaissent jamais. Entre soi, même uniforme, mêmes dieux, même langue, se reconnaître, c’est naître ensemble. Et au pays Basque, des forces telluriques souhaitent retrouver le pays Basque ancestral, une terre, une langue, un sang. Une carte d’identité, une monnaie locale, une université séparée. On les appelle nationalistes ou abertzale et ils militent pour la préférence territoriale. Pour une fusion entre territoire et gouvernement. Comme tous les nationalistes, ils estiment qu’il y a une seule manière d’aimer son pays, c’est de demander une administration ethnique de ce territoire. Ceux qui ne partagent pas ce point de vue ne sont pas patriotes. Ils disent aimer le pays Basque mais ce n’est pas vrai. Le nationalisme, c’est le pouvoir de définir la seule manière d’aimer le pays. Les cosmopolites croient qu’il y a des manières différentes d’aimer le pays Basque. Les nationalistes sont convaincus qu’il n’y en a qu’une seule : la leur.

vendredi 26 février 2016

EPCI première étape


Amaia Fontang, féministe et Dominika Daguerre, membre d’EHBAI et de LAB considèrent que l’EPCI est une avancée, « une première étape » dans la reconnaissance institutionnelle d’Iparralde.

Amaia espère notamment que cette institution pourra mettre en place une structure d’accueil des femmes victimes de violences. Elle pense également que l’EPCI pourra permettre de créer les entités nécessaires pour la lutte contre toutes les formes de discriminations.

Dominika, quant à elle, a souhaité créer un lieu de négociations collectives afin d’avancer dans l’amélioration des conditions de travail. (entretiens recueillis par la plate-forme  Batera.)

Ni les négociations collectives ni la lutte contre les discriminations ne font partie des compétences d’une intercommunalité. Ces réponses permettent seulement de préciser la notion de « première étape ». Dans la perspective de Batera, il s’agit graduellement d’accorder à « Iparralde » des compétences chaque fois plus étendues : justice, économie, éducation…jusqu’à faire du pays Basque français un territoire séparé de la République.

Quant aux femmes victimes de violence, a-t-on besoin de l'EPCI pour condamner l'assassinat de Yoyès?

jeudi 25 février 2016

IVG à Bayonne


Dans la cathédrale de Bayonne, derrière les fonts baptismaux, la vidéo d’un artiste polonais est projetée dans un œilleton. La vidéo dure quelques minutes. Elle montre un nouveau-né, le sein d’une mère qui pleure une goutte de lait, le ventre d’une femme enceinte agitée par les mouvements du futur bébé, et entre ces images des instruments de torture, cordes serrées, clous, des taches de sang sur des draps froissés et des poubelles où l’on devine des fœtus. Des esprits torturés pourraient voir une vidéo vouant aux enfers les interruptions de grossesse, d’autant plus que Mgr Aillet, évêque de Bayonne a comparé les IVG aux actes terroristes de Daech et aux génocides. Pas du tout répond le vicaire, il s’agit de raconter la vie du Christ.

Les esprits torturés persistent et sont indignés qu’on projette ainsi des images qui tournent en boucle contre les IVG. La jeune fille qui a été violée par un prêtre et voudra interrompre sa grossesse sera assimilée à une djihadiste tandis que son violeur ira se réfugier sous la soutane de son évêque. 

Brigitte Pradier regarde les images et son indignation monte. Elle n’en peut plus. Elle s’approche de l’appareil de projection, cherche l’interrupteur qui ne fonctionne pas. Elle poursuit sa quête, trouve le câble d’alimentation et le débranche. La honte s’arrête.

Brigitte Pradier est catholique et la cathédrale lui appartient autant qu’à l’évêque. Elle a donc le droit d’interrompre un spectacle qui ne vise qu’à accroître la douleur des femmes. Dans un lieu public. Non seulement elle a le droit, mais elle invite les fidèles du diocèse à visiter la cathédrale de Bayonne, à marcher jusqu’au bout de la nef, à trouver les fonts baptismaux et à débrancher l’appareil s’il a été depuis rebranché.

mercredi 24 février 2016

peur

Jamais aussi peu de personnes n'ont fait peur à autant de gens avec aussi peu de moyens.