vendredi 29 septembre 2017

différences


Quand on évoque les crimes de l’ETA, les abertzale répliquent par les GAL, ces hommes de main recrutés par le gouvernement de Madrid pour assassiner des etarras réfugiés en France. Il y eut une trentaine de ces crimes.

Hein, ça vous ferme le clapet, n’est-ce pas ? il y a eu deux camps, des victimes de part et d’autres…

Pourtant la différence est éclatante. Les hommes de main du Gal ont été jugés et emprisonnés. En été 1998, un ancien ministre de l’intérieur, Jose Barrionuevo, a été condamné à dix ans de prison. Et personne n’a organisé de manifestations de soutien, pas de demande d’amnistie, d’aucune parti politique, d’aucune association Pas de cérémonies de bienvenue à la sortie de prison. Pas de parades sur les estrades des meetings.

Alors que les assassins de l’ETA condamnés pour leurs crimes ont bénéficié de tout ça : manifs, fêtes de libération, demande d’amnistie, parades dans les meetings. Avec l’appui et la complicité de Vincent Bru, Colette Capdevielle, Michel Veunac, Jean-René Etchegarray, Frédérique Espagnac, Max Brisson, élus LR, PS, LREM. Bras dessus dessous avec les patriotes.




jeudi 28 septembre 2017

catalogne pays basque


Dossier sur la Catalogne dans libé 28/09/17.

Une province déchirée, plus de la moitié des citoyens est contre l’indépendance. Mais ils se taisent tant est violente la campagne séparatiste. Les écrivains, les artistes, les élus qui prennent position contre le referendum sont vilipendés. Traités de traîtres, de vendus à l’Espagne…

Au Pays Basque français, EH baï et les abertzale modérés, dans enbata, citent tous la Catalogne comme exemple à suivre.

Demain, la communauté d’agglo basque va les relayer.

Au Pays Basque, quand je dénonce les grotesques cérémonies en alliance avec les assassins de Yoyès et de Blanco, parce que ça peut mener à une situation à la catalane, on (tout le monde) me dit que ça ne sert à rien, que je me taise, je vais me faire insulter pour rien.

Au Pays Basque français, quand je dénonce la dérive nationaliste, on me dit que mes craintes ne sont pas justifiées, que nous n’en sommes pas là.

Mais sans j’en juge par le silence unanime de ceux qui n’ont pas aimé l’opération de Louhossoa, je crains hélas que nous en soyons là.

nationalismes


Québec, Irlande, Ecosse, Catalogne, Kosovo, Pays Basque, Corse, Kurdistan…Les nationalismes sont en première page. Historiquement, le nationalisme est un mouvement social, politique, culturel, militaire ou pacifique, qui vise à obtenir l’indépendance et un gouvernement qui correspond à une communauté de langue, d’intérêt. Le nationalisme se développe quand les citoyens de cette communauté sont exclus des avantages et des privilèges garantis par l’état où ils vivent. Le cas le plus simple est celui de l’Irlande. Dans le Royaume-Uni, les catholiques, majoritaires en Irlande, étaient des citoyens de seconde zone dans tous les domaines, économiques, électoraux, religieux. L’indépendance était pour eux accéder aux droits déniés.

        Les contours de cette communauté construite par l’histoire peuvent être territoriaux, linguistiques, religieux. L’important n’est pas tant leur réalité que leur mobilisation par la communauté qui s’estime opprimée et discriminée. Quand la langue, la religion, la terre, deviennent des facteurs politiques, peu importe leur réalité. Ils sont vrais parce qu’ils sont reconnus comme tels par le mouvement national.

        De cette liste apparaîtra une différence notoire. L’emploi de la violence armée ou le recours uniquement à des moyens pacifiques, manifestations, pétitions, et naturellement, le vote. Le Québec, l’Ecosse, la Catalogne, n’ont pas eu recours à la lutte armée. L’Irlande, le Pays Basque, la Corse, ont été marqués par l’émergence d’armées clandestines. En Irlande, aux premières élections générales à la sortie de la guerre de 14-18, la majorité a été accordée aux candidats qui s’étaient engagés à ne pas siéger au parlement de Westminster, à constituer un parlement à Dublin (le Dail), un pouvoir non reconnu par Londres, mais légitimé par les urnes. Il est résulté une période de double pouvoir (Londres et le parlement dublinois), et des affrontements qui se sont développés en guerre anglo-irlandaise, terminée par un accord en 1921. Cet accord, accepté par la majorité du Dail et par la majorité des électeurs, fut dénoncé par une partie des républicains mené par De Valera, dont les paroles célèbres : « le peuple n’a pas le droit d’avoir tort » devinrent le slogan de toutes les avant-gardes révolutionnaires. Ce désaccord se transforma en guerre civile qui fit plus de morts que la guerre anglo-irlandaise.

        L’objet de ce texte n’est pas de décerner des bons ou des mauvais points. Il est possible (peut-être nécessaire) de relever que l’émergence de groupes armés n’était pas dû à l’écrasement d’une volonté majoritaire (comme en Irlande en 1919), mais d’abord pour remplacer la volonté majoritaire par le sacrifice d’une minorité. La théorie est la même partout : le peuple souffre, il est dans les chaînes, mais il ne s’en rend pas compte, il est endormi. Le sacrifice d’une avant-garde le réveillera. Etarras basques, Républicains irlandais, nationalistes corses partageaient le même diagnostic. L’idéal d’indépendance est minoritaire, il faut le rendre irrésistible par le sacrifice d’une avant-garde combattante. C’est une conception très religieuse de la politique dont le modèle, avant d’être celui Che Guevara, fut d’abord celui du Christ. Regardez l’iconographie de Bobby Sands, comme celle de Che Guevara et vous constaterez la transformation de ces martyrs en figures christiques. « En vérité je vous le dis » est ridicule dans une enceinte parlementaire, mais devient message universel quand ces mots sont prononcés sur la Croix ou depuis la geôle.

        Ça marche. C’est efficace. Les plus modérés ont tous condamné le recours à la lutte armée, ils doivent quand même reconnaître que ces sacrifices ont réveillé consciences. Ces avant-gardes ont partout été battues, mais elles continuent de fixer les ordres du jour. La question des prisonniers, leur réinsertion, se joue toujours sur le fond d’une légitimation de leur combat. Ces rencontres prennent parfois des aspects surprenants. Au Pays Basque, pour aider les derniers etarras à quitter leur repaire, des hommes de paix jouent à  la clandestinité, ils jouent à la guerre, déterrent des armes, se font arrêter, crient à l’injustice, ils sont des combattants d’opérette, n’empêche qu’ils entraînent la société basque derrière eux en une espèce d’hommage à ceux qui se sont vraiment sacrifiés.

        Encore faut-il s’entendre sur le sens du mot « sacrifice ». Il ne s’agit pas de gens qui se sont immolés par le feu. Ils ont tué, beaucoup, et il faut effacer leurs victimes pour honorer leur combat.

         

dimanche 24 septembre 2017

le bonheur de toucher le fond


     Chacun connaît le fond du trou, la lumière a disparu, les fenêtres sont colmatées, vous êtes seul avec une vie à trancher. Où sont les barreaux qui permettent de remonter ? Les échelles à grimper vers le soleil ? Les grappins où s’accrocher ?

     Oui, ça m’arrive, comme à chacun, comme à tous. C’est douloureux, mais gratifiant. Je me dis que le contentement béat devant un monde inégal n’est pas très bon signe. D’une certaine manière, je suis heureux d’être malheureux, parce que si j’étais content devant ce que je vois, je serais très mécontent d’être content. Voici donc le premier barreau : celui qui permet la jouissance extrême d’être au fond du trou, plus profond que n’importe qui, plus douloureux que toutes les douleurs, celui qui procure l’immense plaisir de n’éprouver aucun plaisir.

     Quand je suis ainsi au fond du trou, je me retourne et j’évalue. Après avoir été rouage d’une machine à broyer, j’ai rompu avec cette mécanique infernale et j’ai joué  un rôle modeste, mais réel, dans la destruction de ce monstre. J’ai poursuivi mon combat contre les théories léninistes et avant-gardistes, en Irlande et en France. En Irlande, j’ai contribué à l’émergence d’une histoire qu’on appelait alors révisionniste et qui consistait à remettre en cause les dogmes du nationalisme essentialiste et violent.  En France, par mes livres, articles, mes conférences et mes cours, j’ai contribué à diminuer l’influence des républicains irlandais en armes qui avaient un impérieux besoin d’un appui international que j’ai ainsi affaibli. Ces batailles sont désormais derrière moi. Georges Marchais et son bilan globalement positif des camps et des cimetières ont disparu. Restent des héritiers qui utilisent les mêmes mouvements de menton, les mêmes adhésions à des satrapes latins ou slaves, les mêmes bilans globalement positifs des dictatures. Mais ces avatars du communisme stalinien et léniniste ne font plus peur car ils n’ont aucun appui étranger. Quand Maurice Thorez déclarait qu’il accueillerait les troupes soviétiques comme des libérateurs, ça faisait trembler dans les palais et même dans les chaumières. Mélenchon ne peut pas appeler Raul Castro ou Maduro à la rescousse.

     Les hasards de la vie m’ayant installé dans le Pays Basque, j’ai découvert un nouveau terrain de bataille. Inspiré par mes combats contre les théories et les pratiques avant-gardistes, j’allais poursuivre cette bataille contre le nationalisme basque qui n’en finit pas de célébrer ses crimes passés, et contre l’adhésion quasi unanime de la société basque, politique et civile, à cette dérive. Contre une communauté d’agglomération sur une base identitaire, contre des manifestations téléguidées par les héritiers de l’ETA. Je fus déçu. Quand je bataillais contre le stalinisme du PCF, je disposais de deux ingrédients indispensables à toute bataille : des alliés et des ennemis. Les ennemis m’insultaient, les alliés me soutenaient. Dans mes batailles contre le républicanisme militarisé de l’IRA, j’avais des alliés et des ennemis. Bravos et injures tiennent un homme debout. Dans le combat contre le nationalisme basque, je n’ai ni allié ni adversaire. Les adversaires ne me répondent pas, ils me considèrent comme un extra-terrestre, les amis ne me soutiennent pas, ils me disent que le combat est inutile. Je me bats contre des moulins à vent, contre l’indifférence. Les sympathisants abertzale applaudissent, les républicains se résignent, les démocrates pensent que je surestime le danger nationaliste. Bref, je me trouve dans la position déplaisante du prêcheur dans le désert. Il ne peut même pas se taper la tête contre les murs, il n’y a pas de mur. Il donne un coup de poing et son poing s’enfonce dans la ouate.

     Je commence à comprendre les personnes isolées qui ont le sentiment d’un danger imminent mais qui ne sont pas prises au sérieux. Quelle terrible situation que celle de Cassandre qui pouvait prédire l’avenir mais que personne n’écoutait. Il y a de quoi s’énerver. Il y a de quoi être tenté par des coups d’éclat. L’immolation par le feu par exemple. Je sais d’avance que je ne m’aspergerai pas d’essence puisque j’ai arrêté de fumer, je n’ai sur moi ni briquet ni allumettes et je ne me vois pas, dégoulinant de super, demander à un passant s’il a du feu. Je ne le ferai pas d’abord par peur, car comme tout le monde, j’ai vu les souffrances de Jeanne d’Arc sur le bûcher. Et aussi par principe. Je ne peux dénoncer ce que les terroristes appellent la propagande par les actes et utiliser les mêmes méthodes. L’immolation est de même nature que l’assassinat : au lieu d’être une explosion, c’est une implosion. Mais la méthode est la même : contourner les difficultés politique par des coups d’éclat.

     C’est décidé. Je vais faire une pancarte. J’écrirai avec un feutre noir, le nombre 829. C’est le nombre des victimes de l’ETA. Et je me promènerai avec cette pancarte chaque fois que les abertzale et leurs amis manifesteront. Je demanderai à des passants de me prendre en photo. Je diffuserai la photo sur les réseaux sociaux et c’est tout. Pas de slogan, pas de démonstration que personne ne lira. Juste un nombre.

samedi 23 septembre 2017

la laïcité est un combat


« La manière que j’aurai d’aborder les débats ne sera en rien de dire que la politique a une prééminence sur vous » (Emmanuel Macron, devant les églises de France, 22 septembre 17)


« Le droit pénal est au-dessus du droit canon » (Enda Kenny, premier ministre irlandais, devant le Dail, le 20 juillet 2011)

évangélisez


Je vous fais parvenir une invitation. Imaginez si  « évangéliste » était  remplacé par « musulman », le tollé…
À l'occasion de la première journée d’études et de rencontre organisée le 26 novembre 2011, les Groupes Bibliques Universitaires lancent le « Réseau Évangélique des Professionnels de l’Enseignement » (REPE).


Ce nouveau réseau existe pour permettre à des chrétiens de rencontrer d'autres chrétiens engagés dans l'enseignement pour qu'ensemble, ils puissent :
·               élaborer une vision biblique de leur métier alliant transmission de savoirs et accompagnement
·               débattre des questions qui se posent à l'interface entre l’enseignement et la foi chrétienne
·               mieux articuler leur pratique professionnelle et leur engagement chrétien
·               s'encourager à être témoins de Christ dans leur milieu professionnel
·               rendre disponible au public une réflexion évangélique rigoureuse sur l’éducation et la pédagogie.


jeudi 21 septembre 2017

DDR






Désarmement, démobilisation, réintégration (DDR)



Le Foro social, à Aiete, déclare qu’après le « désarmement unilatéral de l’ETA », « en bon ordre », qui a été une réussite grâce à l’implication de la société  civile au Pays Basque français, la prochaine étape est la démobilisation qui doit se faire de la même manière grâce à la même société civile. Ensuite aura lieu la réintégration des prisonniers, des clandestins, des déportés…, dernière étape. (El diario Vasco, 21.09.17)

Ainsi est présentée la feuille de route pour les prochains mois.

Étaient présents Bildu et Sortu, plus la gauche radicale (IU). C’est tout. Cette feuille de route sera donc impossible au Pays Basque espagnol (ni PP, ni PSOE, ni Podemos, ni PNV n’étaient présents) elle devra à nouveau se réaliser dans le Pays Basque français.

Les faiseurs de paix soutenus par toute la société basque française qui a moins souffert que la société basque espagnole organiseront  une cérémonie de démobilisation négociée avec l’ETA, « en bon ordre ».  À Louhossoa ?

Ensuite, les élus, les partis, les associations, demanderont la réintégration des anciens etarras, sans demande de pardon, sans engagement pour l’avenir.

Ce qui n’est pas possible au Sud devient possible en France, et la communauté d’agglo du Pays Basque, les partis politiques, les élus, répondront présents au Foro Social.

Pour Xabi Larralde, « il n’y aura pas de paix au Pays Basque tant qu’il y aura des prisonniers (enbata, avril 2017). Nous voilà prévenus. Les blanchisseurs de terreur nous ont affirmé la main sur le cœur que l’opération du 8 avril serait la fin du conflit, la paix éternelle. Mais non, il n’y aura pas de paix au Pays Basque tant qu’il y aura des prisonniers. Il n’y aura pas la paix au Pays Basque tant qu’il y aura des etarras en fuite. Ou des etarras en exil. Pour qu’il y ait la paix au Pays Basque, il faut que tous les etarras soient réintégrés dans la société civile, au cours d’une grande cérémonie Place Saint-Esprit, à Bayonne.

Sinon, Xabi Larralde va reprendre les armes de Louhossoa.


monochromie monotonie


Qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, sur la question nationale, le Pays Basque français est monochrome. L’unanimité s’est réalisée pour la création d’une communauté d’agglomération sur une base identitaire fondée sur la langue, le territoire, une histoire héroïque. Tous ensemble, patriotes et républicains honteux, réclament l’amnistie des prisonniers dits « politiques », négocient le désarmement avec l’organisation terroriste de l’ETA, officialisent la langue basque. Les voix dissidentes se fatiguent, elles finissent par se taire. Il y a désormais deux pays basques : le territoire ancestral et le Pays Basque du tourisme, qui fait encore partie de la république française. Les deux Pays Basque coexistent sans se parler. Le Pays Basque français considère le nationalisme basque comme un aimable folklore qui aide à vendre le pays dans les agences de voyage. Le Pays Basque patriote considère la République comme un gâteau qui disparaîtra à force de le grignoter.

Le recours à la terreur armée avait un avantage : chaque attentat, chaque assassinat, était suivi de discussions passionnées. Les condamnations ou les justifications clivaient les familles. Ces discussions se poursuivent au Pays Basque espagnol où le bilan de la terreur occupe le terrain politique, où les victimes, leur famille, les survivants, contribuent au bilan des années de plomb. Le roman de Fernando Aramburu, Patria, est un événement littéraire et politique. Des livres, des études, des monuments bouleversent les consciences, animent les débats. Vidas Rotas, qui recense les victimes de l’ETA, est un événement capital. Vittoria s’apprête à inaugurer un monument aux victimes. Du côté français, depuis que l’ETA a cessé le feu en 2011, les partis politiques, les syndicats, les associations n’en finissent de remercier les etarras d’avoir déposé les armes. Les élus et les associations négocient avec les quelques dizaines d’etarras en fuite la restitution des armes rouillées, donnant ainsi une visibilité et une légitimité surprenantes à une organisation terroriste. Des manifestations unanimes, patriotes, républicains, marcheurs, socialistes, verts, syndicats,  demandent le rapprochement des prisonniers, la libération des malades. Cette unanimité se fait au prix de la disparition des victimes. Elles ne sont pas invitées aux cérémonies de l’oubli, elles sont à peine évoquées dans cette vague de bons sentiments. Chaque fois que l’auteur de ces lignes rappelle l’abominable bilan de l’ETA, on lui reproche de saboter le processus de paix. Qui peut être contre la paix ? Pas un coup de feu n’a été tiré depuis 2011,  mais apparemment, la guerre se poursuivait. Grâce à la bonne volonté des etarras et des faiseurs de paix, les armes qui ont tué ont été déterrées. Tout le monde exulte : les etarras et leurs alliés ou sympathisants qui observent les foules déferlant dans les rues de Bayonne, les responsables politiques des grands partis républicains qui se présentent comme des faiseurs de paix dans un pays qui  n’était plus en guerre. Les négociateurs sont célébrés et le sang a séché. Et si l’on persiste à évoquer les victimes, les « blanchisseurs de la terreur » répondent qu’il faut penser aux victimes des « deux côtés ». Terrible expression qui met sur le même plan bourreaux et victimes.

Une nouvelle communauté d’agglomération du Pays Basque, créée en janvier 2017, accompagne le mouvement. Son président, le Lehendakari, participe activement aux négociations, aux délégations, aux rassemblements festifs et revendicatifs. Il est soutenu par les élus patriotes, par des républicains et socialistes, par confort (il est fatigant de prendre position), par calcul (toutes les voix sont bonnes à prendre) et par le silence des autres. Il n’y a pas de candidat abertzale aux élections sénatoriales du 24 septembre et enbata appelle à voter en faveur des candidats socialistes ou LR  qui ont été « à nos côtés » pour former la CAPB ou se sont mobilisés pour les presos.

Qui lit la presse locale (Sud-Ouest), les journaux plus engagés (Mediabask et enbata), sera frappé par l’unanimité des commentaires. Les prisonniers sont « politiques », les négociateurs sont des « faiseurs de paix », la présence des élus de tous bords dans les manifestations nationalistes est aussi naturelle que les fêtes de Bayonne. Aucun son discordant. Sur la question nationale basque, l’offre journalistique est aussi variée que la Pravda au temps de la guerre froide. Si on ne lit que la presse locale, un doux endormissement vous saisit, une acceptation molle du fait identitaire et si une voix différente se fait entendre, elle apparaît comme la sonnerie d’un portable pendant l’adagio d’Albinoni.

Il suffit de lire la presse d’outre Pyrénées pour se plonger dans le bruit et la fureur de la sortie d’un conflit meurtrier. Mais qui lit El Pais, El Diario vasco ? Qui sait que Otegi, récemment libéré, le chef des patriotes radicaux, célèbre les rassemblements « pour la paix » et salue l’unanimité des élus du Pays Basque français et demande que l’on suive cet exemple au Pays Basque espagnol ?

Pourquoi ne pas se laisser endormir après tout ? Comme en Corse ou en Irlande du Nord, les identitaires auront pris le pouvoir, les agences de tourisme font visiter les peintures murales et les prisons, les terroristes libérés jouissent de voitures de fonction et les victimes survivantes rasent les murs où des fresques et des peintures murales célèbrent leurs bourreaux.

Le danger d’une telle unanimité est connu. Partout où l’histoire des drames ne se fait pas, les héritiers et les complices les plus résolus sont portés au pouvoir. Plus généralement, toute société homogène dépérit, se dessèche. Plus de débat, plus de dialogue, le pouvoir se partage silencieusement entre clans et familles. Il est possible, tant que le Pays Basque français reste dans la République, que le Pays Basque soit un lieu où toutes les cultures sont possibles et aucune n’est obligatoire. Plus il est unanime, plus il se refermera et perdra sa vitalité actuelle. Il aura gagné des frontières et aura perdu son âme.






mercredi 20 septembre 2017

migrations


Moi, inlassablement, je dis regardez la carte du monde, regardez les pays, voyagez. Où préférerez-vous vivre ? Dans les pays d’où l’on immigre ou dans les pays que les migrants choisissent ? Je suis heureux à chaque minute de mes journées de vivre dans un pays qui attire les migrants. L’exemple le plus achevé de cette réalité est l’Irlande. La misère, le sous-développement, la famine, firent du pays une terre d’émigration massive. En un siècle, il perdit la moitié de sa population. Les Irlandais émigraient vers la Grande-Bretagne, vers les États-Unis, vers l’Australie, le Canada. Il exportait ses intellectuels, ses entrepreneurs, ses chanteurs, ses poètes, et ne restaient au pays que des prêtres sans culture, un clergé arrogant. Misère morale et misère matérielle. L’emprise de l’église catholique était totale. Puis l’Irlande s’est modernisée, hissée au niveau des autres pays européens, l’émigration changea de sens, elle attira les migrants de l’Europe de l’est, les migrants africains, les Indiens. Et le pays s’est laïcisée, le divorce fut permis, l’avortement accepté avec réticence, les prêtres et les évêques pédophiles furent poursuivis en justice. Je ne sais pas si les Irlandais d’aujourd’hui sont plus heureux que leurs ancêtres du Connemara. Les femmes sont plus libres, la censure et la chape de plomb cléricaux ont été levés, et la République a un premier ministre homosexuel. Et bien entendu, on regrette le passé, le temps où tous les habitants du village se levaient quand le prêtre arrivait. Le temps où l’on enfermait les filles–mères, comme on disait dans des institutions esclavagistes comme les Magdalena Sisters. Tout ça a changé, et le pays est devenu terre d’immigration. J’aime vivre dans une terre d’immigration et je n’aimerais pas vivre à Cuba, en Corée du Nord, au Venezuela, en Pologne, en Algérie, faites la liste des pays que les habitants veulent quitter et que personne d’autre que les touristes veulent pratiquer.



Il y a des Basques qui regrettent que les Basques quittent le pays et que trop de non-Basques viennent s’y installer. On les appelle abertzale.

samedi 16 septembre 2017

parti unique


La nouvelle communauté du Pays Basque. Six mois après sa mise en place, il s’est révélé impossible de se mettre d’accord sur la gestion de l’eau, du tourisme, des transports en commun, des services sociaux. Les seuls points sur lesquels la nouvelle agglo a pris des décisions : l’officialisation de la langue basque, la mobilisation en faveur des presos, la participation aux cérémonies de blanchissage de la terreur et de l’oubli des victimes. Le président de l’agglo s’appelle Lehendakari.

Mais non, la nouvelle communauté n’était pas une revendication identitaire. Puisqu’on vous le dit.

Le Lehendakari est soutenu par les élus abertzale de conviction, par les élus républicains abertzale de confort (fatigant de prendre parti), par les élus républicains abertzale par résignation, par les élus républicains abertzale par calcul (toutes les voix sont bonnes à prendre), par le silence de tous les autres. Impossible de dénoncer la dérive identitaire puisque pour un parti politique, il n’y a que des coups à prendre et des voix à perdre. Ce qui veut dire tout simplement que les abertzale ont déjà gagné.

Laurent Joffrin : « en remettant au sommet de l’échelle des valeurs la logique des racines et des origines culturelles, on finit par déprécier l’universalisme et l’on risque d’éroder à terme les défenses démocratiques qui s’opposent à l’extrémisme ».