samedi 2 septembre 2017

happy Europe to you, Tony


Tony réunit ici sa famille et ses amis, il fête ses 80 ans et fait un discours tout entier consacré à une argumentation serrée, passionnée, contre le Brexit. À partir des expériences de sa vie, la Seconde guerre mondiale, les premières images des corps empilés dans les camps nazis, la libération, les soldats américains qui jetaient des friandises dans la cour des écoles avant d’aller mourir sur les plages de Normandie. Il a été permanent syndicaliste, parcourant le monde pour organiser les marins, il a été membre du Parti communiste de Grande-Bretagne et il rappelle sa colère quand le journal communiste, le Morning Star, publiait sur huit colonnes, en gras, un appel à voter non au referendum d’adhésion à l’Europe « pour la grandeur de l’Angleterre ». Dès 1972, pourtant membre du Parti, il a voté oui à l’Europe. La sortie de l’Europe est un véritable crève-cœur et il demande à l’assistance de mener campagne partout où ils peuvent pour retrouver le chemin de l’Union européenne.

J’écoute le discours devant un verre de vin rouge et je pense avec une colère au ventre au front uni qui a salué la victoire du repli britannique, depuis les lepénistes jusqu’aux insoumis. J’écoute Tony et je me dis que le même combat nous rassemble partout, contre les replis identitaires lourds de menaces guerrières et le combat pour l’organisation de tous pour faire humanité. Happy Europe to you, Tony.

vendredi 1 septembre 2017

le grand virage




Le grand virage



Au congrès des FARC démobilisés, on discute de la difficile transformation en parti politique. « Pour nos morts, pas une minute de silence, toute une vie de combat » scandent les délégués. Les portraits des fondateurs des FARC et des héros et martyrs sont sur les murs. Les FARC veulent à la fois rester fidèles à leur histoire  et convaincre les électeurs colombiens qui leur sont très hostiles.

La « justice spéciale pour la paix » prévue par les accords de 2016 contraint les guérilléros à dire la vérité sur les crimes commis pour échapper à la prison. La guérilla est accusée de massacres, assassinats, enlèvements, extorsion et recrutements de mineurs, sans oublier le trafic de stupéfiants.

La déclaration du patrimoine des FARC qui doit servir à indemniser les victimes de la lutte armée a été jugée irrecevable par le parquet. Elle inclut des pistes construites dans la jungle, des armes remises à l’ONU, des terres sans titres de propriété. Les biens placés à l’étranger sont omis. (Le monde, 31 août 2017)

Une porte-parole des FARC : « plus que jamais, il est nécessaire de défendre l’idée que la vie n’est pas une marchandise ». Pour des gens qui hier encore demandaient rançon après kidnapping, le virage est en effet important.

PS. Selon Mediabask, SORTU était présent comme invités à ce congrès des FARC. EH Bai n’est pas mentionné parmi les invités.




mercredi 30 août 2017

Insoumission

Mercredi 30 août

Nous sommes rebelles et insoumis. Partout la lutte. Dans tous les musées que nous avons visités, quand il y avait une notice "do not touch" nous avons touché. à l'hôtel, pour nous venger de l'absence de marmelade au petit déjeuner, à la question "combien de petits déjeuners avez vous pris?", j'ai répondu trois alors que nous en avions pris quatre.

L'insoumission n'est pas une politique, c'est un état d'esprit. J'ai toujours été surpris par l'utopie créatrice des militants de Lutte ouvrière. Les mains nues, sans argent sans armée, ils allaient renverser le système capitaliste et instaurer un régime communiste sans exploitation de l'homme par l'homme. Et maintenant, Mélenchon et la France insoumise, sur la trace de Marchais, 17 députés, refus de principe de s'allier (nous n'entrons pas dans les magouilles), le peuple va lutter, il va lutter contre les vaccins avec Ruffin, contre le voile ou pour le voile, je ne sais plus bien. L'essentiel est de lutter.

Quand je vois une notice "do not touch" je touche. Ce n'est pas une politique, c'est un état d'esprit.

mercredi 23 août 2017

act up et bizi


À l’occasion de la sortie du film 120 battements sur Act Up, un ancien président, Didier Lestrade, compare les modes d’action d’Act Up et celle de Bizi, au Pays Basque. Bizi s’est fait connaître en volant des fauteuils dans des agences bancaires pour protester contre les fonds spéculatifs.

J’aimerais préciser certains points sur cette comparaison qui me semble infondée. Bizi apporte un soutien régulier aux revendications des prisonniers basques emprisonnés pour activités terroristes, refusant de demander pardon et de s’engager à ne plus recourir à la violence armée. Je n’ai pas souvenir d’Act Up menant des actions de soutien à Action Directe ou Fraction Armée Rouge. Bien plus, je n’ai aucun souvenir qu’Act Up, qui intervenait sur la prévention du Sida en prison, eût demandé des préventions spécifiques pour les prisonniers basques ou d’autres terroristes emprisonnés. Une telle discrimination eût été considérée comme la honte suprême.

guerre civile


Les sociétés dites totalitaires sont des sociétés en guerre. Dans le roman d’Orwell, 1984 se mène en permanence une guerre contre l’étranger et contre les ennemis de l’intérieur. Kim Jong-Un le dictateur de la Corée du Nord se maintient au pouvoir comme chef de guerre. Regardez-le, je ne le connais pas, mais qui imaginerait Kim Jong-Un dérouler des arguments dans une réunion électorale, affronter un adversaire dans un débat télévisé ? Si son pays n’était pas en guerre, réelle ou jouée, il ne tiendrait pas cinq minutes au pouvoir. Peut-être encore moins. À la guerre, des millions de gens sans avenir peuvent obtenir des galons, des récompenses, des voitures de fonction, des appartements confisqués. Remplacer des ingénieurs et des directeurs d’usine. Dans une société de guerre civile, un fusil remplace les diplômes, les compétences. Une lettre de dénonciation permet d’obtenir un logement, un poste. Une action d’éclat vous réserve une place au paradis.

         Le terrorisme vise à construire une société totalitaire sans passer par une révolution. Il transforme un territoire paisible en camp retranché. Les tribunaux de paix deviennent des cours martiales. Les grandes questions politiques sont guerrières : que fait-on des prisonniers arrêtés, libérés, amnistiés, glorifiés ou vilipendés ? Où voit-on se précipiter des milliers d’hommes et de femmes, derrière des élus, en un gigantesque jeu de pistes pour trouver des caches d’armes et ensuite les déterrer ? Dans des sociétés marquées par le terrorisme. Faut-il amnistier ou prolonger la détention ? Faut-il construire des monuments aux soldats tombés ou à leurs victimes ? Faut-il commémorer ou oublier ?

         Dans une société tétanisée par la peur, les gens se partagent en patriotes et en traîtres. Tout le monde a peur, d’être arrêté, d’être dénoncé, d’être abattu. Des combattants qui ont quitté le combat mercredi sont la cible de ceux qui le quitteront vendredi. Faut-il un procès ou faut-il oublier la terreur ? Longtemps après le silence des armes, les gens continuent d’avoir peur. Peur de dénoncer des héros qui se sont sacrifiés. Peur de n’avoir rien dit, d’avoir détourné les yeux. Surtout que le silence règne. Il faut déterrer les armes mais pas les charniers.

         Sous nos yeux, la vie politique se partage en deux immenses options. Entre ceux qui considèrent que les adversaires doivent être éliminés pour qu’émerge une solution, et ceux qui considèrent que les adversaires font partie de la solution. Pour les etarras et les nationalistes corses, la réponse était au bout du fusil. Au Venezuela, Chavez et son successeur Maduro ont plongé leur société dans une guerre civile larvée. Une guerre civile froide. Qui n’est pas avec nous est contre nous. Le contraire d’une société apaisée où qui n’est pas contre nous est avec nous. Voyez Mélenchon et ses mots d’ordre militaires « dégagez ! Place ! Nous ne voulons plus de vous ! ». Il entasse des dictionnaires pour construire des barricades. Tout en haut des millions de mots accumulés, il est à l’aise parce que sur une barricade, il n’y a que deux côtés. Dans une chambre qui s’étale en arc de cercle, il semble embarrassé car il devient compliqué de tracer des frontières.

La droite extrême partage la France entre des Français dignes de l’être et des Français indignes à qui il faut ôter le droit de voter. Et les nationalistes corses et basques aspirent à créer un statut de « résident », avatar des Français de souche, ceux qui s’inclinent devant les monuments aux morts des terroristes dont le sang a fertilisé des vignes amères.

Je n’arrêterai jamais de lutter pour une société démocratique. Contre Mugabe, je choisis Mandela. Contre Maduro, je choisis Luisa Ortega. Gorbatchev a cru pouvoir réformer la société russe comme si c’était une société civile.  Hélas, elle était encore en guerre et c’est un ancien du KGB qui est au pouvoir. Jamais les criminels n’ont été jugés. Contre les terroristes ou contre les demi-soldes du terrorisme, tous les jours, partout, il faut choisir.

vendredi 18 août 2017

la révolution en chantant


Je suggère de confiner la révolution aux activités artistiques, scientifiques, intellectuelles et de conserver la réforme pour le monde réel. Ken Loach est bien connu pour son cinéma révolutionnaire. Il n’est même connu comme révolutionnaire que dans le cinéma. Il mène une activité artistique bien remplie et peut obtenir d’une industrie dominée par la finance internationale des récompenses prestigieuses. François Ruffin réalise d’excellents films avec du personnel précaire, Comme Michael Moore, autre révolutionnaire des images, on le distingue dans cette citadelle de la révolution qu’est le Palais du Festival de Cannes. Continuons dans cette voie. Pendons au théâtre et au cinéma et dans la chanson le dernier capitaliste avec les tripes des socio-traîtres. Tirons sur la police en chansons, nationalisons l’énergie en bandes dessinées, supprimons dans les romans l’exploitation dans les usines. Mais s’il vous plaît, ne confondez pas les genres. François Ruffin à l’assemblée nationale, quel gaspillage de talent ! Devenu sur les bancs de velours un pitre inaudible alors qu’il est si efficace derrière une caméra.

échos


Rappel



Les attentats de Barcelone en Espagne ont remis en mémoire les attentats djihadistes à Madrid  du 11 mars 2004. 190 morts dans les transports publics. Le gouvernement PP de l’époque se précipita d’abord pour attribuer les attentats à l’ETA et cette « erreur » lui coûta la défaite aux élections qui suivirent.

Mais cet attentat marqua le début d’une réflexion au sein de l’ETA qui se termina en 2011, sept ans plus tard, par le cessez-le-feu définitif. L’organisation fut assommée par le fait que la majorité des Espagnols furent un temps convaincue qu’il s’agissait bien de l’ETA. Même des soutiens de l’organisation s’y laissèrent prendre et commencèrent à condamner. Si des sommets de monstruosité pouvaient être pris pour des actions de l’ETA, il fallait vraiment commencer réfléchir à  d’autres moyens. Il fallut sept ans pour y parvenir.

Quand j’utilise les mots « djihadistes basques » pour « etarras », on me reproche la provocation. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en mars 2004, la confusion entre les deux terrorismes était bien réelle et qu’elle affectait aussi bien les adversaires de l’ETA que ses amis les plus proches.

Sept ans pour cessez-le-feu. Encore sept ans pour désarmer. Faudra-t-il attendre encore sept ans pour la dissolution ? L’ETA attribue la lenteur de ces décisions au gouvernement espagnol et français. Ce reproche est difficile à comprendre. Le cessez-le-feu de 2011 fut décidé sans aucune contrepartie de la part des gouvernements espagnol et français. Le désarmement de 2017 fut décidé de manière autonome par l’organisation terroriste. On attend maintenant la dissolution. Faudra-t-il attendre encore sept années ?

jeudi 17 août 2017

des victimes dans les deux camps




Dans le Pays Basque espagnol, des procès ont lieu contre des humoristes qui se moquent des victimes de l’ETA (Le monde : 4 février 2017). Tout le monde s’accorde à fustiger leur mauvais goût, mais certains disent que le mauvais goût ne devrait pas être puni de prison. Pour Marimar Blanco, présidente de la fondation des victimes du terrorisme, sœur d’un élu du PP assassiné par l’ETA en 1997, « aucun message dénigrant les victimes ne doit rester impuni » de la même façon que les insultes aux victimes de la Shoah sont punies par la loi.

Sur la question des victimes se mène une bataille politique qui nous concerne aussi. La gauche abertzale a renoncé à la terreur, mais elle défend l’amnistie pour les etarras  afin de clore un conflit qu’elle présente comme ayant fait des victimes « dans les deux camps ». Pour le philosophe Fernando Savater : confondre bourreaux et victimes « c’est prolonger par les mots le travail des terroristes ».  

C’est exactement ce qu’il se passe au Pays Basque français. Les blanchisseurs de la terreur se congratulent parce qu’ils ont eu  l’audace de parler « de toutes les victimes ». Quand les élus de tous bords, au garde-à-vous à l’appel de la gauche abertzale, reprennent l’expression pour répondre aux accusations d’oubli des victimes de l’ETA, ils n’en reviennent pas de leur intrépidité. Se rendent-ils compte qu’ils confondent ainsi bourreaux et victimes, qu’ils acceptent la thèse la gauche abertzale qui parle des « victimes dans les deux camps ».

Comme disait Trump à propos des manifestants de Charlottesville, « il y a des victimes et des  gens biens dans les deux camps ». Ça  vous met en colère ? Au Pays Basque français, « il y a des victimes dans les deux camps », c’est tous les jours. Ça met moins de gens en colère.




c'était mieux avant


Non, ce n’était pas mieux avant, de Johan Norberg, Plon. Recension par Roger Pol Droit, le monde, 2 juin 2017.



Thèse du livre : le monde va mieux, notre présent est mieux que le passé. Les famines ont pratiquement disparu, la durée de vie a augmenté, la grande pauvreté a reculé de 42% en 1981 à 10% (2013) de la population mondiale. L’illettrisme est passé de 80% de la population mondiale à 15 % en 2017. Les humains sont plus riches, en meilleure santé, dans des logements plus confortables, sont plus instruits et travaillent moins. Le monde actuel est moins violent, plus égalitaire, et moins pollué.

 Pour autant, le monde n’est pas le meilleur possible, mais l’auteur prend le contre-pied du catastrophisme ambiant, qui est fait d’ignorance et de complaisance envers l’apocalypse. « Une révolution a rendu notre monde plus protecteur et plus sûr…cette révolution est invisible alors que les malheurs du monde s’affichent bruyamment ».

La propension à se lamenter est une vieille affaire : « nous sommes arrivés en des temps mauvais, et le monde est devenu très vieux et malfaisant. Les hommes politiques sont corrompus, les enfants ne respectent plus leurs parents ». C’est le texte d’une stèle chaldéenne trois mille huit cents ans avant JC.

La discussion ne prend pas une ride. Elle est d’abord politique. Si tout va mal, il faut tout changer, radicalement. Rappelez-vous les discours électoraux, les candidats décrivent une société à la dérive. Comment ceux qui les écoutent ne vont pas directement se jeter dans la rivière la plus proche est un mystère. Extrême droite, extrême gauche, le discours était proche.

Mais -j’allais dire en même temps- il est vrai que mieux ça et plus scandaleux ce qui ne va pas. Si les soins sont gratuits, ne pas y accéder est l’horreur. Il en va ainsi pour tous ce qui est décrit par Norberg : logements, éducation. Le monde supporte mieux un manque généralisé qu’une défaillance marginale.






mardi 15 août 2017

libération anticipée


France 2 15 août 17. Reportage sur la commission de libération anticipée, qui conseille le Juge d’application des peines. La question qui est posée est évidemment celle des risques de récidive, de l’insertion éventuelle. Ce qui domine est l’attitude des prisonniers vis-à-vis de leur victime. Si l’on constate un manque total d’empathie à l’égard des dégâts humains provoqués, la commission émet généralement un avis négatif.

Dans le cas des prisonniers basques emprisonnés pour activités terroristes, la question du pardon demandé est tout aussi centrale. Demander pardon aux victimes ou à leur famille est un élément important de leur libération anticipée.

Au Pays Basque français, les blanchisseurs de la terreur qui souhaitent rapprochement, libération anticipée, voire amnistie, la question du pardon, de l’empathie à l’égard des victimes n’est jamais posée.

J’espère que certains d’entre eux ont regardé l’émission. Sinon, ils peuvent la regarder en replay pendant toute la semaine.