Franchement,
je ne suis pas inquiet. Au pays Basque, jamais je n’ai repéré la moindre
allusion à mes origines sanguines. À mon ADN, à mon rhésus positif. À mon
prépuce absent, à mon nom voyageur. Jamais. Si je fouillais plus profondément le
sable des plages, je trouverais une certaine propension à placer parmi les
peuples frères le peuple palestinien et jamais le peuple juif. Pourtant Israël
est exactement l’ancêtre de l’EPCI. Des territoires sacrés interdits par les
puissances impérialistes, des combats patriotiques pour tracer les frontières,
et enfin la création d’un Établissement de Protection de la Communauté d’Israël.
La Bible et l’archéologie en ont tracé les contours, la langue s’est ensuite
ajoutée le long des frontières sacrées. Au pays Basque, la langue trace les
frontières, en Israël, les frontières inventent la langue. La langue et la
frontière, c’est comme l’œuf et la poule, on ne saura jamais. Donc, c’est pareil.
Et pourtant, le peuple israélien n’est jamais invité aux rencontres entre
peuples frères. C’est injuste.
après avoir donné de mauvais exemples, voici venir l'âge des bons conseils.
mardi 23 août 2016
ne nous moquons pas de Trump, nous avons Sarkozy
Ne
nous moquons pas de Trump, nous avons Sarkozy.
Le
candidat à la candidature veut être aussi rigoureux que Robespierre. On ne
recule pas. Il est entouré de voyous, de mis en examens, de profiteurs, de
canailles voyeuristes, de caméras cachés, lui-même abuse de son pouvoir, mais il
sera intransigeant et le moindre voile déployé sur un menu de substitution le verra fondre tel un aigle vengeur sur la
cantine de l’école maternelle. Il sera le Zorro de la laïcité, nos plages
seront blanches, nos cuisines seront tricolores et tout le monde pourra exercer
le métier d’imam à condition de ne pas être musulman.
Ne
nous moquons pas de Trump, nous avons Sarkozy.
La
terre de France brûlera sous les pieds des musulmans, s’ils ne sont pas arrêtés
aux frontières, ils seront traqués partout. Ainsi la France deviendra ce que
Daech désire : une terre où les musulmans ne pourront plus vivre. Ainsi il
adviendra ce dont les intégristes rêvent, ce à quoi aspirent les djihadistes :
un musulman ne pourra pas vivre dans un pays laïque, puisqu’un pays laïque n’aura
pas de place pour un musulman. Ce que des tueurs de Dieu n’ont pas obtenu, ce
que des camions fous n’ont pas obtenu, des discours de haine pourront l’obtenir.
Ne
nous moquons pas de Trump, nous avons Sarkozy.
dimanche 21 août 2016
les choses se compliquent
Les
choses se compliquent. Les patriotes récemment désarmés de Sortu, ou Bildu, ou
Batasuna ou EHBaï, ou Batasuna, ceux qui publient le bulletin intégriste d’Ekaitza soutiennent l’initiative des élus d’inviter
Tarnos à rejoindre l’ACBA. Pour les partisans modérés de l’EPCI, Tarnos n’est
pas à l’intérieur des frontières sacrées du pays Basque puisque les frontières
sacrées n’incluent pas Tarnos, combien de fois faut-il le répéter ? Ils
disent, les extrémistes qui pourtant soutiennent à fond l’EPCI que le pays
Basque est « accueillant », et doit donc accueillir Tarnos, alors que
les socialistes de la frontière, Colette Capdevielle et Sylviane Alaux et Frédérique
Espagnac, alliées aux nationalistes modérés de Batasuna et de Batera, déclarent
que l’intégration de Tarnos à l’EPCI est une opération dirigée contre l’EPCI,
pour saborder les frontières sacrées. Elles sont donc plus intégristes que les
intégristes, que les héritiers des martyrs de la frontière sacrée, qui veulent intégrer Tarnos et donc remettre en question
la sacralité des frontières.
L’arbre
de la vie est plus vert que toutes les théories.
mardi 16 août 2016
faire le point
J’adore
faire le point. Malmené par les tempêtes, entraîné par les courants, bousculé
par les urgences, englouti dans les évidences, j’émerge, je me traîne jusqu’à la
rive, trempé, vidé, essoré. J’accroche mes vêtements aux branches, ils sèchent
au soleil, je porte ma bouteille d’eau à la bouche, la vide à moitié, je m’essuie
les lèvres et je fais le point. Faire le point, c’est replacer la flèche de
Google Maps dans son environnement universel. Mettre mon village sur la
mappemonde. Chercher dans le musée de systèmes, la bibliothèque de mes
souvenirs, chercher ce qui peut être compris par le facteur de Kiev, le rabbin
de Lublin, l’universitaire de Queen’s, la journaliste de Casablanca, le médecin
de Belgrade, le marin de Llandudno, le maraîcher d’Almeria, l’étudiant du Cap,
le pharmacien de Pondichéry, chercher ce qu’ils peuvent entendre sinon
partager.
Parmi
les idées qu’ils peuvent peut-être entendre, est qu’il vaut mieux pour toutes
ces personnes de vivre dans une région du monde où une économie de marché est
régulée et protégée par une démocratie parlementaire. Là où l’économie de
marché n’est pas régulée par une démocratie parlementaire, le facteur, le
rabbin, l’universitaire, la journaliste, le médecin, le marin, le maraîcher, l’étudiant
et le pharmacien ont en commun de chercher un endroit où s’est développée une
démocratie parlementaire. Là où a été anéantie l’économie de marché, les mêmes
recherchent un endroit où elle s’est développée. Les richesses du Quatar ne se
heurtent jamais à un état de droit et malheur aux étrangers démunis. Le Venezuela
pense qu’on peut fonctionner sans démocratie parlementaire et l’économie s’écroule.
Et Cuba. Et la Russie et a Chine qui cherchent un équilibre entre démocratie et
marché et qui ne l’ont pas trouvé. Et tous ces pays émergents qui sont à la
recherche éperdue d’une rencontre conflictuelle mais urgente entre économie de
marché et démocratie parlementaire.
Je
ne dis surtout pas que nous vivons au paradis, au contraire. Nous vivons dans
des régions du monde où les conflits ne cessent jamais, avec des vainqueurs,
des vaincus, des matches nuls, des catastrophes et des emballements heureux. Des
endroits du monde où personne n’est jamais tranquille, où les malheurs
individuels sont politisés, où les politiques sont individuelles. Des régions
du monde où personne n’est jamais satisfait et cette insatisfaction nourrit les
prophètes et les laboratoires pharmaceutiques.
Dans
ces régions du monde où personne n’est content, ou le mécontentement est le
trait central de l’identité politique, naissent régulièrement des prophètes de
la simplicité. Chassez les étrangers, étranglez les banques, fermez les
aéroports et tous vos problèmes seront résolus. Trump et Mélenchon mènent
campagne ensemble et séparément contre les traités internationaux, contre toute
tentative de réguler l’économie mondiale, contre tout ce qui introduit dans les
relations internationales les régulations conflictuelles qui sont le propre des
démocraties occidentales. à bas le FMI, à bas l’OMC, à bas tous les traités
commerciaux, À bas l’Europe, disent Brian Johnson, Mélenchon, Marine le Pen,
Trump, Farage, Erdogan. Retirons-nous à l’intérieur des murs, disent Trump, Le
Pen, Mélenchon. Protégeons nos frontières sacrées, remplaçons les froides
cartées d’identité par une analyse de sang.
Mes
adversaires sont ainsi clairement désignés. Les champions de la régression sont
mondialement connus. Mais chaque village a les siens. Ils ne veulent pas d’abris
pour les migrants dans leurs murs. Ils veulent des structures administratives
qui correspondent à des définitions ethniques, appellent « peuples frères »
tous ceux qui luttent pour l’enfermement des Corses, des Basques, des Bretons. Ils
portent d’autres noms que Trump, Le Pen, Farage, Erdogan, mais sont portés par
les mêmes torrents de boue.
Bon.
Ça va mieux. Mes vêtements ont séché. Je peux me rhabiller. J’ai fait le point.
vendredi 12 août 2016
droit du sol
Mes parents étaient des Juifs
polonais qui ont fui leur pays en 1930. Ils étaient clandestins, sans papier,
et ma naissance leur a permis de régulariser leur situation. Si j’ai bien lu la
proposition de Nicolas Sarkozy, sur le droit du sol, je ne serais pas devenu
français malgré ma naissance en France puisque mes parents étaient des
clandestins.
Dans une vie longue et agitée, j’ai
eu l’occasion de me faire quelques ennemis, qui souhaitent me voir le plus loin
possible, ailleurs, hors frontières. Je le sais. L’occasion leur est offerte de
m’éloigner. Qu’ils votent Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles. S’il
est élu, je perdrais ma nationalité française et je serai reconduit à la
frontière.
mardi 9 août 2016
les humiliés
Bertrand
Badie, spécialiste en géopolitique, (France Inter, 9 août 16) met sur le compte
de l’humiliation les réactions nationalistes dans la Russie de Poutine et dans
la Turquie de Erdogan. Parmi ces « humiliations » imposées par l’Occident,
la chute de l’empire soviétique.
Je
croyais que la chute des dictatures était une libération des peuples plutôt qu’une
« humiliation ». J’avais cru
déceler en Allemagne de l’Est des manifestations d’enthousiasme à la chute du
mur. Et bien non, ce fut une humiliation. Et les peuples humiliés se vengent se
jetant dans les bras des dictateurs comme Poutine et Erdogan qui leur
permettent de retrouver une certaine fierté. De même, pour d’autres
intellectuels, le terrorisme islamiste est une revanche contre les humiliations
du colonialisme et du néo-colonialisme.
D’ici,
nous ne pouvons pas faire grand-chose contre les dérives dans des pays
étrangers. Mais savez-vous que les étudiants, les intellectuels, les élites de
ces pays nous lisent ? Ce ne serait pas trop mal, si on pouvait éviter de
légitimer les pires dérives en les légitimant comme « revanches » de
l’histoire ?
Et le
Front national en France, c’est aussi la revanche des humiliés ? Le succès de Trump, la revanche des humiliés ?
Le Brexit, la revanche des humiliés ?
lundi 8 août 2016
homme bionique
L’homme bionique
Libération du 8 août 2016 annonce l’avènement
de l’homme bionique, doté de facultés physiques et mentales surdimensionnées. Je
crois d’autant plus à cette prophétie qu’à mon avis, elle est déjà réalisée. Personnellement,
je suis un homme bionique.
Faisons
le bilan. Quasi paralysé par un pincement de la moelle épinière, un chirurgien
a dégagé la vertèbre L5/L6 et rendu ma mobilité. Les genoux douloureux ont été
soignés par des infiltrations de marmelade cartilagineuse. Une hanche non moins
douloureuse a été remplacée par une prothèse qui a supprimé la douleur et m’a permis
de reprendre des promenades certes plus lentes, mais réellement existantes et
pas désagréables, avec l’aide d’une canne à ressort et au bout caoutchouteux
antidérapant. Je n’arrivais plus à lire et je n’arrivais plus à voir les images
sur écran de cinéma, grâce à des lunettes, je peux lire, je peux aller au
cinéma et au théâtre. Un estomac paresseux est stimulé par des poudres émollientes.
Une prostate qui menaçait le pronostic vital a été rabotée. Je n’entendais plus
les répliques des acteurs sur scène et je devais monter le son de la télé d’une
manière incivile. Des appareils minuscules, coûteux, mais discrets, m’ont
permis de retrouver un confort d’audition que j’avais depuis longtemps oublié.
Allons
plus loin, dans les capacités mentales. Quand je rencontrais un mot inconnu,
étranger ou national, je devais aller chercher le sens et la traduction dans
des dictionnaires Robert ou Harraps dont le moindre volume pèse dans les trois
ou quatre kilos. Ces efforts me seraient devenus impossibles. Heureusement, je
dispose maintenant de traducteurs électroniques qui me donnent la réponse en
effleurant une touche de clavier. Encore mieux, ma mémoire défaillante est
relayée par la toile. Qui est l’auteur de quel titre ? Quel film montre un
scorpion dévorée par des fourmis rouges ? À quelle date fut prise la
Bastille ? Mieux encore, la toile vérifie l’orthographe, rétablit la
grammaire, termine victorieusement des mots souvent utilisés, comme Belfast,
que j’écris Belfast. Ou homme que j’écris homme. Ou Irlande du nord que j’écris
Irlande du Nord. L’inconvénient, bien sûr, un inconvénient mineur, mais réel, c’est
que je ne peux plus écrire les lettres b et t sans que s’inscrire Belfast sur l’écran,
ou i, d, et n sans que se déroule Irlande du Nord.
Résumons.
Sans ces apports, je serais depuis longtemps ou mort, ou en fauteuil roulant, malvoyant,
malentendant, malmarchant. Je faiserais de nombreuse fautes d’ortografe. Mes erreurs
de noms ne serait pas corigé. Je sevrais un homme diffrent, certainement pas l’homme
que j’essuis actuellement. Donc j’essuis
déjà un homme bionique.
vendredi 5 août 2016
qui décide
Qui décide ?
Dans la
tourmente, rien ne semble plus important que la recherche de sens. Comment
caractériser ceux qui nous veulent le plus de mal possible ? Des fous de
Dieu, des soldats d’une croisade ?
Le Pape
affirme que la religion est d’abord une déclaration de paix et qu’on ne peut
pas mener une guerre au nom de Dieu. D’autres sont convaincus que les horreurs
sont accomplies au nom d’une vision religieuse du monde, l’islamisme radical. Tous
les musulmans ne sont pas coupables, mais ils sont un peu complices. Les textes
sacrés sont porteurs de barbarie. Nous avons connu cette accusation, à l’égard
des textes non moins sacrés des fondateurs du marxisme. Tout le goulag était
dans Marx et Lénine. Il suffisait de lire le Manifeste pour commencer à devenir complice de Staline, Mao, Pol Pot.
Comment y
voir un peu plus clair ? Les conflits que nous avons connus se sont
généralement menés au nom de revendications sociales et nationales. Personne ne
disait aux Algériens qu’ils croyaient lutter pour la libération nationale mais
qu’en fait ils luttaient pour une société religieuse. Mais on ne se gênait pas
pour voir clair à la place d’autres acteurs. Les protestants irlandais
croyaient dénoncer les hérésies catholiques, mais en fait ils luttaient pour conserver
leurs privilèges. Les catholiques irlandais croyaient lutter pour une église catholique,
mais en fait ils luttaient pour le droit à la terre et à l’indépendance. Tout le
monde décidait à leur place. Comme maintenant, on décide à la place des
barbares. Ils croient se battre pour leur religion, pour leur Dieu, en fait ils
se battent contre toutes les frustrations, tous les héritages du colonialisme,
toutes les exploitations. Pour autre chose que ce qu’ils disent.
Et si on
prenait simplement au sérieux ce qu’ils déclarent. S’ils considèrent qu’ils
mènent une guerre religieuse contre un monde qui abandonne les leçons de leur
prophète, qui sommes-nous pour leur dire qu’ils se trompent, qu’ils mènent un
autre combat ?
Je peux
comprendre la prudence ou les réserves des fidèles. Que des croyances partagées
mènent à de telles barbaries portent un coup sévère à toutes les croyances
religieuses. Qu’ils se rassurent : des croyances laïques ont mené à d’autres
barbaries.
mercredi 3 août 2016
Strasbourg 2016
Strasbourg 2016
Le permis d'oublier permet d'oublier le permis. Il paraît qu'il est très
important d'oublier. Mais comment peut-on oublier sans permis? Comment peut-on
oublier son permis sans permis d'oublier? Louer une voiture sans permis
n'est pas permis. IL n'y a pas de double au permis. Pas d’ersatz. Elle tend une
photocopie, un mail un fax. Vous ne pouvez oublier votre permis que si vous
avez votre permis d'oublier. Sans permis d'oublier, vous ne pouvez pas oublier
votre permis et si vous oublier votre permis sans permis, c'est tant pis pour
vous. Vous n'aurez pas le permis de conduire. Vous savez ce que c'est un permis
de conduire? Ça permet de conduire. Sans permis de conduire, vous ne pouvez pas
conduire. Sans permis d'oublier, vous ne pouvez pas oublier.
Il faut, nous dit l’agence de location de Strasbourg, que notre agence de
Biarritz constate de visu la
matérialité de votre permis de conduire et nous faxe, mail, courielle,
transfère, cette constatation à l’agence de Strasbourg. Savez-vous que de nombreux terroristes louent
des voitures en nous présentant des permis de conduire photocopiés et depuis
nous sommes très attentifs ensemble.
Heureusement, la fille d’elle trouve le permis, le porte à l’agence de la
gare qui est fermée, le reporte à l’agence de l’aéroport, qui est ouvert, qui
faxe à Strasbourg la constatation. Pendant ces opérations, elle et moi
déjeunons à l’aéroport de Strasbourg d’une paire de saucisses éponymes, déjà la
nostalgie. Le temps de commander, de préparer, d’ingérer, de boire un café et
de dire à quel point les saucisses frites font partie de ma jeunesse étudiante
désargentée, saucisses frites après frites, saucisses de Strasbourg, ont
construit mon avenir, ce temps passé, nous revenons au comptoir où l’employée
nous tend le permis, les clés, les instructions, les assurances, les
compléments pour essence ou diesel, les compléments pour GPS. L’adresse de la
voiture, les recommandations qui prennent une dizaine de pages et nous n’allons
pas passer nos vacances à lire des modes d’emploi et des recommandations et les
assurances dont seuls les paragraphes en tout petit disent l’essentiel, que de
toute manière, ce n’est pas bon pour vous. La belle histoire. Le voilà votre
permis, votre clé, vos instructions, vos assurances. La voiture avec GPS.
Si le GPS vous dit de tourner à droite, et qu'à droite la rue est piétonne,
alors inlassablement, le GPS vous faite tourner en rond jusqu'à ce qu'un être
humain vous montre que vous pouvez emprunter la rue piétonne sur une centaine
de mètres et ça vous permet d'arriver à l'hôtel. Mais il faut encore trouver
une machine à payer le garage. Vingt-huit euros le quart d'heure, je comprends
pourquoi les cyclistes nous dépassent en se marrant. La première machine ne
fonctionne pas et une autre machine avale de quoi nourrir une famille du Rwanda
pendant six mois.
L'hôtel nous a réservé une chambre de bonne au quinzième étage sans
ascenseur un escalier de service qui tournicote et au troisième étage, je dis
non, je ne prends pas la chambre, trouvez-moi une chambre avec ascenseur, un
lit matrimonial une douche. Fouettés par ma véhémence, ils trouvent.
L'hôtel a un parking rue du Jeu des Enfants. Avec un ticket de l'hôtel on a
une réduction qui permet d'inscrire l'aîné à un semestre de l'université de
Columbia. Le prix du parking, au quatrième étage, avec un haut-parleur qui
diffuse la 9éme de Beethoven en grésillant, permet de passer trois nuits à
l'hôtel du Palais, mais avec la réduction, on pourra envoyer les quatre petits
enfants au ski à Courchevel.
En attendant la chambre, nous posons l'estomac sur un fauteuil et lisons le
menu. Dans le menu, se trouvent bien évidemment des saucisses de Strasbourg.
Chez Roger la Frite, Boulevard Saint-Germain, les saucisses de Strasbourg
frites étaient le plat le moins cher. Ici c'est la même chose. Je commande le
plat que me commande la nostalgie. Saucisses de Strasbourg avec les potes
étudiants. Saucisse de Strasbourg le vendredi soir avant de prendre le train
pour Saint-Quentin et retrouver les potes du samedi. Nostalgie encore le
soir quand je commande des galettes de pomme de terre râpées, croustillantes,
qu'on appelait chez moi latkes, et ici des rösties, avec du jambon fumé et du
fromage blanc.
J'oubliais le principal : la Cathédrale de Strasbourg, qui permet
d'oublier tous nos soucis de voyage. Les touristes se prennent en photo devant
la façade, japonais, chinois, néerlandais. Une jeune femme fardée, jupe
écourtée, yeux énamourés séduit un cadre EDF qui vient de divorcer et hésité à
repiquer, mais on sent qu'il est attiré par la dame. Nous sommes face à la
cathédrale, devant un demi de bière et un demi panaché parce que Madame n'a pas
voulu commander une Radler, elle en mourait d'envie, mais elle dit que Radler
c'est allemand et on ne commande pas une Radler en France. Nous admirons les
sculptures de la Cathédrale, la jeune dame tourne le dos aux sculptures et
admire le visage du cadre EDF. Nous pénétrons dans la cathédrale dont vous
pouvez admirer les photos sur la toile, vous aurez une idée de notre
émerveillement. Avec l’état d’urgence, dès le mois d’août, l’entrée se fera par
une seule porte et les touristes tourneront en rond, dans un seul sens, les
sacs à dos seront interdits. Retour à pied. Les jeunes avec chien et anneaux
dans le nez s'installent place Kléber, avec les bouteilles pleines. La police
municipale barre l'accès à la cathédrale avec deux voitures en angle, les
terroristes peuvent aller se brosser.
La Petite France, d'après la bande sonore du petit train qui démarre de la
cathédrale pour faire le tour de la ville est un quartier qui tient son nom de
la syphilis apportée par des soldats français en garnison. La maladie s'appelait
la petite française. La Petite France est le quartier touristique de Strasbourg
et le chauffeur du petit train nous conseille d’éviter les restaurants de la
Petite France, tout est industriel, dit-il. Effectivement, nous confirmons. La
bande sonore, indique aux passagers, en dix-huit langues, la maison où Rouget
de l'Isle à composé la chanson d'un régiment que Kléber a ensuite transporté à
Marseille. Cette chanson un peu vieillotte a retrouvé une nouvelle vie depuis
que le sang impur des terroristes et le sang pur de leurs victimes coulent dans
nos sillons. Kleber a une place ainsi que Gutenberg. Il fallut quatre cents ans
pour construire la cathédrale et encore maintenant, elle est en travaux. Les
portes n'ouvrent qu'à treize heures trente et la foule s’engouffre par bandes
organisées ou en famille, tais-toi, c'est une église, on ne fait pas de bruit
dans une église et encore moins dans une cathédrale. Ou par individu. Certains
prient. Des femmes voilées accompagnent leur mari. À partir du 1 août, les
touristes devront tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Strasbourg a accueilli les églises
persécutées et le nombre de temples réformés est impressionnant, ainsi que les
séminaires, les écoles, les formations, les écoles du dimanche. Sans compter
l’École Nationale d’Administration, (ENA), qui s’est exilée à Strasbourg parce
que tous les responsables politiques dénonçaient les élites qui sortaient de
cette école et du coup, les élites insultées, persécutées, furent bannies
et contraintes d’aller étudier à Strasbourg. Dans les Dernières
Nouvelles d’Alsace, une page complète renseigne sur les lieux et les
horaires des différents cultes: catholiques,
catholiques traditionnels, Mgr Lefebvre, protestants , anglicans, évangélistes,
juifs, musulmans et les visites de l’ENA. Les adresses, les heures des
services, toute une page complète. Dans les rues, beaucoup de femmes voilées, et même une fois, une
burqa, un hijab. Les hommes ont un
estomac proéminent et les femmes sont
voilées. Les musulmans en goguette n'ont pas l'air inquiet et les touristes, à
part moi, ne les regardent même pas. La braderie de Strasbourg sera maintenue,
les fêtes de Bayonne seront maintenues, la braderie de Lille sera maintenue.
Toutes les braderies seront maintenues et la rentrée des classes se fera à la
date prévue.
Le GPS continue de nous faire tourner en bourrique, dès que le centre-ville
est réservé aux piétons, à Ribeauvillé par exemple. Le mont saint-Odile
est un ancien couvent ou désormais le nombre de restaurants est supérieur aux
nombre de résidentes. Les bonnes sœurs au nombre de quatre reçoivent des pèlerins,
des collègues bonnes sœurs du monde entier, Inde, Afrique, Ukraine, partout où
il y a des guerres et de la misère. Comme il y a moins de guerre et de misère
en Alsace, le nombre de bonnes sœurs au mont saint Odile, d'où la vue est
superbe, est réduit à quatre. Il y a des chapelles, des toilettes payantes, un
buffet est dressé pour recevoir des bonnes sœurs indiennes qui boivent du vin. Des
cartes gravées montrent les lieux qui le méritent. L’endroit où un avion s’est
crashé n’est pas indiqué sur ces cartes et les touristes voudraient savoir et
demandent, à moi. Je réponds que je ne suis pas d’ici et qu’ils s’adressent à
la Mère supérieure car leur ordre est familier des catastrophes.
Puis la route du mont saint Odile rejoint l'autoroute à cause du GPS et
nous amène à Ribeauvillé où nous avons du mal à nous garer, car d’après la
boulangère, le boucher de la Grand Rue n'aime pas qu'une voiture stationne en
permanence devant sa vitrine. Dans la ville nous nous laissons guider par les
flèches urbaines. Des pancartes pointent les lieux à visiter, les hôtels, les
« quartiers pittoresques ». Comment résister à une telle invitation ?
Seuls ou en groupe, nous obéissons. Nous ne sommes pas déçus. Des toits colorés,
des maisons anciennes avec poutres apparentes, des encorbellements et des cours
intérieures. Les familles se promènent, parfois avec un parapluie. Le soir à
nouveau des galettes râpées me rappellent les latkes. Le commissaire Maigret
reconnaît le coupable parmi une poignée de suspects. Le vin rouge à été
remplacé par du sylvaner que Brigitte semble apprécier. Puisqu'elle en
recommande un pichet, mais quelle importance, nous rentrons à pied. Par la
Grande Rue, devant la vitrine de la boucherie que nous avons libérée.
En route pour le Haut Koenigsbourg. Un paysage à couper le souffle.
Le haut Koenigsbourg est un château fort en haut d'une montagne qui a tour à
tour appartenu aux Germains, aux Francs, aux Suédois. En 1870 après la défaite,
l'Alsace devint allemande et la ville de Selestat, un peu fayote, fit cadeau du
château à l'empereur Guillaume II. Qui le fit refaire par un architecte entiché
du Moyen Age. Mais ce fut malgré tout Guillaume II qui décida et le résultat
est une restauration selon l'idée que se faisait l'empereur du Moyen Age. Les
restaurations indiquent les goûts contemporains et sont rarement authentiques.
Les cavernes troglodytes, peut-être...
La restauration se fit au début du 20ème et le château du Haut Koenigsbourg
fut le symbole de la puissance affirmée de l'Allemagne. Des scènes du film de
Renoir, la Grande illusion, y furent
tournéees, avec Éric Von Stroheim. Après la défaite allemande et la victoire des
Alliés de 1945, le château redevint français et c'est un des monuments les plus
visités du pays. Pour faire face à cet afflux de touristes allemands, belges,
Ukrainiens, italiens, français, on redessina la route d'accès pour que les
voitures puissent se garer avant l'entrée. Le parking se déroule ainsi pendant
deux ou trois kilomètres avant la première muraille. Il faut marcher donc entre
un ou deux kilomètres selon la saison. En hiver, on marche moins, mais la route
est glissante et souvent enneigée. Après ces quelques kilomètres de montée, il
faut payer l'entrée et en tout, il y a trois cents marchés qui relient les
casemates, les mâchicoulis, les chemins de route, les cuisines et les latrines.
Au moins une heure de marche dans des escaliers glissants à force d'avoir été
usées par les soldats suédois, et les touristes italiens. Des marches hautes,
des colimaçons.
Que faisaient les seigneurs lestés de nombreux péchés qui voulaient se
faire pardonner avant le grand saut? Le pélerinage de Saint Jacques. Ils
voulaient se faire pardonner, laver de tout péché après une longue vie de
pillage et de stupre. Incapables de se déplacer. Comme ils en avaient les
moyens à force d'avoir pillé les autres châteaux, ils payaient un serviteur
pour faire le chemin à leur place, il paraît que ça marchait du feu de dieu.
Avec l'augmentation du niveau de vie depuis le moyen âge, le nombre de pécheurs
qui peuvent se permettre le pélerinage à Saint-Jacques par procuration a été
multiplié, et depuis les trente glorieuses, le chemin de Compostelle est envahi
par des demi-soldes, des retraités catégorie D, des chômeurs longue durée ou
des étudiants qui se font de l'argent de poche pendant les congés. Pendant que
leur mandant se prélasse au soleil ou fait la sieste sur un bateau-mouche sur
la Seine. C'est en pensant à cette solution que j'ai demandé à une aimable
autochtone de grimper le Haut Koenigsbourg à ma place, les kilomètres de route,
les trois cents marchés difficiles, les machicoulis, les colimaçons. Elle a
volontiers accepté ma proposition en échange d'une promesse d'apéritif à
Selestat. Elle a pris de nombreuses photos, m'a expliqué tout ce qu'il fallait
retenir de cette visite pendant l'apéro, du riesling de la région. Pendant
qu’elle montait les marches, je restais assis devant la boutique de souvenirs
dont les parents sortaient avec des armures, des épées, des haumes. Selestat
est parsemé de cathédrales, d’une bibliothèque humaniste et de maisons décorées.
Retour à Ribeauvillé où nous attendaient des spratzle au munster.
Riquewihr est un village musée. Des maisons décorées. De Riquewihr à
Colmar, le GPS nous emporte et nous dépose devant Mercure. D'abord se débarrasser
du retable de Grunwald, l’un des hauts lieux de notre voyage avec le Haut Koenigsbourg
et la cathédrale de Strasbourg. Le musée Unterlinden nous tend les bras, nous
vend des billets réduits pour cause de pension et nous enfilons des oreillettes
pour écouter les explications du chemin de croix, Marie, Marie Madeleine,
toutes ces mamans souffrantes qui reçoivent l'ordre de procréer sans plaisir,
dans la douleur.
Il faut vite se débarrasser du retable de Grunwald comme à Paris le
touriste doit vite se débarrasser du Louvres et de la Tour Eiffel. Comme il
faut se débarrasser de la Cathédrale de Strasbourg, de la statue d’Adam Smith à
Édinbourg. Comme il faut se débarrasser de Bartholdi à Colmar, celui qui a
sculpté la state de la liberté à New York. Il est partout à Colmar, il a
sculpté tous les généraux napoléoniens, Kleber, Rapp. Un musée, des rues des
lycées, des restaurants portent son nom. Il faut aussi se débarrasser de la
Petite France à Strasbourg, à cause de la syphilis. Se débarrasser de la Petite
Venise à Colmar à cause des cours d’eau. Les touristes dans des petits trains,
dans des barques à moteur sillonnent la Petite Venise et la Petite France pour
s’en débarrasser le plus vite possible.
Les lieux dont il faut se débarrasser sont clairement définis. Ce sont les
lieux qui provoqueront des exclamations réprobatrices et condamnatrices si vous
dites au retour que vous ne les avez pas visités. Comment, tu n’as pas vu le
retable, la petite France, la cathédrale. On vous regardera avec mépris. Il
faut absolument commencer par ces lieux pour être tranquilles, comme on fait
ses devoirs de vacances début juillet pour profiter ensuite tranquillement des
plages.
Le retour s'annonce. Les questions politiques reprennent leur place. Bien sûr, on
visite le musée d'art moderne de Strasbourg, bien sûr on regarde les menus des
restaurants, mais le cœur n’y est plus. Nous écoutons les informations, nous
regardons les titres des journaux, le curé égorgé de Saint Etienne de Rouvray
avait trois ans de plus que moi. Des familles dont le père est barbu et la femme
voilée se promènent tranquillement et si elles sont inquiètes, ne le montrent
pas. Une voiture de police parcourt la rue piétonne.
Je passe un groupe, deux familles ou une seule, avec deux femmes en noir
total. Le corps et le visage noircis. Deux cercueils féminins où le menuisier a
taillé une fente pour les yeux. J'ai envie de leur dire ce que je pense, ce que
j'ai dit il n'y a pas longtemps à un prêtre à Biarritz qui portait une soutane boutonnée du cou aux
semelles de chaussures épaisses: vous portez un costume qui vous isole de la
société où vous vivez. Je ne leur ai rien dit alors que j'ai parlé au curé
intégriste de l'évêque de Bayonne. Je leur aurai dit qu'elles s'isolaient de la
société où elles vivent, que je leur souhaite la bienvenue, mais que je me
sentais agressé par cette volonté de s'isoler comme si la société que nous
partagions était diabolique. Je ne leur ai rien dit. Il faut rentrer.
lundi 1 août 2016
daesh et ETA
Daech et l’ETA
Dans plusieurs
contributions à la réflexion sur les attentats en France, l’idée se faufile que
les terroristes se réclamant de l’Islam ne réfléchissent pas, n’ont pas lu le
Coran, n’ont pas fait d’étude, en somme qu’ils sont faibles d’esprit. Des psychopathes,
sans métier, sans avenir, sans présent. Des névrosés, frustrés, nihilistes. Ainsi
se prolonge par touches légères le racisme qui affirme la supériorité
occidentale dans tous les domaines. Les terroristes occidentaux, les
républicains irlandais, les etarras basques, la bande à Bonnot, les
anarchistes, la Fraction armée rouge… sont supposés intelligents, ils fondaient
leur action sur une expérience sociale, une théorie révolutionnaire, une
réflexion politique. Des aristocrates du terrorisme, des poètes de l’action
armée, que tout distingue du lumpen de la terreur.
Ne
pourrait-on pas nuancer une telle hiérarchie ? Que dans des sociétés
démocratiques où tous les moyens d’action politique existent : suffrage
universel, droit de manifester, liberté d’opinion, des groupes se réunissent et
décident que ces droits n’ont aucune validité, qu’il faut contourner les
processus de décision démocratique par des raccourcis meurtriers, et imaginer
qu’une telle stratégie puisse obtenir des succès témoigne pour le moins d’un
manque d’intelligence assez remarquable. Les combattants républicains et
basques étaient persuadés qu’ils pouvaient par la terreur changer les opinions
majoritaires, forcer les protestants d’Irlande à intégrer une Irlande
réunifiée, et ainsi construire une nouvelle Irlande socialiste et indépendante.
Ils imaginaient l’avenir comme celui du Vietnam, les derniers hélicoptères britanniques
s’envolant de Belfast avec les derniers soldats anglais. Que les etarras
basques aient pu imaginer obtenir la réunification du pays Basque, sa transformation
en pays indépendant et socialiste, en posant des bombes et en terrorisant les
quartiers semble aujourd’hui une monstrueuse bêtise.
Là où ces
groupes exerçaient un pouvoir sur leur communauté, ils n’étaient pas loin non
plus d’ineptes comportements. Les islamistes veulent imposer la charia. À Belfast,
les femmes de prisonniers étaient étroitement surveillées et la tonte punissait
les infidélités. Les jeunes délinquants étaient châties d’une balle dans le
genou (knee-capping), ainsi que les
vendeurs et les consommateurs de drogues.
L’ensemble
de ces activités ne témoigne pas d’une grande intelligence politique et
théorique. Elle se rapproche du comportement des djihadistes dont l’obstination
sans faille, le front têtu et la barbarie remplacent réflexion et discussion.
Concluons.
De deux choses l’une : ou bien nos terroristes occidentaux partageaient
avec les djihadistes une profonde débilité d’esprit, ou les djihadistes sont
tout aussi théoriciens et penseurs politiques que leur prédécesseurs blancs et
chrétiens.
À vous de choisir.
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