samedi 12 août 2017

qui se radicalise?


Le succès de Jim Corbyn au Royaume-Uni serait dû à une certaine radicalisation qu’on retrouve dans la gauche européenne. Je lis dans libération ce qui fait son succès. Louis Emmins a un double espoir : qu’avec Corbyn, on maintienne les allocations sociales pour son mari handicapé. Et elle espère la gratuité  des études supérieures pour son fils. Un autre électeur de Corbyn espère la renationalisation des chemins de fer et l’interdiction des contrats de travail à zéro heure.
En somme, les électeurs demandent pour la Grande-Bretagne l’alignement sur les protections sociales qui existent en France. Est-ce la social-démocratie qui se radicalise ou la gauche radicale qui se social-démocratise, comme en Grèce ou au Portugal, où elle a renoncé à demander la sortie de l’euro ?

vendredi 11 août 2017

cérémonie de l'oubli


Dans de nombreux pays du monde, après des grandes catastrophes, les sociétés organisent des cérémonies du souvenir. 11 novembre, 8 mai, journée de la déportation, Nagasaki, etc. Ces cérémonies sont importantes et l’on se rend compte de leur importance en étudiant les sociétés où les catastrophes ne sont pas commémorées. Pas de journée du Goulag en Russie, pas de journée de la Grande Famine en Chine.

Comment caractériser le Pays Basque français qui met en scène régulièrement des cérémonies de l’oubli ? À intervalles réguliers, des blanchisseurs de la terreur mettent en scène en accord avec les anciens bourreaux une grande lessive qu’il faut bien appeler la cérémonie de l’oubli. À Louhossoa, à Bayonne, en décembre prochain à Paris, seront à nouveau mises en scènes les nouvelles cérémonies de l’oubli. Il en faudra beaucoup d’autres pour oublier les 829 victimes de l’ETA.

jeudi 10 août 2017

libération


Mikel Irastora, en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », considéré comme l’un des derniers chefs de l’ETA, a été libéré mardi 8 août sous contrôle judiciaire.

Ainsi se confirme l’adage qui ne cesse de hanter les jours et les nuits des familles des 829 victimes de l’ETA : « on sort plus facilement de prison que du cimetière ».

mercredi 9 août 2017

mélenchon et le front




Je voudrais répondre à plusieurs correspondants qui s’indignent que je mette sur le même plan les insoumis et les frontistes. Premier élément de réponse : les « insoumis » ont pris la place du PCF et dans la forme comme sur le fond, Mélenchon est le moderne Marchais. Pour moi, ce n’est pas un compliment. Même assurance dogmatique, même mépris des adversaires (en vrac, les journalistes, les communistes historiques, les socialistes). Sur des points non négligeables, l’héritage stalinien du PCF se retrouve : sympathie pour des régimes indéfendables, refus de condamner les crimes staliniens au parlement européen, considérer la social-démocratie comme l’ennemi principal. Ce qui s’est exprimé à l’époque Marchais pour le « vote révolutionnaire » pour Giscard contre Mitterrand, et à l’époque Mélenchon, par l’abstention révolutionnaire au deuxième tour des élections présidentielles.

En admettant ces points, la question reste : pouvait-on hier mettre sur le même plan les communistes et les fascistes, aujourd’hui les insoumis et les frontistes ? Pendant longtemps, qui osait simplement un début de comparaison était mis au ban de la gauche. Puis on a osé, de plus en plus. J’ai écrit un livre sur le sujet : « Éloge de l’infidélité » où j’osais la comparaison.

Ce qui est commun à tous est le refus de considérer les libertés communes comme fondamentales. Cette communauté de vue permet de danser la valse avec des nazis autrichiens et la salsa au-dessus des prisons cubaines.

Sujet ancien et dépassé ? Non. Quand les chavistes mettent les opposants en prison ou massacrent les manifestants, un certain gauche hésite à condamner. Quand Erdogan et Poutine emprisonnent les journalistes et massacrent des manifestants, une certaine droite hésite à les condamner.

Plus important : entre la gauche radicale et la droite extrême se retrouve la même haine de l’Europe qui se manifeste par un repli sur l’hexagone.

Enfin, un élément qui n’a rien à voir avec la présente discussion : quand Mélenchon a affronté Marine Le Pen, il a été battu. Quand Macron a affronté Marine Le Pen, il a gagné.


lundi 7 août 2017

désenchantement




Désenchantement



Trois mois c’est peu.

J’ai soutenu Macron, j’ai voté pour lui, j’ai aimé la manière dont il a formé son premier gouvernement, dont il s’est débarrassé sans barguigner des ministres étonnés, dont il a su rassembler des compétences de gauche et de droite. Le gouvernement a été renouvelé, l’Assemblée nationale est fraîche. Dans le domaine des relations internationales, le président fait bouger les lignes. J’espérais dans le domaine politique la même invention. Je l’attends toujours. Après trois mois, je ne suis pas mécontent, je suis inquiet pour l’avenir.

Encore une fois, la pesanteur sociologique fait émerger des élites dont la première caractéristique est l’entre soi. Tous ces gens portent un uniforme. Pas dans leur vêtement, mais dans leur tête. Comment n’ont-ils pas vu collectivement qu’une ponction de cinq euros sur l’aide au logement aurait des effets désastreux ? Personne pour sonner l’alerte ? Par quels moules sont-ils passés pour être à ce point insensibles ?

Quand le ministre de l’intérieur parle des migrants, il évoque les organisations humanitaires d’un strict point de vue politique, froid, sans émotion, sans un mot pour saluer leur travail patient, sans un mot de sympathie. Répondre aux urgences ne ferait que rendre notre pays attractif aux gens en galère.  Ne méritent-ils pas un mot chaleureux pour leur travail ?

Sur la loi de la moralisation, ça marche. Pour la réforme du droit du travail, les choses avancent. Et pourtant je suis inquiet. Une machine sans âme qui ne fait pas vibrer.

Je voudrais leur dire à tous qu’ils s’inquiètent davantage des années qui viennent. Leur responsabilité est énorme et c’est l’aune de cette responsabilité qu’ils doivent travailler. Ne pensez pas petit. S’ils n’arrivent pas à l’emporter dans les têtes et dans les cœurs, c'est à dire à faire en permanence de la politique, il ne restera plus face dans notre pays que les impasses radicales et les haines extrêmes, les insoumis contre les frontistes. La politique, aujourd’hui, c’est d’abord éviter cet avenir-là.






samedi 5 août 2017

punir ou chanter?


En Irlande, dans les campagnes éloignées, la double signalisation s’interrompait parfois et ne restaient que les panneaux en gaélique que les touristes perdus recherchaient en vain sur leur carte routière.

Au Pays Basque dans les campagnes de l’intérieur, parfois de fougueux patriotes effacent les panneaux en français pour ne laisser que les noms basques indéchiffrables aux regards voyageurs.

Si on barbouillait de peinture noire les panneaux en gaélique ou en basque, personne ne se perdrait. Si on barbouille de peinture noire les panneaux en français ou en anglais, l’ombre de l’incompréhension s’abat sur une majorité d’excursionnistes. Telle est la réalité.

Comment faire ? La langue minorée n’est connue que par des bilingues. Elle ne se parle plus dans les cours de récréation ni devant les machines à café. Elle n’est plus indispensable. Les journaux en langue minorée feraient tous faillite s’ils n’étaient pas lourdement subventionnés. La plupart publient un mixte d’articles, basques, gaélique, français anglais.

Si les patriotes bascophones veulent se faire comprendre, ils doivent s’exprimer dans la langue majoritaire, Vous les défenseurs de la langue, regardez cette réalité. Posez-vous la question : pourquoi est-ce que je vais apprendre le basque ? Faites que ce soit un plaisir et pas un engagement politique, Faites que ce soit une ouverture et pas un sacerdoce. Une récompense et pas une punition. Une culture et pas une exclusion. Ne faites pas de la langue un carcan identitaire. Ne commencez pas par cette dérisoire maculation qui punit et exclut.


le pays basque est trop précieux pour l'abandonner aux abertzale


Le Pays Basque est trop précieux pour l’abandonner aux abertzale



         Les nationalistes étaient minoritaires en Pologne et le changement conduit par Solidarnosc fut salué joyeusement par tous les progressistes d’Europe. Ils sont maintenant majoritaires et piétinent les valeurs fondatrices de l’Union européenne. Quel rapport avec le Pays Basque ?

         Les nationalistes étaient minoritaires en Turquie et ils sont désormais au pouvoir. Ils célèbrent l’inscription des valeurs religieuses dans les lois civiles et clivent les Turcs en « vrais » ou « faux » citoyens. Erdogan veut analyser l’ADN des députés germano-turcs qui ont voté pour la reconnaissance du génocide arménien. Quel rapport avec le Pays Basque ?

         Les nationalistes flamands creusent toujours plus profond la division de la Belgique, en s’appuyant surtout sur des revendications linguistiques qui dessèchent la langue et la transforment en outil politique. Quel rapport avec le Pays Basque ?

         Les nationalistes irlandais, catholiques et protestants, ont réussi à force de crimes et de sectarisme, à diviser profondément la société nord-irlandaise.Le président du Sinn Féin, Gerry Adams, est accueilli avec enthousiasme par les patriotes basques.

         Les nationalistes corses étaient minoritaires et ils dirigent désormais l’île. Leurs priorités : amnistie pour les prisonniers corses, officialisation de la langue corse, statut de résident. Ils partagent les Corses en « vrais » citoyens et les « faux ». Les abertzale célèbrent dans leurs publications et dans leurs discours les progrès des nationalistes corses qu’ils donnent en exemple.

         Les nationalistes basques sont minoritaires au Pays Basque français mais ils ont réussi à faire voter une intercommunalité basque dont la seule légitimé est d’ordre identitaire. Le président de la nouvelle communauté se nomme Lehendakari. La nouvelle communauté officialise la langue basque, négocie avec l’ETA pour un désarmement de théâtre, demande l’amnistie des prisonniers en ignorant leurs victimes. Une carte de résident n’est pas encore envisagée.

         Actuellement, le Pays Basque est ouvert au monde, par son économie, par sa culture. Il brille par ses festivals du film latin, par les ballets Malendain, par son tourisme éclectique, par ses écrivains et ses artistes. Si les nationalistes viennent au pouvoir, ils transformeront le basque en langue administrative, demanderont que les crédits soient réservés aux artistes basques. Ils voudront une université de plein exercice, comme celle de Corte où le seul syndicat étudiant est le syndicat nationaliste qui obtient 90 pour cent des voix aux élections.

         Le danger est là. Le Pays Basque est menacé de repli sectaire, de renfermement culturel, d’isolement politique.

         Le danger pour le Pays Basque n’est pas un nationalisme militant : il a toujours été présent. Le danger est l’indifférence, la passivité ou le suivisme à son égard. Les élus, les partis non nationalistes, les associations se précipitent pour être au premier rang des soins palliatifs aux etarras épuisés. Ils soutiennent les aspirations patriotes. Demain, ils diront qu’ils n’ont pas voulu ça.


vendredi 4 août 2017

oublier




Xabi Larralde a témoigné en faveur des meurtriers de deux gardes civils à Capbreton, en avril 2013. « Si la Nation basque existe, elle doit avoir les mêmes droits que les autres États. Le constat qui s’impose aujourd’hui est que du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas une génération de jeunes basques qui n’aient pas pris les armes pour revendiquer des droits qu’ils jugeaient légitimes ».

Telle est la justification de la lutte armée de l’ETA. Les États français et espagnols sont des états impérialistes qui refusent au peuple basque le droit à l’auto-détermination. L’ETA a engagé sa lutte armée sous le régime de Franco et ses actions étaient alors largement légitimées par l’absence de démocratie en Espagne. Après la mort de Franco et il fallut justifier la poursuite de la lutte armée. La mort de Franco n’avait rien changé : France et Espagne restaient des nations impérialistes.

La difficulté politique est la suivante. L’ETA a renoncé à la lutte armée en 2011. Le caractère impérialiste des états espagnol et français est toujours dénoncé dans les mêmes termes. Si l’impérialisme est le même, pourquoi arrêter la lutte armée aujourd’hui ? En renonçant à la lutte armée en 2011, l’ETA condamne à postériori ses activités terroristes. C’est pourquoi il est si difficile d’arrêter. Comment appartenir à la première génération de jeunes basques qui ne prend pas les armes pour revendiquer des droits qu’ils jugent toujours légitimes ?

C’est pourquoi il est si important de légitimer par des gestes symboliques les actions de ceux qui sont toujours considérés comme des héros ou des martyrs. C’est pourquoi les manifestations pour les prisonniers, les rassemblements pour un désarmement factice sont cruciaux. Il s’agit d’oublier que l’ETA déclare en cessant le feu, qu’elle a été pendant cinquante ans une organisation de forcenés ineptes pour qui le fusil et la bombe tenaient lieu de réflexion.


mercredi 2 août 2017

traductions


Traductions

SORTU, (les abertzale radicaux, EH Baï en France) a organisé une manifestation devant le consulat espagnol de Bayonne suite à la mort de Kepa del Hoyo, mort d’une crise cardiaque pendant un entraînement sportif dans la cour de sa prison.

Xabi Larralde dénonce l’éloignement des prisonnier du Pays Basque. Kepa était condamné, dit-il pour sa militance au sein de l’ETA ». Gabi Mouesca déplore « le stress permanent que génère la détention. Forcément, ça a un impact sur la santé ».



Kepa emprisonné pour militance ? L’ETA est une organisation terroriste militaire. Les etarras se considèrent comme des soldats. Donc Kepa a été condamné pour appartenance à une organisation terroriste, pas pour « militance ». Xabi Larralde insulte les patriotes en armes en les réduisant à de simples « militants ».

Miguel Angel Blanco, un élu du Pays Basque espagnol,  est mort après avoir été kidnappé et torturé par l’ETA. Gabi Mouesca n’a jamais condamné le « stress permanent » qu’a généré sa détention. Pourtant, un kidnapping par l’ETA « ça a un impact sur la santé ».

Xabi Larralde dénonce l’éloignement des prisonniers du Pays Basque. Yoyès a été  abattue en plein marché, devant ses enfants, parce qu’elle était revenue au Pays Basque. L’ETA lui demandait alors de s’éloigner. Comment s’y retrouver si certains meurent d’être éloignés et d’autres de se rapprocher ?



Ne chipotons pas. Retenons les bonnes nouvelles. D’abord, ils n’étaient que 70 à manifester, à peine le double des etarras qui se cachent encore. Ensuite, on ne signale la présence d’aucun élu, ceux qui manifestent sur recommandation de l’ETA pour l’aider à désarmer. Ces idiots utiles sont peut-être en vacances, peut-être qu’on les retrouvera derrière Xabi Larralde et Gabi Mouesca à la prochaine occasion. Mais à Bayonne, ils n’étaient pas là. Ni Michel Veunac, ni Vincent Bru, ni Max Brisson, ni Jean Etchegarray, ni Frédérique Espagnac. Saluons leur courage.

mardi 1 août 2017

on l'appelait l'emmerdeur




On l’appelait l’emmerdeur.







Une maison est incendiée à Hélette par de jeunes patriotes pour qui le Pays Basque n’est pas à vendre. Le maire d’Hélette proteste : les propriétaires étaient une bonne famille basque qui envoie ses enfants dans une ikastola. Une lettre ouverte protestant contre l’incendie recueille trente signatures, dont cinq conseillers municipaux de Biarritz. Pas une ligne de cette lettre dans les journaux locaux.


Un projet de bétonnage de la plage Marbella à Biarritz est contesté par huit mille signatures. Tous les jours ou presque, la presse locale rend compte de la fièvre. Le projet est retiré, on se congratule.


En 1960, au Lycée Saint-Louis, le proviseur marie sa fille. Cérémonie religieuse dans la chapelle du Lycée, sortie de la messe encadrée par les Cyrards en tenue. À l’époque, la classe de Saint-Cyr était connue pour ses sympathies à l’égard de l’OAS. J’envoie une lettre publique de protestation. Je suis convoqué par le proviseur, mes collègues me reprochent d’avoir troublé la tranquillité d’un établissement prestigieux.


Au mois de décembre prochain, une nouvelle cérémonie de soutien à l’égard des patriotes basques emprisonnés rassemblera tous les partis, tous les élus, anciens et nouveaux. Ils piétineront les tombes des cibles de l’ETA. Je porterai ma pancarte « je réclame pour les prisonniers basques les droits que l’ETA a refusés à ses victimes ».