vendredi 14 décembre 2018

une réunion d'un comité en marche à Biarritz.


Biarritz. Réunion de La République en Marche 13/12/18.

 

 

Si j’ai bien compris la convocation, il ne fallait pas donner trop de publicité à la réunion du comité La République en Marche de Biarritz. Elle aurait pu être dérangée. Par les temps qui courent. 

 

Effarement. Je me rappelle il y a trois ans. Une réunion du PS perturbée par la CGT et les abertzale. Nous nous sommes réunis dans un jardin privé. J’ai demandé un communiqué de protestation public. Frédérique Espagnac m’a répondu : Protester « c’était mettre de l’huile sur le feu ». Il n’y a pas eu de protestation. Au Pays Basque français, on est habitué à courber l’échine devant les coups de force.

 

Vincent Bru député de la république s’incline devant les artisans de la paix, il inaugure une sculpture de la honte. Cinq citoyens manifestent contre la sculpture. Il s’incline devant les parapluies et dit haut et fort que le ralliement aux artisans de la paix était, je cite, une « connerie ». Guy Lafite écrit courageusement un texte contre la dérive identitaire de La République en Marche 64 dirigée par Loic Corrégé. Loïc Corrégé met le texte à la poubelle. Guy Lafite garde courageusement ce texte dans la poche. Il me dit courageusement qu’il aurait dû le publier.

 

Tant de courage m’impressionne.

 

On discute des gilets jaunes. On dit qu’il est impossible de discuter avec eux. Qu’ils disent tout et son contraire. Mais la question n’est pas là. La question pour ceux qui gouvernent, pour ceux qui se battent contre les extrêmes de gauche et de droite, la question est de comprendre le mouvement, et ensuite d’intervenir, ne pas se taire.

 

Je me rappelle. Excusez-moi d’avoir des souvenirs. J’avais quitté le PCF pour le PS et je constatais  à quel point les militants socialistes étaient impressionnés par les militants communistes. Leur détermination, leur engagement. Ils donnaient la parole aux ouvriers alors que le PS était composé de petits-bourgeois, d’enseignants. Ceux dont Karl Marx et Lénine dénonçaient le pusillanime. Dans les réunions du PS, j’ai expliqué qu’il fallait répondre, ne pas se laisser impressionner, que le réformisme avait fait pour les ouvriers beaucoup plus que toutes les phrases révolutionnaires.

 

Je retrouve cette fascination devant le mouvement des gilets jaunes. Gavroche sur les barricades est beaucoup plus tendance qu’un syndicaliste qui entre à l’ENA. C’est comme ça que les gens d’en haut aiment le peuple : inorganisé, inarticulé, incapable de gouverner.

 

Mais haut en couleur. Enfin les gens qui ne parlent pas prennent la parole. Il faut les entendre.

Beaucoup de responsables, syndicaux, intellectuels, économistes, des amis du président, mettaient en garde contre l’aspect unilatéral de la politique économique ; Personne ne les écoute. Les niais. Ils auraient mis un gilet jaune,  pris une boule de pétanque et brisé la vitrine de la bijouterie Boucheron place Vendôme, on les aurait écoutés.

 

Pouvait-il faire autrement ? Le gouvernement ne dispose d’aucun mouvement, d’aucun parti. Des militants qui seraient prêts à mener une bataille politique contre ce glissement vers une situation à l’italienne.

 

Tant que cette situation durera, tant qu’il n’y aura personne entre le gouvernement et la société, le gouvernement sera démuni devant un mouvement social déterminé.

 

Notamment pour les prochaines élections municipales. Tant de questions qui ne pourront jamais être affrontées par des cercles mystérieux. Tant de questions qui doivent être discutées par le plus grand nombre : l’hôtel du Palais, faut-il le conserver ou le vendre ? Les logements sociaux : faut-il mener campagne ? La question des alliances. Avec qui ? Avec les abertzale, qui ont décidé de présenter leur liste ? Sur quel programme ? La place de la langue basque dans les écoles. Actuellement, Vincent Bru se trouve du côté de Seaska contre le ministère de l’éducation nationale. On en discute ?

 

Allons-nous laisser quelques élus discuter de tout ça ? Faudra-t-il  mettre des gilets jaunes pour être entendus ?

 

 

mardi 11 décembre 2018

qui va tirer les bruns du feu?


Qui va tirer les bruns du feu ?

 

Ce jour est un jour noir. Pendant des mois et des mois, venus du mouvement La République en Marche, des élus, des syndicalistes, des économistes, des militants, des adhérents, ont mis en garde le gouvernement : la politique économique est déséquilibrée. Personne ne les écoutait. Il ne s’agissait pas d’ennemis du président, mais d’amis, qui manifestaient une certaine inquiétude.

 

Une manifestation de cent mille personnes, avec gilets jaunes réclament des mesures pour les plus démunis. Non, ce n’est pas exact. Quelques milliers de personnes en colère mettent le feu aux voitures, pillent les magasins, quelques dizaines de personnes en gilet clament leur volonté de rester inorganisés, refusent de discuter, réclament la dissolution, la mort du tyran, la révolution. La précision est importante, parce que s’il n’y avait pas eu ces scènes d’émeutes urbaines, s’il n’y avait eu que des manifestants pacifiques, les aurait-on écoutés ?

 

La France insoumise qui n’a jamais accepté le résultat des élections de 2017 soutient. Elle croit tenir sa revanche. Une avant-garde déterminée peut faire l’histoire. Elle est désorganisée, inarticulée, incapable de gouverner. Mais elle peut enfoncer la porte et les insoumis suivront. Eux sont organisés, articulés, et tout à fait capables de plonger le pays dans le chaos. Le RN suit. Les bruns voient se développer et s’exprimer un peuple comme ils l’aiment. Eloquent comme Trump, conservateur comme Bolsonaro, xénophobe comme Salvini. Le vent de l’histoire souffle, dit-elle.

 

Le pouvoir en place est tétanisé. Il ne dispose d’aucun parti qui puisse mener campagne, une campagne politique, contre les gilets jaunes. Quelques députés La République en Marche, rares, vont discuter avec les gilets jaunes, la plupart du temps pour leur donner raison.  

 

Mais raison sur quoi ? Les gilets jaunes sont un mouvement insurrectionnel qui veut annuler les élections et mettre à la place pour gouverner ceux qui ont perdu les élections, c'est à dire Mélenchon et Le Pen. Les cinq étoiles et la Ligue du Nord. S’ils disaient vrai, le mouvement aurait cessé le jour de l’annulation de la hausse du carburant. Mais à chaque concession montent les revendications. Maintenant, il faut quitter l’Europe. Il faut une nouvelle assemblée. Il faut effacer les élections.

 

Il est temps de réagir.

dimanche 9 décembre 2018

ce qui se joue


Ce qui se joue

 

            Nos sociétés sont traversées par des intérêts différents, souvent contradictoires. Ceux qui occupent les meilleures places, qui cumulent les privilèges, (aristocratie, caste, hommes, clans…) tentent par tous les moyens de conserver ces places et ces privilèges.

 

            Ces moyens peuvent être la force et la terreur, longtemps utilisées et encore utilisées en de nombreux endroits, mais en recul. La terreur coûte cher. Il faut payer des mercenaires qui réclament toujours plus. Elle empêche la société de respirer, de se développer.

 

            L’autre moyen est la redistribution. Le pouvoir agit comme agent de répartition des richesses matérielles et culturelles pour qu’une partie importante de la population partage les places et les privilèges. C’est le système qui domine dans les pays développés. Le résultat est clair : la majorité de ses citoyens ne veut pas la révolution. Ils ont le sentiment sage qu’ils ont plus à perdre qu’à gagner dans l’aventure.

 

            La lutte des exclus contre les privilégiés peut prendre des formes différentes. Elles s’inscrivent dans deux grands courants. Le premier considère que les nantis n’abandonneront leur pouvoir et leurs privilèges que par la contrainte. La seconde considère que la meilleure solution n’est pas l’élimination de l’adversaire, mais le compromis, le dialogue. Ce deuxième courant considère que l’adversaire fait partie de la solution. Les premiers sont des révolutionnaires, les seconds des réformistes ».

 

            Ces termes sont modernes. Dans l’histoire de l’humanité que nous n’avons pas connue, les conditions et les moyens du réformisme n’existaient pas. Il n’y avait ni négociations, ni compromis. Pas de lieux d’expression et de discussion. Ne restaient que les émeutes, les assassinats, les guerres. Le réformisme et la révolution sont apparus avec les régimes démocratiques qui offraient le choix aux peuples. Dans les rapports de domination coloniaux, le développement d’institutions démocratiques crée des espaces de discussion sur les voies de la libération. Certaines colonies utilisèrent le vote pour accéder à l’indépendance. D’autres furent contraintes ou choisirent la voie armée. L’Inde, l’Afrique du Sud, la Guinée, l’Algérie connurent des périodes d’alternance de ces voies. Chez les Noirs d’Afrique du Sud, aux Etats-Unis, les catholiques en Irlande du Nord, s’opposèrent des partisans de la voie armée et de méthodes démocratiques. Le seul mouvement social de libération qui ne fut pas traversé par ces discussions fut le féminisme, jamais tenté par la violence meurtrière, par l’élimination de l’adversaire masculin, si l’on excepte Valérie Solanas et sa société « SCUM », société pour émasculer les hommes. Les très radicales Femen ne mettent en danger qu’elles-mêmes dans leurs actions considérées comme les plus radicales.

 

            La possibilité du réformisme n’empêche pas l’émergence d’actions plus radicales. La domination en régime démocratique n’est pas moins violente parce qu’elle est devenue légale. Les assignations sociales par le quartier, par la famille, par l’ethnie, pèsent terriblement sur les destins individuels. Pour les soulever par des moyens légaux, il faut organiser le nombre, apprendre à gouverner. Un chemin long, difficile.  

 

            C’est pourquoi il y a toujours des périodes où les dominés ont cherché des raccourcis pour sortir de leur situation. Des actions militaires violentes, des émeutes qui expriment la colère devant ceux qui occupent les meilleures places. Ces mouvements sont généralement réprimés violemment et leur conséquence dans l’histoire est de fournir des martyrs, des héros, des récits admirables qui fouettent les mémoires des classes dominées. Lorsque ces mouvements sont assez forts pour accéder au pouvoir, ils aboutissent à des catastrophes. Mouvements fascistes ou communistes, ils ont tous permis aux pires d’entre nous d’occuper des places décisives aux dépens des intérêts les plus généraux. Faut-il énumérer ces catastrophes ? Faut-il désigner les lieux et les pays où elles continuent d’exercer leur sinistre pouvoir ?

 

            Ce rappel permet peut-être de comprendre la fascination des élites pour les émeutes sans issue. Elles considèrent qu’elles ne peuvent pas déboucher sur changements fondamentaux, sur des modifications profondes des lieux de pouvoir, de propriété, de privilèges. Les gilets jaunes ne menacent pas les pouvoirs en place. Ils ne menacent pas les propriétaires d’entreprise, les actionnaires majoritaires, les élites médiatiques. Ils donnent un spectacle et une sensation de danger qui procure de délicieux frissons.

 

            Comparez la violence des réactions à l’égard des mouvements sociaux qui font réellement bouger les lignes. Le féminisme est encore une fois un bon exemple. On admirerait sans doute des femmes martyrs, on admire moins les femmes qui réclament et pire encore, obtiennent, la parité dans les partis politiques et les conseils d’administration, ou l’égalité des salaires. On est fasciné par les émeutes dans les « quartiers », émeutes sans danger, mais quelle violence dans le rejet de la discrimination positive, de l’ouverture des grands établissements à des jeunes issus de ces mêmes quartiers !

 

            Pour les nantis, Gavroche sur une barricade est plus sympathique qu’un syndicaliste à l’ENA.

jeudi 6 décembre 2018

angoisse


Inquiétude, angoisse. L’Italie a glissé. Donald Trump et Vladimir Poutine se moquent d’Emmanuel Macron. Salvini glousse. L’Iran conseille à la police française plus de modération.  En trois semaines, la situation nous échappe. Quand avons-nous déjà partagé l’angoisse du sablier incapable de retenir l’écoulement des grains ?



Personne ne maîtrise plus rien. Dans les lycées, les proviseurs disent que les militants connus sont complètement dépassés. Ils tentent de reprendre la main en durcissant les revendications mais que glissent-ils exactement à l’oreille de leur camarade de classe met le feu à la poubelle du concierge ? L’autre n’écoute pas. Mettre le feu n’est plus un spectacle, c’est une politique. « On a raison de révolter ».



La guerre d’Algérie et le coup d’état de 1958 ? Tout le monde sauf les communistes s’était rallié. 80 % de oui au référendum. Il y eut de la colère, de l’engagement, des discussions serrées. Un moment la terreur de l’OAS, massivement rejetée par la société entière. Mais pas l’angoisse de l’inconnu.



1968 ? Partout on discutait. Un piéton s’arrêtait pour demander du feu, l’autre sortait son briquet, dans la minute qui suivait, cinquante personnes se mettaient à discuter. Partout on parlait. Des discours fous ou rationnels, des conférences dans la rue. On se levait le matin le cœur léger, on savait que mille fois dans la journée, on aurait l’occasion de se mêler au grand chambardement. Les partis se réunissaient, ça refaisait le monde. Un moment des attentats terroristes, massivement rejetés.



Aujourd’hui, cette agitation ressemble aux mouvements de foule qui de manière régulière bousculent les pays où les institutions ne fonctionnent pas. Où il n’y a pas d’assemblée élue, pas de gouvernement responsable, pas de constitution. Le seul fait de manifester est une déclaration. Ici, chez nous, le gouvernement gouverne, l’assemblée discute du budget, les partis s’opposent et tout se passe comme si rien de tout cela n’existait. Les responsables veulent rencontrer des manifestants qui leur échappent. Les responsables décident de ne pas décider. Ils suspendent, ils annulent, ils repoussent.



Pour le moment, la police intervient contre les casseurs. Mais la classe politique d’opposition est en déroute. Ils ne peuvent exister qu’en encourageant les émeutiers à l’émeute. La droite qui représente la loi et l’ordre, la hiérarchie et les privilèges, applaudit quand des boutiques sont pillées, des officiers de police bousculés. La gauche révolutionnaire, les insoumis, plongent dans le courant et découvrent la droite identitaire. Les ministres et les députés de la majorité se battent sur les plateaux de télévision, mais se battent contre qui ?



Le plus inquiétant encore est le silence. La majorité des citoyens français ne souhaite pas la révolution. N’approuve pas les violences insurrectionnelles. Mais elle se tait. Une poignée d’élus de la majorité présidentielle tente de dialoguer. On détruit leur permanence à coups de masse.



En écho, le général de Villiers nous explique ce qu’est un chef. Sale temps.




mercredi 5 décembre 2018

LR et PS dans le même bâteau


Sud-Ouest 5 dec 18. Elections professionnelles. LAB syndicat basque, demande pour les fonctionnaires territoriaux une commission paritaire de la communauté d’agglo, indépendante de la commission paritaire des Pyrénées Atlantiques. « afin que les carrières ne soient plus gérées par Pau ».

 

LAB est un syndicat de salariés se réclamant du courant de gauche séparatiste basque abertzale. Il est principalement implanté dans la partie espagnole du Pays basque mais compte quelques sections dans la partie française. « Commissions ouvrières nationalistes ». Proche des indépendantistes de Sortu ou EH Baî. Moins de vingt pour cent aux élections  professionnelles.

 

 

Les sénateurs Max Brisson et Frédérique Espagnac demandent une CIC propre à la communauté d’agglo. Une CIC basque. Pays Basque et Béarn sont des bassins économiques propres. Le président Garetta suivra de près le vote des élus « basques »  qui évitera, espère-t-il un « jacobinisme exacerbé ».

 

Voilà au moins un point où patrons et syndicats du Pays Basque sont d’accord. Pour que la défense de leurs intérêts se mène à l’échelle du Pays Basque. D’un Pays Basque français.

 

Etrange. Cet adjectif qui s’ajoute. Des ouvriers, des salariés, des chefs d’entreprise industrielle et commerciale souhaitent comme le syndicat LAB une CIC identitaire.

 

            Des organisations syndicales dont le nom est suivi d’une désignation communautaire (nationale, ethnique, religieuse) correspondent généralement à des revendications d’indépendance ou des affirmations culturelles. Il y eut en France des syndicats chrétiens. Il y eut des syndicats juifs qui correspondaient à la revendication d’un état (le Bund). Que les nationalistes revendiquent des chambres de commerce et des syndicats nationalistes est dans la logique de leurs revendications d’’indépendance d’ « un Pays Basque réunifié ». Mais que des élus républicains ou socialistes soutiennent cette revendication « contre le jacobinisme exacerbé » est plus surprenant. Est-ce que Max Brisson et Frédérique Espagnac soutiennent la revendication d’indépendance du Pays Basque français ?

mardi 4 décembre 2018

Trop tôt pour le dire?


Il est trop tôt pour le dire.







            Les manifestations contre les projets de réforme du travail portés par Myriam El Khomri étaient autrement massives. François Hollande a tenu bon et sa fermeté a ouvert le chemin d’une nouvelle donne politique, celle d’Emmanuel Macron.



            Sur la politique économique et sociale du nouveau président, des syndicats réformistes, des économistes qui avaient contribué au programme de La République en Marche, des personnalités de la gauche et du centre réformiste et progressiste, avaient mis en garde contre le déséquilibre de la politique mise en œuvre. Ils ne furent pas entendus.



            Quelques milliers de manifestants ont mis le feu à des voitures, pillé des magasins, saccagé des préfectures. Le gouvernement entend leur colère, remise ses projets immédiats. Si les cent milliers de manifestants en jaune n’avaient rien cassé, les aurait-il entendus ?



            Les succès et les échecs de François Hollande ont ouvert la voie à Emmanuel Macron.



            Les reculs du nouveau pouvoir devant les incendies risquent d’ouvrir la voie à d’autres héritiers moins acceptables.

lundi 3 décembre 2018

ne pas flatter la bêtise








Des hommes et des femmes incendient des voitures, pillent des magasins, caillassent les forces de l’ordre, incendient des meules de foin, mutilent le bétail. Dans l’histoire, cela s’appelle émeutes,  insurrections, jacqueries, révoltes paysannes ou urbaines. Si les émeutiers, les incendiaires, obtiennent un appui de la société, de partis politiques, d’intellectuels, d’églises, leur mouvement devient politique. S’ils restent isolés, leur mouvement ne pose qu’un problème de police.



Nous sommes effarés devant les scènes de « guérilla urbaine ». Dans un pays démocratique, les élections, le droit de manifester, de faire grève, offrent régulièrement les moyens d’exprimer une opinion, une révolte. En quelques images, en quelques journées, ce pays démocratique est rabaissé au rang de nations en formation, où les résultats électoraux sont contestés et régulièrement suivis par des affrontements meurtriers. Des pays où rien ne fonctionne, ni l’état, ni les services sociaux, ni les hôpitaux, ni les écoles. Où la police et l’armée sont aux mains de chefs de bande. Ces images sont profondément dérangeantes car elles nous bousculent, elles nous rabaissent, elles nous dévaluent. Nous devenons objets de curiosité dans le monde entier. Il y eut naguère les images d’émeutes dans les banlieues qui nous dérangeaient pareillement, mais moins, parce que ces territoires étaient considérés par beaucoup comme « territoires perdus de la république », pas tout à fait intégrés. Alors que ces derniers jours, nous voyons ce qui apparaît comme la « France profonde », débarquer dans l’avenue symbole de la réussite économique, dans les quartiers symboles du pouvoir et se conduire comme des émeutiers de pays sous- développés.



Nous avons du mal à nous retrouver parce que le nombre de gens qui parlent à la place des gilets jaunes dépasse de loin leur parole sans filtre. Quand on les écoute, à la radio ou à la télé, on perçoit qu’ils sont en colère, qu’ils n’y arrivent plus, ils refusent la taxe sur le diesel, la limitation de la vitesse à 80kmh. Les moyens qu’ils énoncent parfois pour atteindre cet objectif sont la dissolution de l’assemblée nationale, la démission du président Macron, des référendums sur différents sujets. Jamais dans ces moyens réitérés on ne trouve l’incendie des voitures ou le pillage des magasins. Pourtant, les interviewés ne condamnent pas les violences urbaines, disent les comprendre tant a colère est grande.



Pour appréhender l’approbation affirmée par les instituts de sondage pour les actions des gilets jaunes, il faut une comparaison toute simple avec le traitement de l’information sur les émeutes des « quartiers ». L’accent était mis sur les violences, les incendies de voitures. La condamnation était unanime, tous partis confondus. Les medias recueillaient la parole des commerçants pillés, des mères éplorées, des enseignants indignés. La condamnation était tellement unanime que les instituts de sondage n’ont jamais évalué le niveau de soutien des émeutiers. Personne ne leur demandait tant la réponse paraissait évidente. Dans le cas des gilets jaunes, la sympathie est si forte, si universelle qu’il faudrait une capacité de résistance exceptionnelle pour ne pas se joindre au chœur des sympathisants. Tables rondes avec des historiens, des sociologues, des politologues où des paroles qui ne seraient pas en harmonie avec le courant dominant sont exceptionnelles. Voire absente. Même les représentants du gouvernement pourtant au banc des accusés disent qu’il faut comprendre, qu’il faut dialoguer, qu’il faut prendre en compte.



Ces événements nous posent quelques questions, sur la politique, sur les partis et syndicats. Le peuple disent-ils. Dans une société traversée par de multiples conflits, sociaux, économiques, culturels, si nous ne voulons pas vivre en permanence dans la guerre civile que décrivait Hobbes, il nous faut organiser les négociations, apprendre les compromis, ne pas considérer la politique comme une guerre civile froide où le succès passe par l’élimination de l’adversaire. Cet apprentissage est tout récent. Dans les premiers temps de la révolution industrielle, toutes les formes d’organisation des salariés étaient considérées comme séditieuses et punies par la loi. Une réunion de trois ouvriers qui se réunissaient pour comparer leur salaire suffisait pour les envoyer au bagne. La loi Le Chapelier (1791) interdisait les syndicats. L’Irlande était renommée au 19ème siècle pour la violence de ses paysans. Les historiens ont découvert que parmi  ces « violences », se trouvaient comptabilisées les lettres, souvent écrites par le curé de la paroisse, où les paysans demandaient poliment la réduction du loyer de la terre. Ces lettres étaient considérées comme insurrectionnelles. Les statistiques de la violence s’envolaient.



Reste que le monde paysan était violent parce que les structures de négociation étaient absentes. Quand le loyer de la terre était si élevé qu’il réduisait les fermiers à la famine, les récoltes flambaient, les bétails étaient mutilés, les régisseurs étaient parfois assassinés. Si ces incidents se multipliaient, les propriétaires baissaient le fermage. Ce que l’historien Eric Hobsbawm appelait « la négociation collective par l’émeute ». Michael Davitt, l’organisateur de la Ligue agraire, au dix-neuvième siècle disait les choses crument : si vous voulez que cesse la violence agraire, encouragez les fermiers à s’organiser et négociez avec leur organisation.



Ainsi se sont constitués les groupes de défense des intérêts collectifs. Syndicats ouvriers, coopératives, syndicats paysans. Portés par les militants, encouragés parfois par les classes dominantes qui préféraient négocier que d’affronter des émeutes sans issue. Ces organisations étaient les universités des classes laborieuses. On y apprenant les formes de lutte, les manières de négocier, l’art de gouverner. Elles avaient leurs écoles, leurs centres de formation. Des intellectuels, des sociologues, des historiens, des écrivains, participaient à leur montée en puissance. Des partis politiques, travaillistes, socialistes, sociaux-démocrates ou communistes, parachevaient leur formation.



Les gilets jaunes nous ramènent à l’aube des mouvements ouvriers, à la préhistoire des mouvements sociaux. Revendiquant l’absence d’organisation, dépourvu d’intellectuels organiques, si l’on excepte Alain Finkelkraut et Brigitte Bardot, ils n’existent que dans le spectacle. Les incendies ne sont pas un accident. Ils poursuivent un spectacle couleur de feu.



L’action politique est difficile. Il ne suffit pas de slogans (slogan est un terme gaélique qui signifie cri de guerre). Il faut se hisser au niveau de connaissances et de maîtrises de compétences qui permettent d’affronter ceux qui se contentent de naître au bon endroit. L’émeute donne l’illusion qu’il est possible de contourner la formation nécessaire. Porter le gilet jaune vaut tous les diplômes, toutes les formations. Vous mettez un gilet jaune, vous criez « Macron démission » et « j’en ai marre », vous accédez à la notoriété. De même que les actions terroristes permettent d’éviter tous les efforts pour accéder à la maitrise et à la connaissance du monde. Sans aller jusqu’à la terreur, la calle borroka au Pays Basque espagnol ou les émeutes urbaines en Irlande du Nord étaient considérées par la gauche patriote comme de bonnes écoles de formation pour futurs militants. La qualité intellectuelle n’était pas garantie, mais la détermination pouvait être évaluée.



Ce qui est inquiétant n’est pas l’existence de manifestants plus ou moins violents. Ce qui est inquiétant est la légitimation de leurs actions par des hommes responsables, par des intellectuels, par des partis. Ceux qui les flattent. Ceux qui leur disent vous représentez le peuple, allez sur les Champs Elysées même si c’est interdit. Laurent Wauquier, Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen. Les médias peut-être, en extase devant des manifestants qui ne menacent pas leurs privilèges. Tous retiennent leur progéniture, les enferment à la maison, parce qu’ils savent que s’ils manifestent, s’ils sont arrêtés, s’ils sont condamnés, ils auront un casier judiciaire qui les empêchera d’accéder aux plus hautes fonctions. Mais le peuple tel qu’il le fantasme se fiche bien des futurs concours.  Je ne me lasserai jamais de dire et de répéter ce qui n’est pas  un secret : dans la France de mai 1968, tout était arrêté. Mais rien ni personne n’a empêché que se tiennent les concours d’agrégation, les concours d’entrée aux grandes écoles. Tous les professeurs qui encourageaient leurs étudiants à construire des barricades n’ont jamais manqué à l’appel pour recruter les futurs normaliens ou polytechniciens.



Les événements de cette fin d’année renforcent mes convictions sur deux points : il ne faut jamais flatter l’ignorance, les préjugés, la méfiance à l’égard du travail intellectuel. Nous assistons à la naissance d’un électorat qui a porté ailleurs au pouvoir Trump, Bolsonaro, la ligue du Nord en Italie, le Brexit en Grande Bretagne. Un électorat qui se met en place devant nos yeux à force de flatterie. Si tout le monde dit bravo aux fronts têtus, comment voulez-vous que ça ne leur monte pas à la tête ?



Deuxièmement : il faut que le pouvoir et de ce point de vue, la victoire d’Emmanuel Macron n’a pas fait avancer les choses, il faut que le pouvoir intègre dans ses rangs des hommes et des femmes qui ont été formées dans les universités populaires que sont syndicats et associations. Et des intellectuels qui s’acharnent à comprendre la société où nous vivons. Qui se donne ainsi les moyens de mener ainsi une bataille politique contre la bêtise et les préjugés.

L’état actuel de La République en Marche n’incite pas à l’optimisme.


samedi 1 décembre 2018

impossible déconnexion.


Si je déconnectais mes réflexions, mon écriture, ce qui ressemble à un travail intellectuel, du monde tel qu’il va, si je trouvais dans l’alignement des mots un plaisir pur, jamais gâché par le lien entre ce plaisir et le monde tel qu’il est, si je trouvais dans les lettres qui défilent la même ivresse que dans l’alcool, un plaisir détaché du monde, détaché même de la lecture par d’autres lecteurs que le lecteur écrivant, si je trouvais dans le défilé des mots une satisfaction sans lien avec leur publication, avec leur effet sur le monde tel qu’il roule, alors tout deviendrait facile. L’écriture deviendrait une drogue et tout drogué sait qu’il éprouve du plaisir à s’injecter un produit excitant sans se poser de question sur l’effet que peut produire cette injection sur le monde tel qu’il tourne.

Les malheurs du monde c'est à dire les miens, car je ne peux concevoir les malheurs du monde que comme l’agrandissement, la photocopie de mes malheurs individuels, les malheurs du monde donc viennent dans ce lien qui a été construit dans la famille, dans les écoles, dans les bureaux, dans les défilés. Certains plaisirs sont précieux parce qu’ils n’ont aucun lien avec le monde tel qu’il tourne. Plaisir d’amour, par exemple, est précieux, parce qu’il est d’une pureté de diamant, il ne recherche pas le spectacle, la scène, il se fiche du monde tel qu’il roule, il est plus pur que toutes les fumées, tous les shoots. Il ne demande rien d’autre que sa répétition, sa durée. Il ne se soucie guère de son influence, il ne cherche pas à être reproduit sur écran ou sur toile.

Malheureusement, la plupart des gens qui parlent, et j’en fais partie, la plupart des gens qui écrivent, et j’en fais partie, la plupart des gens qui chantent et qui dansent, et j’en fais partie, la plupart des gens qui marchent et qui crient, ne trouvent plaisir que dans l’effet que produit ces activités sur le monde tel qu’il respire. Même l’amour dans sa pureté essentielle est parfois gâté par la construction de liens sociaux avec le monde tel qu’il évolue. Et alors, de drogue pure et satisfaisante en soi, il devient source de mélancolie, de déception ou de désappointement.

S’ils ne trouvent pas dans leurs activités humaines ce plaisir sans lien avec le monde, par exemple la marche, la grimpée d’une côte à bicyclette, ils seront voués au malheur sans fin, à la déception renouvelée, car ce lien avec le monde tel qu’il consomme n’est jamais rassasié, il lui faut toujours plus.

jeudi 29 novembre 2018

europe au coeur


Quand le président Macron se rend en Corse, délivre un discours de haute tenue sur démocratie et terreur, sur nationalisme et démocratie, il invite la veuve du préfet Erignac. Des nationalistes corses boycottent la réunion. Des nationalistes basques discutent avec les nationalistes corses et organisent le soutien à une liste identitaire « peuples et territoires ». En  compagnie de Jean-René Etchegaray qui représente la communauté d’agglo du Pays Basque.



Quand Edouard Philippe rencontre Pedro Sanchez pour célébrer la victoire de la démocratie sur la terreur d’ETA, cette rencontre est condamnée par EH BaÏ. Les autres partis se taisent. Loïc Corrégé promet un communiqué. Guy Lafite promet un communiqué.



Sur ces questions, la majorité des élus se partage en deux : les blanchisseurs et les extincteurs.



Il y a des élus qui ne sont pas d’accord, j’en connais personnellement. Jean-Jacques Lasserre manifeste clairement son refus d’une soumission à la gauche nationaliste. Florence Lasserre, Alain Robert, Brigitte Pradier, ont exprimé publiquement leur opposition. D’autres élus, comme Guy Lafite, expriment leur opposition en privé, mais conservent un silence prudent. Ils sont capables de grandes colères publiques sur la plage de Marbella, sur l’hôtel du Palais. Ils préparent un communiqué remis à Loïc Corrégé. Ils nous promettent un communiqué. Il va venir incessamment sous peu. Mais Vincent Bru n’a pas voulu. Jean-René Etchegaray affirme que son conseil d’agglo est unanime derrière lui pour blanchir ETA. Guy Lafite ne proteste pas. Il rédige un communiqué.



Quelques citoyens s’expriment. Ils ont un peu de mal à se faire entendre, mais ils poursuivent.



Quand ils parlent dans des réunions, dans un parti, dans une association, on leur répond assez régulièrement que ce n’est pas le sujet. Qu’il ne faut pas évoquer ce sujet. Qu’il n’y a pas de danger identitaire au Pays Basque français.



Ainsi, quand Vincent Bru, député de la majorité présidentielle, côtoie des assassins, des incendiaires, des racketteurs, tous patriotes basques, ça n’a rien à voir avec l’Europe.  Quand Loïc Corrégé, extincteur en marche, empêche la diffusion des discours du président ou du premier ministre sur la poussée du nationalisme en Europe, ça n’a rien à voir avec l’Europe.



Quand Vincent Bru le blanchisseur et Loïc Corrégé l’extincteur dénoncent l’inaction des gouvernements français et espagnols en compagnie de Mélenchon, des nationalistes corses, des identitaires bretons, de tous les adversaires de l’Europe, ça n’a rien à voir avec l’Europe.



L’Europe pour moi est une construction qui me protège des dangers nationalistes et identitaires. Mon combat contre les blanchisseurs et les extincteurs est au cœur de mon engagement européen.

mardi 27 novembre 2018

ce qui brûle, ce qui pousse


Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse (proverbe africain)

Un centre d’accueil de jour lance un appel aux bénévoles aider à la réception des personnes en galère. Cinquante personnes s’inscrivent et se présentent.  Qui en parle ? Cinq gilets jaunes bloquent le péage de La Négresse. Photos, entretiens, nouvelles, journalistes, caméras, micros. Et encore, ils n’ont rien cassé, ils n’ont rien brûlé. S’ils avaient cassé, s’ils avaient brulé, lancé des pierres contre la police, ils auraient eu droit aux chaînes d’information en continu, au journal régional, peut-être même au journal de vingt heures.

Pendant trente ans, l’Irlande du Nord a été secouée par des actions terroristes. Les morts, les ruines, les blessés, les décombres, occupaient les médias. Vous vous rappelez ? Les responsables des deux communautés, protestants et catholiques, se sont rencontrés, se sont mis d’accord pour un nouveau mode de gouvernement, paritaire. Les discussions ont été longues et difficiles. Elles ont abouti. Les micros s’éloignent, les cameras se rangent.

On peut s’indigner, déplorer, condamner. En vain. A chacun d’entre nous d’apprendre à distinguer feu de paille et construction d’avenir.