mercredi 31 janvier 2018

stals et abertzale


Pierre Pradier avait publié un article critique de l’ETA et Gaby Mouesca, de sa prison, lui avait envoyé une lettre de réponse. Cet échange de correspondance se termina en amitié. Pierre Pradier dans ses notes autobiographiques (que j’ai reprises dans mon livre, Pierre Pradier, un homme sans frontière) a longuement raconté cette relation. Gaby Mouesca, dans son livre autobiographique La nuque raide, n’en dit pas un mot.  Il ne dit pas que Pierre lui avait ménagé un emploi à la Croix Rouge pour le faire sortir de prison plus tôt. Il l’a supprimé, il l’a symboliquement tué. Pourquoi ? Parce que Pierre Pradier était d’une intransigeance absolue dans sa lutte contre les mouvements identitaires. Il fallait donc le faire taire. Il faut bien se rendre compte par de telles absences de cœur que nous avons à faire en face de nous, comme adversaires, à des monstres qui ne reculent devant rien. Après avoir testé pendant quelques dizaines d’années la voie armée vers un lendemain abertzale qui chante, après avoir testé le grand soir des cimetières, ils continuent  à utiliser les modérés comme les bolcheviks avaient utilisé les mencheviks. Une fois au pouvoir, les modérés sont éliminés. Ils sont comme ça les nationalistes, comme Erdogan, comme Orban, comme Poutine. Comme l’IRA militaire éliminait les républicains modérés qui voulaient cesser le feu.

            Ils refusent de se repentir, ils refusent de demander pardon parce qu’ils se rappellent avec nostalgie le bon temps où il était possible d’éliminer un intellectuel, un policier, un élu, un adversaire, d’une balle dans la tête. Maintenant, c’est plus compliqué. Mais lisez leur presse et vous verrez qu’elle ressemble étrangement à l’Humanité et à la Pravda. D’ailleurs, Gaby Mouesca, à sa libération, vous savez ce qu’il fait à sa sortie de prison ? Facile à deviner : à la fête de l’Humanité, où il a retrouvé cette chaleur militante, cette camaraderie des armes, cette alliance d’illusions et de camarde.

            Ils sont déterminés, prêts à tout, menaçant, impressionnant les modérés qui les rejettent et les admirent, parce que quand même, des militants aussi résolus, on aimerait en avoir un peu plus chez nous. Des patriotes qui étaient prêts à mourir et à tuer pour elle. Pour la patrie. À chaque étape de leur combat, ils menacent. Si vous ne faites pas l’EPCI, vous nous ferez regretter d’avoir déposé les armes. Si vous ne libérez pas nos prisonniers, vous sèmerez la colère et la reprise des armes. Si vous n’amnistiez pas, la guerre risque de reprendre. La guerre continue… Si vous n’officialisez pas la langue basque, si vous n’amnistiez pas les tueurs, si vous ne leur assurez pas un emploi et un avenir, ils vont replonger dans le maquis. On vous aura prévenus.

En face, ils sont impressionnes, comme les socialistes étaient impressionnés par les communistes et comme les rêveurs du Quartier Latin étaient impressionnés par le boucher Che Guevara.

Comment les combattre, ces fous de la nation ? Ce n’est pas toujours simple. Mais ce n’est pas impossible. Il faut défendre la vie avec la même énergie qu’ils défendent la mort. Défendre la démocratie avec la même passion qu’ils défendent les coups de force. Défendre la justice avec la même ferveur qu’ils abattent les juges.

Comment le combat s’est-il mené contre les staliniens français ? En n’arrêtant pas de dénoncer, jour après jour, ce qui était leur identité première : la solidarité avec les pays communistes. Allez-vous dénoncer les camps, oui ou non. Allez- vous demander la libération des écrivains emprisonnés. Oui ou non. Complétez la liste. Contraints à la retraite, ils en sont aujourd’hui à 1,5 % et ne peuvent plus empêcher les réformistes d’accéder au pouvoir.

Et pour les abertzale qui se plaignent que la mauvaise hygiène dans les prisons les empêche de nettoyer le sang qu’ils ont sur les mains ? Pareil. Dénoncer jour après jour leur identité première. Ceux qui reprenaient le slogan de De Valera : le peuple n’a pas le droit d’avoir tort. Si le peuple prend des positions désagréables, il faut le contraindre à coups de kalachnikovs. Donc, accéder à toutes les demandes légitimes sur le statut des prisonniers, car une démocratie s’honore de respecter le droit malmené par les etarras. Et exiger en permanence, tous les jours, que les anciens tueurs rompent avec la terreur : en dissolvant leur organisation, en demandant pardon. Ce combat se mène politiquement et culturellement en faisant en permanence l’histoire de leurs forfaits. De même que les communistes ne pouvaient prospérer qu’en essayant de faire oublier leur complicité avec la terreur stalinienne, de même les héritiers de l’ETA ne peuvent parader que si le silence s’installe sur leurs crimes.

dimanche 28 janvier 2018

moulins à vent


Moulins à vent ?



En 1995, le terrorisme était considéré comme le principal problème de la société basque espagnole par 45% des habitants d’Euskadi. En 2016, le pourcentage tombe à 0,7% (el Pais). Nous avons changé d’époque. Restent deux catégories de personnes qui se sentent de plus en plus étrangers dans leur pays : les demi-soldes de l’ETA et les victimes ou leur famille.

Nous parlons ici du Pays Basque espagnol. Le terrorisme n’a jamais été le premier sujet de préoccupation au Pays Basque français. Il est d’autant plus surprenant qu’un mouvement qui se présente comme mettant fin à la guerre sous le titre « les artisans de la paix », puisse ainsi entraîner les principales forces politiques et associatives du Pays Basque français. Comment expliquer qu’une société en paix négocie avec une organisation terroriste le désarmement symbolique de caches d’armes aussi inoffensives que les œufs de Pâques au printemps ? Comment une société qui condamne le terrorisme refuse-t-elle de débrancher une ETA agonisante ?

Si l’on en juge à la présence dans les conversations, dans la presse écrite ou les réseaux sociaux, dans les discours, ce sujet est tout simplement absent. Il faut s’intéresser pour trouver des dossiers, des articles, dans la presse nationaliste comme Enbata, de temps en temps dans sud-ouest. On comprend bien pourquoi les patriotes ont besoin de prisonniers, de martyrs, de livres de prison. Sans Jésus-Christ, pas d’église romaine,  sans martyrs, pas de nation. Mais comment trouvent-ils des élus, des maires, des députés, des sénateurs, qui les accompagnent dans une promenade non pas  de santé, mais de survie ?

 Ce phénomène est propre au Pays Basque français. Partout où des fous de la nation ont fait couler le sang, ils sont applaudis par ceux qui ont une conception guerrière de la politique, mais vilipendés par les démocrates. En Corse, une cérémonie marquera le vingtième anniversaire de l’assassinat du Préfet Erignac. Au Pays Basque espagnol, on connaît Yoyès et Miguel Angel Blanco. Au Pays Basque français, on connaît Gaby Mouesca et Philippe Bidart et  personne ne lit Patria, L’année est rythmée par deux grandes manifestations, les fêtes de Bayonne et la fête de la paix. Dans la première, Jean-René Etchegarray, quand il était maire de Bayonne, lançait les clés de la ville aux festayres. Dans la seconde, le même Jean-René Etchegarray, devenu lehendakari de la communauté d’agglo du Pays Basque, lance une sucette aux combattants démobilisés parce que sinon, ils vont se mettre à hurler et à trépigner.

Et pourquoi tu t’en fais ? Pourquoi ça te tracasse ? Es-tu inquiet des fêtes de Bayonne ? La fête de Pampelune te fait-elle peur ? Pourquoi cette colère, cette inquiétude, qui vire parfois à l’angoisse, devant ces soins palliatifs pour une guerre morte? Le Pays Basque français a le droit de faire la fête à sa manière. Il a sa langue, ses chansons, ses danses, ses poèmes. Après tout, la France tout entière chante régulièrement « formons non bataillons, marchons, marchons, qu’un sanguimpur… ». Et le 11 novembre, le 14 juillet, des anciens combattants viennent présenter les armes sous les confettis, pendant que le village danse place de la mairie. Pourquoi le Pays Basque n’aurait-il pas le droit d’avoir des anciens combattants décorés, ses drapeaux déployés, ses veuves et ses orphelins ?

Je suis inquiet du manque d’inquiétude, de la tranquillité avec laquelle la socialiste Sylviane Alaux souhaite que l’ETA ne se dissolve pas, car l’organisation terroriste doit garder une place à la table des négociations. Je suis inquiet des visites deVincent Bru aux prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée. De la manière dont il les trouve corrects.  Inquiet parce qu’il faut des mois de travail, de discussions, de coups de téléphone, pour que les élus du Pays Basque français acceptent d’aller rencontrer des associations de victimes, en traînant les pieds. Même ces amis qui me suivent, qui sont d’accord avec moi, ne semblent pas partager mes inquiétudes. Le repli identitaire leur semble un danger lointain. Tellement flou qu’il est difficile à combattre. Comment dissiper des brumes autrement qu’en attendant un coup de vent ?

Si je suis inquiet pour rien, s’il n’y aucun danger de repli identitaire au Pays Basque français, alors je m’évertue à combattre des moulins à vent. Ce ne sont pas des monstres lui crie Sancho Panza, ce ne sont pas des chevaliers. Quelle rude vie que celle de Don Quichotte ! Entre les paysans qui le bastonnent, les pèlerins qui le rudoient, sa famille qui se moque, comment peut-il s’obstiner ? Comment tenir bon alors tous les autres ne voient que des moulins à vent ?

Aux élections, les patriotes tournent autour de dix pour cent. Suffisant pour qu’ils soient intégrés dans des majorités municipales ou d’agglo. Tout le monde a besoin de ces dix pour cent pour être élus. En échange, on obtiendra des ikastolas, des cours de basque, des délégations dans les prisons auprès des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  Le président d’un festival dira « egun on », l’animatrice dira milesker et personne ne condamnera quelques excités qui brûlent une maison ou une agence immobilières. Pas de quoi en faire un piment d’Espelette.

Les patriotes envoient leur soutien aux indépendantistes catalans, aux autonomistes corses. Ils réclament le rapprochement des prisonniers, le retour des exilés, la réintégration des libérés. Mais on voit bien que ces incursions adultères sont l’admission morne d’une stagnation autochtone. Ils constatent comme moi que ça patine. Bon, ils vont obtenir le rapprochement des prisonniers qui depuis longtemps savent que le combat est perdu. Plus ils sortent de prison, plus la conscience de l’échec sera aigue. Il faudrait qu’ils restent encore quelques années, le temps d’une reprise, on ne sait jamais. S’il n’y a plus aucun prisonnier, il restera quelques sièges à la communauté d’agglo, des négociations aux municipales pour des strapontins, la korrika annuelle sans portraits de prisonniers. Comme de l’axoa sans piment.

Il resterait alors des patriotes sans objectif, des républicains sans adversaires, alors que partout ailleurs menace le repli identitaire. Le grand projet abertzale du siècle dernier est-il devenu un moulin à vent ? Les patriotes ferait semblant de lutter pour l’indépendance et moi je ferais semblant de penser qu’ils constituent un vrai danger.

Ouvrez les yeux. Une coalition sans principes a donné au Pays Basque français des frontières. Désormais, une mécanique s’est mise en route. La frontière doit être justifiée, elle doit entourer des locuteurs, elle doit désigner des résidents, elle doit trouver des ancêtres et louer les martyrs. Ce ne sont pas des moulins à vent qui la dessinent.


vendredi 26 janvier 2018

brûler les maisons, pas les étapes


Et maintenant la question des exilés.

En effet, il y a les prisonniers, et puis les exilés. Ceux qui ont fait partie d’une organisation terroriste, ETA ou Iparetarrak, et qui plutôt que de se présenter devant un tribunal pour être jugés, sont partis à l’étranger depuis des années. Parfois depuis des dizaines d’années. Certains ont refait leur vie. Ne veulent pas revenir. D’autres voudraient revenir comme touristes, revisiter les lieux de leurs crimes, parcourir dans les cimetières les tombes de leurs victimes, partager une manifestation avec les artisans de la paix, être interviewés par Mediabask, prendre la parole au Forum social. Ils ne peuvent pas, car ils risquent d’être arrêtés et d’être jugés pour activités terroristes  en bande armée.

Donc le Forum social, pas les artisans de la paix, chacun son rôle, lance une campagne pour le retour des exilés, qui sera reprise ensuite par les artisans de la paix, qui sera reprise ensuite par les élus de la République, par les maires, par le président du conseil d’agglo et une grande manifestation à Bayonne demandera que la paix soit enfin assurée et définitive quand le dernier exilé pour activités terroristes pourra librement visiter le musée de la terreur à Vittoria.

Mais pas trop vite. Une étape n’est pas une maison, elle ne doit pas être brûlée. Pour le moment, les lessiveurs de mémoire veulent obtenir le rapprochement des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  En haut ça traîne. Ils disent, au cas par cas, selon le droit commun. Les patriotes tiquent. Le droit commun, pour nos héros ? Être traité comme un violeur ou un braqueur de banque ? Comme un trafiquant de drogues ?  Ils sont obligés d’accepter, en soupirant, car sinon ils risquent de perdre l’appui des idiots utiles. Puis, disent-ils en haut, avant de rapprocher les criminels, ils devront consulter leurs victimes, les familles. Les patriotes sursautent. Mais ils doivent encaisser, sinon, ils vont perdre le soutien de blanchisseurs pacifiques.

Dans les états-majors, ça discute. Tu as vu en Corse, l’Elysée refuse le rapprochement des prisonniers et l’officialisation de la langue, ils répondent par une grosse manifestation. Tu ne crois pas que c’est le moment d’organiser un grand rassemblement à notre tour. Sur la langue ? Non, sur le rapprochement des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  Et sur le retour des exilés. Non, il faut attendre. La Catalogne et la Corse, ça fout la trouille à nos amis modérés. Patience.

Pour faire patienter les patriotes, le conseil d’agglo vient de voter une subvention de 250 000 euros au conseil de développement du Pays Basque, qui a tant œuvré pour que se réalise l’agglo basque, et qui normalement devrait se dissoudre mais veut continuer et récolte une belle subvention en attendant le retour des exilés.


jeudi 25 janvier 2018

excusez moi


Excusez-moi.



Ils étaient douze ou quinze autour de la table, la section socialiste de Biarritz  devait voter mon renvoi devant une commission de discipline parce que je dénonçais publiquement l’appui des élues aux prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  Ils ont voté et depuis leur candidat a  recueilli six pour cent des voix aux présidentielles et  Macron a été élu. Imaginez l’inverse : une majorité de socialistes biarrots refuse de me sanctionner et Macron battu par Fillon. Tout est pour le  mieux dans le meilleur des mondes.

Ils m’avaient renvoyé devant une commission disciplinaire et cette décision m’a beaucoup blessé. Je n’ai pas oublié. Les votants ont oublié. Ils n’ont jamais dit, je regrette, c’était une bêtise, ils font comme si rien ne s’était passé.  Biarritz est un village. Je les rencontre dans la rue, au café, à une réception, sur une terrasse, le long de la promenade des plages. Quand je suis avec d’autres personnes, je les présente : « je te présente M…, qui m’a envoyé devant une commission de discipline parce que je protestais contre l’appui des élus socialistes aux prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée ». M… bafouille.

J’ai été exclu du PCF. Parmi les gens qui m’ont exclu, certains m’ont présenté leurs excuses. Ils regrettaient. Je les remerciais. Ne vous en faites pas, nous n’étions pas au pouvoir, donc il n’y a pas mort d’homme. D’autres continuent à me dire bonjour, à me parler, à me dire, les temps étaient durs (pour les exclus comme pour les exclueurs, il y avait des responsabilités partagées), mais sans jamais dire : excuse-moi, je n’aurais pas dû t’exclure. Ceux-là ne se remettent pas en cause. Ils refusent de dire, de penser surtout, qu’ils ont été complices d’un système de massacre des peuples. Ils se rendent bien compte que s’excuser, c’est mettre le doigt dans l’engrenage, c’est commencer à penser que tout leur engagement était d’une historique nocivité. C’est difficile.

Quand il y accident de voiture et blessés ou pire, l’avocat dit à son client, surtout n’allez pas vous excuser auprès de la victime ou de la famille, parce que si vous vous excusez, ça veut dire que vous êtes coupable, et pour l’indemnisation, c’est catastrophique.

Comme responsable du PCF, j’ai exclu des gens. Quand je les rencontre, je m’excuse. Je leur dis, je te prie d’accepter mes excuses. C’est difficile, mais pas impossible. J’ai eu  la force de présenter des excuses parce que je sais que j’été complice de Staline et de  Pol Pot. Comme prof de fac, j’ai harcelé des collègues ou des étudiantes. Quand j’ai rencontré certaines de mes victimes, je leur ai présenté des excuses. Ce fut difficile. J’en ai eu la force parce que je pouvais replacer mes comportements inadmissibles comme partie d’un système de domination et de pouvoir. Si mes comportements étaient compris comme de simples badineries, je ne me serais jamais excusé.

Les excuses sont importantes, elles s’intègrent dans des combats politiques. Elles sont reconnaissance d’une responsabilité. Au Pays Basque espagnol, dans certains quartiers, les victimes rasent les murs. Les bourreaux paradent, font des discours, sont applaudis à la sortie de prison.

Si vous rencontrez Gaby Mouesca, demandez-lui s’il s’est excusé auprès de la famille d’Yves Giumarra. Comment, vous ne connaissez pas Mouesca ? Ah, si bien sûr vous connaissez. C’est Giumarra que vous ne connaissez pas. Yves Giumarra est un gendarme qui a été abattu par les amis de Mouesca dans une forêt des Landes, le 7 août 1983. Gaby Mouesca n’a jamais demandé pardon. En revanche, quand une famille de prisonnier crève un pneu en allant rendre visite à leur fils ou maris emprisonné, Gaby Mouesca demande à l’État français tout entier de présenter des excuses pour la crevaison d’un pneu, pour le rhume de l’épouse, pour la fatigue de la route.






mardi 23 janvier 2018

prudence


Prudence

Les responsables corses sont déçus. Ils n’ont pas obtenu le rapprochement des prisonniers, ni le statut de résident, ni rien du tout. Ils vont manifester. Tout est normal. Ils vont manifester et les abertzale vont leur envoyer des encouragements, peut-être même aller manifester à leur côté. Parce que manifester au Pays Basque espagnol contre la terreur, c’est beaucoup trop loin, au moins trente kilomètres, alors que manifester à Ajaccio, c’est tout près.

Là où je m’impose  une certaine prudence inhabituelle, c’est que je m’apprêtais à dénoncer l’appui à cette manifestation du conseil d’agglo du Pays Basque (CAPB), puisqu’il demande aussi le rapprochement des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée, l’officialisation de la langue, et un petit peu le statut de résident mais pas beaucoup. Or, pour le moment, le conseil d’agglo n’a pas apporté son soutien, ni envoyé de message, rien du tout.
S’ils n’envoient pas de message, ce n’est pas sympathique. Parce que Simeoni et Talamoni ont signé l’appel à manifester, les Corses ont envoyé leur soutien et une délégation pour la manifestation du 9 décembre en faveur des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée. Prudence ?

sans titre


Laurent Ortiz a quitté le groupe « Esprit Biarritz » pour trois raisons : la plage Marbella, l’opposition de Guy à la communauté d’agglo et aux artisans de la paix. Chacun de ces points est politique et n’a rien à voir avec le caractère ou le comportement de Guy Lafite. Le comportement ? Qui ne s’est pas frotté une seule fois à Guy Lafite, ou à Michel Veunac ou à Didier Borotra ?

Pour réagir, il faut conserver un regard politique. Premièrement c’est l’engagement de Guy qui a permis à l’opposition de gauche de passer d’une insoumission inutile à une participation efficace. Vous vous rappelez les élus socialistes dans l’opposition ?  C’est l’engagement de Guy qui a permis à la gauche d’engager des programmes de logements sociaux, de soutenir à une politique solidaire. Oui ou non ? Ensuite, c’est l’engagement non moins total contre le projet identitaire de communautés d’agglo qui a permis à une minorité importante de résister à une vague abertzale, et qui permet aujourd’hui encore de résister à une dérive à la Corse ou à la Catalogne. Enfin, Guy Lafite est parmi les élus le seul à refuser l’emballement de soutien aux prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  

Quand Laurent Ortiz reçoit les félicitations de Brisson, de Jean-René Etchegarray, croit-il un instant que c’est pour le féliciter de ses positions balnéaires ? Allons-donc. Leur appui à sa démission est dû à leur politique : réticences sur les logements sociaux, acceptation sans critique des dérives identitaires, oubli des victimes de l’ETA.

En résumé, c’est grâce à  Guy Lafite et à ses soutiens (dont Laurent) que Biarritz est une ville plus solidaire, une ville moins perméable aux dérives identitaires, plus résistante aux sirènes de l’abertzalisme. Sans lui, il y aurait moins de logements sociaux et  Biarritz aurait voté majoritairement pour l’agglo basque.
            Je sais bien que les affrontements de personnes ne se dissolvent pas dans les programmes politiques. Mais ça peut aider.

lundi 22 janvier 2018

je n'ai aucun moyen de vous faire parler


En politique, la parole est d’argent et le silence de bourbe. Qui ne parle pas ne dit rien. On peut ne rien dire en parlant, mais on est certain de ne rien dire en ne parlant pas. S’il y a une seule chose que j’ai retenue de ces années d’engagement, c’est ça. Une feuille de papier et un crayon sont fabriqués pour écrire. Un ordinateur est moyen d’expression. Une main est faite pour demander la parole. Une bouche pour crier. Le curé célèbre une messe pour l’âme de Louis XVI. À l’église Saint-Martin. Personne ne dit rien. Personne ne bouge. Pourtant, les pieds aussi sont faits pour parler. Dans les églises catholiques de Belfast, quand le curé excommuniait les tueurs de l’IRA, les républicains présents se levaient et sortaient. Ils parlaient avec leurs pieds. Quand une personne prononce des paroles nauséabondes dans un dîner, rien n’empêche de dire « ça pue ». Si personne ne dit « ça pue », l’espace de la salle à manger ne sera pas vidangé.

Au Pays Basque, un conseiller d’agglo, Laurent Ortiz, déclare qu’il soutient la manifestation du 9 décembre pour les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  Et il ajoute qu’il a rompu avec Guy Lafite, le chef de file d’esprit Biarritz, parce qu’il ne soutenait pas les artisans de la paix. Personne ne savait que Guy Lafite n’avait pas voté pour la manifestation du 9 décembre, celle qui réclamait le retour à la maison des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  Grâce à Laurent, désormais, on le sait. Merci Laurent.

Quand des élus de la République vont visiter en prison des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée, ils préviennent la presse, ils prennent des photos et les font circuler dans les réseaux. Donc, nous sommes au courant. Ça devient un événement. Si un élu va visiter une exposition à San Sebastian sur la barbarie de l’ETA et qu’il ne dit rien à personne, c’est un non-événement.

sélection à l'université


Dans le souci permanent qui est le mien d’améliorer mes relations avec la communauté universitaire en particulier et avec l’humanité en général, je voudrais soumettre une hypothèse sur les mécontentements que provoquent les nouvelles modalités d’accès à l’université chez une partie de mes collègues.

Quand trois quarts des étudiants sont éliminés en première année, la communauté universitaire ne frémit guère. Mais une partie, que j’espère faible, se réveille quand que nouvelles modalités permettent de mieux orienter les étudiants. Ces collègues, qui mettent tous ou à peu près, leurs enfants dans des classes préparatoires aux grandes écoles, où comme chacun sait, la sélection n’existe pas, pour intégrer des établissements prestigieux dont la sélection est absente, se mettent à crier à la sélection dans leur université. Ils sont contre.

Mon hypothèse est la suivante : les étudiants éliminés n’augmentent en rien leur charge de travail. Mais examiner les dossiers sérieusement est chronophage.


dimanche 21 janvier 2018

la gueuse


Dimanche 21 janvier. Anniversaire de la mort de Louis XVI. À l’église Saint-Martin, les prêtres de Mgr Aillet, évêque de Bayonne, invitent à prier pour le martyre du roi et pour les victimes de la terreur révolutionnaire. À la sortie les scouts d’Europe distribuent leur littérature. Deux mouvements politiques se battent au Pays Basque contre le jacobinisme et la République : les intégristes catholiques et les abertzale.  

samedi 20 janvier 2018

sous la plage le monstre


Laurent Ortiz, conseiller municipal élu sur la liste « esprit Biarritz » a démissionné de son groupe. Deux raisons sont avancées. La première concerne les projets de réaménagement de la plage Marbella. La seconde, le soutien aux artisans de la paix qui manifestent pour les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.    Laurent Ortiz n’est plus d’accord avec son chef de file, Guy Lafite, sur ces deux points. Il est contre le projet de Marbella et contre le non-soutien de Guy Lafite aux artisans de la paix.

Y-a-t-il un lien entre ces deux points ? Oui. Clair, aveuglant. C’est mon ami Laurent qui trace la ligne entre ces deux points, comme dans ces jeux d’été où le crayon révèle le dessin d’un monstre endormi. Je n’ai aucune compétence et aucune information qui me permette de donner un avis sur Marbella. J’ai entendu des conversations, lu quelques articles, parcouru quelques commentaires. J’ai entendu une musique familière. Marbella est la seule plage où se réunissent les vrais Biarrots, les surfeurs authentiques. Il faut protéger Marbella contre les dérives des autres plages, qui sont désormais terrain de jeu pour touristes. Personne ne le dit comme ça et pourtant je l’ai entendu. Si je suis tout seul à avoir entendu cette musique, si j’ai entendu des voix, j’irai consulter.

Sur le deuxième point, je n’avais jamais entendu mon ami Laurent évoquer les artisans de la paix. Et puis en réponse à mon étonnement exprimé sur la toile concernant un vote unanime du Conseil d’agglo du Pays Basque,(CAPB), Laurent me répond qu’il a effectivement voté l’appel à manifester le 9 décembre pour les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée. Il est pour la paix au Pays Basque. Depuis, on s’est appelé, il m’a dit qu’il me rappellerait pour qu’on discute du processus de paix. Mais la discussion n’aura pas lieu.

Le nombre de gens qui réagissent à mes opinions sur le repli identitaire au Pays Basque en disant « il faut qu’on en discute », dépasse la centaine. Il faut qu’on en discute mais on n’en discutera pas. On n’en discute pas plus que ma mère peut être objet de discussion politique, ni mes enfants, ni le goût du bouillon de mon enfance. Entre la justice et ma mère, disait Camus, je choisis ma mère. La discussion était close.

Je ne mets pas en cause ces sentiments universels, cet attachement à la terre des ancêtres et je le comprends peut-être plus que d’autres parce que j’en ai été privé. Mais je me battrai jusqu’au bout, de toutes mes forces, contre les forces politiques nauséabondes qui utilisent ces sentiments pour conforter un nationalisme d’exclusion.