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mercredi 20 juin 2018

mot d'excuse


Bonjour à mes amis marcheurs



Je m’étais inscrit pour la réunion d’Ahetze, mais malheureusement, j’ai été invité à San Sebastian le même jour à la remise d’un prix à Fernando Savater. Pouvez-vous présenter mes excuses auprès de Vincent Bru qui je suis certain regrettera beaucoup mon absence.

Fernando Savater est un philosophe, cible « légitime » de l’ETA, prix Sakharov en 2000 pour sa lutte contre le terrorisme. Il était à Bayonne samedi 16 juin. Vincent Bru était invité. Même empêché, le député aurait pu envoyer un mot à Savater. Mais apparemment, notre élu trouve le temps de visiter des assassins dans les prisons, mais pas de discuter avec ceux qui les ont combattus. Les kapos des camps de la mort disaient qu’ils ne pouvaient pas être à la fois aux fours et au moulin.

Pas grave. Nous continuons avec le groupe « mémoire et vigilance » à tisser des liens avec les adversaires de la barbarie. Ces Basques qui ont résisté pendant des dizaines d’années à la terreur nous sont  infiniment reconnaissants de briser l’unanimité du soutien aux blanchisseurs de la terreur ETA. Enfin, ils peuvent répliquer à Otegi et autres que le Pays Basque en France n’est pas unanime.

Vincent Bru nous pardonnera de préférer les félicitations de Savater, de Covite et de Maïté Pagazaurtundua plutôt que les messages de satisfaction d’Otegi.

Maurice Goldring


samedi 16 juin 2018

ne les accablez pas


16 juin 18



Fernando Savater, Maïté Pagazaurtundua, Martin Alonso, Covite, militants de la paix au Pays Basque espagnol, représentants des victimes du terrorisme de l’ETA étaient à Bayonne ce samedi 16 juin au Café du Théâtre. Guy Lafite, maire-adjoint à Biarritz, Yves Ugalde, maire-adjoint à Bayonne, étaient là pour les accueillir.

 Max Brisson, Vincent Bru, Jean-René Etchegaray, qui évoquent les victimes avec ardeur n’étaient pas là. Mémoire et vigilance les avaient pourtant invités.

Je vous en supplie, ne les accablez pas. Je connais Max, Vincent et les autres, ils ne sont pas méchants. Ils ne feraient pas de mal à un garde civil. Il faut être  patient. Pendant des années et des années, ils n’ont jamais regardé les horreurs et la barbarie du Pays Basque espagnol. Ils visitaient les prisons et demandaient le rapprochement des prisonniers mais ne savaient rien des crimes pour lesquels ils avaient été condamnés. Ils connaissent les patriotes, ils ignorent leurs victimes. Après des années et des années d’ignorance, vous croyez que d’un seul coup ils vont se rendre compte ? Laissez leur le temps de lire Patria, laissez leur le temps de lire Vidas Rotas. Mais doucement, doucement. Les premiers soldats américains qui ont pénétré dans les camps nazis ont été traumatisés à vie.

Il faut patient et pédagogue. Si chaque fois qu’une association de victimes vient chez nous, on leur reproche d’être absents, c’est contre-productif.

Il faut leur expliquer, patiemment. Leur donner une liste des morts, des entreprises rackettés, des veuves et des orphelins. Pas tous en même temps, ils ne supporteraient pas. Mais cinq ou six noms chaque jour. Puis augmenter la dose. Quand ils seront prêts, aller visiter un cimetière, en les tenant par la main. Aller visiter les expositions, les musées de la terreur. Mais doucement, pas tout d’un coup. Je vous assure que c’est dur quand on n’a rien vu de cette barbarie.

Et surtout garder espoir. J’ai personnellement vu un blanchisseur d’ETA très engagé pleurer en lisant Patria.  

jeudi 14 juin 2018

boutefeu


Edito Mediabask, 14 juin 2018. « Curieusement, certains boutefeux … insultent sur les réseaux sociaux les élus favorables au  processus de paix, ceux et celles qui cherchent des solutions qui seraient des blanchisseurs de ce qui fût. Ce sont des donneurs de leçon de la dernière heure ». 

Beatrice Molle-Haran cite Michel Rocard qui était un « combattant de la paix » alors que je suis un boutefeu.

Enfin une réponse à la campagne de « mémoire et vigilance » pour la prise en compte des victimes de l’ETA. Qui invite à Bayonne samedi 16 juin d’autres boutefeux, comme Fernando Savater, prix Sakharov 2000 pour son combat contre la terreur d’ETA et Maïte Pagazaurtundua, députée européenne, sœur d’un policier assassiné par ETA. Encore une boutefeu. Tandis que BMH ira manifester avec les condamnés pour meurtres terroristes.

Ceux qui me lisent savent que je n’insulte jamais. Je dis tout simplement que le Pays Basque est en paix depuis 2011, depuis que l’ETA a cessé le feu. Et qu’appeler « processus de paix » des manifestations pour une sortie honorable de l’organisation terroriste est une vaste imposture. Ce sont des opérations de blanchisserie de la terreur et c’est ainsi que Fernando Aramburu, que Fernando Savater, les nomment. Encore de dangereux boutefeux qui insultent les comédiens de la paix. Et le Lehandakari qui refuse de manifester avec Jean-René Etchegaray parce que « les morts sont de son côté », encore  un dangereux boutefeu.

Béatrice Molle-Haran sera peut-être intéressée, puisqu’elle cite Michel Rocard par cette scène qui date de 1995 (voyez, je ne suis pas tout à fait « un nouveau-venu de la question basque). J’intervenais dans un colloque à Biarritz, sur « violence et politique » et je dénonçais la prétention des organisations terroristes de parler « au nom du peuple. Ma conclusion était : « Il n’y a aucune justification à la terreur dans une société de droit ». C’était en 1995. A la fin de mon intervention, Michel Rocard a sauté sur l’estrade, m’a serré la main et m’a dit très exactement « c’est ainsi qu’on doit lutter contre des organisations terroristes ». Un autre boutefeu ?

Béatrice Molle-Haran et ses amis ont soutenu l’IRA qui a massacré trois mille personnes. Soutenu les terroristes corses. Soutenu l’ETA sans un mot pour ses victimes. Mais Le boutefeu, c’est moi. Je suis allé manifester contre le terrorisme à Belfast et à Vittoria quand les amis de Béatrice Molle massacraient à tout va. S’il y a une donneuse de leçon de la dernière heure, c’est bien l’auteure de cet éditorial.

mardi 12 juin 2018

La Valse des Adieux


La Valse des Adieux.

A Belfast, à Bilbao, des hommes tuaient, des hommes tombaient, des immeubles brûlaient. Des avant-gardes armées prétendaient imposer leur point de vue par la terreur. Les appareils d’état et d’énormes manifestations pour la paix leur imposèrent silence.

A l’époque où la société espagnole au Pays Basque avait vraiment besoin d’artisans de la paix, Jean-René Etchegaray, Vincent Bru, Max Brisson, Michel Veunac n’écoutaient pas, n’entendaient pas, ne voyaient pas. En politique, un contraceptif s’appelle boule Quies.

Ils ont attendu sept ans, semelles de plomb et casque audio. Prudemment, ils ont débranché, ouvert les yeux. Pas un mort, pas une bombe, c’était le moment enfin tant désiré. On peut sortir ? Oui, c’est possible. Et là, courageusement, ils ont manifesté contre rien. Le stade est vide et les supporters sur les gradins applaudissent une équipe qui ne joue plus. La plaie est cicatrisée et l’on comprime le sang. Les bombes sont enterrées et l’on racle la rouille. Des milliers de personnes descendent dans la rue pour demander la fin de rien. Pour réclamer la réconciliation entre les rivaux de Painful Gulch. Ils demandent la fin d’un non conflit, un enterrement sans cadavre, un désarmement sans artilleries, un divorce sans mariage, un armistice sans guerre, des fêtes de Bayonne sans alcool.

L’ETA a annoncé sa dissolution après un vote difficile, car ses membres ont dû apprendre ce qu’est un bulletin de vote et une urne. Elle a annoncé une grande cérémonie de fermeture, d’abandon, de terminaison, de fin de course. L’ETA annonce sa mort prochaine. Comment peut-on mourir autant de fois ? Nos élus basques français sont en train de ranger leur écharpe tricolore pour assister à l’enterrement.

C’est la dernière fois, je vous le jure. C’est ma dernière tournée.  Oui, je sais, il y a longtemps que je ne chante plus, que je ne tue plus, que je n’existe plus. Mais c’est dur. Excusez-moi si à nouveau je remonte sur les planches, permettez-moi une dernière fois de remettre ma cagoule, de lever la hache et le serpent, de brandir encore une fois une torche dans les ténèbres. Je sais que j’ai annoncé plusieurs fois la fin de ma carrière. Mais chaque fois, mes amis me disent que j’ai encore un public. Que des gens manifestent pour mes amis emprisonnés. Que dans les endroits où je n’ai tué personne, des gens voudraient me voir à nouveau défiler. Que les élus du Pays Basque préparent à nouveau mon enterrement. Qu’ils voudraient faire la fête encore une fois, une dernière fois. Alors, j’ai cédé à leur pressante demande. C’est la dernière fois, je vous le jure.

Il faut soigner le faire-part. Ils tiennent conférence de presse le mardi 13 mars dans un hôtel près de l’aéroport de Biarritz. Il y aura  à cette conférence de presse demain 11.30 Txetx, les blanchisseurs, Frédérique Espagnac, Jean-René Etchegaray, Michel Veunac. Ils n’ont rien obtenu et n’obtiendront rien. Mais ce n’était pas leur objectif.

Pour le premier anniversaire de la Grande Escroquerie basque, la célébration de la fin d’une guerre qui n’existait pas, ils veulent une nouvelle cérémonie. Au mois d’avril prochain. Ils diront, sous la dictée des Corrects (c’est Vincent Bru qui a dit des prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée qu’ils étaient « corrects » et chaque fois que je rencontre ce mot, « corrects », les souvenirs font bouillir mes veines) sous la dictée des Corrects, Otegi, Mouesca, Bake Bikea et Bagoaz (qui les appelle prisonniers politiques), ils diront que l’État français et espagnol ne font rien, qu’ils doivent rapprocher les Corrects et les prisonniers politiques de leur famille, amnistier, libérer. Puisque ce sont des prisonniers politiques corrects (l’expression est de Vincent Bru, mais quand il a rencontré des victimes au Pays Basque espagnol, il n’a pas dit que les emprisonnés étaient corrects. Devant la famille de Yoyès, la famille de Blanco, il n’a pas osé).

Pour mesurer l’escroquerie, lisez  Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre.  Deux rescapés de la Grande Guerre vendent des monuments aux morts, en grande demande depuis que la guerre est finie. Sur catalogue. Ils prennent des avances et filent avec la caisse. C’est simple, non ? Les blanchisseurs sont des escrocs du même type, sauf qu’ils ne font pas ça pour de l’argent. Il s’agit d’une escroquerie politique. Les blanchisseurs vendent des monuments aux morts d’une guerre qui est terminée depuis près de dix ans. Ils les appellent des monuments de la paix. Il s’agit d’une sculpture de bronze avec une hache.

Ils disent que c’est pour la fin du conflit. Ils sont les Grands Guérisseurs des Malades imaginaires. Ils sont docteur Knock et réussissent à persuader toute la ville qu’ils sont malades. Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ?

Donc ils manifestent pour que la fin de la guerre terminée se termine plus vite. Ils disent qu’ils sont préoccupés du sort des prisonniers. Menteurs.

S’ils veulent que les prisonniers soient libérés le plus vite possible, ils doivent leur demander de regretter leurs actions terroristes, de se repentir, de s’engager à remplacer pour toujours les fusils par le bulletin de vote. Là ils les aideraient à sortir. Comme ça s’est déjà produit. Pour Aurore Martin par exemple.

Mais je vais vous confier un secret : les prisonniers ils s’en fichent. Ce qu’ils veulent, c’est vendre des monuments de la paix qui ne seront jamais construits. Ce qu’ils veulent, c’est être félicités pour avoir guéri des malades imaginaires.

dimanche 10 juin 2018

le pays basque français esst-il en Europe?


Le Pays Basque français est-il en Europe ?

         Quand les djihadistes assassinèrent des enfants juifs dans les écoles, des spectateurs du Bataclan, des journalistes de Charlie Hebdo, des promeneurs à Nice, un prêtre dans une église, partout et toujours la réaction à la fois des pouvoirs publics, des partis, de la société toute entière fut un cri unanime : le pays tout entier est visé, atteint, meurtri. Nous sommes tous Charlie, Bataclan, Niçois. Nous sommes tous des victimes des tueurs islamistes.

         En ce mois de septembre 2011 quand les Etats-Unis furent la cible de Daech, nous fûmes pendant un certain temps tous américains.

         Normal direz-vous ? Non. Le cri collectif révèle notre appartenance à une communauté. A l’intérieur de cette communauté, chaque coup porté à l’ensemble est une blessure à tous.

         La réaction à la terreur est donc un bon indicateur des solidarités. Il vous souvient sans doute, il y a maintenant presque quarante ans, que la solidarité des Français à l’égard des victimes du terrorisme ne franchissait pas la Manche. Quand les membres de l’IRA réclamaient le statut de prisonniers politiques, quand Margaret Thatcher le leur refusait avec une affirmation d’une grande simplicité : « un meurtre est un meurtre », la sympathie quasi générale des Français se portait vers Bobby Sands et les grévistes de la faim. D’importantes manifestations de rue criaient « Thatcher assassin ! ». La presse française, de l’Humanité au Figaro en passant par Libération, condamnait l’ l’intransigeante Margaret Thatcher et aucun homme politique ne lui manifestait une quelconque solidarité. Nous n’étions pas tous les trois mille victimes des tueurs de l’IRA. Les Britanniques ne faisaient pas partie de notre commune humanité. Les victimes des Brigades rouges en Italie subissaient la même inhumanité et des personnes condamnées par la justice trouvaient en France refuge et sympathie.

         Aujourd’hui se répète au Pays Basque français la même rupture. Quand les gouvernements socialiste ou PP en Espagne mènent un combat politique et policier contre les assassins de l’ETA, la condamnation est quasi unanime. Les Basques français, à l’abri des coups de l’ETA, bien au chaud dans leur aveuglement, dénoncent l’intransigeance de Zapatero ou de Rajoy. Tous les partis, tous les élus, refusent de condamner les tueurs de l’ETA, vont leur rendre visite dans les prisons, les trouvent tout à fait corrects, soutiennent leur demande d’amnistie ou d’aménagement de peine. Ils étaient tous Charlie, mais ne sont pas Yoyès ou Blanco. Les morts espagnols ne font pas partie de la commune humanité.

         Ainsi se révèle des failles dans la communauté européenne. Dans un petit coin de France, entre Bayonne et Saint-Jean de Luz, un mouvement qui s’intitule « artisans de la paix » manifeste son refus d’une communauté européenne par une monstrueuse insensibilité à l’égard des victimes de l’ETA et accorde pardon, amnistie, voire légitimation et admiration, à l’égard de leurs assassins.

         La bataille qui se mène aujourd’hui dans le Pays Basque français contre les louanges, les sympathies, les péans et les auresku qui entourent les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée n’est pas seulement morale, pas seulement politique. Elle est une bataille pour une construction européenne,  pour bâtir une communauté où un coup porté à l’un est une blessure pour tous.

jeudi 7 juin 2018

la pensée magique


La pensée magique



J’aimerais comprendre et peut-être pourrez-vous m’expliquer : L’impression irritante de vivre dans un mensonge accepté parce que répété avec obstination. Ainsi : le Pays Basque est en guerre et les artisans de la paix contribuent à la paix. Ça se répète en boucle, de manière incantatoire et ça devient vrai, non seulement vrai, mais irréfutable. Comment expliquer à un homme sous hypnose qu’il est sous hypnose.

Pour résister à cet endormissement, je me raccroche à des réalités historiques. La terreur armée de l’IRA en Irlande du Nord  et de l’ETA au Pays Basque espagnol a commencé à décliner quand de puissantes manifestations de civils ont déferlé dans les rues de Belfast et de Vitoria, de Madrid et de Dublin. Après des attentats particulièrement meurtriers qu’une société révulsée condamnait au cri de « ça suffit ». 

Ici, au Pays Basque français, nous assistons à de puissantes manifestations contre une guerre qui a cessé depuis 2011. Quand manifester pour la paix avait un sens, le Pays Basque français était absent. Maintenant il se réveille contre des fantômes.

Les prisonniers ? Un pays en paix, c’est un  pays où des personnes qui tuent, détruisent, rackettent, sont poursuivies et mises en prison. Dans un pays en guerre, ces mêmes personnes s’appellent des soldats. Un pays est en paix quand Gerry Adams demande de téléphoner à la police si vous voyez un homme en armes.

On peut on doit demander le droit commun pour les basques en prison. Mais n’oublions jamais leur première qualité : celle de témoin. Les prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée confirment que nous sommes en paix.

On comprend la logique des etarras : prolonger l’état de guerre en fait des soldats. Mais ma question lancinante, à laquelle je n’arrive pas à répondre : comment ont-ils pu entraîner toute la société du Pays Basque français ? Comment expliquer le succès des artisans de la paix qui réussiraient à fêter la paix le 11 novembre 1925 ou le 8 mai 1952.

Ma seule réponse, une hypothèse : la honte. C’est un puissant moteur la honte. La honte de n’avoir rien fait quand c’était nécessaire, la honte d’avoir regardé leurs chaussures quand les élus et les journalistes se faisaient massacrer.

 Telles sont les idées que j’avais en tête en allant au colloque de l’université Pau-Bayonne sur les commissions vérité et réconciliation dans le monde. (CVR). La dernière séance était consacrée à des témoignages de victimes. Une victime de torture pendant le franquisme, une victime des GAL, un femme dont le mari fut assassiné par l’ETA, et une femme dont la famille a été assassiné par les phalangistes. Quand la victime du franquisme et du phalangisme puis du GAL parlait, les trois autres la regardaient avec sympathie. Quand la victime de l’ETA prit la parole, les deux victimes du franquisme la regardèrent avec sympathie. La victime dont le frère fut assassiné par le GAL n’eut pas un regard pour elle. Elle détournait les yeux.

Ainsi se dessinait une topologie des victimes. Il y a les bonnes victimes et les mauvaises. En 1945, les bonnes victimes sortaient des camps nazis, puis quelques années plus tard, il y eut de rares rescapés des camps staliniens. Ils furent considérés comme de très mauvaises victimes par les révolutionnaires marxistes. Quand elles parlaient, ils ne les écoutaient pas, comme la sœur victime du GAL ne regardait la veuve victime de l’ETA. Les mêmes distinctions se révèlent au Pays Basque. Les victimes du franquisme, des phalangistes, du GAL, de la police française ou espagnole, sont des victimes des méchants, des fachos, des impérialistes. Elles méritent respect. Mais les victimes d’une organisation révolutionnaire, marxiste, socialiste, anti-impérialistes, libérateurs, ne peuvent être que des victimes ambiguës. D’ailleurs, elles sont utilisées par les forces réactionnaires espagnoles pour dénigrer le combat glorieux des patriotes basques. La preuve, vous vous rendez compte : la seule victime à parler vérité et réconciliation fut la victime de l’ETA ; Elle a rencontré des etarras, en Espagne, en Irlande, au centre de Glencree. Elle dit que la rencontre est possible si les assassins demandent pardon, s’ils disent « nous avons assassiné et nous le regrettons ». Sinon, la discussion est difficile. Or, les etarras qui s’excusent, qui demandent pardon, sont considérés comme des traîtres par leurs camarades de combat. Elle a rencontré l’assassin de son mari. Il a demandé pardon. Il s’est repenti. Et la veuve victime dit : il faut redonner une seconde chance à l’assassin de mon mari.

À la sortie d’un conflit, la question des victimes et des bourreaux est une question politique majeure. Les soi-disant artisans de la paix accordent amnistie et impunité aux prisonniers basques condamnés pour activités terroristes en bande armée.  Ils déterrent les armes mais jamais les charniers.

mercredi 6 juin 2018

soyez prudent, monsieur le préfet


Le préfet Gilles Payet a reçu le 2 mai une délégation de «Mémoire et Vigilance » pour les remercier de leur action contre l’insultante sculpture à la hache.

Dans Sud-Ouest  du 2 juin, il condamne ce qu’il appelle « un unanimisme identitaire » au Pays Basque.

EH Baï réagit par un communiqué où l’organisation indépendantiste demande au préfet de « montrer davantage de prudence ».

C’était le message envoyé par les nationalistes corses au préfet Erignac.

lundi 4 juin 2018

la forteresse est en danger


Dans la rude bataille qui fut menée à l’intérieur du PCF contre la régression marchaisienne dans les années 1970, la personne qui symbolisait ce combat se nommait Henri Fiszbin. Un communiste qui serrait la main d’Henri trahissait la classe ouvrière, la Commune de Paris, la Révolution bolchevique et le sacrifice du Che, d’une seule poignée de main. Dans des rassemblements nécessaires, au Conseil de Paris par exemple, les communistes orthodoxes choisissaient des chemins tortueux pour éviter Henri, regardaient leurs chaussures s’ils le croisaient. Parfois, l’un d’entre eux se retrouvait coincé par les urgences prostatiques, côte à côte dans l’urinoir. Il lui disait, en confidence vespasienne, « tu sais Henri, je ne peux pas te dire bonjour, tu comprends, même si je suis parfois d’accord avec toi, mais si on nous voit parler ensemble, je suis fichu. ».

L’engagement nationaliste est de même nature. Il exige tout. Le silence si l’on n’est pas d’accord, une présence où il faut, une absence quand c’est nécessaire. Dans cette oppression que subit le Pays Basque français, cette obsession de l’unanimité, le petit groupe « mémoire et vigilance »  subit les mêmes interdits. Surtout ne pas rendre publiques des rencontres, des discussions. Vincent Bru et Max Brisson, Jean-René Etchegaray et Txetx serrent la main d’assassins condamnés. Ils vont les voir dans les cellules ou discutent avec eux dans les lieux publics. Mais une photo avec Maurice Goldring ? Une démarche commune avec lui ? Un débat public ? Ils ne vont pas discuter avec une personne qui sera pour le moins tondue au cas où les abertzale accèdent au pouvoir. Comment, tu as signé une pétition avec Goldring, tu ne sais pas que c’est un ennemi du peuple basque ? Une espagnoliste. Un francoliste ?

N’occupe pas cette position centrale qui veut. Il faut batailler. Désormais, nous l’avons conquise. Avant la manifestation des parapluies contre la hache sculptée, le Pays Basque français semblait respirer d’un seul souffle, parler d’une seule voix, célébrer les combats de l’ETA dans un patriotisme sans fissure. Depuis la manifestation, la muraille s’est fissurée.

L’abertzalisme combat un ennemi extérieur, l’état espagnol, l’état français. Normal. Mais face à l’impérialisme, le peuple basque est uni, fier, indomptable. Etait uni. Voici que des Basques collaborent avec l’ennemi. Voici que se découvre un ennemi de l’intérieur. Une cinquième colonne franquiste et fasciste francoliste.

L’ennemi extérieur, on connaît. Celui qui rapproche les prisonniers au cas par cas, qui considère que les etarras condamnés doivent être traités comme des braqueurs de banque, comme des violeurs de banlieue. Le gouvernement français collabore avec les franquistes de Madrid, et veut tenir compte de l’avis des associations de victimes.



Les abertzale qui pilotent les artisans de la paix sont fous de rage. Ce n’est pas du tout ce qu’ils demandaient. Qu’est-ce que c’est que cette distinction entre crimes de sang et transport d’armes, extorsions de fonds et kidnappings ? Ça ne va pas du tout. Vincent Bru les a rencontrés, ces prisonniers qu’il a si longtemps désignés comme prisonniers politiques. : « Ce sont des personnes très construites intellectuellement. Leur approche est intéressante et permet de mesurer le chemin parcouru. Ils dégagent calme, sérénité et sens des responsabilités. Ils sont et resteront des nationalistes basques, mais ils veulent sincèrement tourner la page de la violence au Pays Basque ». Le directeur de la prison lui a confié que ces détenus étaient « très corrects ». Alors là, ça m’a fait froid dans le dos. Des assassins très corrects, ça me rappelle les années quarante d’un  autre siècle.  

Le pouvoir central résistait. Mais la reddition aux hommes d’armes était totale dans la société basque française. On célébra la cérémonie des dépôts d’armes. On pleura les emprisonnés avec des larmes de plus en plus abondantes. La résistance à cette dérive était inaudible. Les dos se courbèrent, les échines s’assouplirent, on poussa plus avant le flirt avec l’ETA.

Et puis un tout petit groupe, à peine une dizaine de personnes. Dangereuses. Dans une citadelle assiégée, il suffit de quelques personnes déterminées pour baisser le pont-levis et donner les clés de la ville aux assiégeurs.

L’enjeu en vaut la peine. Parce que je vis au Pays Basque et que son avenir m’importe. Le djihadisme n’a pas d’avenir parce qu’il lui manque l’oxygène qui alimente les incendies. L’incendie a besoin d’oxygène et de vent. Pour éteindre l’incendie, il faut l’étouffer. Le vent ne se contrôle pas, mais l’environnement est notre affaire. Les nationalistes armés européens eurent pendant longtemps bonne presse. Irlande. Corse. Pays Basque. De grandioses manifestations pour les assassins, des comités de solidarité, vous vous rappelez Bobby Sands ?  Le nationalisme n’a pas forcément de martyrs, mais ça aide. L’Ecosse est nationaliste pacifiquement mais on montre des films de guerre sur Robert Bruce. Le Québec manque de martyrs emprisonnés. La Catalogne est pacifique, mais il y a quelques prisonniers, et des images de manifestations brutalement réprimées. Puigdemont en exil, quelques dirigeants en prison. La Corse a ses prisonniers et même si les organisations militarisées ont disparu, les héros et les prisonniers soufflent sur les braises, ils prouvent qu’il faut prendre les nationalistes au sérieux. On sait mourir la patrie, c’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie. Au Pays Basque, pour les abertzale radicaux, la situation était grave : au sud, on ne parlait plus que de victimes, on disait que l’ETA avait semé la terreur, la peur, on construisait des mausolées, on écrivait l’histoire des massacres. Il fallait réagir. Grâce aux Basques du Nord, qui n’avaient pratiquement pas connu la terreur, on tenta de reconstruire les héros. Oubliés leurs crimes, effacés les assassinats, il ne restait plus que des prisonniers de moins en moins bourreaux et de plus en plus des martyrs. Qui souffraient en prison. Dont les familles souffraient en prison.

         Nous sommes huit neuf dix. Nous sommes des adversaires du nationalisme basque et des blanchisseurs de la terreur. Contre les gens qui lavent les traces de sang, qui effacent les empreintes sur les armes qui ont tué, les gens qui réclament l’amnistie pour les assassins. Qui piétinent les scènes de crime, qui brouillent les ADN, qui ne veulent pas savoir ce qu’il s’est passé quand le sang a coulé.

         Contre la hache de l’ETA, nous sommes plus de deux mille.

samedi 2 juin 2018

amis ennemis








La bataille continue entre les amis et les ennemis du Pays Basque.

Les ennemis du peuple basque : ceux qui n’aiment leur patrie que saignante, que souffrante, que mourante ou massacrante. Ceux qui, comme Bagoaz, considèrent que la paix ne peut pas exister tant qu’il reste un prisonnier basque. Ceux que Xabi Larralde (EH Bai) appelle des »militants ». Un militant, pour EH bai, ne peut être qu’un spadassin. Et il poursuit dans son entreprise de militarisation du pays qu’il prétend aimer : l’histoire du Pays Basque n’aurait pas été la même sans ETA. C’est l’ETA qui a permis la communauté basque en Espagne. D’ailleurs, l’ETA aimait tellement la communauté basque en Espagne que ses policiers, ses gouvernants, ses élus, étaient tous considérés comme des cibles légitimes. Sans ETA, effectivement, l’histoire n’aurait pas été la même. Sans ETA, il y aurait un millier de personnes en plus dans les villes et les villages du Pays Basque.  

Et puis en face, les amis du Pays Basque, ceux qui veulent un Pays Basque ouvert sur le monde, sans frontière administrative, sans nationalisme étroit, sans identité excluante. Ceux qui veulent que la langue basque soit un plaisir et pas un outil politique, que les ikastolas soient réponse à une aspiration et pas un drapeau sur une carte d’état-major.

Jean-Jacques Lasserre, par exemple, qui a refusé de participer à l’opération d’Arnaga parce qu’elle était soumise aux idées nationalistes. Et le préfet Gilles Payet, en voici en un ami du peuple basque. Il dénonce (Sud-Ouest 2 juin 2018), la recherche d’unanimisme sur tous les sujets, comme l’institution, la langue, l’eusko. « Beaucoup d’élus m’ont confié avoir des divergences et ne pas pouvoir les exprimer. Celui qui ne rentre pas dans le rang est considéré comme un opposant au Pays Basque ».

Les ennemis du Pays Basque considèrent le pluralisme comme un danger mortel, les différences comme des taches, les divergences comme des pathologies.

La montée des nationalismes dans les pays européens montrent qu’il faut prendre le danger qu’ils représentent très au sérieux.




vendredi 1 juin 2018

vous avez le choix


Les blanchisseurs de la terreur  se manifestent à nouveau. Ils invitent à une grande manifestation le samedi 16 juin. Ils écrivent l’histoire d’une manière grotesque.

Pour eux, les deux dates qui marqueront l’histoire du Pays Basque sont le 8 avril 2017 avec le désarmement de l’ETA et le 3 mai 2018 avec la dissolution de l’organisation.

Dans cet appel, le 20 octobre 2011, date du cessez-le-feu de l’ETA  n’est pas retenu comme historique. Tellement peu historique que cette date a disparu. Pourtant, cette disparition est centrale. Pour que l’habit d’artisan de la paix soit pris au sérieux, il faut accepter l’idée que le Pays Basque était en guerre jusqu’au 8 avril 2017. Si la date du 20 octobre est celle de la paix revenue, alors les habits des artisans de la paix sont des costumes de clowns. Il vaut mieux la gommer.

Le 20 octobre 2011 est le résultat de deux facteurs : les énormes manifestations des Espagnols contre la terreur de l’ETA. Et les actions coordonnées des polices françaises et espagnoles. Les artisans de la paix n’ont pas participé aux unes et ont condamné les autres. On comprend qu’ils préfèrent oublier une absence peu glorieuse.

Désormais, puisque la paix est revenue grâce à l’imposture de Txetx and C°, reste la question des prisonniers. Car la poursuite de politique pénitentiaire actuelle est inhumaine, injuste et « potentiellement dangereuse » affirment les blanchisseurs. Pour que la paix soit solide, il faut que la France « valide par son attitude les pas réalisés quasi unilatéralement ».

Les victimes de l’ETA ne sont même pas évoquées dans cet appel. Les seules victimes sont les prisonniers condamnés, traités de manière « inhumaine et injuste ». D’où une situation « potentiellement dangereuse ». Que signifie cette formule ? Que les patriotes en colère pourraient reprendre les armes ? On frôle ici l’apologie du terrorisme.

Certains parlent des victimes sans aller les voir, et considèrent que la politique « inhumaine et injuste » est celle qui consiste à emprisonner des assassins, alors qu’insulter leurs victimes en sculptant une hache est humain et juste.

Le 16 juin prochain, vous aurez le choix entre manifester pour des prisonniers emprisonnés pour activités terroristes. Ou dialoguer avec leurs victimes.

Nous vous tiendrons au courant.