dimanche 1 mai 2016

victimes et citoyens


« Le malheur accompagne et endeuille la vie des Basques depuis le putsch franquiste jusqu’à nos jours (2007 !). Tous les Basques ? Au moins ceux d’entre eux et ils sont innombrables, qui, se voulant Basques, entendent être reconnus en tant que tels, parler leur langue, faire perdurer une antique culture, décider de leur présent comme de leur futur, jouir enfin de ce droit reconnu à tous les peuples de disposer d’eux-mêmes » Gilles Perrault, préface à Marie José Basurco, sois forte, Lucia, Gatuzain, 2007.

Je ne suis pas certain que les patriotes basques utiliseraient les mêmes mots. Mais sur le fond, Gilles Perrault a raison : le malheur fait partie de l’identité basque. Au point où cette référence au malheur, à la répression, fait partie de ce qui me révulse, de ce que je rejette dans le mouvement patriote basque. Dans la compétition pour le plus grand malheur, il n’est pas certain que les Basques l’emportent. Dans les Jeux olympiques des massacres, pas sûr que les Basques montent sur le podium. Il n’est pas sûr que la vie des Basques soit endeuillée par un malheur permanent. Ils voudraient pourtant nous le faire croire et de nombreux étrangers au pays Basque se laissent aller à une compassion qui est une forme acceptable de condescendance.  

La raison est évidente et universelle. Quand un groupe est minoritaire, qu’il ne parvient pas à atteindre ses objectifs, la tendance est de trouver l’explication des échecs dans la répression ou dans les ruses de l’adversaire,  ses sortilèges, ses tricheries. Les objectifs des patriotes sont clairs : la réunification des sept provinces du pays Basque et leur indépendance. Ces objectifs sont minoritaires au pays Basque que les patriotes appellent nord, ou Iparralde, et que vous et moi appelons pays Basque français. Pourquoi sont-ils minoritaires ? à cause de la répression de l’impérialisme français. La langue basque a tendance à reculer parce qu’elle minorée dans les politiques publiques. La cause basque est mal entendue parce que ses militants sont pourchassés, emprisonnés. Voyez la place des prisonniers politiques dans toute la presse nationaliste, qu’elle soit irlandaise, corse ou basque. Les militants ne sont pas des acteurs, ils sont d’abord des victimes. Pour les patriotes basques, libération ne peut signifier que levée d’écrou, justice ne peut être qu’amnistie. Le processus de paix est entravé par la victimisation permanente qui entrave le chemin vers une citoyenneté. La politique qui consiste à convaincre, à discuter, à reconnaître les raisons de l’autre, est difficilement accessible à qui partage la société entre victimes et bourreaux.  

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