samedi 7 juillet 2018

agit prop


Agitprop



Prenez n’importe quelle réunion publique, vernissage, inauguration, casetas, festival, assemblée générale, anniversaire.

Les personnes qui vous connaissent et que vous connaissez s’approchent et vous demandent comment vas-tu ? Ou comment allez-vous ? Vous prenez un air sombre, une voix lugubre et vous répondez, mal, très mal.

Il ou elle prend un air éploré : Que se passe-t-il, raconte…

Tu as une minute ?

Bien sûr.

Voilà. Tu as sans doute lu que des jeunes excités bretons ont maculé des résidences secondaires et ajouté « La Bretagne n’est pas à vendre ». Les élus, les maires de Cancale, de Morlaix, de Saint-Malo, ont vivement et publiquement dénoncé ces agressions. Ils ont dit que ça ressemblait à la Saint-Barthélémy, quand les catholiques traçaient une croix sur les maisons dont il fallait exterminer les habitants protestants.

Bon et alors ?

Et bien, ici au Pays Basque français, de jeunes excités basques ont incendié il y a deux ans une résidence secondaire à Hélette, et écrit « le Pays Basque n’est pas à vendre » sur les murs. Eh bien, personne n’a rien dit. Silence de mort. Seuls les patriotes ont dit qu’ils refusaient de condamner. Tu comprends ? Ça veut dire qu’ici au Pays Basque français, on peut incendier une maison sans provoquer de réaction de réprobation. Que si ces jeunes sont un jour arrêtés, les patriotes iront manifester pour leur libération et que là, tous les élus basques qui sont restés silencieux les suivront et iront manifester pour leur acquittement. Ça  veut dire qu’ici, au Pays Basque, les identitaires ont déjà gagné, qu’ils sont déjà au pouvoir. Voilà pourquoi je vais très mal.

Mes interlocuteurs sont soulagés. Ils croyaient que j’avais une maladie grave.

Depuis, le nombre de personnes qui me demandent comment je vais a diminué.

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