mercredi 2 juillet 2014

Ken Loach

Un critique de film peut-il épouser les thèses du réalisateur sans vérifier l’exactitude des faits ? Je lis dans l’article sur le dernier film de Ken Loach, sous la signature de Thomas Sotinel que l’État libre d’Irlande fut « établi après qu’une fraction de l’IRA eût accepté la partition de l’île ». Et plus loin : « ce qui s’est joué alors, le choix entre patrie républicaine construite sur de nouvelles bases et un succédané du système impérial ». Qui parle ? Ken Loach Ou Thomas Sotinel qui reprend à son compte la thèse de Ken Loach ? Comme si ces phrases étaient l’histoire de l’Irlande communément admises…

Rappelons les faits. L’acceptation du traité en 1919 ne fut pas le fait d’une « fraction de l’IRA », mais d’une majorité d’un parlement élu. Une « fraction de l’IRA » n’accepta pas cette majorité, et avec de Valera, décida que « le peuple n’a pas le droit d’avoir tort ». Il en est résulté une guerre civile qui a duré près de deux ans. Ce qui s’est joué alors, n’est pas le choix entre une république socialiste et un « succédané du système impérial » mais le choix entre une démocratie parlementaire moderne et un pays militarisé où la force l’emportait sur le droit. Le refus des résultats électoraux est trop présent dans l’actualité pour ignorer ses conséquences mortifères. C’est le droit de Ken Loach de tordre la vérité historique. C’est le devoir du critique de la respecter.  


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