mercredi 3 février 2016

tous patriotes


L’Irlande est une île. Quoi de plus naturel ? Les Irlandais demandent leur indépendance, ils veulent un gouvernement. Pour toute l’île. Une partie des Irlandais au Nord veulent rester britanniques. Ils ne comprennent pas que l’Irlande est une île dont les frontières sont maritimes donc nécessaires, légitimes, naturelles et éternelles. Il y eut d’abord une guerre d’indépendance, puis une guerre civile pour confirmer le caractère naturel et éternel de cette insularité. Entre les Irlandais qui acceptaient la partition du pays et ceux qui ne l’acceptaient pas. Puis des guérillas. Des organisations clandestines, des morts. Beaucoup de morts. Les partis politiques des îles Britanniques furent balayés. Plus de travaillistes ni de conservateurs. Il reste des partis nationalistes catholiques, des partis unionistes protestants. Tous se réclament dépositaires de l’identité éternelle. Le tout coexiste, cahin-caha. Ceux qui se sentent étrangers sont partis.

Le pays Basque n’est pas une île, il est traversé par des montagnes et par des frontières. Pourtant des mouvements nationalistes lui accordent une réalité territoriale, une identité accordée par son histoire, sa géographie, ses cultures. Les « sept provinces », quatre en Espagne, trois en France. Ces aspirations portées par des mouvements nationalistes à force finissent par construire cette identité. Déçus par les résultats des élections, certains nationalistes ont remplacé les urnes par des explosifs et la terreur a été une force politique pendant deux générations. Ces forces politiques ont obtenu l’autonomie d’une communauté basque en Espagne, où la vie politique se partage entre indépendantistes et « espagnolistes », entre les « vrais » Basques et les étrangers.

Du côté français, les revendications identitaires s’étaient étiolées. Les patriotes qui demandent le rattachement d’Iparralde à la communauté basque sont rares. Mais il reste des abertzale qui réclament  avec constance une reconnaissance administrative du pays Basque. Par les armes, un certain temps, puis par des manifestations, des pétitions, des actions pacifiques. Par les urnes aussi, avec un succès mesuré. Jusqu’à présent, la vie politique dans le pays Basque français se partageait entre gauche et droite.

Il appartiendra aux historiens de percer le mystère. Comment des revendications identitaires minoritaires sont-elles devenues majoritaires ? Comment les partis républicains, socialistes et droite républicaine, traditionnellement hostiles à toute revendication identitaire, ont repris mot pour mot le langage nationaliste ? La dispute sur l’organisation territoriale du pays Basque français ne porte pas sur la nécessité d’une reconnaissance institutionnelle, mais sur ses modalités. Tout le monde est devenu nationaliste, patriote, abertzale. Tout le monde accepte une « nécessité légitime, conforme à son identité ». Cette identité est « le socle qui nous unit ». Les frontières du pays Basque sont « sacrées ». Nous sommes les héritiers d’un destin partagé. Telles sont les paroles communes aux partisans de l’EPIC et à ses opposants.

Comment les élus républicains qui menaient hier le combat contre un repli identitaire se sont-ils inclinés sans mener bataille ?

Je vivais dans un pays Basque sans frontière, respectueux des différences, riche de sa diversité. Je dois m’habituer à vivre dans un territoire sanctifié, devenir héritier d’un destin partagé. Ceux qui n’acceptent pas les vaches sacrées vont devenir des touristes. Quelqu’un peut-il m’indiquer le bureau où je devrai prendre mon nouveau passeport ?

 

 

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