dimanche 23 juin 2013

ZSP


Zone de sécurité prioritaire 21 juin 13

 

Jeudi 20 juin 2013. Deux camions de CRS à l’angle Myrha/Barbès. Une voiture de police face au marché Dejean. Debout, près de la portière, un officier de police balance une petite bouteille de gaz lacrymogène. Aucune activité particulière autour de lui, aucune tension. Sauf cette bouteille. Qui se voit, qui se montre.

Les vendeurs à la sauvette se sauvent quand les forces de police apparaissent et reviennent quand elles s’en vont. Ils reviennent plus denses, plus épais, comme si la patrouille barattait le lait ou fouettait une mayonnaise. Ceux qui ne partent pas sont usagers de drogues, dealers, distributeurs de prospectus pour coiffeurs ou abonnements de téléphone. La patrouille passe, le trottoir se coagule. Le passage devient difficile. Les vendeurs de maïs, de cacahuètes, de portables, de montres, de sacs, de cigarettes. Les piétons avancent de biais, comme des brise-glaces au printemps.

Ils sont sans papiers, ils sont clandestins, vendeurs illicites. Ils risquent des amendes, l’emprisonnement, le rapatriement. Leur marchandise peut être détruite. Qui sont-ils ? Qui leur parle ? Qui sait pourquoi ils sont là ? Ils n’ont pas l’air affolés. Ils font un travail, qui consiste à vendre n’importe quoi pour vivre et à jouer au chat et à la souris. Ils surveillent et vendent en même temps. Quand ils courent, ils plaisantent. Les mamas africaines courent moins vite et hurlent quand on leur confisque la marchandise. Mais pourtant, elles aussi reviennent. Tous les jours. Quand il pleut, ils se réfugient sous les auvents des magasins et les commerçants tentent en vain de les chasser.

Vendredi 21 juin. 17 heures 30. Les abords de Château Rouge sont à nouveau engorgés. Quatre policiers bavardent près du métro. Je me présente. Je suis un habitant du quartier. Bonjour Messieurs. Comment ça se passe ? Vous faites du bon travail ? L’un d’eux s’éloigne d’un pas vif. Il ne veut surtout pas parler. Deux autres s’éloignent. Celui qui reste me dit son découragement. Ça ne sert à rien. Si on appliquait vraiment la loi, amendes et prisons, Mais on les laisse faire. On ne verbalise même pas. Profond désarroi. Ou bien ils fuient. Ou ils parlent, démoralisés, sans objectif.

Vous vous rendez compte des effets dévastateurs d’une telle situation ?  Jour après jour, des uniformes, des fuites, des étals repliés, des cartons abandonnés, puis ils reviennent, cinq minutes après, une heure après, le lendemain. Aux citoyens, ces interventions apparaissent coûteuses et inutiles. Les vendeurs à la sauvette ne sont même pas inquiets. Et des policiers qui ont peur de parler aux habitants. Qui s’éloignent dès qu’on leur pose des questions sur leur travail.  Pourquoi pas des policiers toujours les mêmes qui s’arrêteraient diraient bonjour aux habitants, la police de proximité. Au lieu de ça, un quartier en état de siège, le désert des Tartares, on campe des deux côtés. Sans résultat.

Je vous dis tout ça parce que j’aime mon quartier, parce que je respecte le travail de la police. Le travail des élus. Le travail des associations. Quand on classe les écoles en ZEP, souvent les familles retirent leurs enfants, et le ghetto est plus fermé encore. Si les choses continuent encore, le jeu actuel ne sera pas seulement inutile, il deviendra dangereux. Les tensions seront plus fortes, les habitants avides de calme se lasseront, ou seront encore plus en colère. Ou ils partiront et il restera un quartier encore plus difficile à vivre.

Il n’est pas trop tard. Il n’est jamais trop tard.

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