dimanche 5 mai 2019

leur peuple


Ce que nous avons sous nos yeux n’est pas dérèglement, n’est pas égarement, mais réalisation de l’objectif. De quoi est faite la discussion ? Des revendications précises ? Toutes disparaissent peu à peu, englouties dans l’affrontement entre police et manifestants radicalisés. Les blessés se constituent en collectif. Le gouvernement réplique en montrant les policiers agressés. Est-ce que les manifestants voulaient envahir l’hôpital ou s’y réfugier ? Un gendarme claque la gueule d’un gilet jaune, un autre lance un pavé. Des casseurs lynchent un officier de police, mettent le feu à une voiture. Les mots d’ordre revendicatifs ont laissé la place à des slogans. Slogan est un nom gaélique qui signifie cri de guerre. Tout le monde déteste la police, police partout justice nulle part. Bientôt, nous aurons droit à des manifestations pour libérer nos camarades, à des dénonciations de tortures dans les commissariats, à des grèves de la faim pour prisonniers qui veulent être reconnus comme prisonniers politiques. 


Quand la politique était guerre civile, les journaux nationalistes, en Irlande du Nord et au Pays Basque, consacraient l’essentiel de leurs pages à la répression policière, à la justice colonialiste, aux bourreaux, aux juges. Les souffrances des familles qui doivent consacrer leur maigre budget à visiter leurs proches en prison. Les accidents de la route. Les demandes de libération pour raisons de santé. Des objectifs initiaux il ne restait plus que les souffrances des combattants, l’héroïsme des blessés, les chairs mutilés. Dans un coin de la page dix d’An Poblacht, parfois, un article politique. Nous y sommes. 


Pour former un médecin, il faut dix ans. Un enseignant, comptez six à huit ans. Autant d’années pour des magistrats, des juges. Pour construire des logements sociaux, il faut vingt ans. Des psychologues et des formateurs pour jeunes en difficultés, cinq ans. Pour brûler une boutique, trente secondes suffisent.


Contre les injustices, les inégalités, les discriminations, il faut des années d’effort. Devant un avenir laborieux, une partie de la société cherche des solutions rapides. On les appelle des révolutionnaires. Vous vous ennuyez, construisez une cabane sur un rond-point, il y aura une dizaine de morts et quelques mariages. La vie devient excitante. Vous attirez les caméras et les micros. A construire une société plus juste, pas à pas, nuit après nuit, réunions après réunions, vous restez dans l’ombre. A incendier une voiture, vous voilà dans la lumière. 


Sans aucune responsabilité. Sans obligation de résultats. Si un policier vous matraque, vous prenez la scène en  photo, vous notez son matricule. Si des gens meurent dans les ronds-points, personne n’est responsable. 


Il s’agit de démontrer que nous vivons en dictature et que le peuple doit se lever pour la renverser. 


Des intellectuels écrivent des livres pour soutenir ces héros. Des politiques admirent les voitures qui brûlent, encensent le peuple. Des victimes, des faillites, des cendres, ils ne veulent rien savoir. Ils ne connaissent pas Jo Cox, une députée travailliste assassinée lors de sa campagne contre le Brexit.  Assassinée  par leur peuple.

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