jeudi 2 mai 2019

refuser


KF Philo, Alain Bosser déroule un exposé d’où il ressort que depuis la première explosion de la première étoile et la première rencontre entre deux atomes qui se sont agglutinés, l’histoire du monde et de l’humanité est une série de catastrophes et que désormais le temps nous est compté. Le capitalisme égoïste nous empêche de réagir et de tous vivre comme les zadistes de Notre Dame des Landes. Nous avons écouté sagement, puis au bout d’un long moment de mélancolie pesante, Brigitte m’envoie un message : « ça me donne envie d’aller me jeter d’en haut du rocher de la Vierge ». Brigitte est catholique non pratiquante et quand elle envisage le suicide, c’est évidemment d’en haut du rocher de la Vierge. Je suis athée et je lui dis : « je pense pareil, mais plutôt me jeter dans l’Adour ».

            L’exposé avance et nous approchons de la catastrophe finale d’une planète débarrassée de toutes les espèces animales, dont la nôtre. En écoutant le fil d’une implacable démonstration, mon sang se révolte. Si je ne réagis pas, je suis complice. Tout ce que je pourrai dire dans la discussion ne comptera pas. Je regarde Brigitte. Tu es d’accord ? Elle est d’accord. Nous nous levons ensemble, d’un bel élan philosophique, j’interromps trois secondes la descente aux enfers. Excuse-moi, Alain, de te couper. Mais nous allons de ce pas nous jeter dans l’Adour. Brigitte ajoute « et moi, du haut du rocher de la Vierge ». Et nous sommes partis. Quelques sourires ont accompagné notre sortie. Nous étions fiers. Cette sortie, ce refus d’un catastrophisme annoncé, était un geste philosophique plus éloquent que toutes les discussions. A côté, « ôte-toi de mon soleil » et « pourtant elle tourne » n’étaient que des frivolités.

            Steven Pinker, (Le Triomphe des lumières et La part de l’ange en nous), nous raconte une autre histoire. Ils nous décrivent une humanité toujours plus paisible, moins cruelle, toujours plus éloignée de la cruauté décrite par Hobbes dans le Leviathan. D’autres dénoncent ont dénoncé cette manière de refuser tout progrès (Albert Hirschman, deux siècles de rhétorique réactionnaire »). Dans ce dernier livre, Hirschman montre comment les privilégiés luttaient contre tout progrés, toute réforme, tout avancée sociale, en décrivant longuement comment ces réformes entraînent des conséquences catastrophiques. Ainsi, l’interdiction du travail des enfants dans l’industrie textile allait entraîner des faillites d’entreprise. Autre conséquence : les enfants, ainsi livrés  eux –mêmes, sombreraient dans l’oisiveté et la délinquance. Cette rhétorique est le versant de droite d’une rhétorique « de gauche » pour qui le système ne peut accepter aucun progrès. 

C’est ainsi que j’ai gagné dix euros. Un militant vendait Lutte ouvrière, métro Château rouge. Je m’approche et je lui demande : y-a-t-il eu une seule réforme dans les cinquante dernières années favorable à la classe ouvrière ? Il réfléchit, consulte, discute, puis revient me voir. Non, aucune. Les congés payés, la sécurité sociale, la gratuité scolaire, l’IVG, rien n’existe de tout cela. Brigitte me donne les dix euros. J’ai dit merci au vendeur. Votre discours n’est pas totalement inutile. Il m’a fait gagner dix euros.

Ces exposés funèbres et démobilisateurs sont englués dans une dénonciation du système capitaliste comme le pire de tous les systèmes. Jamais les admirateurs des zadistes ne peuvent imaginer que les comités de quartier à Caracas veillent à éradiquer tous les comportements égoïstes et si la famine s’installe, elle est égale pour tous. Mugabe avait mis fin à la propriété privée et l’un des pays les plus riches d’Afrique a sombré dans la misère. La disparition de la propriété privée des terres en en Ukraine a fait des millions de morts.

C’est dans les systèmes capitalistes que se sont développées les luttes ouvrières les plus fortes, les luttes pour l’égalité des sexes les plus efficaces, pour l’égalité  ethnique les plus actives ; C’est dans les systèmes démocratiques et capitalistes que se sont développés les plus forts mouvements écologiques.

Avec ces idées en tête, nous avons renoncé au suicide. D’autres luttes nous attendent.

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