mercredi 31 janvier 2018

stals et abertzale


Pierre Pradier avait publié un article critique de l’ETA et Gaby Mouesca, de sa prison, lui avait envoyé une lettre de réponse. Cet échange de correspondance se termina en amitié. Pierre Pradier dans ses notes autobiographiques (que j’ai reprises dans mon livre, Pierre Pradier, un homme sans frontière) a longuement raconté cette relation. Gaby Mouesca, dans son livre autobiographique La nuque raide, n’en dit pas un mot.  Il ne dit pas que Pierre lui avait ménagé un emploi à la Croix Rouge pour le faire sortir de prison plus tôt. Il l’a supprimé, il l’a symboliquement tué. Pourquoi ? Parce que Pierre Pradier était d’une intransigeance absolue dans sa lutte contre les mouvements identitaires. Il fallait donc le faire taire. Il faut bien se rendre compte par de telles absences de cœur que nous avons à faire en face de nous, comme adversaires, à des monstres qui ne reculent devant rien. Après avoir testé pendant quelques dizaines d’années la voie armée vers un lendemain abertzale qui chante, après avoir testé le grand soir des cimetières, ils continuent  à utiliser les modérés comme les bolcheviks avaient utilisé les mencheviks. Une fois au pouvoir, les modérés sont éliminés. Ils sont comme ça les nationalistes, comme Erdogan, comme Orban, comme Poutine. Comme l’IRA militaire éliminait les républicains modérés qui voulaient cesser le feu.

            Ils refusent de se repentir, ils refusent de demander pardon parce qu’ils se rappellent avec nostalgie le bon temps où il était possible d’éliminer un intellectuel, un policier, un élu, un adversaire, d’une balle dans la tête. Maintenant, c’est plus compliqué. Mais lisez leur presse et vous verrez qu’elle ressemble étrangement à l’Humanité et à la Pravda. D’ailleurs, Gaby Mouesca, à sa libération, vous savez ce qu’il fait à sa sortie de prison ? Facile à deviner : à la fête de l’Humanité, où il a retrouvé cette chaleur militante, cette camaraderie des armes, cette alliance d’illusions et de camarde.

            Ils sont déterminés, prêts à tout, menaçant, impressionnant les modérés qui les rejettent et les admirent, parce que quand même, des militants aussi résolus, on aimerait en avoir un peu plus chez nous. Des patriotes qui étaient prêts à mourir et à tuer pour elle. Pour la patrie. À chaque étape de leur combat, ils menacent. Si vous ne faites pas l’EPCI, vous nous ferez regretter d’avoir déposé les armes. Si vous ne libérez pas nos prisonniers, vous sèmerez la colère et la reprise des armes. Si vous n’amnistiez pas, la guerre risque de reprendre. La guerre continue… Si vous n’officialisez pas la langue basque, si vous n’amnistiez pas les tueurs, si vous ne leur assurez pas un emploi et un avenir, ils vont replonger dans le maquis. On vous aura prévenus.

En face, ils sont impressionnes, comme les socialistes étaient impressionnés par les communistes et comme les rêveurs du Quartier Latin étaient impressionnés par le boucher Che Guevara.

Comment les combattre, ces fous de la nation ? Ce n’est pas toujours simple. Mais ce n’est pas impossible. Il faut défendre la vie avec la même énergie qu’ils défendent la mort. Défendre la démocratie avec la même passion qu’ils défendent les coups de force. Défendre la justice avec la même ferveur qu’ils abattent les juges.

Comment le combat s’est-il mené contre les staliniens français ? En n’arrêtant pas de dénoncer, jour après jour, ce qui était leur identité première : la solidarité avec les pays communistes. Allez-vous dénoncer les camps, oui ou non. Allez- vous demander la libération des écrivains emprisonnés. Oui ou non. Complétez la liste. Contraints à la retraite, ils en sont aujourd’hui à 1,5 % et ne peuvent plus empêcher les réformistes d’accéder au pouvoir.

Et pour les abertzale qui se plaignent que la mauvaise hygiène dans les prisons les empêche de nettoyer le sang qu’ils ont sur les mains ? Pareil. Dénoncer jour après jour leur identité première. Ceux qui reprenaient le slogan de De Valera : le peuple n’a pas le droit d’avoir tort. Si le peuple prend des positions désagréables, il faut le contraindre à coups de kalachnikovs. Donc, accéder à toutes les demandes légitimes sur le statut des prisonniers, car une démocratie s’honore de respecter le droit malmené par les etarras. Et exiger en permanence, tous les jours, que les anciens tueurs rompent avec la terreur : en dissolvant leur organisation, en demandant pardon. Ce combat se mène politiquement et culturellement en faisant en permanence l’histoire de leurs forfaits. De même que les communistes ne pouvaient prospérer qu’en essayant de faire oublier leur complicité avec la terreur stalinienne, de même les héritiers de l’ETA ne peuvent parader que si le silence s’installe sur leurs crimes.

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